La résilience des réfugiés

La capacité à rebondir après des évènements traumatisants ne dépend pas que des individus, mais également de leur environnement. C’est pourquoi améliorer les ressources mises à la disposition des réfugiés aidera à favoriser leur résilience.

Des réfugiés afghans se promènent à bicyclette dans un camp près de Calais, en France. (Photo: AP/Jerome Delay/PC)
Des réfugiés afghans se promènent à bicyclette dans un camp près de Calais, en France. (Photo: AP/Jerome Delay/PC)

La résilience après un traumatisme, c’est la capacité à rebondir pour redevenir actif dans la vie. Et cette capacité ne dépend pas que de soi, mais de l’environnement, insiste Michèle Vatz Laaroussi, spécialiste en médiation interculturelle. Cette professeure de travail social à l’Université de Sherbrooke a été en contact étroit avec de nombreux réfugiés et immigrants venus notamment de l’Afghanistan, du Bhoutan et de l’Afrique subsaharienne, afin de comprendre leur dynamique, leur histoire migratoire au Québec et leurs liens avec la société d’accueil. L’actualité a joint Michèle Vatz Laaroussi par Skype au Maroc, où elle travaille avec des féministes dans le contexte d’une recherche sur la médiation interculturelle au Québec menée avec des femmes de différents groupes sociaux.

Comment les réfugiés de guerre peuvent-ils devenir résilients par rapport aux événements traumatisants qu’ils ont vécus ?

Ils le sont déjà. Au lieu de rester passifs, ils fuient la violence et protègent leurs êtres chers. Bien sûr, la bataille n’est pas terminée. Une fois au Québec, ils se heurtent à de nouveaux obstacles, comme la langue, l’école, le travail, le logement, le réseautage. Créer des liens avec la société d’accueil favorise la résilience. Trouver des gens qui écouteront, sans s’affoler. Car ça peut être extrêmement difficile d’entendre leurs histoires.

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Michèle Vatz Laaroussi (Photo: Michel Caron/Université de Sherbrooke)

Il faut aussi changer le rapport au temps. Les réfugiés ne sont plus dans la survie. La résilience, c’est lorsque l’on parvient à créer des projets, s’organiser, voir l’avenir. Et pour avoir cette vision, il faut une relecture du passé. Lui redonner un sens. Surtout après avoir vécu des traumatismes à répétition.

Comment expliquez-vous que certaines personnes soient plus résilientes que d’autres ?

C’est lié au parcours de chacun. Une personne qui a vécu dans un milieu fermé et a eu des problèmes familiaux, connu la guerre ou d’autres situations difficiles aura davantage besoin de béquilles, parce qu’elle aura peu ou pas de ressources en elle. Alors que quelqu’un qui entretient de belles relations, des souvenirs positifs pourra s’appuyer plus facilement sur ses expériences pour progresser.

La capacité à être résilient varie-t-elle d’une culture à une autre ?

Je ne crois pas. Chaque culture développe ses capacités à être résilient qui dépendront de son histoire, des événements vécus.

Vous portez un intérêt particulier aux familles immigrantes et réfugiées établies en région. Les facteurs de résilience y diffèrent-ils de ceux des grandes villes ?

Les régions sont plus propices aux relations, parce que les villes y sont plus petites et les voisinages plus serrés. Contrairement aux grandes villes, plus anonymes.


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Comment les autorités publiques peuvent-elles favoriser la résilience des réfugiés ?

En améliorant les ressources mises à leur disposition. Les pouvoirs publics gagneraient à favoriser les contacts avec des humains. Pas avec des machines. Et sur le plan de l’éducation, tant pour les adultes que pour les enfants, un travail important reste à faire. Il faut accueillir ces personnes, les écouter, les reconnaître, les accompagner, leur donner un espace pour s’exprimer, et cela, sur une période suffisamment longue.

Qu’est-ce qu’on ne fait pas aujourd’hui au Québec et qu’on devrait faire pour aider les réfugiés à maximiser leur résilience ?

Se préoccuper de ce qui se passe après le premier accueil, car il reste alors beaucoup de choses à faire : favoriser les jumelages et les activités interculturelles, créer des groupes communautaires, sensibiliser les communautés locales à la diversité et au parcours des réfugiés, offrir des services sociaux et de santé à plus long terme… On doit aussi multiplier les actions menées dans les classes d’accueil et en francisation, notamment la formation des intervenants et des enseignants, en particulier dans les régions où les réfugiés arrivent nombreux.

Et donner du temps. Car la résilience exige du temps.

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