La route de la liberté

Relier les 15 villages inuits au reste du Québec, c’est le rêve de Pita Aatami, président de la Société Makivik.

Les Inuits de l’extrême nord du Québec — le Nunavik — voient grand. Leur projet le plus fou: construire une route d’au moins 2 000 km, qui relierait les 15 villages inuits au reste de la province à partir de la baie James. Une affaire de plusieurs milliards de dollars. La Société Makivik, qui veille au développement socioéconomique du Nunavik, y tient mordicus. «Cette route verra le jour, affirme Pita Aatami, président de l’organisme. Que ce soit dans 10, 50 ou 200 ans, le Nord finira par être raccordé au Sud.» En attendant, en comparaison du Grand Nord canadien, qu’un boom économique sans précédent anime, le Nunavik a presque l’air d’un ours qui hiberne. Mais Pita Aatami refuse de baisser les bras.

Comment s’annonce l’avenir des Inuits du Nunavik?
— Le marché du travail est toujours anémique, mais les choses pourraient bientôt changer, entre autres grâce au développement du tourisme et à l’ouverture possible de nouvelles mines dans notre territoire. Pour nous, c’est synonyme d’emplois. L’avenir est de moins en moins sombre…

La seule mine du Nunavik, la mine de nickel Raglan, emploie surtout des travailleurs de l’Abitibi. Qu’attendent les Inuits pour y prendre leur place?
— Le problème de Raglan, c’est sa situation géographique, à une centaine de kilomètres des villages les plus proches. Les travailleurs doivent y passer des semaines, souvent sans pouvoir mettre le nez dehors. Les Inuits ont du mal à s’y habituer. Par contre, il se peut qu’une nouvelle mine voie le jour près d’Aupaluk, dans la baie d’Ungava. Les employés pourraient revenir à la maison après leur quart de travail. Je suis certain que les Inuits seront nombreux à vouloir y travailler.

Pour le moment, le développement du secteur minier au Nunavik ne vous apporte pas grand-chose…
— Au contraire. Pendant les premières années d’exploitation de la mine Raglan, son propriétaire, Falconbridge, a financé la construction d’une église et l’agrandissement de l’école de Salluit, ainsi que la construction d’un centre récréatif à Kangiqsujuaq. De plus, une partie des profits de la mine nous sont versés en guise de dédommagement pour l’exploitation de notre territoire.

Le coût de la vie est deux fois plus élevé au Nunavik que dans le reste du Québec. Entrevoyez-vous une façon de ramener le prix des biens de consommation à un niveau plus raisonnable?
— La plupart des produits que nous consommons sont acheminés par avion. Les frais sont énormes. Par exemple, la construction d’un bungalow de deux chambres à coucher peut coûter jusqu’à 250 000 dollars. Pour nous, il n’y a qu’une solution: relier tous nos villages par une route qui se rendrait jusque dans le sud de la province.

Vous imaginez les coûts de construction d’une telle route?
— Des milliards de dollars! Nous négocions d’ailleurs un plan de développement économique du Nunavik avec les gouvernements fédéral et provincial. La construction de la route en fait partie, tout comme celle des 800 maisons qui nous manquent actuellement.

La majorité des Québécois du «Sud» ne connaissent pas le Nunavik. Quels efforts fournissez-vous pour stimuler votre industrie touristique?
— Nous voulons mettre en valeur la richesse de notre faune et de notre flore. C’est pourquoi Makivik a fondé, en 2005, Expéditions Croisière Nord, qui propose des croisières dans le Grand Nord du Québec et du Canada. Depuis notre fondation, nous avons fait découvrir le Nord et la culture inuite à près d’un millier de personnes.

Il y en aurait encore plus si le prix des billets d’avion n’était pas si élevé! Traverser la moitié du globe jusqu’en Australie coûte moins cher qu’aller à Salluit…
— Air Inuit sert une population de 10 000 personnes. Difficile d’offrir des billets à un prix concurrentiel avec si peu de clients. Nous tentons donc de voir comment abaisser les coûts du transport au Nunavik. Nous offrons depuis peu des tarifs spéciaux pour les touristes, en espérant que le nombre de visiteurs augmentera. Cela devrait nous permettre de réduire encore le prix des billets.

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