La route de la Nouvelle-France

Quand on pense à la Nouvelle-France, on pense d’abord à Québec, à l’île d’Orléans, au chemin du Roy. Mais pourquoi pas à la Montérégie ? De Kahnawake au fort Chambly en passant par le Vieux-La Prairie, cette région préserve la mémoire d’une époque mouvementée de notre histoire.

Pour se dépayser, pourquoi ne pas commencer par le pow-wow que les Mohawks de Kahnawake organisent tous les ans ? Les 11 et 12 juillet, cette réserve de 8 000 habitants plantée au pied du pont Mercier sera envahie par des milliers de visiteurs venus assister au concours de danse, qui constitue le clou de ce rassemblement. Au son des tambours et des chants, vous verrez la danse de la fumée et pourrez participer à la danse intertribale (les non-autochtones sont les bienvenus), ou encore vous régaler de banique, de sandwichs au saumon, de soupe au maïs et d’autres spécialités autochtones.

Mais Kahnawake a beaucoup plus à offrir. Alors ne vous laissez pas arrêter par quelques tracasseries. Par exemple, vous devrez sans doute demander votre chemin, car aucun panneau n’indique le nom des rues. Et peut-être refusera-t-on de vous répondre en français. En effet, la plupart des Mohawks préfèrent qu’on les aborde en anglais, et leur réaction peut varier de la cordialité sincère à la méfiance profonde.

Vous serez inévitablement attiré par le sanctuaire Kateri-Tekakwitha, du nom de cette jeune héroïne iroquoise déclarée bienheureuse par Jean-Paul II. Derrière le sanctuaire, donnant sur la Voie maritime, s’élèvent encore quelques murs du vieux fort Saint-Louis. Construit en 1725, il fut le témoin d’une vieille alliance entre les Français et les Iroquois, qui gardaient le sud-ouest de la colonie, la protégeant contre les Anglais, puis contre les Américains.

« C’est fini, la crise d’Oka, les touristes n’ont pas à s’inquiéter », dit Tommy Deer, agent de liaison au centre culturel Kanien’kehaka Raotitiohkwa, qui présente une exposition de photos et un petit musée d’art autochtone. Ne vous attendez cependant pas à assister à des cérémonies ou à des danses spéciales, à part au pow-wow, ou encore à visiter un « village indien ». « Les activités trop touristiques, ce n’est pas tellement notre genre », dit Tommy Deer, qui précise que les samedis soir, le tournoi de crosse présenté à l’extérieur — vieille passion iroquoise — attire toujours beaucoup de monde.

Pas très loin de Kahnawake se trouve le Vieux-La Prairie, un des trois lieux les plus anciens de la Rive-Sud, avec Longueuil et Boucherville. Sa fondation remonte à 1647. Le plan des rues, en trapèze, correspond au tracé de l’ancienne palissade — les Laprairiens les plus âgés appellent encore ce quartier « le Vieux-Fort ». La palissade n’est plus là ni le vieux fortin — qui servit à repousser les Anglais en 1691—, mais il se dégage de ce quartier l’impression d’une présence très ancienne.

Le Vieux-La Prairie, où l’on vient de faire des fouilles archéologiques importantes, se distingue par sa variété architecturale : pas une maison ne ressemble à une autre. Le grand incendie de 1846 a détruit tous les bâtiments originaux — il ne subsiste qu’une maison de l’Ancien Régime —, mais le cachet des rues Saint-Ignace et Sainte-Marie est unique au Québec. « Le Vieux-La Prairie n’est pas un musée, il est habité », dit Gaétan Bourdages, vice-président de la Société d’histoire du La Prairie-de-la-Magdeleine, qui ouvre un petit musée l’été dans ses bureaux de l’ancien marché. « Le quartier forme une sorte d’îlot entre le boulevard Taschereau et la 132, cette route qui nous a coupés du fleuve. »

Par la 132 Est, puis la 112 Est, vous pourrez ensuite filer à la dernière étape du circuit de la Nouvelle-France : le fort Chambly. Cette petite forteresse à la Vauban, construite au-dessus des rapides de la rivière Richelieu, à Chambly, vous renseignera sur la vie de garnison dans un avant-poste de la colonie et sur l’importance de cette route commerciale qu’était le Richelieu. « C’est le plus important vestige du Régime français à l’est de Québec », dit Jean Longpré, agent de communication au Lieu historique national du Canada du Fort-Chambly.

Parmi les activités estivales offertes, on peut observer le travail des artisans, assister à des exercices militaires ou visiter les chemins de ronde avec un guide. Les plus jeunes pourront revêtir l’uniforme des soldats du régiment de Carignan-Salières. Et si vous en avez le loisir, apportez votre pique-nique : au bord des rapides, à l’ombre des murailles de cette sentinelle de pierre, vous vous surprendrez à guetter le passage des canots chargés de fourrures…

 


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