La solution internationale

Les écoles publiques qui réussissent le mieux offrent souvent le programme d’éducation internationale.

photo: Caty
photo: Caty

« On a du plaisir à apprendre. Nos profs sont motivés et motivants: ils savent mettre une touche de folie dans leurs cours », déclare Maxime Richard, 15 ans, t-shirt immense, anneau à l’oreille et cheveux dressés au gel.

L’École d’éducation internationale de Laval entame sa septième année d’existence. Elle a décerné l’an dernier ses premiers diplômes, et fait donc son entrée au palmarès. Et quelle entrée: 17e au classement!

Les 752 élèves partagent le même toit que ceux de Mont-de-La Salle (882 élèves, 194e rang), boulevard des Prairies, à Laval. Une imposante bâtisse en pierre grise construite en 1914 et qui porte encore, au-dessus de l’entrée principale, l’ancienne inscription: Noviciat des Frères des Écoles chrétiennes.

« Notre prof de sciences nous répète qu’on n’est pas des cruches à remplir, qu’on doit comprendre », dit Joseph Dahine, 15 ans, un brun à lunettes au regard espiègle.

Nous sommes dans le bureau immaculé du directeur, Laurent Bélisle, qui fut, jusqu’à son arrivée, il y a quatre ans, directeur adjoint de l’École internationale de Saint-Hubert (1er rang). « Apprendre à apprendre est l’une des missions du programme d’éducation internationale, souligne-t-il. Comme l’acquisition de l’autonomie, de la créativité et du sens critique. »

N’entre pas qui veut dans une école internationale. Triés sur le volet, souvent premiers de classe au primaire, les élèves doivent réussir le test de sélection – comme dans les meilleures écoles privées. À Laval, seuls 170 des 500 candidats ont été admis en 1re secondaire cette année (cinq classes de 34). « Ce sont tous des élèves habitués à travailler dur, qui viennent ici par choix, soutient Laurent Bélisle. Et leurs parents savent qu’ils devront, eux aussi, s’investir. » Tous les cours sont enrichis et, pour passer d’une année à l’autre, il faut obtenir une note minimale de 70%, tant pour la moyenne générale que pour les matières de base (français, anglais, maths).

« Avoir de bonnes notes est important, dit Maxime, mais ici ce n’est pas la seule chose qui compte. L’engagement communautaire fait aussi partie de notre formation. » C’est même un élément clé du programme d’éducation internationale (PEI). Chaque élève doit fournir en moyenne 30 heures de travail bénévole au cours de l’année – à l’intérieur ou à l’extérieur de l’école. Mais certains en font beaucoup plus. « On ne compte plus nos heures », affirme Joseph, qui a notamment travaillé dans un couvent « à laver les autos des bonnes soeurs ». Il a aussi organisé le dernier gala de fin d’année de l’école avec Maxime.

Autre point essentiel de l’éducation internationale: apprendre à l’élève à établir des liens entre chacune des matières et le monde qui l’entoure. « Cette approche transdisciplinaire constitue l’une des lignes directrices de la réforme du secondaire, dit Laurent Bélisle, ce qui sera bénéfique pour tous. » Les écoles internationales ont néanmoins une longueur d’avance – leurs professeurs aussi. « Les élèves s’impliquent beaucoup et sont très exigeants, souligne Dora Saeva, qui enseigne l’anglais en 4e secondaire. C’est ce que j’aime le plus ici: on ne peut jamais donner le même cours deux fois, il faut sans cesse l’améliorer. »

Selon le directeur, la cohabitation avec les élèves de Mont-de-La Salle est au beau fixe. Toutefois, les deux groupes se côtoient très peu. Même si la bibliothèque, la chapelle (devenue une salle de réunion) et la cafétéria sont communes, les élèves des deux programmes n’ont pas les mêmes horaires.

À 11 h 15, sur les pelouses qui entourent l’école, des gars et des filles jouent au soccer, d’autres mangent leur lunch en tête à tête à une table de pique-nique ou discutent entre amis sous les arbres. Lorsque viendra l’heure du dîner des élèves de Mont-de-La Salle, on remarquera quelques différences de style – casquettes et baladeurs sont interdits à l’École internationale. « Mais on accepte maintenant les jeans et les cheveux rouges ou bleus, dit Laurent Bélisle. La tolérance fait partie de nos principes. » L’encadrement des élèves n’en demeure pas moins important à ses yeux. « C’est un des éléments de la réussite. »

Si l’École d’éducation internationale de Laval fait une entrée remarquée au palmarès, l’école secondaire Kénogami, à Jonquière, fait de son côté une chute spectaculaire. Polyvalente hybride offrant le programme normal (600 élèves) et international (621), elle avait obtenu la 9e place au palmarès de l’an dernier. Or, elle se retrouve cette année en 81e position. Pourquoi un tel plongeon?

« Cela s’explique facilement, répond Fernand Tremblay, le directeur général. Jusqu’à présent, seuls les élèves du programme international passaient les examens du Ministère, puisque avant, nous ne dispensions que les cours de la 1re à la 3e secondaire. » Pour l’année scolaire 1999-2000, l’école accueillait pour la première fois les élèves de la 4e secondaire du programme normal. Les notes de ces élèves ont donc été comptées avec celles des élèves des 4e et 5e secondaire du programme international. D’où l’importante baisse dans le classement. Cette année, on offrait aussi la 5e secondaire du programme normal.

Directrice adjointe et coordonnatrice du PEI, Danielle Racine n’est pas surprise non plus: « Les élèves de notre programme international réussissent toujours aussi bien. Et, tout compte fait, nous conservons une position très honnête. » Depuis janvier 2000, l’école accueille aussi 70 élèves en difficulté d’apprentissage, présentant un handicap léger, moyen ou lourd, intellectuel ou physique. « Nous offrons ainsi trois écoles en une, dit Danielle Racine, et formons une communauté éducative qui ressemble à la vraie vie. »

Plutôt que de se préoccuper du classement, les deux responsables préfèrent miser sur l’effet d’entraînement du PEI sur le programme ordinaire en adoptant certains concepts du premier dans le second. « Le savoir-faire s’échange progressivement, dans un esprit de complémentarité », dit Fernand Tremblay. Les élèves de 1re et 2e secondaire du programme ordinaire ont maintenant accès au « portfolio », document qui suit l’élève durant tout son secondaire, y réunissant ses plus belles performances. Il était jusqu’ici réservé aux élèves du PEI. « C’est un facteur de réussite et de continuité », affirme Fernand Tremblay. Le service communautaire deviendra lui aussi peu à peu accessible à tous.

Y a-t-il de la jalousie entre les uns et les autres? « Des frictions peuvent exister, admet Danielle Racine, mais elles sont de plus en plus rares. Reste une saine compétition que l’on a tendance à encourager. »

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