La vie en 2013, un casse-tête ?

La vie se complexifie à la vitesse grand V, dit-on. Ce n’est pas une illusion…

Ill : Benoit Tardif

Quand on demande à François Gamonnet si la vie est vraiment plus complexe qu’avant, le consultant en gestion de temps éclate de rire. « Sans aucun doute ! Il y a plus de complexité depuis 20 ans, et encore plus depuis 10 ans. Et ce qu’on a vécu dans les 10 dernières années, on va le vivre dans les 5 pro­chaines ! Tout va de plus en plus vite. »

Depuis les années 1980, François Gamonnet a aidé plus de 30 000 employés à être plus efficaces au travail. Une formation populaire dans un contexte où on doit gérer de plus en plus d’informations, d’interactions, de tâches et d’outils complexes, « dont 80 % des gens ne connaissent que 20 % du potentiel d’utilisation », dit-il. Et nous n’avons toujours qu’une seule tête et des journées de 24 heures !

Le sociologue Simon Langlois, professeur à l’Université Laval, connaît bien le défi de la rapidité créé par les technologies qui permettent la communication instantanée. Ses étudiants s’attendent à recevoir une réponse à leur courriel dans l’heure. Sinon, ils rappliquent !

La complexité, explique-t-il, a pris racine dans la société de consommation qui se développe en Occident depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. « Avec la quantité de produits et services offerts, les multiples possibilités nous donnent l’impression de manquer de temps pour tout faire, tout lire, tout voir. Pas étonnant qu’on ait le sentiment que nos vies ne nous appartiennent plus ! »

À la multiplication des décisions s’ajoutent la rapidité avec laquelle nous devons faire des choix et le phénomène du multitâche. « On peut vite se sentir dépassé quand on tente d’accomplir plu­sieurs tâches en même temps. D’autant plus qu’on est souvent interrompu par le cellulaire et les messages », explique Diane-Gabrielle Tremblay, professeure à l’École des sciences administratives de la TELUQ et titulaire de la Chaire de recher­che du Canada sur les enjeux socio-organisationnels de l’économie du savoir.

Tant les hommes que les femmes ont des responsabilités au travail, où l’on tend à imposer à tous plus de tâches de gestion. Et ils cumulent aussi des obligations envers leurs enfants, leurs parents vieillissants et même leurs amis.

« Et on veut tout », dit François Gamonnet, même une « carrière personnelle » : être en couple – et amoureux ! -, voyager, avoir des enfants… « Dans les familles éclatées, il faut presque Outlook pour orga­niser les fêtes et anniversaires. »

De simples loisirs ont un fort coefficient de complexité, poursuit-il. « Avant, on pouvait se contenter d’aller marcher. Aujourd’hui, on veut faire du ski, du vélo, du patin, etc., des activités qui nécessitent souvent des équipements élaborés, un horaire et des déplacements. Voilà qui vous complique un week-end ! »

L’impression de complexité s’explique aussi parce que les repères s’étiolent, souligne Simon Langlois. « Les structures d’autorité sont de moins en moins marquées, que ce soit l’autorité de l’État, du patron, du parent ou de l’école ! L’individu devient donc plus responsable de ce qu’il fait, ce qui est angoissant. »

Sans compter que, dans une société du jetable, on est incité à changer souvent de partenaire, d’emploi, de maison… Et à peine atterri sur les étagères, un produit est remplacé par un autre, ce qui modifie les habitudes. « À toutes les époques, les humains se sont adaptés au changement. Il y a 2 000 ans, les Grecs se plaignaient des façons de faire de leurs enfants, rappelle Simon Langlois. Mais aujourd’hui, le changement s’accélère. »

À l’heure du capitalisme mondialisé, l’intérêt des fabricants est de vendre plus de produits. L’innovation est devenue le nerf de la guerre et ce n’est pas près de ralentir, selon François Gamonnet. « Nous sommes dans un contexte de concurrence, ce qui force toujours la nouveauté. Aviez-vous demandé qu’on invente l’iPad et les réseaux sociaux ? Non. Mais il y en aura bien d’autres innovations comme celles-là. Bienvenue à l’ère du changement permanent. »