La vie en solo : les 8 pistes de réflexion de Marie-France Hirigoyen, psychanalyste

Psychanalyste et psychiatre, la Française Marie-France Hirigoyen s’intéresse, dans Les nouvelles solitudes (Hachette Livre, 2008), à un phénomène social caractéristique de la fin du XXe siècle et de ce début de XXIe siècle : la « précarisation » des rapports entre les individus.

La vie en solo : les 8 pistes de réflexion de Marie-France Hirigoyen, psychanaly
Photo : Bigscouty’s

Psychanalyste et psychiatre, la Française Marie-France Hirigoyen s’intéresse, dans Les nouvelles solitudes (Hachette Livre, 2008), à un phénomène social caractéristique de la fin du XXe siècle et de ce début de XXIe siècle : la «précarisation» des rapports entre les individus.

« Alors que nous sommes dans une ère de communication, que les interactions entre les individus sont permanentes, parfois même envahissantes, de nombreuses personnes ont un sentiment douloureux de solitude. Et, dans le même temps, d’autres, de plus en plus nombreuses, font le choix de vivre seules. On est face à un paradoxe : un même terme renvoie à la fois à la souffrance et à une aspiration de paix et de liberté », indique la spécialiste en guise d’introduction à son ouvrage.

Marie-France Hirigoyen a partagé avec L’actualité quelques pistes de réflexion qui permettent à la fois de mieux comprendre et de dédramatiser la vie en solo. Les voici.


1- « Célibat » ne veut pas dire « esseulement ».

Bien au contraire ! La vie de célibataire permet d’être disponible pour de nouvelles rencontres : on est amené à parler à des inconnus et à aller vers des personnes dont les goûts et les intérêts sont très diversifiés. En couple, même non fusionnel, on a tendance à se replier sur le noyau domestique, à moins voir ses amis, alors que le célibataire, lui, aura tendance à vivre sa vie affective à l’extérieur de la maison. Cela permet une vie sociale et culturelle plus riche, plus ouverte sur les autres, avec la possibilité de faire du bénévolat ou de s’impliquer dans des  associations.

2- Une relation intime n’est pas l’unique source du bonheur.

Le bonheur ne doit pas dépendre uniquement de l’autre. Beaucoup s’imaginent que l’amour va mettre fin à leur solitude, mais c’est au contraire la capacité d’être seul qui permet la disponibilité à l’amour, le vrai – on ne parle pas ici du coup de foudre passager.

3- On confond trop souvent amour et dépendance.

Pour entretenir une relation riche et épanouissante avec quelqu’un, il importe de garder une distance suffisanteavec cette personne, de ne pas être dans la fusion. Accepter la solitude, c’est cesser de dépendre du regard de l’autre, assumer la responsabilité de ce que l’on est, et compter sur soi (et non sur les autres).

4- À notre époque, le luxe, c’est l’espace.

On veut trop souvent faire croire aux personnes qui se plaignent d’être seules que leur sentiment de solitude provient d’un manque de communication et on leur suggère de l’escamoter en se remplissant d’informations, de consommation, d’échanges virtuels. Le virtuel donne l’illusion d’une relation, mais il isole s’il ne laisse pas la place à la vraie vie. Ce n’est pas parce qu’on échange des informations que l’on communique vraiment.

5- Une dose de solitude est nécessaire à chacun.

Quand on est hyperactif dans son travail, on peut avoir besoin de se recentrer pour se sentir exister. Dans une société où on est en permanence dans la rapidité et l’efficacité, le danger serait de rester dans la superficialité.

6- La solitude permet de retrouver son intériorité.

La crainte de la solitude et du silence crée une société sans profondeur. C’est à travers les difficultés de la solitude que l’on fait l’apprentissage de l’autonomie et de l’acceptation de soi. La solitude aiguise le regard, elle est clairvoyance.

7- La solitude est source de créativité.

Les créateurs ont besoin de solitude, car ils vont chercher à l’intérieur d’eux-mêmes la matière pour leur œuvre. C’est également vrai pour chacun de nous : la solitude nous permet de réfléchir, d’affermir notre pensée, de développer notre singularité.

8- C’est dans l’enfance que s’apprend la capacité d’être seul.

Si, enfant, on n’a pas appris à être seul, on risque – en cas de séparation ou d’échec relationnel – de confondre la souffrance de la séparation et la solitude. Ceux qui ont eu la chance d’avoir une mère suffisamment disponible, mais sachant aussi s’absenter, savent mieux que les autres supporter la solitude sans angoisse. Malheureusement, à notre époque, beaucoup de mères, craignant que leurs enfants s’ennuient, les envahissent de leur présence ou remplissent leur emploi du temps d’activités, d’agitation.

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