La vie en solo

Au 21e siècle, vivre seul n’est plus une calamité. Au contraire, c’est un mode de vie auquel adhèrent de plus en plus de gens. Et les Québécois en sont les champions canadiens ! Analyse d’un phénomène.

La vie en solo

Photo : Christian Blais

L’enfer, c’est les autres. Et le paradis, alors ? Il se trouve au Québec, si l’on se fie aux données du dernier recensement de Statistique Canada. Menez votre propre enquête et allez cogner aux portes. Vous verrez que dans la Belle Province, près d’un ménage sur trois est composé d’une seule personne. Pas de coloc qui vide le carton de lait sans le remplacer. Pas de conjoint pour faire la morale quand on rentre passés les 12 coups de minuit. Pas d’adolescents pour transformer la salle de bains en zone sinistrée. Le bonheur !

Partout en Occident, de plus en plus de gens optent pour la vie en solo. Surtout dans les grandes villes. Et Montréal se classe parmi les capitales canadiennes du genre, avec 40 % des ménages qui ne comptent qu’une seule personne – surtout dans les quartiers centraux. Le Plateau-Mont-Royal fait figure de Mecque (53 % des ménages), talonné par Rosemont-La Petite-Patrie (47 %).

Québec (37 % de ménages solos), Trois-Rivières (35 %) et Rimouski (35 %) ont leur place au palmarès. À Toronto, seulement 30 % des logements sont habités par une seule personne. À Halifax, c’est 28 %, et à Calgary, 26 %. En fait, seule Vancouver rivalise avec Montréal, avec 38 % de ménages solos.

Les Québécois ne sont pas particulièrement individualistes, assure Daniel Gill, urbaniste et professeur à l’Université de Montréal. « C’est simplement qu’au Québec les logements coûtent moins cher », avance-t-il. Car vivre seul n’est plus une calamité. C’est devenu un luxe !

L’homme de théâtre Edgar Fruitier le dit sans ambages : les moments les plus forts de sa vie, il les a vécus seul. Enfin, pas tout à fait. « Je ne suis jamais seul, corrige-t-il. J’ai la musique. » Il a bien partagé une maison avec sa sœur jusqu’au décès de celle-ci, en 2003, mais chacun à son étage. « On se retrouvait pour les repas », raconte le mélomane, qui vit pour ainsi dire dans sa discothèque. « Un jour, ma sœur est entrée dans ma pièce sans avertir, pensant qu’il y avait un incendie. Je lui ai dit sèche­ment qu’on n’interrompait pas Mozart, même en cas de feu. Je ne crois pas qu’avec ce genre d’attitude j’aurais survécu très long­temps dans une relation de couple ! »

Victoria Lord, 26 ans, profite aussi d’un cocon bien à elle dans Hochelaga-Maisonneuve. Elle fréquente son chum depuis un an, mais n’est pas pressée d’emmé­nager avec lui. « J’aime avoir ma bulle et je n’ai pas envie de partager tous les aspects du quotidien, comme les courses ou le ménage », raconte celle qui travaille comme retoucheuse de photos pour des magazines. « Quand on se voit, c’est parce qu’on en a vraiment envie. Si jamais je décide d’avoir des enfants, ce sera différent, mais pour l’instant, ce mode de vie me convient très bien. »

Contrairement à cette jeune femme et à ce mélomane qui acceptent de témoigner au grand jour, beaucoup de « solos » interviewés nous ont dit que leur amour de la solitude incluait le bonheur de préserver leur intimité, donc leur anonymat. Ils ne livrent que leur prénom, s’assurant par la même occasion, pour certains, de ne pas porter ombrage à leurs amours d’hier et d’aujourd’hui.

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SEUL DANS LA CITÉ
 % de ménages solos

Montréal
40 %
Vancouver
38 %
Québec
37 %
Rimouski
35 %
Trois-Rivières
35 %
Toronto
30 %
Halifax
28 %
Calgary
26 %

C’est le cas de Vincent, 45 ans, qui a vécu en couple à deux reprises et qui conserve encore quelques mauvais souvenirs de sa dernière expérience de cohabitation, il y a plusieurs années. Chaque dimanche où sa blonde le réveillait trop tôt avec un « bonjour » enjoué, il enrageait secrètement. « Une fois, elle a fait le « ménage » dans mes partitions, pour me rendre « service » », raconte le musicien, qui habite un appartement du Plateau. « Je lui avais pourtant dit de ne pas toucher à mon studio. »

Serions-nous devenus à ce point centrés sur nous-mêmes que nous n’arriverions plus à supporter les autres ? « La liberté et la quête de soi n’ont jamais été autant valorisées », souligne la Dre Marie-France Hirigoyen, psychiatre et psychanalyste française qui a signé, en 2008, Les nouvelles solitudes (Hachette Livre). « En même temps, on se trouve devant un paradoxe, puisqu’on nous dit que la solitude est le mal du siècle et que tellement de gens en souffrent. »

Internet ne fait rien pour arranger les choses, pense-t-elle. « Nous croyons communiquer beaucoup, mais nous le faisons le plus souvent d’une façon rapide et superficielle. Les textos, courriels et photos saturent les sites d’échange, sans plus. La véritable intimité implique la disponibilité, la capacité de déceler si l’autre va bien ou non. »

La clé du paradoxe évoqué par la Dre Hirigoyen se cacherait peut-être… dans les gènes. À l’Université de Cali­fornie à Los Angeles (UCLA), les tra­vaux menés par la psychologue Naomi Eisenberger laissent croire que cer­taines personnes seraient nées avec une prédisposition à la solitude, alors que d’autres seraient programmées pour en souffrir. « Les contacts sociaux provoquent chez l’humain la libération naturelle d’endorphines, explique la chercheuse. Dans le cerveau, ces molécules se lient à des protéines qu’on appelle « récepteurs opioïdes ». Quand la con­nexion se fait, on ressent une sensation de bien-être. »

Or, la scientifique a découvert que les récepteurs opioïdes de certaines per­sonnes étaient particulièrement sensibles. « Ces personnes retirent énormément de satisfaction des contacts humains et pourraient même vivre des périodes de sevrage lorsqu’elles sont isolées. À l’inverse, les gens dont les récepteurs opioïdes sont peu sensibles s’accommodent aisément de moments de solitude. »

Devrions-nous laisser libre cours à notre indi­vidualisme, puisque, après tout, il est ins­crit dans notre code génétique ? Pas si vite, répondent les spécialistes de la santé publi­que. Une avalanche d’études ont montré que les gens mariés vivaient plus long­temps et en meilleure santé. Ils souffriraient moins souvent de maladies cardio­vas­culaires ou de cancer. Et quand on vapo­rise dans leurs voies nasales un virus du rhume, ils sont moins susceptibles de tomber malades que les personnes seules.

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Sandra Doyon

LA ROUTE DEVANT SOI


En 10 ans, Sandra Doyon a avalé trois millions de kilomètres d’asphalte au volant d’un semi-remorque. Elle a sillonné chacune des provinces canadiennes et tous les États américains (sauf l’Alaska et Hawaï), et a même fait une incursion au Mexique.

Quand elle travaille avec une coéquipière, c’est pour aller plus loin, plus vite. « Je dors pendant qu’elle conduit et vice versa, explique la camionneuse. Des fois, on ne se parle presque pas pendant une semaine. Nous sommes chacune plongées dans notre univers. »

L’univers de Sandra est peuplé de silences, de paysages de bords de route et de personnages insolites croisés lors de livraisons. Elle publiera d’ailleurs bientôt un recueil racontant des histoires et des rencontres vécues dans ses voyages. « Mon travail occupe environ 20 % de ma tête. Le reste est disponible pour réfléchir et laisser libre cours à mon imagination. » Elle jure qu’elle ne pourrait pas occuper un emploi où toute sa concentration serait mise au profit d’un employeur. « Je dois garder un espace mental qui m’appartient. Pour moi, le camion, c’est une forme de méditation. »

(Photo : Vincent Verrier/Omusee.com)

 

Rassurez-vous, tous les solos ne mourront pas prématurément ! Les recherches de la Dre Lisa Berkman, épidémiologiste à l’Université Harvard, ont montré qu’un riche réseau d’amis pouvait parfaitement se substituer aux liens du mariage comme facteur protecteur contre diverses maladies. « Les personnes à risque sont celles qui souffrent de la solitude [loneliness, en anglais]. Or, on peut très bien vivre en solitaire et se sentir pleinement épanoui. Tout comme on peut vivre en famille et se sentir seul. »

C’est ce qu’ont constaté les sociologues Johanne Charbonneau, Annick Germain et Marc Molgat, qui ont rencontré 56 solos de 20 à 65 ans habitant les arrondissements du Plateau-Mont-Royal et de Rosemont-La Petite-Patrie. Leur enquête a fait l’objet du bouquin Habiter seul : un nouveau mode de vie ? (PUL, 2010).

Parmi leur échantillon : de jeunes hommes et femmes branchés, avides de sorties et de culture, qui repoussaient au plus tard possible le moment de leur installation en couple. Des plus vieux aussi, séparés ou divorcés, qui n’avaient aucune intention de se remettre en ménage. « Quelques-uns avaient établi une relation sérieuse, mais il n’était pas question de vivre avec leur partenaire », précise Johanne Charbonneau.

C’est ce qu’elle appelle « la liberté des choix relationnels poussée à l’extrême ». On ne choisit plus seulement avec qui on veut être en relation, mais à quel moment on veut l’être. Est-ce à dire que l’enga­ge­ment perd du terrain ? « Bien des personnes que nous avons rencontrées et qui habitaient seules tout en étant en couple ne par­laient pas beaucoup d’avenir, mais vivaient plutôt dans le présent, commente la chercheuse. Cependant, notre échantillon était très restreint. On ne peut pas faire de grande généralisation sur l’engagement. »

Parmi les 56 solos rencontrés par les socio­logues se trouvaient aussi des femmes séparées dont les enfants avaient quitté le nid familial. Plusieurs se réjouissaient de profiter enfin de leur liberté. « Elles nous ont dit : « J’ai fourni ma part, maintenant, je pense à moi » », raconte Annick Germain, également du Centre Urbanisation Culture Société de l’INRS. « Vivre seules n’était pas un choix de départ pour la majorité d’entre elles, mais la plupart s’accommodaient avec un certain bonheur de leur mode de vie. »

Eric Klinenberg renchérit. Professeur à l’Université de New York (NYU), ce socio­logue a rencontré des centaines de solos à New York, Chicago et San Francisco en vue de préparer un bouquin intitulé provisoi­re­ment Alone in America. « Même les veuves et les veufs nous disent qu’ils tiennent à vivre seuls. Évidemment, s’ils pouvaient faire revenir leur mari ou leur femme décédé, ce serait leur premier choix. Mais comme ce n’est pas possible, la majorité d’entre eux préfèrent habiter en solo. Ceux qui souhaiteraient vivre chez leurs enfants ou avec des amis sont l’exception. »

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Robert Thirsk

SEUL DANS L’UNIVERS


Quelque 350 km au-dessus de la Terre. C’est là où se trouvait Robert Thirsk, qui a passé 188 jours à bord de la Station spatiale internationale au cours de l’année 2009, avec cinq coéquipiers. Pour se préparer à vivre cet isolement extrême, l’astronaute s’est entraîné en campant dans les endroits les plus reculés de la planète. Pendant près de deux semaines, il a habité la station de recherche sous-marine Aquarius, à quelques kilomètres au large de Key Largo, en Floride, environ 20 m sous la surface de l’eau.

« Une fois dans la Station, j’étais avec cinq coéquipiers, explique-t-il. Mais il y avait des moments où je devais aller travailler pendant quelques heures dans un module isolé. Je regardais par la fenêtre et ça me frappait. Je me sentais complètement seul dans l’Univers. C’est enivrant comme sensation, mais à la fin, ça donne le vertige. Je me précipitais pour aller retrouver mes collègues. »

(Photo : Sergey Ponomarev/AP/PC)

 

À chacun des participants à l’étude, les chercheurs québécois ont demandé de calculer le nombre de personnes qui se trouvaient dans leur réseau « rapproché » et « étendu » : membres de la famille, amis, collègues, etc. Au final, ces réseaux n’étaient ni plus petits ni plus grands que ceux rapportés par la moyenne de la population. « Nos solos n’étaient pas plus isolés socialement », constate avec étonnement Annick Germain.

L’équipe a interviewé quelques solos qui vivaient en retrait, après une déception amoureuse par exemple. Certains n’avaient pas plus de six personnes dans leur réseau.

Jacques, 58 ans, correspond grosso modo au profil. Veuf et retraité du domaine de la construction, il habite à Laval (où l’on trouve 25 % de ménages solos) et ses deux enfants ont quitté la maison depuis longtemps. Il trouve les journées longues. « C’est difficile de parler à quelqu’un de nos jours. T’appelles la pharmacie pour commander des médicaments, c’est une machine qui te répond. Tu veux sortir de l’argent à la banque, c’est encore une machine. Les « pitons » ont remplacé les humains. »

Les solos qui souffrent le plus de solitude seraient, selon les sociologues, les retraités et ceux dont le budget est serré. « Ils n’ont plus de réseau social au travail et manquent de ressources pour fréquenter les lieux de culture, de rencontres, d’échange », note Annick Germain.

Mais pour un solo isolé, les sociologues ont rencontré un, voire plusieurs solos « hyper-sociaux ». « Ce sont généralement de jeunes professionnels, raconte Johanne Charbonneau. Leur horaire est « booké » des semaines à l’avance. Pour eux, l’appar­tement vide est une oasis qui leur permet de faire une coupure avec le trop-plein de leur vie sociale. »

À la Buvette de Simone, rue du Parc, à Montréal, un jeudi soir, Pascal fait défiler devant mes yeux la liste de contacts enregistrée sur son téléphone cellulaire. Des centaines de photos, d’adresses courriel et de numéros de téléphone. « Je peux appeler n’importe qui, partout dans le monde, et il n’y aura aucun malaise », m’assure ce muséologue de 39 ans en saluant deux ou trois clients qui lui envoient la main.

Quand il voyage – et il voyage sou­vent -, Pascal préfère toujours partir seul. « Ça me procure un sentiment de liberté extraordinaire. C’est comme une dro­gue. Les possibilités de rencontres sont infinies. » Ce résidant d’Outremont n’a pour­tant rien d’un Casanova, précise-t-il.

Si les solos sont concentrés dans les grandes villes, ils sont néanmoins de plus en plus nombreux en région. « On commence à voir pousser partout au Québec des lotissements de condos avec de petits appartements, qui visent clairement les ménages d’une seule personne, dit François Renaud, analyste à la Société d’habi­tation du Québec. C’est le cas en Gaspésie, qui avait été épargnée jusqu’à tout récemment. »

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Derek Hatfield

UN HOMME À LA MER


La solitude, Derek Hatfield connaît. De l’automne 2002 au printemps 2003, il a parcouru 53 000 km à la voile en solitaire, prenant part à la course Around Alone. Le capitaine du Spirit of Canada voguait de 20 à 30 jours d’affilée, puis prenait des pauses de deux semaines. En 2008, il a repris la barre pour le Vendée Globe. Des problèmes techniques ont forcé son retrait à la moitié du parcours, après 50 jours de course (sans escale). Cet automne, il larguera les amarres une fois de plus pour participer à la course Velux 5 Oceans, qui devrait le mener autour du globe.

« L’isolement, c’est le plus difficile. Nous sommes entièrement livrés à nous-mêmes, face à la mer et aux tempêtes. J’ai vu des gars s’effondrer en larmes pendant les courses. » Père de quatre enfants, dont deux en bas âge, le marin dit s’ennuyer à mourir de sa famille pendant ces longs mois d’absence. Mais l’appel du large est plus fort. « Et la récompense est d’autant plus grande quand on termine une course. Parce qu’on sait qu’on y est arrivé tout seul. »

(Photo : Andrew Vaughan/PC)

 

Nicole, 65 ans, a vécu seule la majeure partie de sa vie. Infirmière à la retraite, elle a quitté Montréal pour les Lauren­tides à la fin des années 1990 (on trouve 32 % de ménages solos dans la MRC des Pays-d’en-Haut). « Plus jeune, j’ai habité avec un homme pendant sept ans. Il travaillait de la maison. Chaque fois que je rentrais de l’hôpital, il était là ! J’étouffais. De plus, il voulait des enfants. Je voyais ça comme un boulet qui allait enchaîner ma liberté. »

Sa grande fierté l’an dernier : avoir réussi à installer son abri Tempo toute seule, sans demander l’aide de l’homme qu’elle fréquentait à ce moment. « Je ne m’ennuie jamais », souligne cette ricaneuse qui participe à des activités organisées par des clubs de ski et de randonnée.

Pour les économistes, l’explosion des ménages solos est une excellente nouvelle. « Ils voyagent plus et consomment davantage de produits culturels que les jeunes parents, par exemple », note Benoit Duguay, professeur à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM. « Ce sont aussi de grands utilisateurs de ce qui fait la vie de quartier : cafés, bars, restaurants, etc. »

Annick Germain, du Centre Urbanisation Culture Société de l’INRS, va encore plus loin. Sans les solos, le Plateau-Mont-Royal ne serait pas tout à fait ce qu’il est aujourd’hui. « Le quartier incarne maintenant un nouveau mode de vie, qui s’étend vers d’autres espaces », dit-elle.

Cécile Gladel, 43 ans, blogueuse et journaliste, ne se sent jamais seule dans son quartier de Rosemont. « C’est comme si j’avais une grande chambre et que le quartier était ma maison. » Elle connaît tous les commerçants du coin, plusieurs voisins aussi, solos ou non. L’un utilise sa machine à laver, un autre profite de sa cafetière. Régulièrement, la bande organise des soupers communautaires. « C’est une famille nouveau genre », dit-elle.

Les sociologues et les économistes n’ont pas que des fleurs à lancer aux solos. « On parle souvent de crise du logement, note Johanne Charbonneau. Quelqu’un va-t-il finir par le dire : les ménages d’une seule personne en sont les grands responsables ! » dit-elle en riant. Si tous les solos emménageaient avec un amoureux ou un coloc demain matin, les logements se libéreraient à la tonne dans les grandes villes. Les loyers fondraient aussi vite.

Les environnementalistes se mettent de la partie. Joanna Williams, spécialiste du développement durable au University College de Londres, a calculé que dans cette ville les solos consommaient en moyenne 55 % plus d’électricité et 61 % plus de gaz qu’une personne partageant un logement avec trois autres locataires. Après tout, chauffer ou climatiser un sept-pièces ne requiert pas quatre fois plus d’énergie qu’un trois-pièces.

Toujours selon les calculs de Joanna Williams, les solos généreraient environ 60 % plus de déchets qu’une personne faisant partie d’une famille de quatre. « Qu’on habite seul, en couple ou en famille, certains achats de base demeurent les mêmes, explique la chercheuse. On se paie un téléviseur, un canapé, un abonnement au journal, etc. »

Il faut faire attention avec cette étude, prévient Eric Klinenberg, de la NYU. « On ne tient pas compte du fait que beaucoup de solos habitent de petits appartements dans les quartiers centraux et sont de grands utilisateurs des transports en commun. Si on les compare aux ménages de quatre personnes qui vont s’installer en banlieue, avec deux voitures, une grande pelouse et tout le tralala, ils ne s’en tirent pas si mal pour ce qui est de l’empreinte écologique. »

Johanne Charbonneau, pour sa part, s’inquiète d’une certaine insouciance observée chez les solos. « La plupart de ceux que nous avons rencontrés ont d’excel­lents réseaux sociaux. Mais quand on tombe malade, il faut que les liens soient drôlement solides pour qu’un ami ou un collègue laisse tomber ses activités afin  de venir prendre soin de nous. Certains pourraient se retrouver seuls s’ils se butaient à des pépins majeurs. Seuls, dans le sens le plus péjoratif du terme. »

TÉMOIGNAGES >>

En famille, avec des colocs, avec son amoureux… Sophie Galipeau, 30 ans, a goûté à tous les modes de cohabitation ou presque. Depuis deux ans, elle vit seule dans le quartier La Petite-Patrie, à Montréal. « J’aime avoir un espace qui m’appartient, souligne l’édimestre du site radio-canada.ca. Même si c’est plus exigeant financièrement, je préfère de loin ne pas avoir de coloc. Selon mon expérience, on passe un temps démesuré à discuter « ménage » par rapport à l’importance que ça a dans la vie. »
Le plus difficile : l’heure des repas. « Mais j’ai fini par m’habituer. Et quand j’ai envie de cuisiner une grosse bouffe, j’invite des amis. Je suis toujours bien entourée. »

   

Pascal Yelle, 39 ans, est célibataire depuis cinq ans. Il n’exclut pas la possibilité de se remettre en couple, mais savoure pleinement sa vie de solo entre-temps. « Quand je rentre chez moi, j’enlève mes runnings, je mets ma camisole, allume la télé, mets de la musique et lis le journal en même temps », raconte l’artiste du numérique, qui travaille aussi à la pige pour des agences de publicité et comme professeur au collège Salette. « Je ne dérange personne et personne ne me dérange. J’ai la paix ! »
Avant de laisser qui que ce soit déposer sa brosse à dents dans son appartement du centre-ville de Montréal, il y pensera à deux fois. « Vivre seul, c’est un luxe que tu peux te permettre quand tu arrives dans la trentaine. »

 

Photos : Christian Blais

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UN MONDE POUR SOLOS

 


Libre-service

On a renoncé depuis longtemps aux conversation­s anodines avec la caissière lorsqu’on veut retirer quelques billets à la banque. Les guichets automatique­s gèrent maintenant la vente d’essence, de billets de cinéma et de métro. Et les caisses libre-service font leur entrée dans les supermarchés. Certains propriétaires de bars songeraient même à installer des bornes de remplissage automatique des verres de bière, activées par carte de crédit. (Photo : iStock)

 


Chacun dans sa bulle

Keith Hampton, professeur à l’Université de Philadelphi­e, a observé à leur insu des centaine­s d’utilisateurs des technologies de l’information dans les lieux publics de New York, Philadelphie, San Francisco et Toronto. « Ceux qui surfent sur Internet, dans un café par exemple, restent relativement en contact avec l’entourage. Ceux qui parlent au téléphone cellulaire le sont beaucoup moins. Mais les pires sont ceux qui ont un iPod vissé aux oreilles. Ils sont totalement dans leur bulle. » (Photo : iStock)

 

Un peu de compagnie
Le designer allemand Stefan Ulrich a conçu un coussin antisolitude qu’on peut placer dans son lit. Pourvu de muscles artificiels, Funktionide se gonfle et se dégonfle légèrement, simulant la respiration d’un humain endormi. En prime : il ne tire jamais les couvertures. (Photo : B. Corcilius/www.eltopo.de)

 


Wii je le veux !

Fini les sorties au club de quilles, de tennis ou de golf. Avec les consoles de jeux vidéo comme la Wii, on peut remplacer son partenaire habituel par un avatar qui nous renvoie la balle ou se hérisse quand on lui envoie un coup bien placé. Sur une note plus positive, à l’Hôpital Louis-H. Lafontaine, on a noté qu’inviter des patients âgés à participer à des séances de quilles sur la Wii était une excellente façon de favoriser la socialisation. (Photo : iStock)

 

 

324 amis Facebook
Les technologies de l’information nous rapprochent-elles plus qu’elles ne nous isolent ? C’est là la question. Keith Hampton, professeur à l’Université de Philadelphie, croit que les sites de réseautage personnel abolissent les obstacles à la communication. En effet, il est souvent plus facile d’envoyer un message électronique à son voisin que d’aller frapper à sa porte. « Mais il n’y a pas de miracle. Si vous n’êtes pas sociable dans la vie en général, il y a peu de chances que vous ayez un réseau très actif dans Facebook. » (Photo : iStock)