L’amour à travers les masques

Nous sommes passés à travers beaucoup de choses en couple déjà, je n’avais pas mis sur la liste « traverser une pandémie main dans la main ». Mais il semble que nous soyons en train de le faire.

Photo : L'actualité

Ils veulent qu’on fasse l’amour avec un masque. Comme dans Eyes wide shut. Mais version pandémie. Ils tergiversent, hein, depuis le début avec cette histoire de masque. Est-ce que ça marche, est-ce que ça marche pas ? On vient qu’on ne sait plus. Ce matin encore je voyais circuler un article qui remettait en question son efficacité. Je roule des yeux. Décidez-vous ! Déjà que le Dr Arruda a passé une dizaine de conférences de presse à nous expliquer entre les lignes qu’on est trop nonos pour manipuler un masque ! Oui, c’est ça qu’il voulait dire. Il nous regardait comme je regarde mes enfants quand ils ont décidé de faire la cuisine… Ça va pas marcher.

Mais là, je l’ai vu le petit tableau aux nouvelles qui nous expliquait comment faire l’amour au temps de la COVID et je n’ai pas trouvé ça très réaliste. J’aimerais surtout voir le cadet à vélo qui va aller taper dans la fenêtre des amants qui ne portent pas leur masque. Suivre leurs consignes, ça fait un peu coït de coquerelles.

Comment va votre couple ? J’habite chez mes parents. À 38 ans. Je me suis enfuie chez eux pour survivre à cette période sans école. Ils me sauvent la vie. Ils sauvent peut-être même mon couple. Évacuer son stress sur l’autre est toujours tentant. Et, je ne sais pas si vous avez remarqué, mais nous avons vécu un peu de stress récemment. Je vois bien sûr des couples qui se déchirent. Je ne sais pas qui va y laisser sa peau, mais c’est très difficile de rester raisonnable et de bonne humeur quand tout s’écroule. C’est facile de perdre espoir. C’est normal aussi de vouloir se replier sur soi-même. Je sais que j’ai ce réflexe et il n’est sûrement pas rare. Se mettre, en cas de danger, à se méfier des autres.

Des autres, jusqu’à ceux qui nous aiment. S’avancer à tout remettre en question. À ne plus savoir si ce qu’on a bâti vaut quelque chose. À ne plus savoir qui on est. Élever des enfants à deux était déjà, en temps normal, tout un défi. Dans la détresse, c’est tentant de se mettre à haïr l’autre. De lui faire porter l’ensemble de nos tracas. De se mettre à fantasmer sur une vie imaginaire où on recommencerait tout. On fuirait.

Ça fait 13 ans que je suis en couple. C’est la plus belle aventure de ma vie. J’ai l’impression d’avoir commencé à vivre à 25 ans, quand je l’ai rencontré. Nous sommes passés à travers beaucoup de choses déjà, je n’avais pas mis sur la liste de nos projets « traverser une pandémie main dans la main », mais il semble que nous soyons en train de le faire. Nous naviguons parfois dans des zones très fragiles, des zones où l’élastique est étiré à son ma-xi-mum. Mais chaque fois, même quand la tension est à son paroxysme… nous semblons parvenir à nous défaire de la situation et à revenir au calme. Ça prend parfois des jours, voir des semaines pour réinstaller un rythme, trouver des solutions à nos problèmes, parfois nous semblons nous trouver dans des cul-de-sacs dans lesquels il fait plus noir qu’au fond d’un ours.

Mais l’amour, que voulez-vous. L’amour qui subsiste en-dessous de tout. Comme le lit d’une rivière tranquille. Qui sait tout simplement par où elle coule. L’amour qui est là mystérieusement, entre deux êtres, c’est lui qu’il faut suivre, cet amour qui se lit dans une face même quand on porte un masque.

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Voici quelques semaines, une cousine qui vit dans l’Est de la France me racontait comment son fils qui habite Paris — marié et père de deux enfants -, était retourné pour se confiner chez elle, avec donc papa et maman. Sa belle-fille est aussi allée se confiner chez ses propres parents avec leurs deux enfants.

Ces « jeunes gens », de la génération de Léa Stréliski ont choisi une façon à priori plutôt singulière — pour préserver leur couple -, en se séparant.

En d’autres temps, même si le rafiot prenait l’eau, la cellule familiale serait restée soudée envers et contre tout, on aurait coulé en groupe ou survécu en groupe. Si la famille survivait, elle n’en serait devenue que plus forte. Forgeant par le fait-même son histoire et sa résilience.

En d’autres époques encore, ce genre de questions existentielles ne se seraient même pas posées, puisque enfants, parents, grands-parents et parfois trisaïeuls partageaient le même toit.

Sous d’autres cieux ou encore en d’autres époques, c’est la tribu qui fait loi, les humains restent regroupés en tout temps. Les choses se font et se défont au sein du groupe. Au gré des circonstances heureuses ou malheureuses vécues par la communauté.

Ce qui m’étonne, c’est que les parents deviennent le seul rempart encore tangible face à l’incertitude de la vie. Comme si le couple ou le mariage était une sorte « d’entre deux » optionnel ou facultatif entre la naissance, l’enfance, la vie adulte puis finalement le trépas.

Il n’y a jamais que les premières amours qui ne s’oublient pas. C’est dommage qu’elles ne durent pas. Lorsque tout se résume désormais, quant à savoir s’il fait porter le masque ou pas le condom.

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