L’anglo dans une boîte

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Josh Freed

Il y a en ce moment une exposition controversée dans un musée de Berlin. Elle présente une personne assise dans une boîte de verre.

L’exposition, qui s’appelle Le Juif dans une boîte, est organisée par le Musée juif de Berlin pour examiner les stéréotypes.

Les visiteurs peuvent y étudier « le Juif » comme un animal de zoo et lui poser des questions personnelles, ou même provocatrices.

C’est délicat, mais je pense que cette idée est exactement ce dont nous avons besoin au Québec — sauf que notre exposition devrait porter le nom de L’anglo dans une boîte.

Les discours du PQ et les débats sur le projet de loi 14 ont créé toutes sortes de tensions et de malentendus entre les communautés francophone et anglophone, mais tout cela pourrait être amélioré par une simple exposition de ce genre.

Malheureusement, nous n’avons plus de musée anglo depuis la fermeture du magasin Eaton. Alors, pourquoi ne pas présenter cette exposition aux spectateurs francophones directement dans leur nouvelle Mecque du magasinage : l’énorme centre commercial du quartier DIX30, à Brossard ?

Après tout, c’est un endroit où on n’aperçoit presque jamais d’anglos… et encore moins d’anglos dans une boîte !

Imaginez une de ces vastes salles de montre où l’on présente habituellement des voitures Hyundai, mais où, au lieu d’une automobile, on trouverait un anglophone assis dans une cabine en verre en train de s’adonner à des activités typiquement « anglos » pendant que des visiteurs curieux l’étudieraient.

L’anglo porterait des vêtements typiques, comme les Dockers et polo du « West Island Man ». Ou encore, les vêtements noirs et tatouages habituels de la « Plateau Anglo Woman », soit le même accoutrement que la femme francophone du Plateau — à la différence près que l’anglophone ne porterait aucun carré rouge.

Vous pourriez regarder l’anglo en train de lire The Gazette, écouter CJAD, se plaindre du PQ et utiliser son iPad en anglais. « Oh, chérie, tu as vu ? L’anglo regarde une émission appelée Homeland — c’est probablement un show sur l’Angleterre ! »

Si vous dites « Bonjour ! », l’anglo répondrait aussi « Bonjour ! ». Mais si vous dites « Hi! », il ferait la même chose. Et si vous faites silencieusement un signe de la main, l’anglo gazouillera le salut traditionnel de son espèce : « Bonjour, Hi! »

Vous pourriez voir comment il effectue un appel téléphonique, soit en composant le numéro — puis en criant « Anglais !… ANGLAIS ! »  au répondeur téléphonique français.

Vous pourriez goûter à ses aliments favoris, comme la viande fumée ou les bagels — un peu comme les francophones. Mais si vous l’observez pendant plusieurs repas, vous apercevrez quelques petites différences : « Tu vois, chéri, il ne mange pas autant de pain baguette que nous, mais il boit plus de vin ! »

Les visiteurs francophones seront surpris de constater que l’anglo dans la boîte ne lit pas beaucoup en français et qu’il ne regarde pas beaucoup de télé en français — sauf les matchs des Canadiens à RDS, où les annonceurs sont des adeptes des Canadiens… et non des Leafs.

Les visiteurs découvriront aussi que l’anglo ne regarde pas souvent de films canadiens ni la télévision canadienne, mais plutôt des émissions américaines (comme Homeland) ou britanniques (comme Downton Abbey).

Les visiteurs curieux pourront aussi poser des questions à l’anglo, comme : « Préférez-vous une peinture originale d’Alfred Pellan dans votre maison ou un portrait de la reine, tel que le privilégie Stephen Harper dans les édifices gouvernementaux ? » Ou alors : « Pourquoi êtes-vous encore aussi nerveux au sujet de la souveraineté, puisque seulement un tiers des Québécois l’appuient ? »

Les francophones auraient l’occasion de se divertir un peu en demandant à l’anglo : « Quel est le plus-que-parfait du subjonctif du verbe “avoir” à la deuxième personne du singulier ? »

Laissez-le alors deviner que la réponse est : « Que tu eusses eu ». (Je me demande combien de francophones connaissent eux-mêmes la réponse…)

Dans l’exposition du musée de Berlin, des affiches posent des questions provocatrices, comme : « Est-ce que tous les Juifs sont circoncis ? » Mais on trouve aussi quelques questions ironiques : « Est-il vrai que les Juifs sont responsables des nids-de-poule ? »

Ainsi, nous pourrions nous-mêmes afficher quelques questions controversées pour explorer nos propres stéréotypes québécois. Par exemple : « Est-il vrai que les anglos n’écoutent pas souvent des chanteurs du Québec, comme Marie-Mai et Gilles Vigneault ? » (Réponse : oui. C’est déjà assez difficile de comprendre les paroles des chanteurs américains, et ce, même s’ils chantent en anglais.)

« Pourquoi n’y avait-il aucun anglophone sur la liste des 37 suspects arrêtés par les inspecteurs de l’UPAC ? Est-ce que l’influence politique des anglos a chuté au point qu’ils ne se font plus offrir de pots-de-vin ? »

Si tout se passe bien, on pourrait organiser l’exposition Le franco dans une boîte au centre commercial Fairview, où les anglos curieux pourraient poser leurs propres questions aux francophones.

Par exemple : « Pourquoi les francophones continuent-ils de quitter la ville en se plaignant ensuite que Montréal est trop anglaise ? »

« Comment se fait-il que les francophones sachent se rallier à la dernière minute au même candidat dans certaines élections, que ce soit Gilles Duceppe une année ou Jack Layton la suivante ? Est-ce qu’ils communiquent tous ensemble par téléphone ou par courriel — ou alors par télépathie ? »

« Pourquoi les francophones ne sont-ils pas plus nerveux au sujet de la souveraineté, quand plus de 100 % de notre gouvernement l’appuie ? »

« Les francophones sont-ils à blâmer pour les nids-de-poule ? »

Ensuite, si l’exposition Le franco dans une boîte réussissait, pourquoi ne pas mettre à l’horaire La minorité visible dans une boîte et poser à cette personne des questions comme : « Comment se fait-il qu’on ne vous voie jamais travailler en compagnie des cols bleus ? »

Et puis, tant qu’à faire, terminons donc cette série d’expositions avec Le xylophone dans une boîte. Ainsi réunis dans un même lieu, les anglo-allo-francophones pourraient alors faire de la bien belle musique tous ensemble. Vous ne pensez pas ?

 

 

Les commentaires sont fermés.

Texte superbe. Que dire de plus?
Z’êtes brillant, Josh.
En passant, j’aurais répondu: Que tu eusses.
Et je suis forte en français… habituellement 🙂