L’année de l’énergie

Les politiciens — et leur éthique élastique — vous enragent ? Vous avez raison. Mais il ne faudrait pas pour autant conclure que la politique ne carbure qu’au copinage. Elle peut aussi changer l’avenir. De grandes manœuvres se préparent d’ailleurs pour cet automne.

Les politiciens — et leur éthique élastique — vous enragent ? Vous avez raison.
Photo: Jean-François Lemire

Une belle bataille politique s’annonce. Elle aura l’envergure de celle qui a vu, il y a 50 ans, les Québécois prendre possession de leurs ressources hydroélectriques et déclencher la Révolution tranquille. Sa conclusion aura un effet déterminant sur la qualité de vie de nos enfants et des leurs.

Au cœur de cette bataille : la détermination des Québécois à exploiter l’énergie de leur territoire pour se libérer des coûteuses importations de pétrole, qui freinent l’élan de leur économie.

Cette bataille est en fait celle des nouvelles énergies. Le Québec comptera-t-il ou pas parmi les meneurs ? Quelles filières énergétiques renouvelables mettra-t-il en place pour sevrer notre société du pétrole étranger ?

S’il est une idée susceptible de nourrir l’espoir des jeunes de construire un monde meil­leur pour leurs enfants, c’est bien celle d’un Québec libéré du boulet que constitue l’achat de pétrole à prix fort, alors que son territoire lui offre les ressources pour produire une énergie d’un autre type. Propre, celle-là ! Mais quelle forme cette révolution prendra-t-elle ?

L’Écosse développe l’énergie des marées motrices et l’éolien, l’Autriche, la bio­masse et le solaire. Le territoire québécois est riche. Mais l’exploiterons-nous de façon responsable ? Transformerons-nous en richesse collective le gaz naturel qui dort sous les schistes des basses terres du Saint-Laurent ? Ou ferons-nous plutôt jaillir le pétrole de chez nous ? L’automne 2010 sera celui de l’énergie. La ministre libérale Nathalie Normandeau déposera un projet de loi de plus de 300 articles visant à encadrer l’exploitation des hydrocarbures. Pour le Qué­bec, ce sera une première.

En coulisse, certains disent déjà que ce dossier pourrait faire de Nathalie Normandeau « la René Lévesque du 21e siècle ». Le sujet est hautement explosif, aussi bien sur le front de l’écologie que du nationalisme.

Depuis plus de 12  ans, le fédé­ral, qui a compétence sur les fonds marins, refuse les demandes du Québec, qui voudrait délivrer des permis d’exploration dans le golfe du Saint-Laurent. Ottawa estime que le Québec doit d’abord « s’entendre avec Terre-Neuve », qui ne reconnaît plus la ligne de partage des eaux du golfe – sur laquelle les deux provinces s’étaient accordées en 1964. C’est qu’une formation géologique appelée Old Harry, qui pourrait se révéler riche en pétrole, se trouve sur cette ligne… Entre les deux provinces, les tensions grandissent. Et Ottawa refuse de se mouiller.

Par ailleurs, les écologistes sont inquiets des dommages que l’exploration pétrolière pour­rait causer aux écosys­tèmes marins. Le spectre de la nappe de pétrole au large des côtes de la Louisiane a envahi le débat.

Même si Nathalie Nor­man­deau réussit à abattre tous ces obstacles, le forage ne pourra commencer au mieux qu’en 2020. Mais le Québec a-t-il besoin de ce pétrole ? Là est la véritable question. Quelle sera la situation énergéti­que mondiale dans 10 ans ? Pétrole et gaz attisent les convoitises et nourrissent des conflits de l’Asie jusqu’à l’Afrique. Partout dans le monde, la course est lancée pour alimenter les écono­mies émergentes en carburant, mais aussi pour développer les énergies renouvelables.

Pétrolière ou non, l’énergie est la clé de ce qui pourrait être une seconde Révolution tranquille, aussi essentielle que la première.

Car même si des commenta­teurs se méfient aujourd’hui du « mythe » de la Révolution tran­quille, reste que les changements survenus il y a 50 ans sont stupéfiants. Les écoles publi­ques et les cégeps ont mis au monde un Québec plus instruit, dont les travailleurs gagnent aujourd’hui autant que les Canadiens anglais et dont les entreprises sont compétitives à l’échelle mondiale. En 1960, plus de 60 % des jeunes travailleurs québécois n’avaient pas de diplôme. Mais c’était le début d’un temps nouveau…

Preuve que les temps ont bien changé, c’est aujourd’hui une femme qui dirige le ministère des Ressources naturelles. Plus personne ne s’en étonne. Certains rêvent même de la voir accomplir un grand geste d’affirmation nationale : faire l’indépendance énergétique.

L’automne 2010 sera un beau temps pour faire de la politique. Au masculin comme au féminin.

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