L’autre blackface

« Le vrai blackface est là, au fond : chez tous ceux et celles qui ne disent pas ce qu’ils pensent, parce qu’ils n’en ont pas le droit. Mais qui n’en pensent ou n’en font pas moins. »

Je sais, oui… Vous vous dites : ah non, pas encore une chronique à propos de SLĀV et de l’appropriation culturelle. C’est juste qu’il me reste une question à poser.

C’était bon, le spectacle ?

Oui, oui, j’ai lu les quelques critiques. Mais ce n’est pas comme si je pouvais m’y fier. Alors que les journalistes, pour la plupart, défendent avec ferveur une liberté d’expression qui est un peu la leur aussi, ils ne pouvaient pas vraiment juger de la proposition de Robert Lepage et Betty Bonifassi avec objectivité. Déjà que, lorsqu’il s’agit de Lepage, la presse dégouline de bonheur avant même que les lumières du théâtre s’éteignent…

Alors, c’était bon ? Vraiment bon, ou parce qu’il fallait que ce le soit ?

Je l’ignore. Le spectacle a été annulé, mais personne n’a gagné. Surtout pas ceux qui souhaitaient son retrait. Qu’ils le veuillent ou non, on n’effacera pas le racisme systémique ou l’appropriation culturelle en condamnant un spectacle autour des chants d’esclaves qui ne met pas en avant un nombre suffisant d’acteurs noirs. Pas plus qu’on ne fera un grand avocat de la diversité de celui auquel on enlève le mot « nègre » de la bouche.

Ces deux racismes se contentent d’exister en silence.

Ne rêvez pas d’un autre spectacle sur l’esclavage avec plus de Noirs dedans ou avec plus de consultations auprès de la communauté. Il n’y aura juste pas de spectacle. Enfin, ce que je veux dire, c’est que s’il y en a un, il n’aura jamais la portée qu’offre une création de Lepage. Il n’amorcera donc pas de dialogue, parce qu’il se fera en circuit fermé, dans la solitude des communautés culturelles.

C’est pour cela que la censure est perverse. Elle ne change rien. À part semer la zizanie entre des alliés naturels — quiconque est à la fois épris de justice sociale et de liberté —, soudainement pris dans le feu croisé de revendications absolument valables sur la représentation des minorités dans la culture et la notion d’art qui n’est qu’appropriation, et rien d’autre. Créer n’est que remixage. L’art n’est qu’un vaste projet d’échantillonnage.

Aussi, la rectitude politique que commandent les militants qu’on a pu entendre et lire dans cette histoire n’est que maquillage.

Le vrai blackface est là, au fond : chez tous ceux et celles qui ne disent pas ce qu’ils pensent, parce qu’ils n’en ont pas le droit. Mais qui n’en pensent ou n’en font pas moins.

Et là, je ne parle même pas des gros cons. Des gens qui hurlent des injures aux femmes voilées dans la rue ou qui refusent de louer un logement à une famille malienne.

Je parle du petit racisme de rien du tout. Celui qu’on porte en soi sans le savoir et qui se traduit par des pensées fugaces aussitôt chassées par un mélange d’empathie et de culpabilité. Il faut croire aux licornes pour imaginer que ces formes de discrimination disparaîtront de sitôt. D’autant que l’épisode SLĀV a, par l’entremise des habituels porte-voix médiatiques de la peur de l’Autre, donné en masse des munitions aux gros cons, et de quoi se déculpabiliser pour les autres.

Alors, c’était bon, le spectacle ?

Ç’aurait pu l’être. Bon pour nous tous, je veux dire. Mais il aurait fallu l’avis de Noirs qui ne sont pas aussi remontés que ceux qui ont abreuvé les spectateurs d’injures. J’aurais aimé qu’ils me disent : voici en quoi vous n’avez rien compris à notre douleur, à notre histoire.

J’aurais voulu qu’ils viennent m’essuyer la figure, m’enlever l’invisible et pourtant bienveillant blackface de celui qui croit comprendre, mais qui ignore tout. Parce que je ne sais rien de ce que c’est de ne pas être moi, malgré toute l’empathie dont je me crois imbibé. Parce qu’on ne m’a jamais montré du doigt en raison de ma couleur. Parce qu’on ne m’a jamais dit : t’es beau pour un Noir, comme la fois que c’est arrivé à mon ami Webster, et que j’avais ri — avec lui, supposais-je — dans un mélange de malaise et de lâcheté.

Puis, j’aurais voulu qu’on parle d’art, qui n’a pas de permission à demander, mais qui doit essuyer les reproches qu’on lui fait. Ça ne s’est pas produit. De part et d’autre, on a échangé tellement de slogans et si peu d’arguments. L’époque confond la pensée et le marketing.

La censure est perverse. Elle nous renvoie patauger dans nos ornières, à ce que nous pensons intimement. Elle n’ouvre pas les fenêtres comme le font la discussion, le débat, une bonne engueulade, elle n’épure pas l’air ambiant. Au contraire. Elle le rend fétide. Comme en ce moment.

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie

30 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Bon texte, M. Desjardins, encore très pertinent.
(À part les insultes de gros cons à des gens que vous ne connaissez pas et qui ne pensent pas comme vous)
Vous soulevez un point essentiel que peu ont relevé: on ne l’a pas vu, ce spectacle. On ne l’a pas vu, et on ne le verra pas.
Pas plus que Kanata.
On ne peut donc pas les critiquer, les analyser, les louanger ou les descendre en flamme.
Et en l’occurrence, c’est de loin ce qui aurait été le plus fécond et instructif sur l’Autre, plutôt que de ne pas l’avoir vu.
Ce fut une erreur magistrale des va-t’en-guerre envers leur propre cause.
Quand et comment pourra-on réparer ce gâchis.

Très bon texte. Voilà ce que donne la réflexion à comparer aux réactions instantanées auxquelles nous sommes malheureusement envahis. Félicitations!

Très pénible de lire autant de prétention à faire de la »petite morale ».
Je reprends la phrase »Déjà que, lorsqu’il s’agit de Lepage, la presse dégouline de bonheur avant même que les lumières du théâtre s’éteignent… ». Qui êtes-vous pour écrire ce genre de phrases démagogiques envers les autres journalistes?

Qu’avez-vous réussi professionnellement sur le plan international pour professer et faire des affirmations aussi prétentieuses. M. Lepage à un porte folio comportant des milliers de critiques élogieuses pour ses centaines de productions et réalisations artistique.

Visiblement vous n’avez pas lu la réflexion de Michel Nadeau, le coauteur de la pièce Kanata pour vous permettre autant de formules alambiquées. M. Nadeau explique dans les faits ‘’in texto’’ les véritables intentions et les démarches qu’ils ont faites afin de produire un texte et une pièce respectant les premières nations.

Vous associez et mélangez des concepts qui ne semblent pas être maitrisés, telle la discrimination systémique et l’appropriation culturelle. La première commanderait un choix (donc volontaire) des auteurs, ou des metteurs en scène ou des producteurs de ne pas engager une personne sur la base d’un des 13 motifs de l’article 10 de la Charte des droits de la personne. Or, nommez une seule production où ce choix a été fait sur la base de la discrimination plutôt que sur des critères artistiques ou professionnels. Choisir un acteur homosexuel pour jouer un rôle hétéro, cela se fait chaque semaine… etc.

Vous semblez associé le fait d’être ‘’blanc’’ comme le fait d’être au-dessus de gestes de provocation ou de discrimination. Alors monsieur, vous vivez dans un petit ghetto, car les actes de discrimination inter-ethniques sont de pratiques courantes dans la vie quotidiennes à Montréal, comme dans tout le Canada et dans les autres pays. Selon les périodes, les quartiers, les contextes il existe ce genre de tensions et de réactions. Mais amalgamez ces gestes et les réservés aux ‘’non blancs’’, ce sont des raccourcis simplistes pour la galerie et les caqueteurs du Plateau.

D’accord. Si l’auteur s’était donné la peine de lire le texte de Michel Nadeau et ceux d’autres créateurs et créatrices sur le sujet, il n’aurait pas écrit ceci: « Puis, j’aurais voulu qu’on parle d’art, qui n’a pas de permission à demander, mais qui doit essuyer les reproches qu’on lui fait. Ça ne s’est pas produit. De part et d’autre, on a échangé tellement de slogans et si peu d’arguments. L’époque confond la pensée et le marketing. » On a parlé d’art et de liberté, mais les esprits suffisants n’y ont pas prêté attention.

1. Le spectacle SLAV doit avoir lieu encore à St-Jérôme cette année.
2. La censure vient des producteurs et non des gens dans le rue.
3. Les personnes qui ont un discours moins intransigeants ne font pas souvent les manchettes et ne sont pas souvent invités sur les plateaux. Mais je dois dire que pour SLAV plusieurs d’entre eux ont pu être sur les plateaux télé. Les avez-vous écouté ?
4. Il faut peut-être se rendre dans les lieux de discussions qui sont à l’extérieur des médias mainstream pour écouter ce qui se dit par les différentes communautés et je peux vous dire que les débats sont respectueux et m’ont montré des gens articulés qui sont contre la censure et pour le dialogue.
5. Ce que tu peux faire pour moi, si tu le fais sans moi, tu le fais contre moi. Proverbe africain cité par le regretter maire de Québec Jean-Paul L’Allier prodiguant ses conseils à des personnes en pouvoir.

Les seuls entendus ont été les
qui ont pris la parole . Animé un blogue ne fait pas
d’un individu un spécialiste de tout . Ces gens ne représentaient personne d’autres qu’eux-mêmes .
Certains sont des agitateurs idéologiques patentés qui
croupissent dans les caniveaux d’idéologies dépassėes .
Seules les Premières Nations ont eu de vrais représentants de leurs nations . Où étaient les
vrais représentants des Noirs du Québec ? Personne sur
la place publique à part 2-3 excités qui sont près
à pourfendre n’importe quelle cause , en autant qu’ils
s’affichent publiquement : difficile de contrôler de gros
égos .

Pas encore une chronique à propos de SLĀV, de l’appropriation culturelle, de la rectitude politique et surtout de la censure.

Mais quelle censure? Oui, SLĀV a été critiqué, dénoncé, et finalement retiré de la programmation du Festival international de Jazz de Montréal, mais il n’a pas été censuré. Il n’existe aucune interdiction de présenter ce spectacle pas plus qu’une obligation de le présenter.

Rien n’empêche Betty Bonifassi et Robert Lepage de présenter SLĀV dans n’importe quelle ville du Québec. D’ailleurs il est toujours à l’affiche de la Maison des arts de Drummondville le 29 janvier prochain.

Oui il y a eu censure . À force de pressions idéologiques
indues , ces spectacles ont été annulés . Des nonos
à l’idéologie radicale ONT décidé qu’ils fallait arrêter cela . Ça faut surtout pour SLAV . Kanata , c’est différent
mais le résultat est le même : l’arrêt de la pièce .
,

On dirait un article d’autoflagellation . Un peu . Le journaliste
semble prendre pour du des termes qui ne conviennent
pas vraiment à notre société , comme racisme systémique et
appropriation culturelle . C’est deux termes sont exploités
par des pseudos leaders autoproclamės qui y voient un immense
pactole idéologique pour encourager leurs gros égos .
Le journaliste ratisse large . Trop ? Dans le fond , celui -ci ne
fait que répéter ad nauseam ce que son milieu culturel dit .
Ne manquait que le mot pour compléter le tableau :
un mot qui n’existe pas ! On doit sortir du carcan des pour être des Québécois . Et c’est
ce que réfute le multiculturalisme des Trudeau père et fils .
Que ceux qui veulent paraître se fassent valoir ; il y a de la
place pour tout le monde , sauf pour les idéologies radicales trop
souvent incarnėes sous de prétextes religieux ou politiques .

On est un peu à côté de la « track » quand on parle de censure puisqu’il s’agit surtout d’une discussion sur l’appropriation culturelle et qu’aucune des œuvres en question n’a été censurée. La censure, ceux qui ont vécu au temps de Duplessis et de l’Index la connaissent…

C’est le concept d’appropriation culturelle qui cloche. En art on parle de créativité qui vient du mot créer qui veut dire faire quelque chose à partir de rien. Si je veux créer un tableau inspiré par des histoires autochtones mais que je ne suis pas autochtone, ce serait de l’appropriation culturelle. De même écrire un livre qui raconte une histoire du point de vue d’un personnage autochtone mais que l’auteur ne l’est pas est de l’appropriation culturelle.

Ici, il s’agit dans le cas de Slav surtout de chants de la communauté noire: qu’est-ce qui est le plus important? Un excellent chanteur dans le registre désiré ou bedon un chanteur noir? Dans Kanata, un comédien hors pair ou un comédien nécessairement autochtone? Qui doit décider si ce n’est pas le créateur?

Oui, c’est important de créer des opportunités d’emplois pour tout le monde mais est-ce qu’on doit sacrifier la création, l’art, sur l’autel de la rectitude politique? Si on pousse le raisonnement plus loin, un créateur autochtone ou noir ne pourrait pas s’inspirer de la communauté « blanche » dans ses œuvres! Plusieurs créateurs sont inspirés par d’autres cultures, c’est tout-à-fait naturel. Par exemple bien des gens d’ascendance européenne sont fortement inspirés par l’Asie, en particulier le Japon et la Chine et selon le raisonnement de l’appropriation culturelle, ces gens ne pourraient créer quoi que ce soit sur le sujet qui les fascine et sur lequel ils peuvent être de très bons truchements pour la communauté dite « blanche ».

Je pense que l’appropriation culturelle est parfaitement justifiée et peut mener à des œuvres très intéressantes. Je laisserais le public juger de ces œuvres et si ce n’est pas bon, les gens n’iront pas les voir ou ne les achèteront pas. On oublie qu’un « blanc » pourrait, dans certaines circonstances, être la meilleure personne pour communiquer avec d’autres blancs pour expliquer d’autres cultures car ils sont souvent plus en mesure d’en connaître les différences.

Je m’attends de l’Actualité qu’elle publie des textes nuancés et dans lesquels je retrouve une analyse intelligente et qui englobe tous les aspects d’une situation. Ce n’est vraiment pas le cas ici.

Je suis né canadien-français et, aujourd’hui, je me défini comme un québécois « de souche ». Et je n’aime pas, à 73 ans, me faire traiter de gros con par un jeune qui se pense arrivé au sommet de sa carrière.

Le problème avec les minorités c’est justement qu’elles sont des minorités. Une fois qu’on a dit ça, tout s’explique, tout devient normal. Une minorité aura toujours des raisons de se plaindre peu importe les efforts que la majorité fera pour la contenter.

Qui se plaint ? Les noirs, et les musulmans. Non « des » noirs, et « des » musulmans et « quelques », très peu d’autochtones. Donc des minorités dans des minorités. Une fois qu’on a reconnu ce fait, on s’explique mal pourquoi la presse fait tant de cas de ces revendications.

Eh oui, le haussement d’épaules est permis mesdames et messieurs nos élites. N’avez-vous pas d’autres urgences à étudier ? La seule réponse intelligente à donner aux revendications insensées d’appropriation culturelle, de black face ou de blasphème c’est de les ignorer et de pointer les demandeurs comme étant un très petit nombre de « chiâleux ». Ce qu’ils sont en réalité et rien de plus.

Comme je n’ai pas vu le spectacle, je ne peux parler de ce que je n’ai pas vu. C’est dommage d’ailleurs parce que Robert Lepage est un créateur ; comme c’est souvent le cas des gens plus créatifs, ils aiment bien un peu provoquer.

Cela dit, j’ai le sentiment que ce qui a été à l’origine des formes polémiques ce n’est pas spécifiquement ce spectacle jusqu’à présent vu par peu de gens, c’est plutôt l’interprétation d’un titre qui n’a pas été nécessairement bien compris.

Ce qui me choque aussi, c’est parce que celles et ceux qui sont les plus choqués sont celles et ceux qui associent cette interjection inventée : « SLĀV » avec le mot « esclave » et qui associent le mot esclave avec une seule et unique entité : l’entité africaine. Pourtant dans « SLĀV », il y a aussi le mot Slave qui définit une population qui fut quelquefois réduite en esclavage lorsque l’étymologie du mot signifie : « glorieux » ou encore « ceux qui savent parler ».

Or, je ne serais pas étonné que les créateurs de ce spectacle aient voulu jouer aussi sur ce genre de nuances.

Bref, en plus d’être intolérant, antiesclavagiste, on devient carrément raciste envers soi-même sous-prétexte de combattre le racisme !

L’esclavage, incluant toutes les formes d’esclavage des temps modernes n’est pas l’apanage d’une seule race. C’est beaucoup plus subtil que cela. J’ai le sentiment — mais peut-être que je me trompe — qu’on a oublié la dimension artistique et la démarche créative de Betty Bonifassi qui dans ce projet s’inscrit en artiste fusionnelle, inclusive. Un spectacle qui se voulait probablement didactique, immersif et tridimensionnel.

Pourquoi ne peut-on pas empêcher les gens quelle que soit leur condition de pouvoir chanter ? Pourquoi le chant est-il universel ? Pourquoi n’est-il ni genré, ni racisé, ni discriminé ? Pourquoi ces chants viennent-ils nous chercher ? Pourquoi cela nous émeut-il ? Pourquoi les chants des populations, toutes les populations opprimées se rejoignent-ils quelque part ?

Il se pourrait ou se pourrait-il que nous assistions à de nouvelles formes d’intolérances, de nouvelles formes de censures opérées par une minorité d’activistes ignares dopés par les réseaux sociaux, des gens autoproclamés qui parlent au nom de tous sur les bases d’une image pervertie de ce que devrait être la rectitude, lesquels entraînent dans leur sillage des gens qui n’ont pour repère spatiale rien d’autre que la forme unique et parfaite de leur seul nombril ?

Bah ! Pour ne pas avoir l’air d’être trop con, je vais désormais me peinturer en noir et blanc….

— PS : In memoriam Aretha Franklin. We respected you and we loved you.

Les critiques prononcées par les minorités contre la supposée appropriation culturelle démontre un racisme de leur part. C’est comme si leur culture doit rester raciale, et que si la majorité en fait la promotion dans un spectacle sans engager les membres des minorités d’où elle provient, cela devient pour eux une insulte.

Selon leur « logique » les blancs ne devraient pas rapper, jouer du blues, danser le hip hop, etc. Les appropriations culturelles permettent de mieux intégrer les minorités aux majorités, et elles apportent de nouveaux éléments artistiques et culturels intéressants. Tenter d’empêcher cela, c’est faire la promotion de l’apartheid: chacun dans sa cour avec sa culture.

Lors d’une entrevue, un chanteur noir a mentionné qu’il ne voulait pas que sa musique soit écoutée par les blancs. Dans un spectacle donné en France, une chanteuse noire a demandé aux femmes noires de se rapprocher du stage, aux femmes blanches de se mettre plus loin, et aux hommes de rester en arrière. Elle s’est fâchée contre une journaliste blanche qui est restée près du stage et elle l’a fait expulser. Ce racisme et ce ségrégationnisme de la part des minorités doit être dénoncé, au même titre que le racisme des majorités. Il ne doit pas être toléré.

Dénonçons aussi le racisme de ceux qui se plaignent face à l’appropriation culturelle.

« Parce qu’on ne m’a jamais montré du doigt en raison de ma couleur »

D’évidence vous n’êtes jamais allé en Afrique! Pas une seule journée où on ne me disait pas « eh le Blanc » »eh white man ». Pas une seule journée. Et ce n’était pas toujours gentil, loin de là. Je pourrais aussi vous parler de l’Asie mais là ce serait long.

Ce texte est médiocre. L’auteur fait beaucoup d’affirmation sans le démontrer, allant à l’encontre de ce vieil adage : le sage n’affirme rien qu’il ne puisse démontrer. En plus, il ne semble pas savoir la différence entre racisme et discrimination.

Ainsi, dans son texte, il déclare : « Je parle du petit racisme de rien du tout. Celui qu’on porte en soi sans le savoir et qui se traduit par des pensées fugaces aussitôt chassées par un mélange d’empathie et de culpabilité. » Je pose la question comme lui-même en pose. En généralisant comme il le fait, comment peut-il trouver du racisme chez des gens qu’il ne connaît pas et comment peut-il exister quand les personnes concernées l’ignorent eux-mêmes, qu’il se traduit seulement en pensée, sans geste ou autres moyens d’expression ?

« De part et d’autre, on a échangé tellement de slogans et si peu d’arguments. » Il fallait lire Le Devoir, même si l’auteur a connu une expérience désagréable, pour lire des textes solides et bien argumentés.

Et si les « noirs » et le « autochtones » écrivaient leur propre création théâtrale – se soucieraient-ils de nous consulter? On peut crier au loup mais on ne peut l’ignorer.

Certains noirs comme certains autochtones dénoncent des œuvres ….qu’ils n’ont pas encore eu le privilège de voir ou d’entendre. L’art de se marginaliser encore plus. Nous ne sommes pas compris et ne voulons pas l’être…À force de dénoncer à tort et à travers celles et ceux qui essaient de traiter de leur culture ils ne se nuisent plus qu’ils ne s’aident. Je ne crois pas que des créateurs comme Robert Lepage retombe dans ce piège.
La vrai raison ne serait elle pas monétaire….

Je ne vois pas en quoi ce texte fait avancer une des options pour ou contre… ? Noircissage de page qui n’ajoute rien de concret intelligible àmha. Désolé!

C’est comme un retour en 1988 lors de la présentation de « La dernière tentation du Christ ». Plein de chrétiens radicaux qui manifestaient devant les cinémas qui l’avaient à l’affiche. Personne ne l’avait vu mais on en avait entendu parler et des fois pas…

En France un cinéma avait même été incendié pendant une projection avec pour résultat plusieurs morts.

Quelqu’un devrait rappeler au brave M. Desjardins que le racisme, c’est d’abord et avant tout le déterminisme biologique. Bien avant d’en arriver au délire supplémentaire des prétendues « races » supérieures et inférieures, c’est d’abord le délire de la race, le fait de prendre les peuples pour des races, comme si les gens étaient déjà Italiens ou Congolais à la naissance au lieu de le devenir.

Il suffit de tomber sur une Beauceronne pure laine à la peau noire ou sur une dame haïtienne à la peau blanche pour tout de suite saisir – si ce n’était déjà fait ! – que la francesità ou l’haïtianità n’est en aucune façon un fait racial, et que celui ou celle qui est à la fois haïtien et canadien-français ne l’est nullement par un prétendu « mélange de races » (« mixed racial heritage »), mais par un mélange d’influences culturelles.

Il suffit de tomber sur une canadienne-anglaise unilingue qui s’appelle Laframboise ou sur un canadien-français unilingue qui s’appelle Harper pour comprendre – si ce n’était déjà fait ! – que le fait d’être canadien-anglais, canadien-français ou les deux n’a jamais été héréditaire (« descent », « ancestry », « lineage » et autres sornettes), que c’est au contraire « un monde qui commence à nouveau avec l’arrivée de chaque nouvelle vie dans le monde » (Hannah Arendt).

Le racisme, la pensée raciale consiste à prendre la culture pour la nature. C’est-à-dire à prendre un fait non-physique pour un fait physique, un fait historique pour un fait biologique, un fait de civilisation pour un fait génétique : bref, à prendre des lanternes pour des vessies. La classification de l’humanité en « noirs » et « blancs » EST le racisme, car cela nous ramène à avant l’Homme, avant que nous marchions debout, quand nous n’étions, comme dit l’excellent Vercors, qu’un morceau de nature parmi d’autres. Un Congolais peut tout à fait se nipponiser et un Japonais peut tout à fait se congoliser (et donc plus largement s’africaniser) : car ni le fait d’être Japonais, ni le fait d’être Congolais n’est un fait racial et aucun peuple par conséquent ne peut être défini par des traits physiques. La diversité humaine (peuples) ne saurait être prise pour la diversité animale (races).

Arendt again : « La race est, politiquement parlant, non pas le début de l’humanité mais sa fin, non pas l’origine des peuples mais leur déchéance, non pas la naissance naturelle de l’homme mais sa mort contre nature. »

Que M. Desjardins y réfléchisse la prochaine fois qu’il écrira « les Noirs » et « les Blancs » comme si ça signifiait quelque chose.

« Je parle du petit racisme de rien du tout. »

Oui, comme par exemple dans cette délirante histoire de prétendues « relations raciales » auxquelles semblent croire les faux antiracistes dans le nom même de leurs douteux organismes (l’un canadien en général, l’autre québécois en particulier) ?

Seul un raciste peut croire que les relations entre les peuples sont raciales. Tous les autres comprennent que la notion de race, malencontreusement transposée de la zoologie dans les affaires humaines vers la fin du 18ème siècle, est la négation du genre humain. Je dis bien : la notion de race, pas juste le mot ! Car la pensée raciale est souvent euphémisée en « descent », « ancestry », « lineage », « bloodlines » et j’en passe.

Benedetto Croce, antifasciste libéral, en 1938 :

« La division en races de l’humanité, sitôt qu’elle cesse d’être une simple classification et devient une réalité, est une cause de troubles pour cette humanité et, si elle en avait le pouvoir, elle la détruirait, en raison de la scission inguérissable qu’elle produit entre les peuples, qu’elle rend étrangers les uns aux autres.»

Notons le conditionnel (« si elle en avait le pouvoir, elle détruirait l’humanité ») explicable vu qu’on est alors en 1938. Nous qui sommes de l’autre côté de 1938, par contre, n’avons plus droit à ce conditionnel.

On entend parfois : racism is ignorance / le racisme, c’est l’ignorance. Mais je commence à soupçonner que beaucoup de ceux qui vont répétant cet axiome ont perdu de vue que c’est la notion même de race qui engendre l’ignorance (et donc la peur et donc la haine), car en prenant les peuples pour héréditaires (innés) et non culturels (acquis), elle les présume séparés par des parois PHYSIQUES qui, si existaient vraiment, seraient infranchissables, rendant impossible à un Japonais de devenir latin ou à un Congolais de devenir scandinave. C’est ce que Croce décrit : « la scission inguérissable qu’elle [la notion de race] produit entre les peuples, qu’elle rend étrangers les uns aux autres. »

« Cent fois sur le métier… « , comme disait l’autre.

Alors résumons-nous. La xénophobie vient de la peur de l’inconnu ; la pensée raciale rend l’inconnu inconnaissable.

La notion de prétendue « appropriation culturelle », issue de l’imprégnation ‘politically correct’ sur les campus américains (laquelle fut nourrie par le déconstructionnisme, lequel fut nourri par Heidegger « deuxième manière », i.e. après son hideux tournant de 1933-34), pose cette inconnaissabilité comme un axiome qu’elle prend pour antiraciste alors que c’est le contraire.

Je me réponds à moi-même, histoire de mettre un peu les points sur les i et du piment dans la sauce.

Bien sûr, quand il lit (s’il le lit, ce qui m’étonnerait fort) mon commentaire précédent sur « l’imprégnation ‘politically correct’ sur les campus américains (laquelle fut nourrie par le déconstructionnisme, lequel fut nourri par Heidegger « deuxième manière », i.e. après son hideux tournant de 1933-34) », je parie que le brave monsieur Desjardins hausse les épaules.

Et pourtant retournez-y voir (sur les campus américains dans les années 1989-92, veux-je dire), et vous constaterez que les universitaires en question – plus souvent étudiants que professeurs – pourfendaient à cors et à cris le « logocentrisme ».

Bon. « Logocentrisme », ça vient directement de m’sieur Derrida et de sa doctrine, le déconstuctionnisme. Mais de ce terme, le brave philosophe de la « French thought » (sic !) n’était aucunement l’inventeur. Ce néologisme, LOGOCENTRIK, fut d’abord créé vers la fin des années 1920 dans un but de dénonciation par le penseur irrationaliste Klages – penseur antichrétien et antisémite, et aussi un des inventeurs de la pseudoscience « graphologie » . Puis « logocentrik » fut repris aussitôt par Göring. Non, pas Hermann Göring, l’inventeur de la Gestapo : mais plutôt son cousin Matthias Göring, machintrucfuhrer de la (neuro)psychiatrie nazie, dans la revue ZENTRALBLATT, dont il était le directeur. Et faut-il rappeler, au fait, que les nazis eux aussi étaient des pourfendeurs de « l’Occident », vu qu’ils se prenaient pour « indogermaniques » (sic), puis « aryens » (re-sic) sur la base des délirantes théories de la race.

Dénoncer le « logocentrisme », c’était logique de la part d’un nazi, puisque, dépendant du sens que l’on donne à « logos », ce terme signifie « centré autour de la raison », « centré autour du langage » ou « centré autour de l’esprit ». Pourfendre inlassablement le « logocentrique », c’est s’en prendre en somme au langage, à la raison, à l’esprit, pour promouvoir son contraire : biocentrique (centré autour de la biologie, des gènes, du sang, de l’hérédité, bref la pensée raciale).

Donc résumons-nous : nos braves pseudo-antiracistes des campus américains au début de l’imprégnation ‘politically correct’ allaient martelant la dénonciation du « logocentric », terme issu du langage nazi. Pas pire, non ?

Évidemment, ce n’est pas du tout moi qui ai découvert cela, mais bien sûr Jean-Pierre Faye, spécialiste des langages totalitaires en général et du langage nazi en particulier, dans son ouvrage ‘LANGAGES TOTALITAIRES 2: LA RAISON NARRATIVE’ (Balland, 1990), excellent sequel de son ‘LANGAGES TOTALITAIRES’ (1972).

L’imprégnation politically correct est un antiracisme racial, c’est-à-dire un oxymoron. C’est pour ça que, par exemple, on entend aujourd’hui ces faux antiracistes pourfendre et fustiger l' »euro-descent » alors que personne n’a jamais été européen (ni d’aucun autre peuple ou civilisation) par descendance, car il n’y a jamais rien eu là-dedans d’héréditaire.