Tendances 2015 – L’avenir par les chiffres

Il avait prévu la crise des retraites, la chute des taux de criminalité, les hauts et les bas en immobilier. Vingt ans après la parution de son livre-choc Entre le Boom et l’Écho, le démographe canadien David Foot scrute l’horizon avec nous.

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L’instruction des femmes a un effet sur le taux de natalité et, par ricochet, sur la stabilité d’une société, dit David Foot. – Photo : Mohammed Hamoud/Anadolu Agency/Getty Images

Vendre 300 000 exemplaires d’un essai sur les tendances démographiques ? Peu de gens auraient osé prédire ça. Pas même son auteur ! reconnaît en riant David Foot. Dans Entre le Boom et l’Écho, publié en 1996, ce professeur d’économie à l’Université de Toronto résumait, en termes simples, l’essentiel de ses recherches sur le baby-boom et ses conséquences.

L’étude des populations humaines, clamait-il, est l’outil le plus puissant pour comprendre le passé et prévoir l’avenir. Pour reprendre sa formule-choc, la démographie explique « les deux tiers de tout », des cycles dans le secteur de l’immobilier à la chute des taux de criminalité en passant par les tendances sociales, comme l’acceptation grandissante du mariage gai.

Propulsé au sommet du palmarès des ventes tant au Canada anglais qu’au Québec, son livre a fait de David Foot un conférencier recherché. Il a aussi contribué à faire connaître une science jusqu’alors méconnue. « Le seul fait que vous m’interviewiez près de 20 ans plus tard est assez révélateur », dit-il.

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David Foot – Photo : D’Arcy Glionna

Vous vouliez rendre la démographie incontournable. Avez-vous atteint votre objectif ?

À moitié seulement. Je crois que les gens sont plus au fait de l’importance de la démographie qu’ils ne l’ont jamais été, tant dans le secteur privé que public. Mais il y a un décalage entre les discours et la réalité. Malheureusement, les décideurs choisissent encore trop souvent de ne pas tenir compte des chiffres quand ils prennent des décisions qui ont une incidence sur l’avenir. Prenons l’exemple de la surpopulation dans les écoles et les garderies de nombreuses municipalités, surtout en banlieue. Les enfants des boomers ont eu des enfants, c’était très prévisible… Pourtant, ça semble avoir pris les pouvoirs publics par surprise, surtout en Ontario et en Alberta.

Il y a pourtant des démographes au service de l’État…

Oui, mais leurs patrons ne les écoutent pas ! Au Canada, les décideurs ont une perspective à très court terme. Nos politiciens travaillent en fonction de cycles électoraux de deux, trois ou quatre ans. Ils ne pensent jamais à long terme. Les patrons des entreprises touchent des primes de performance pour penser un an à la fois. C’est d’ailleurs pourquoi la productivité de nos entreprises accuse du retard. Les gouvernements leur donnent des congés de taxes, mais ils ne veulent investir dans aucun projet qui ne leur rapporterait pas immédiatement, dans l’année ! C’est triste, mais les profits à court terme mènent le monde, dans le privé comme dans le public.

Vous aviez prévu la crise des retraites, il y a près de 20 ans. Sur quelles données vous fondiez-vous ?

Une partie de la crise actuelle a été causée par les faibles taux d’intérêt, qui plombent les rendements des régimes de retraite. Or, la chute des taux d’intérêt était hautement prévisible. Quand les boomers empruntaient tous pour s’acheter des maisons, dans les années 1970 et 1980, ça poussait les taux d’intérêt à la hausse. Quand les boomers ont fini de rembourser leur emprunt hypothécaire, dans les années 1990 et 2000, ça allait forcément pousser les taux d’intérêt vers le bas, c’est une question d’offre et de demande.

Les pouvoirs publics n’ont pas suivi vos conseils…

J’ai appris à être très patient et je suis rarement surpris. Cela dit, au moins un gouvernement a agi, au fédéral. Je ne peux pas m’attribuer tout le mérite, bien sûr, mais Paul Martin, alors ministre des Finances, a lu mon livre, et peu après, en 1997, il a créé l’Office d’investissement du régime de pensions du Canada. Cet organisme indépendant de l’État gère aujourd’hui un actif de plus de 250 milliards de dollars et fait l’envie de plusieurs pays dans le monde.

Y a-t-il des tendances que vous n’aviez pas prévues ?

Jamais je n’aurais pensé que les taux allaient chuter si bas et qu’ils entraîneraient une surchauffe du marché immobilier au pays. J’aurais dû faire le lien entre ces bas taux et la hausse de la demande de maisons, rendues plus abordables. Cela dit, une partie du boum immobilier vient du fait qu’on a accordé des prêts hypothécaires à des gens à qui on n’aurait jamais prêté auparavant — ceux qui avaient moins de 10 % de mise de fonds, par exemple. Je n’avais pas prévu que les gouvernements allaient continuer de soutenir le boum immobilier. Mais de façon générale, il est quasi impossible de prédire les politiques gouvernementales.

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Manifestation à Montréal contre le plan de réforme des retraites. – Photo : Denis Beaumont/La Presse Canadienne

Peut-on prédire comment les gens vont voter dans l’avenir ?

J’avais fait l’hypothèse, au début de mes travaux, que le vieillissement de la population se traduirait par une société plus conservatrice. Mais dans les faits, les Canadiens ne deviennent pas plus conservateurs en vieillissant. Leurs votes se dispersent partout ! La seule conclusion possible, c’est que l’âge est un très mauvais indicateur du comportement électoral des gens. Sur la base de projections démographiques, il est possible de prédire certaines tendances sociales, comme l’appui grandissant au mariage gai. Mais il est plus ardu de prédire la réponse — ou l’absence de réponse — des partis politiques à ces demandes.

La réalité démographique du Moyen-Orient explique en partie les conflits meurtriers qui s’y multiplient depuis des années, dites-vous. Pourquoi ?

Les pays dans cette région du monde sont très instables, parce qu’ils n’instruisent pas les femmes et ont un taux de fertilité très, très élevé. Résultat : ces pays comptent énormément de jeunes sans emploi. Ça représente une influence très déstabilisante pour une société. D’une certaine façon, l’Irak, à l’époque de Saddam Hus­sein, « désirait » une guerre de terrain, parce qu’il comptait beau­coup de jeunes hommes désœuvrés. L’Irak n’était que le début. L’Afghanistan, la Syrie, l’Égypte et l’Arabie saoudite ont un profil démographique similaire.

Que devrait-on faire pour stabiliser cette région ?

Envoyer des troupes en Irak n’est pas une solution gagnante à long terme, ça pourrait même empirer la situation. Ce qu’il faut, c’est instruire les femmes. Conséquemment, celles-ci vont avoir moins d’enfants, et ces enfants auront de bien meilleures perspectives d’avenir.

Si la démographie explique « les deux tiers de tout », qu’est-ce qui explique l’autre tiers ?

Les deux autres principaux « ingrédients » des tendances à long terme sont la technologie et la mondialisation. Même si votre marché est stable ou déclinant en raison de la démographie, votre entreprise peut connaître du succès si vous avez accès à un marché extérieur. Prenons pour exemple le marché des jouets. Avant que les enfants de la génération Écho aient des enfants, il y a eu un creux dans les années 1990. Le marché intérieur s’est affaibli, mais plusieurs fabricants canadiens ont survécu en exportant leurs jouets dans les pays qui avaient plus d’enfants. La démographie, seule, n’aurait pu le prédire.

Idem pour la technologie : les robots peuvent accomplir des tâches auparavant accomplies par des humains. Quand vous examinez les répercussions de la démographie sur les taux d’emploi, vous devez aussi tenir compte des effets de la technologie.

Quelles tendances devrait-on surveiller en 2015 ?

Une tendance ne se produit pas en une seule année ! Votre question symbolise parfaitement l’obsession du court terme, qui touche aussi les médias d’information…

Je reformule… Comment envisagez-vous les prochaines années ?

Je suis optimiste par nature, mais nos leaders politiques ne m’inspirent pas confiance. Nous sommes devenus une société individualiste qui tend à oublier les problèmes plus vastes auxquels on devrait faire face collectivement. Ça me préoccupe.

Si vous étiez premier ministre, quelle serait votre priorité ?

Je m’attaquerais au problème des retraites dans le secteur privé. De plus en plus d’entreprises abolissent leurs régimes à prestations déterminées ou les convertissent en régimes à cotisations déterminées. À long terme, ça aura des conséquences désastreuses. Je prévois une augmentation de la pauvreté chez les aînés d’ici 20 ans. Or, cette pauvreté fera grimper les coûts de santé publique. Pour remédier à ce problème, je forcerais les entreprises à offrir des régimes de retraite à leurs travailleurs. Présentement, on va exactement dans le sens inverse. Les gens ordinaires ne sont pas formés pour investir de façon professionnelle, ils ont besoin d’une autorité plus large pour les forcer à économiser pour leurs vieux jours.

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Si la tendance se maintient…

À la une de L’actualité de mars 2050, selon Mathieu Charlebois

mathieu

 

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Je dois dire que lorsque je lis des phrases comme celle-ci, je cite : « D’une certaine façon, l’Irak, à l’époque de Saddam Hussein, « désirait » une guerre de terrain, parce qu’il comptait beaucoup de jeunes hommes désœuvrés. »

Je ne vois rien dans ces propos qui soit de nature à promouvoir la science démographique. D’autant plus que l’Irak de Saddam Hussein était de loin le pays du Proche-Orient qui disposait du meilleur taux d’alphabétisation, y compris parmi les femmes dont on ne comptait pas les diplômées universitaires.

Dans ce pays, l’explication du soi-disant désœuvrement des jeunes s’explique essentiellement par les sanctions économiques prises contre l’Irak suite à la première guerre du Golfe. Selon les données de la Banque Mondiale. En 1980, le PIB par capita s’élevait à 3453 USD, il était le plus élevé de la région hors Israël et quelques principautés du Golfe.

Suite aux sanctions économiques, le PIB en 1997 était tombé à 455 USD ; malgré tout, grâce en partie aux mesures d’apaisement prises par l’administration de Bill Clinton. LE PIB était remonté à la veille du déclenchement de la seconde guerre en 2000 à 742 USD. En 2011, le PIB per capita remontait à 3501 USD en dollars constants sans tenir compte de l’inflation.

Pourtant au même moment, le taux de chômage avoisinait les 30%, soit un des pires taux de chômage du Moyen-Orient (et même du monde), bien pire que ce le soi-disant désœuvrement des jeunes sous Saddam Hussein.

Cette amélioration du PIB en Irak est essentiellement due à un seul facteur, ce pays est devenu le deuxième plus grand pays producteur de pétrole brute au monde. Cette manne considérable, n’est pas propre à créer de l’emploi pour tous, elle favorise pratiquement l’émergence de groupes terroristes comme l’EI qui bénéficient d’un accueil plutôt cordial auprès d’une partie de la population sunnite toujours appauvrie. Quand l’EI considère cette manne pétrolière, comme une bénédiction pour financer ses activités terroristes.

Les années de guerre et de désordre qui ont sévi sur l’Irak depuis plus d’une décennie, dans un désordre toujours d’actualité ; cela ne favorise pas le moins du monde l’alphabétisation des jeunes et moins encore l’acquisition des connaissances pour les jeunes Irakiennes. Tandis qu’à tout le moins, l’éducation pour toutes et tous, tout comme la laïcité figuraient au solde des succès du système mis en place par le parti Baas (Parti arabe socialiste) à la tête duquel se trouvait Saddam Hussein.

De toute évidence, monsieur Foot n’a pas su prédire que le désœuvrement d’une partie de la jeunesse n’était en rien dû à la démographie quand la cause première se trouve dans les sanctions économiques iniques qui ont été imposées au peuple Irakien. Qui plus de 30 ans après, doit encore survivre et en subir toutes les conséquences comme des martyres.

Sans compter que l’armée justement sous Saddam Hussein était un très grand facteur d’emploi, limitant par le fait-même tous les risques de désœuvrement grâce au service militaire obligatoire pour tous. — Mes avis qu’histoire et démographie ne font pas vraiment bon ménage tout le temps….

Il y a une chose fort intéressante que dit Foot dans son ouvrage et qui n’est pas abordée dans cette entrevue. Il affirme qu’il n’est pas nécessaire d’accueillir autant d’immigrants que nous le faisons actuellement. Il explique que malgré le vieillissement de la population, la courbe démographique actuelle permettra aisément de remplacer les départs à la retraite. Selon lui, c’est le milieu des affaires qui souhaitent une immigration abondante, car elle engendre une pression à la baisse sur les salaires. Au Québec, on pourrait aussi ajouter que cette politique d’immigration massive met à mal la principale menace à l’unité canadienne: la souveraineté du Québec, qui dépend historiquement de l’appui massif des francophones. La perspective que laissent entrevoir les propos de Foot est vraiment passionnante, car elle permet de mieux saisir certains enjeux stratégiques plus larges auquel le Québec devra faire face dans un avenir rapproché.

J’ai un deuxième message aussi, à l’intention de Mathieu Charlebois celui-là. Mathieu, rappelle-toi que ce n’est pas la revue Croc ici, mais l’Actualité…

Remarque de meme quelqu’un comprend la premiere photo du texte de blogue ? Celle des fillettes qui portent un symbole d’asservissement et de discrimination.

T’as bien remarque qu’elle porte non seulement le voile mais les vetements bouffant pour etre bien sur qu’on voit pas de peau, qu’elle soit pas desirable au regard des homes de la communaute …

T’avais bien compris cet aspect la ?

Pourquoi on couvre pas juste les cheveux, mais le cou, les epaules, les bras ? T’avais compris que c’etait pas par coquetterie ? mais que ces fillettes subissent des discours de pudeur retrograde ?

By the way pourquoi ells sont seulement des fillettes, subissent-elle de la segregation …

Pourquoi on met met une niaiserie de meme dans l’actualite …

(1)

On peut bien faire semblant que ca respecte la liberte de conscience des fillettes, qui ne subirait pas de discours de pudeur … mais pour moi une telle photo mise avec desinvolture et sans vraiment de lien avec le texte montre que du monde comprennent meme pas ce que attinte a la iberte de conscience des enfants par les religion veut dire.

Comme si on avait meme pas le debut du commencement d’un peu de sensibilite pour le phenomene …

(2)

Mais le plus troublant …

Mais serieusement le rapport avec le texte qui porte essentiellement sur le Canada et un livre sur la demographie …

Si on voulait montrer des femmes qui etudient, on pourrait montrer autre chose que des fillettes qui subissent des discours de pudeur et qui ont une liberte limite et qui semblent segreger selon le sexe dans leur classe.

(3)

Est-ce qu’il y a un concours entre journalistes et blogueurs pour mettre des photos de femme voile a toutes les sauces ? qui by de way sont une minorite de personne qui pratique la religion de maniere plus fondamentaliste ….

Pourquoi vous envoye le message que c’est ca etre une femme musulamne ?

Pourquoi vou envoyer ce message la ?

Pourquoi dans nos medias on veut rendre banal ces discours de pudeur qui existe dans les communautes et les symboles d’asservissement et de discrimination ?

(4)

Anyway, votre texte et l’actualite, vous me faite honte ….

Le pire c’est que je sais que la photo est pas anodine et qu’on la choisit en connaissance de cause.

Bien d’accord avec Ian: le choix photo est une décision éditoriale provoc’, rien de plus. On est pas loin du jaunisme.

Foot n’a rien inventé. L’historien Emmanuel Todd et le démographe Hervé Bras, dans La troisième planète, paru en 1981, avaient confirmé la forte corrélation entre l’éducation des filles et le décollement économique d’un pays et même d’une région en particulier. au point en faire un prédicteur fiable du progrès. Cela peut sembler tautologique, mais le voir corréler si fortement dans le temps en fourni une confirmation éclatante. L’appliquer aux régions du Québec et du Canada, c’est rédiger un programme politique. Mais Foot a raison de prédire que les politiciens n’écoutent généralement rien de ce que la science peut fournir de raison. Les gouvernement Harpeur et Couillard le prouvent quotidiennement. Une autre corrélation dont la démographie est friande établit un lien très fort entre les structures familiales et la possibilité pour une société de dispenser une bonne éducation aux filles.

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