Le beau du gris

J’aime bien voir vos repousses de gris et votre linge mou. J’aime bien voir vos coupes de cheveux en bataille, j’aime savoir que vous faites ce que vous pouvez…

Photo : L'actualité

Ils sont en pyjama dehors. Juste le bas. En haut, ils ont un manteau de printemps. Il fait gris. Mais un beau gris. Un gris de fin du monde un peu, parce que le gris vide les parcs. Mais vous savez comme moi, escargots que vous êtes, que c’est là que les parcs sont le mieux. Je remercie le ciel, qu’il soit bleu ou gris, pour celui qui a créé ce grand parc qui trône près de chez moi. Parce qu’en ville, c’est ainsi, la campagne doit être créée. La nature doit être organisée, pensée. Elle doit être mesurée et arpentée, etc.

Nous, citadins, sommes bien assoiffés de nature ces temps-ci. On m’invitait la semaine dernière à participer au Salon du livre de la péninsule acadienne en 2021… Heu, j’ai dit oui. Savez-vous à quel point je rêverais de voir la péninsule acadienne en ce moment ? Hé, ils ont rouvert les allées de mon Jean Coutu et j’étais contente de les voir, alors imaginez la mer !

J’ai mon bout de nature qui est ma cour, encore tristounette, elle s’accorde avant l’orchestre, et puis nous avons le grand parc. Mes gars y vont en pyjama, on va se promener avant le souper, ça m’évite les odeurs de bouffe qui parfois rajoutent à mon sentiment d’étouffer à force de rester à l’intérieur. Et j’ai deux gars de 8 et 10 ans, je dois les faire marcher comme si j’avais deux gros chiens. Sinon ils mangent les meubles.

Ils courent, vous les verriez. Ils grimpent sur les troncs d’arbre, ils se chamaillent, ils rigolent dans le vent, ils sont la joie même. Pas tout le temps évidemment, allez pas me partir les violons, ils se tapent aussi sur la gueule. Je passe mes journées à faire la police, c’est le grand qui gagne et le petit qui pleure. J’ai vu le film 200 fois, autant que ma fille a vu La reine des neiges. « Libérééée, délivrééée ! » Moi, c’est répéter dont je voudrais être délivrée. C’est de ça que je ne vais pas m’ennuyer quand ils vont retourner à l’école, répéter. Les profs vont prendre un bout du « répétage ». Même s’ils n’apprennent rien, mais que quelqu’un répète à ma place je serai heureuse.

Ils vont au parc en pyjama parce que ces temps troubles amènent aussi un laisser-aller. Des journées à l’envers. Je marchais pour aller au Jean Coutu (parce que ma vie est une aventure trépidante après l’autre), j’avais une sorte de jogging un peu sale parce que je repeins ma galerie, et avec ma repousse de cheveux gris et mes vêtements plus que casual, j’avais l’impression qu’on était tous en mode chalet ensemble. Il y a aussi dans l’air un côté relax et détendu, un fla-fla qui a été décapé, que je ne peux pas dire que je déteste. J’aime bien voir vos repousses de gris et votre linge mou. J’aime bien voir vos coupes de cheveux en bataille, j’aime savoir que vous faites ce que vous pouvez. Que vous menez votre train-train avec ce qu’il vous reste. Un masque par-ci, des cernes un peu creux, mais pas de maquillage.

Juste l’humeur d’un après-midi gris. Un beau gris.

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2 commentaires
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Je vous adore Léa Strélinski…vous êtes la reine du Lâcher prise et du Temps présent…et ça, ça fait du bien!
Un grand merci!
Isabelle

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….. je dois les faire marcher comme des chiens, sinon….
J’ai lu ça à ma blonde, elle a éclaté de rire.

Je regarde les familles passer dans la ruelle, sous la pluie, comme en camping. ( perso )

Bravo pour vos chroniques et tweets à l’humour parfait

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