Le beau, le progrès et les promoteurs

« Nous sommes un peuple jeune, fâché avec son histoire, qui voit toute occasion matérielle de l’effacer comme une aubaine. »

Photo : Daphné Caron

Boulevard Saint-Elzéar, à Laval, au milieu des condos rutilants et des bungalows de style château qui ont poussé depuis trois ans, de biais avec le Costco, résiste une jolie maison de ferme, fière et absurde au milieu de son champ. Elle me tire les larmes chaque fois que je passe devant. Les promoteurs sont en embuscade, pas loin. Je vois le progrès immobilier triomphant à l’affût. Les paysages cassés. Et elle, toute blanche, dans sa résistance bientôt vaincue.

Je souffre chaque fois qu’un édifice historique non classé disparaît. L’automne dernier, l’histoire du Château Beauce m’a émue. Une belle demeure de 1904, de style Queen Anne, à Sainte-Marie, qu’on voulait détruire pour la remplacer par une résidence neuve pour personnes âgées. Le maire a même affirmé, surpris de la polémique, que les couleurs du futur bâtiment se marieraient bien à celles du village… Misère.

Il faut parcourir le territoire québécois pour constater à quel point le clin d’aluminium, les monster houses en pierre grise, les toits de tôle ondulée et l’architecture de caisses populaires ont pris le dessus dans le paysage. Coudonc, c’est quoi le problème avec notre patrimoine bâti, au Québec ?

C’est comme si on se foutait du patrimoine. Pire, comme s’il dérangeait, en travers du chemin du progrès. C’est un peu ce que disait le maire beauceron à propos du désuet château : ôte-toi de mon plan ! Depuis la Révolution tranquille, nous sommes fascinés par le progrès. Nous venons de loin. Les années 1960-1970 annonçaient aux Canadiens français, devenant Québécois, un avenir plus prometteur où ils seraient mieux éduqués, sans curés, une économie prospère et les signes extérieurs de bien-être qui vont avec. Les églises se sont vidées d’un coup, leurs flèches pointant vers le vide, leur existence devenant encombrante. On a vu les quartiers de banlieue prospérer jusqu’à la quatrième couronne, et les maisons anciennes se recouvrir d’habits modernes. On a démoli dans les centres-villes. Sous Jean Drapeau, Montréal a massacré de magnifiques demeures bourgeoises rue Sherbrooke, qui donnaient sa distinction au Mille carré doré.

Le patrimoine est, depuis toujours, le parent pauvre de l’action gouvernementale. Et à force de s’en foutre, on le laisse partir en fumée ou aux mains de promoteurs avides.

Le progrès appelle le « tout juste sorti de l’usine ». L’histoire et la mémoire s’opposeraient au progrès et à l’avenir. Nous sommes un peuple jeune, fâché avec son histoire, qui voit toute occasion matérielle de l’effacer comme une aubaine. Étrange, cette manie de faire table rase. Il y a là un déficit de confiance en soi et un manque d’éducation, à coup sûr. Ma mère me racontait que, dans sa jeunesse, un beau cadeau à offrir à une jeune fille était de lui faire arracher ses dents saines pour lui acheter un beau dentier moderne ! On fait encore la même chose avec le patrimoine bâti…

Pourtant, ce patrimoine, toutes époques confondues, marque visuellement notre caractère distinct en Amérique du Nord. C’est notre manière de nous présenter au monde, de dire : regardez, du plus loin qu’on se souvienne, nous sommes différents. Il est nécessaire parce qu’une nation a besoin de racines pour avoir des branches. Elle puise son sens dans ses repères. Dans sa littérature, son mode de vie, ses lois, ses croyances, mais aussi dans son habitat et ses paysages.

Et surtout, nous avons besoin de beauté, qu’il s’agisse d’un manoir Queen Anne en Beauce ou d’une école neuve à Laval. Là-dessus, on a encore du chemin à faire…

Le patrimoine est, depuis toujours, le parent pauvre de l’action gouvernementale. Et à force de s’en foutre, on le laisse partir en fumée ou aux mains de promoteurs avides. Les autorités publiques doivent impérativement se doter d’une politique, avec des ressources, des mécanismes d’action effectifs, un responsable qui s’y consacre.

On ne peut pas, on ne doit pas tout conserver, mais il faut s’interroger : on ne peut pas non plus tout détruire. Car on ne peut pas, collectivement, se contenter de laid, de banal et de pavé uni. Nous méritons mieux.

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19 commentaires
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Madame. Bazzo,
Vos opinions sont rafraîchissantes, documentées, objectives et juste assez irrévérencieuses (un soupçon, une pincée). Elles nous font réfléchir, nous font avancer plus rapidement mais à notre rythme! Votre émission et vos invités (à Télé Québec) me manquent, sauf erreur de ma part, reviendrez-vous en ondes bientôt, sinon je vous synchroniserai le plus tôt possible.
Une très belle période des Fêtes avec les vôtres!

Et vous devriez voir les horreurs qui se construisent aux Îles-de-la-Madeleine… Des maisons immenses qui font que les demeures centenaires autour d’elles semblent un village d’arbre de Noël… des « inventions » dites modernes qui défigurent les plus beaux paysages… une rue principale à Cap-aux-Meules d’où il est impossible de voir la mer, pourtant à quelques pas…

Effectivement, nous perdons beaucoup de ces bâtiments qui vaudraient la peine d’être sauvés. Mais nous ne pouvons pas les sauver tous, va de soi; mais à tout le moins, on pourrait faire un tri minutieux. Je me rappelle à Sept-Iles dans les années 60-70, suite à la révolution tranquille, on avait construit un quartier complet de maisons auxquelles, si on avait mis une poignée sur la crête de la toiture, on aurait pris ces maisons pour de grosses boîtes-à-lunch, et, de plus, elles étaient (et le sont encore d’ailleurs) situées sur l’axe principal d’accès de la ville, dans la baie des 7-Iles.
Aujourd’hui, ce n’est guère mieux. Certes les maisons sont plus jolies, mais elles sont tellement grosses qu’elles pourraient abriter deux ou trois familles alors qu’elles logent à peine trois ou quatre personnes qui, après cinq ou six ans, n’arrivent plus à payer les taxes et hypothèques et les couples divorcent, querelles monétaires obligent…
Que peut-on y faire ?

Mme Bazzo, en vous lisant ; je revoyais dans mes pensées les routes de campagnes avec cette croix à la croisée des rangs! Autre phénomène de notre histoire religieuse et maraîchère ! Aujourd’ hui pour voir cela il faut s’ éloigner davantage de la ville car l’ étalement urbain prend place quoiqu’ en dise nos verts ! Eh oui! la nostalgie s’ installe parfois et l’ on voit la modernité comme un monstre qu’ on voudrait chasser! Malgré que notre pays est jeune, il faut quand même faire place au modernisme comme toutes les grandes villes du monde ! Que de châteaux , de ponts, de rivières enfouies dans toutes les grandes villes du monde!

L’individualité au profit de la collectivité.

Encore une fois vous mettez le doigt sur quelque chose de très significatif concernant la pseudo nation Québécoise. La connaissance de l histoire par ses citoyens est une fondation essentiel à l exitance même des nations. Cette pseudo nation Québécoise prétendait succeder à la nation Canadienne Française qui a eu une brève exitance mais qui a au moins exité. Bien entendu nous sommes dans le pays des Trudeau qui est post national c est à dire sans nation,sans culture et sans identite commune. Ce Canada aux cent minorités et aux mutiples cultures persistera t il dans le temps? Permettez moi d en douter.

Mais en avons-nous les moyens?
Puis comme presque tout est chinois, des téléphones aux wagons, une partie peut aussi s’acheter dans un magasin à un dollar mais dont une majorité des produits sont offert à $1.50, $2.00 et plus, notre premier ministre pourrait bien faire construire ses futurs bâtisses à ti-vieux avec des matériaux du même secteur!
Avant d’empêcher la disparition des édifices d’hier, il faudrait que les propriétaires commencent par les entretenir.
Ça ne semble pas être trop populaire.
Pourtant en France il existe des hôpitaux qui existent depuis plusieurs centaines d’années.
Ici, il semble que ce soit plus économique de raser presque tout et de remplacer par du neuf. Car adapter de vieux édifices ne seraient pas possible adéquatement aux nouvelles technologies et avancées…
Sans aucun doute qu’en France dans plusieurs vieux édifices on s’éclaire encore aux chandeliers. C’est souvent commode lorsque la France manque d’électricité…on continue à opérer quand même…!!!???
Si j’étais malicieux, je dirais que ça doit être plus certain ainsi d’obtenir plus de dollars d’une manière légale ou d’une autre des entrepreneurs pour les campagnes électorales. Je l’ai écrie ainsi mais je ne le pense pas. Un peu comme certains qui ont fumé du pot sans le respirer!
Lorsque j’étais un ti-jeune, le dentiste avait appliqué, avec l’accord de mon père, le principe qu’acheter en grosse quantité était plus économique et aussi on économisait aussi sur les billets d’autobus et du temps en faisant tout dans une seule visite. Ainsi, j’étais chez ce dentiste pour une dent qui faisait mal et je suis reparti avec 8 dents en moins, 7 autres qui ne faisaient pas mal, auraient selon ce dentiste fait mal éventuellement. Et donc, pour arracher une dent cela aurait coûté $30. mais 7 de plus, une fois endormi pour une ou 8 c’était le même prix, et donc $65.00 pour le tout. Quand on y pense, ce fut une belle économie… Dans mon cas et jusqu’à ce jour, je n’ai pas trouvé que c’était un cadeau… Évidemment qu’il a fallu acheté une prothèse partielle à remplacer à vie… Je ne sais pas si mon père avait pensé à cette dépense supplémentaire pour la première en tout cas? Mais à cette époque j’étais content d’avoir dans ma bouche ce que d’autres à l’école n’avaient pas !!!!!!!!!!!! Fierté ou cadeau? Il arrive que la fierté comme les cadeaux soit douloureux!
Je souhaite à tous et à toute un beau dentier en cadeau à Noël…ainsi qu’une nouvelle maison style chalet suisse en 2019 dont toutes les fenêtres sont contrôlées à distance…par des pirates…des Caraïbes. Dans les deux cas ce sera bon pour l’économie du Québec et du Canada. Le tout acheté en ligne sans payer de taxes…
p.s.: j’ai vu sur un site, que les dentiers provenant de Chine était en spécial à trois pour le prix d’un sans égard à la grandeur!

J’ai oublié, pour finir, à mon âge ce sont des choses qui arrivent…d’oublier. Je me permet de l’évoquer puisque je peux le justifier!
Et donc, le slogan c’était: Lorsqu’il est question de patrimoine, dans les édifices comme dans la bouche, le neuf a bien meilleur goût!
Et voila pour la relation…entre les deux.

Aaaaaaahhhh encore un autre petit bout, un de plus ou de moins…
Je me demande, chez le dentiste, si l’odeur d’alcool venait du produit pour m’endormir ou de sa bouche?

Évidemment il s’agissait d’y penser un tout petit peu plus longtemps, c’est souvent plus long avec les aînés (enfin je m’en souviens, ça m’est revenu, juste comme ça, je ne voudrais pas que certains et certaines (même si je n’ai pas mentionné les tites-vieilles, il ne faut oublier personnes; la rectitude politique et la discrimination, vous connaissez?) se sentent insulté(e)s, ou qu’on me trouve incapable de m’adapter), ça devait être le désinfectant buccale qui sentait l’alcool. Comme le dentiste était en face de l’hôpital Saint-Luc, c’était un produit populaire…je suppose même dans ce temps là…dans la rue…

Combien il y a de vrai, dans vos propos d’aujourd’hui !… Mais hélas, ce n’est qu’un partie de nos problèmes de fond. Plus ça change, plus c’est pareil, entend-on souvent dire… Mais, en réalité, pour honorer convenablement ces nouveaux dieux qui s’appellent « tendance », « mimétisme », « désir de changement », « débarras », etc., tout le monde semble se ruer de plus belle, et de plus en plus résolument (d’autres appellent ça « spin ») vers on ne sait où… Le Québécois, fâché, tanné, impatient, irascible… se comporte de jour en jour comme le chien qui court après sa queue ! Quand on a tout jeté par-dessus bord, quand on s’est débarrassé de tous ses repères, qu’on a flambé tout son héritage ( comme l’enfant prodigue de l’Évangile ), pour s’enligner sur les plus récentes chimères — qui se démoderont si vite à leur tour — que reste-t-il? Que doit-on choisir de conserver? Trop difficile de réfléchir sainement à toute la question : le temps passe trop vite, il faut tout jeter, tout changer, au plus vite… pour devenir comme tous les autres… aussi pauvres que tous ces « riches » voisins qui pensent tout posséder, et qui n’ont rien du tout, en fait. Leur coeur est aussi vide que leur porte-feuille endetté déborde de billets verts… Et c’est ça, notre modèle? Ce mode de vie « miracle » après quoi nous courons comme des fous ? Misère !

Nos ancêtres avaient le sens du beau. L’architecture urbaine comme rurale avait une espèce d’harmonie, de beauté qui réjouissait l’œil. Pensons aux belles maisons normandes du passé avec leurs « épis » sur les faîtes et les espris dans les murs. Mais, avec l’ère industrielle, le bâti est devenu anarchique et l’harmonie est disparue. Oh, il y a bien quelques bâtisses qui sont belles mais il n’y a plus d’harmonie. Ces maisons du passé nous rappellent beaucoup notre échec a faire de notre environnement une harmonie de beauté. Vous donnez un très bel exemple de bâti anarchique et les villes sont devenues laides et les campagnes encore plus avec leurs bungalows californiens!

Ah oui, les maisons-monstres. Ça c’est la plaie du XXIè siècle! Il y a bien certaines minorités ethniques qui bâtisses des maisons immenses sur des terres agricoles ou encore dans les villes en occupant TOUT le terrain car ils logent plusieurs familles. Mais les pires ce sont les grosses maisons qui ne logent que quelques personnes, des petites familles de rien… Pour moi c’est du gaspillage éhonté. Mais essayez, juste pour voir, de trouver une petite maison disons de mille pieds carrés: bonne chance, c’est très, très, très rare et pourtant une famille de 4 peut facilement vivre dans cet espace.

Enfin, pour en revenir à notre histoire, c’est bien dommage mais on dirait que les Canadiens-français sont vraiment un peuple sans histoire. Oh, il y a bien eu Champlain et le général Montcalm en passant par Dollard des Ormeaux mais ça c’est souvent du folklore, pas de l’histoire! Sait-on pourquoi nos ancêtres avaient choisi un certain type d’architecture dans le bâtiment? Pire, sait-on comment ils vivaient au quotidien? Qu’est-ce qui a attiré nos ancêtres, hommes, femmes et enfants, pour qu’ils s’embarquent sur des voiliers pour des voyages très dangereux de deux ou trois mois, dans des conditions atroces, risquant leur vie, pour venir en Nouvelle-France? Comment nos ancêtres ont-ils vécu l’abandon de la France lors du traité de Paris de 1763? Comment ont-ils vécu l’occupation militaire anglaise?

Je me souviens? Pas tant que ça! Nous avons perdu la mémoire de notre histoire et de notre patrimoine et c’est ce qui fait que des bâtiments anciens, magnifiques, sont détruits pour faire place à du toc, du cheap, du one-size-fits-all… et vive les promoteurs de tout acabit qui n’ont comme préoccupation que de s’emplir les poches. Pour eux l’harmonie et la beauté c’est quand l’argent rentre!

Ce que nos compatriotes comprennent mal incluant nos politiciens, c’est que l’aménagement du territoire est un travail à plein temps, de tous les instants qui nous touche tous. Qui ne doit pas être abandonné aux seuls actuaires et comptables qui calculent la marge de profit ; ou aux collectivités locales qui raisonnent seulement en rapport avec la croissance des impôts fonciers, la valeur foncière purement commerciale qui est attachée aux terrains et au cadre bâti par le rôle d’évaluation, sans compter les taxes scolaires qui sont intrinsèquement reliées à la croissance de la valeur des maisons.

C’est cette seule vision comptable de toutes choses qui tue le patrimoine et qui efface la mémoire collective de la population. C’est encore cette vision purement taylorienne qui transforme l’humain en machine, écrase la sensibilité des gens et les rend incapables de pourvoir vivre avec leur yeux : le passé, le présent et l’avenir qu’ils laisseront un jour à leurs enfants.

Pourtant voir de belles choses, cela donne toujours de beaux yeux.

C’est avec une vision paysagère qu’on transforme l’environnent, par la mise en valeur du cadre bâti, du paysage, la préservation des écosystèmes (qui forment également notre patrimoine naturel) que nous transformons notre relation avec l’espace que nous partageons. C’est encore la meilleure façon de valoriser le monde dans lequel nous vivons.

Par un aménagement bien pensé qui conjugue le temps passé, le moment présent et une vision harmonique du futur nous préservons la cohésion sociale, de bonnes, heureuses et fructueuses relations entre les gens. Cette mise-en-valeur est une source de plaisir, de satisfaction, renforce le sentiment d’appartenance et l’estime de soi.

Voila un des inconvénients de se vouloir au goût du jour comme ils disent. Quant à moi, je retiens cette partie de votre texte qu’il faudrait marteler à tout venant:
« Pourtant ce patrimoine…. il est nécessaire parce qu’une nation a besoin de racines pour avoir des branches. Elle puise son sens dans ses repères. »

Voyez-vous, ces bâtiments ont été construit par le patriarcat, et comme les hommes ont de bons, doit être oublié sinon proscrit. C’est désolant

Un texte de M. Poulin en Novembre dernier parru dans le blogue « Le Verbe ». Rejoint vos propos…

Pour avoir le privilège de travailler dans un domaine me permettant de redonner des lettres de noblesse aux bâtiments témoins de notre histoire… il y a de très belles restauration et conservation, revitalisation d’edifices de toutes tailles… mais il y a aussi de très malheureux laisser-aller et négligence ou désintérêt par manque de connaissances…

Permettez-moi de citer une partie du texte de M.Poulin, qui trace tout à fait ma pensée et la réalité à laquelle nous devons faire face… mais surtout nous réveiller et agir, avant qu’il ne soit trop tard…

« Les contemporains détruisent sans scrupules ; ils construisent sur des « bases nouvelles ». En matière d’habitation comme en matière d’histoire, ils se vouent avec empressement au culte de la nouveauté. Ils adhèrent à un progrès dénué de mémoire, ce qui constitue une irréfragable régression.

Sur le plan de la mémoire collective, la société québécoise n’agit guère autrement.
Elle a déboulonné ses monuments symboliques d’avant la Révolution tranquille les uns après les autres, à commencer par la foi catholique. Plus précisément, le rapport trouble de notre société à l’égard de son histoire s’exprime dans son indifférence vis-à-vis de son patrimoine architectural. Faut-il rappeler que sans les efforts de l’Église, au XIXe siècle, l’identité collective aurait été érodée par des eaux souillées de férocité ? L’indifférence n’a pas été, tant s’en faut, la posture de l’Église. Avec obstination, elle a fait traverser à son peuple un hiver marqué par l’inachèvement politique.
L’histoire du Québec porte la marque profonde du christianisme et des splendeurs collatérales qu’il a produites, dont le château Beauce. Sa disparition effacerait l’un des nombreux visages de notre personnalité collective, déjà largement éprouvée par la fragmentation identitaire.
En cette ère où la société québécoise se targue d’être ouverte sur le monde, je redoute qu’elle ne tourne le dos irrémédiablement à ce qui lui a permis d’y demeurer. Les Québécois devraient cesser de renier leur foi séculaire. Naguère, ce n’est que par son entremise qu’ils avaient accès à l’universel »

Je souhaite ardemment et activement trouver l’echo qui saura se faire entendre jusqu’au aux décideurs… et qui leurs fera tendre l’oreille et les mains, vers ces trésors collectifs qu’il n’apparti qu’a nous, peuple québécois, de respecter…

Le patrimoine, c’est comme la sexualité et l’écologie, cela doit être enseigné à l’école à nos enfants. En tant que citoyen privé ou corporatif, nous n’avons pas juste de droits, mais aussi et surtout des devoirs. Nous sommes peut-être atteint du syndrome de la pensée unique. Merci de votre sensibilité à ce qui nous différencie!