Le bon des médias sociaux

Les médias sociaux devraient servir à se donner rendez-vous ailleurs. Pour se parler pour de vrai.

Photo : L'actualité

J’aime les médias sociaux. Parce qu’ils me permettent d’être avec vous, d’avoir de la répartie, de faire des blagues, de niaiser. D’y aller de mes observations sur la vie. Mais il y a des matins où je me déteste parce que j’ai passé trop de temps à « scroller » dans la salle de bains et que j’ai fini par avoir des fourmis dans les jambes. Ce que je hais de ces tribunes populaires, c’est qu’elles n’engendrent en rien un dialogue.

Au contraire, elles ne font que permettre à chacun de se camper sur sa position en espérant obtenir le plus de « likes » possible plutôt que d’encourager une réflexion et d’aider chacun à se nourrir de l’argument de l’autre pour se bâtir un point de vue, faire avancer un sujet. Ces plateformes encouragent surtout à chercher qui a raison. Et du moment où quelqu’un a raison, c’est que l’autre a tort, et alors, le but du dialogue est de gagner et non pas de réfléchir. 

C’est pour ça que je débats rarement sur Twitter; je trouve que ça ne mène à rien. Il n’y a pas la place. On n’a pas le ton de la personne, chacun a des a priori et je trouve difficile d’en retirer quelque chose de constructif. Ça, c’est quand ça vire pas aux insultes, aux retweets de mauvaise foi et, dans le pire des cas, au lynchage public.

Ça va devoir cesser. Nous allons devoir trouver des méthodes pour que le lynchage sur les médias sociaux devienne criminel. Mais comment encadrer les débats sans nuire à la liberté d’expression ? Nous pataugeons dans le sujet à cause du cas de l’Université d’Ottawa. Si j’avais à résumer, je dirais que c’est le bordel. Ce que je sais : par pitié, tentons de nous rappeler que les gens sont meilleurs dans le réel que dans le virtuel. Ils sont plus raisonnables et plus empathiques devant nous que derrière leur clavier.

J’ai entendu dernièrement Patrick Lagacé à son émission de radio quotidienne parler – et non pas débattre – avec l’humoriste Renzel Dashington à propos du scandale de l’utilisation du « mot en n ». Lagacé a été malmené sur les médias sociaux pour avoir utilisé le terme à plusieurs reprises à la radio en parlant avec son collègue Bernard Drainville pour expliquer le cas de la professeure de l’Université d’Ottawa. Dashington faisait partie de ses détracteurs, mais ils ont fini par employer les médias sociaux pour se parler « en vrai » par téléphone, à la radio.

Ça, c’est bien. Les médias sociaux devraient servir à se donner rendez-vous ailleurs. Pour se parler pour de vrai. Sinon, ça donne au mieux un dialogue de sourds, au pire une traînée de poudre qui peut générer la plus grande des violences. Et surtout grossir les mensonges. Nous éloigner les uns des autres. Se trouver mieux que l’autre et s’en méfier.

J’aime pas ça. À la suite de cette conversation entre Patrick et Renzel, eh ben, figurez-vous que j’ai changé de point de vue. Ça m’a permis de comprendre qu’effectivement, même dans un contexte académique, ou journalistique, le « mot en n » est un très gros mot. On ne lancerait pas à qui mieux mieux des « tabarnak » à la radio juste pour expliquer que c’est un gros mot. Je pensais que je comprenais, mais, après avoir écouté Renzel, je me suis rendu compte qu’il m’en manquait des bouts. Ça, c’est ce que permettent la radio, le téléphone, une rencontre dans la vraie vie…

Mais je ne peux pas dire que je l’ai vue sur les médias sociaux, la vraie vie.

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Non, pas à qui mieux mieux mais bien sûr qu’on peut dire ‘tabatnak’ pour expliquer que c’est un gros mot. Dans quel monde vivez-vous?

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En fait cette querelle est directement issue du colonialisme anglo-américain car dans cette culture il est admis qu’il y a des mots qu’on ne dit pas, que ce soit les mots en N (je ne sais pas si le cours en question traitait du mot « nigger » ou « negro ») ou encore le mot en F etc. (j’ai même entendu le « S word » pour « snow ») En français nous avions les tabous religieux, les blasphèmes, qui nous menaient directement en enfer mais avec la fin de la grande noirceur, on a cessé d’avoir des mots « à l’index » et on peut « sacrer » sans craindre pour son avenir.

Donc, en français, on se garde une petite gêne pour ne pas blesser les gens en cause mais on peut dire ces mots dans des contextes particuliers, comme ceux de Pierre Vallières ou de notre académicien chéri, Dany Laferrière. Je pense aussi au mot « Sauvage » en parlant des peuples autochtones d’ici lors des contacts avec les Européens. Faut-il rappeler que Jean-Jacques Rousseau avait une grande admiration pour les Premiers Peuples et avait concocté la notion du « bon sauvage ». En anglais, ce mot est tabou.

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