Le bulletin de la CSDM

Qu’est-ce qui cloche avec la Commission scolaire de Montréal (CSDM) ? Pourquoi rien ne semble s’y passer comme ailleurs ?

alliance-gros
Des centaines d’employés de la CSDM et de parents d’élèves ont manifesté devant le siège social de la Commission scolaire lors de la dernière séance du conseil des commissaires, le 17 juin dernier. – Photo : © Yves Parenteau, Alliance des professeures et professeurs de Montréal

L’heure des vacances n’a pas encore sonné pour les élus de la Commission scolaire de Montréal (CSDM). Les commissaires sont coincés entre le ministre de l’Éducation, qui laisse toujours planer la menace d’une tutelle en raison de ses déficits récurrents, et les enseignants et parents d’élèves, qui les enjoignent de ne pas sabrer les services aux élèves dans le budget qu’ils adopteront le 7 juillet.

Mais qu’est-ce qui cloche avec la CSDM ? Pourquoi semble-t-elle incapable d’équilibrer son budget ? Comme un élève en difficulté, elle peine à obtenir la note de passage. Mais lui donne-t-on vraiment tout ce qu’il lui faut pour réussir ?

1. Elle est trop grosse

Plus de 88 000 élèves ; 15 000 employés ; 192 établissements. En terme de taille, la CSDM est la championne toute catégorie — et de loin. Elle est deux fois plus grosse que la deuxième commission scolaire en importance au Québec, la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys. Son budget est à l’avenant : tout près d’un milliard de dollars.

  • Budget 2014-2015 : 958 millions de dollars
  • Budgets déficitaires depuis 2008-2009
  • Déficit budgétaire accumulé de 73,1 millions (au 30 juin 2014)

On pourrait penser que sa taille présente un avantage qui lui permet d’intéressantes économies d’échelle. Mais ce n’est pas tout à fait le cas.

Les commissions scolaires les plus efficientes sur le plan budgétaire sont celles dont la taille se situe entre 9 000 et 40 000 élèves, démontre une étude (pdf) réalisée à la demande du gouvernement par Guy Lacroix, professeur au département d’économie de l’Université Laval.

Dans les commissions scolaires plus petites, aucune économie d’échelle n’est possible, et au-delà de 40 000 élèves, le chaos et la bureaucratie semblent se mettre de la partie.

Pour chacune des commissions scolaires du Québec, le chercheur a établi la relation entre les coûts (immeubles, salaires des enseignants et autres employés, administration) et le nombre d’élèves diplômés. Il a ainsi calculé l’«efficience» de la commission scolaire, c’est-à-dire sa capacité à «produire» un diplômé au plus bas coût possible. Le chercheur a même pris la précaution de pondérer ses résultats pour tenir compte des élèves handicapés ou défavorisés, qui coûtent plus cher à scolariser.

Selon ces calculs, le chiffre magique est de 18 155 élèves par commission scolaire. Ce serait la dimension optimale, celle qui permet de tirer le maximum de chaque dollar investi en éducation.

Avec ses 88 000 élèves, la CSDM est presque cinq fois plus grosse. Cette obésité administrative semble faire en sorte que ses dirigeants n’ont plus de vue d’ensemble.

Le rapport d’enquête (pdf) de la société Raymond Chabot Grant Thornton, remis au ministre de l’Éducation en mars dernier, souligne que les différents départements de la Commission scolaire travaillent en vase clos, «ce qui cause de nombreux doublons et une action non concertée en entretien des immeubles et dans l’utilisation des ressources afférentes» et génère «très certainement des coûts supplémentaires».

Fin mai, la CSDM a annoncé qu’elle devait effectuer des compressions de l’ordre de 40 millions de dollars sur deux ans pour satisfaire le ministre de l’Éducation.

Depuis, ce dernier a assoupli quelques règles budgétaires, et les coupes seront un peu moins importantes que prévues. La CSDM adoptera son budget 2015-2016 le 7 juillet.

2. Les commissaires en mènent large

En termes à peine voilés, les experts de Raymond Chabot reprochent aux commissaires scolaires de ne pas comprendre leur rôle et de trop se mêler de la gestion des affaires courantes : «Selon les bonnes pratiques, les orientations devraient être données par le conseil des commissaires, et la préparation du budget relève de la direction générale», dit le rapport.

Ça, c’est la théorie.

Dans la pratique, «ce qu’on attend d’un commissaire scolaire n’est vraiment pas clair», commente Isabelle Lacroix, professeure et directrice de l’École de politique appliquée à l’Université de Sherbrooke.

Le gouvernement a tenté de mieux définir le rôle de cet élu en lui donnant un rôle plus politique, lors de la réforme de la Loi sur l’instruction publique, en 2008. «Mais les balises restent vagues, dit Isabelle Lacroix. Concrètement, ça donne des pratiques très diversifiées d’une commission scolaire à une autre. Ça va de l’élu qui ne fait que lever sa main quand on demande le vote, jusqu’à celui qui débarque au siège social de la commission scolaire et demande des comptes à des directeurs de service.»

Contrairement aux élus municipaux — qui savent très bien où s’arrête leur rôle et où commence celui de leur directeur général —, les commissaires scolaires sont soumis à un choc de légitimité.

Les directeurs généraux de commissions scolaires, généralement issus du monde de l’éducation ou de l’administration, en savent souvent plus long que les commissaires scolaires. Ces derniers ont des bagages très variables, puisque les seules exigences du poste se résument à être majeur et avoir été élu.

En septembre dernier, le directeur général, Gilles Petitclerc, avait préparé un plan de retour à l’équilibre budgétaire, plan qui a été rejeté par les élus. C’est d’ailleurs à la suite de cet affront que le ministre de l’Éducation (Yves Bolduc, à ce moment-là) a déclenché le processus d’enquête mené par Raymond Chabot.

La CSDM n’est pas la seule commission scolaire où les relations entre élus et administrateurs sont tendues, souligne Isabelle Lacroix. Mais dans ce cas, le conflit a dégénéré : les élus ont suspendu le directeur général, Gilles Petitclerc, le 10 juin dernier.

«Les présidents de commission scolaire sentent qu’ils ont une plus grande légitimité depuis les dernières élections scolaires, en novembre dernier, parce qu’ils ont été élus au suffrage universel pour la première fois. Ils se disent que c’est la population qui les a élus», dit Isabelle Lacroix. Auparavant, le président était choisi parmi les commissaires. (Pour mémoire, le taux de participation aux dernières élections scolaires a été de 4,9 %.)

3. La résistance au changement est à l’œuvre

Plus une organisation est grande, plus il est difficile de la faire changer. Si, en plus, divers groupes d’intérêt tirent la couverture chacun de leur côté, l’organisation fait du surplace, c’est garanti.

Depuis que le ministre François Blais a décidé d’imposer des compressions à la CSDM, des groupes d’intérêt de plus en plus nombreux s’unissent pour protester. Ce ne sont plus seulement les enseignants qui dénoncent les compressions, mais aussi les professionnels, les employés des cafétérias et les concierges.

Les parents ont décidé de se faire entendre eux aussi en formant la Coalition des parents pour l’école publique. La porte-parole francophone, Eve Kirlin, ne défend pas la gestion de la CSDM, n’hésitant pas à dire qu’il y a sûrement place à l’amélioration.

Mais en protestant contre les compressions en éducation, la Coalition des parents se trouve à appuyer la CSDM dans son bras de fer avec le gouvernement.

«Au lieu de couper dans les services, il faut se demander si ces services sont bien financés, dit Eve Kirlin. Si le transport scolaire coûte plus cher à la commission scolaire que ce qu’elle reçoit du Ministère, c’est peut-être parce qu’il n’est pas suffisamment financé ?»

La plus récente séance du conseil des commissaires, le 17 juin, a été perturbée pendant une vingtaine de minutes par le son strident des sifflets et des klaxons et par les slogans des quelque 150 parents et employés de la Commission scolaire entassés dans la salle, qui scandaient : «Debout avec nous ! Debout, pour les enfants !»

La présidente de la CSDM, Catherine Harel Bourdon, n’a pu placer un mot jusqu’à ce qu’elle se lève à son tour, applaudie par les manifestants… qui ont promis de revenir le 7 juillet, pour perturber l’adoption du budget 2015-2016.

4. Elle hérite des cas les plus lourds, dont les autres commissions scolaires ne peuvent s’occuper

La CSDM compte quelques écoles spécialisées pour assurer la scolarisation des élèves présentant un handicap ou un trouble d’apprentissage grave.

L’école Irénée-Lussier, par exemple, s’occupe des jeunes déficients intellectuels ou autistes âgés de 12 à 21 ans. Ils n’apprennent pas la grammaire, mais l’autonomie — s’orienter, faire la cuisine, lire et compter à la mesure de leur capacité, etc.

L’école déborde depuis déjà plusieurs années, au point où elle a dû ouvrir deux annexes, à plusieurs kilomètres de la maison-mère.

«Des parents déménagent sur le territoire de la CSDM pour obtenir les services qu’ils n’ont pas ailleurs», m’a expliqué la directrice, Catherine Lachaîne, alors qu’elle me faisait visiter l’école, il y a quelques semaines.

Les commissions scolaires voisines, Marguerite-Bourgeoys et Pointe-de-l’île, ont elles aussi des écoles spécialisées, mais plus petites. «La vérité, c’est qu’on reçoit des jeunes qui ne peuvent pas aller ailleurs. Ils étaient dans d’autres écoles et ils se sont fait renvoyer à la maison. Ici, on les reçoit et on les scolarise», dit Catherine Lachaîne. Elle a l’obligation de les accueillir : la Loi sur l’instruction publique garantit le droit à l’éducation pour tous, incluant les enfants handicapés.

Mais si la CSDM se retrouve systématiquement avec les cas les plus lourds, pas étonnant que la colonne des revenus et celle des dépenses ne «balancent» pas.

Au dire de Catherine Lachaîne, le montant versé par le ministère de l’Éducation pour un élève enfant n’est pas assez élevé pour couvrir les besoins de ses élèves. «Les élèves déficients intellectuels profonds, par exemple, ont besoin d’une préposée, car certains ne s’alimentent pas seuls, ont besoin d’aide pour aller à la salle de bains, etc.»

Cette directrice sait qu’elle creuse le déficit de la commission scolaire. «Notre école est l’une des pires en terme de performance financière, dit-elle. On commence l’année scolaire avec un déficit de 800 000 dollars.»

Dans leur quête d’équilibre budgétaire, les experts de Raymond Chabot Grant Thornton ont suggéré à la CSDM de couper 7,5 postes de préposés aux handicapés. S’ils avaient mis les pieds à l’école Irénée-Lussier avant de rédiger leur rapport, ils auraient constaté que ces préposés ne sont pas du luxe.

Et on ne parle même pas de la concentration d’élèves défavorisés, plus importante à la CSDM que nulle part ailleurs au Québec. Le ministère de l’Éducation utilise deux indices pour calculer le niveau de défavorisation des jeunes, soit le seuil de faible revenu et l’indice de milieu socioéconomique.

Pour les deux indices, la CSDM occupe le dernier rang des 69 commissions scolaires linguistiques.

5. Ses bâtiments sont vétustes

Les déboires de l’école Baril, située dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, illustrent bien les problèmes du parc immobilier de la CSDM.

Fermée depuis 2011 en raison de moisissures, l’école a été placardée pendant des années avant d’être démolie ce printemps. Elle sera reconstruite et réouvrira ses portes à la rentrée 2016. Une trentaine d’autres écoles de la commission scolaire nécessitent des travaux majeurs (réfection de la toiture et de la maçonnerie, changement du système de ventilation, etc.)

Dès 2012, le Vérificateur général du Québec a sonné l’alarme (pdf) au sujet de la qualité de l’air dans les écoles primaires de la CSDM, soulignant l’entretien déficient des bâtiments sous sa responsabilité.

À ce moment-là, non seulement l’entretien n’était pas fait, mais la Commission scolaire n’avait même pas une idée claire de l’état de ses bâtiments, étant donné que l’inspection semblait quelque peu aléatoire…

La CSDM a un net désavantage sur les autres : ses bâtiments sont plus vieux, soit 70 ans en moyenne. C’est 15 ans de plus que dans bien d’autres commissions scolaires — celles de Sorel-Tracy et des Navigateurs (Lévis), par exemple, qui ont elles aussi été visitées par le Vérificateur général.

La CSDM a également un parc immobilier plus important à surveiller et à entretenir : environ 200 immeubles, comparé à une soixantaine à la Commission scolaire des Navigateurs.

La CSDM voudrait vendre quelques-uns de ces bâtiments pour alléger ses responsabilités et renflouer ses coffres. La Ville de Montréal s’est montrée intéressée à acquérir, pour 14 millions de dollars, quatre bâtiments qu’elle utilise déjà en location pour des activités sportives et communautaires.

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie

3 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Permettez-moi de prendre en référence la déclaration de Eve Kirlin : «Au lieu de couper dans les services, il faut se demander si ces services sont bien financés, dit Eve Kirlin. Si le transport scolaire coûte plus cher à la commission scolaire que ce qu’elle reçoit du Ministère, c’est peut-être parce qu’il n’est pas suffisamment financé ?»

Se peut-il que la répartition géographique des élèves par écoles soit faite de telle sorte qu’il faut offrir plus de transport aux élèves quand une répartition bien faite permettrait tout simplement d’épargner du transport à un très grand nombre d’élèves ? Est-ce que dans ce cas c’est le financement qui manque ou des erreurs récurrentes depuis des décennies en matière de planification au niveau des besoins ?

Accessoirement, faut-il mettre la charrue avant les bœufs ou les bœufs avant la charrue ? Et si on opte pour la première solution, faut-il demander par après à l’État qu’il finance en plus des bœufs, l’achat d’un tracteur pour remédier au problème ?

S’il faut en croire Catherine Lachaîne que vous citez, si la CSDM n’est pas convenablement gérée ce serait à cause des enfants souffrants de troubles d’apprentissage qui coûtent trop cher et les parents de tels enfants qui déménageraient spécialement dans cette Commission scolaire pour qu’on y éduque leurs enfants. Est-ce que la chose est prouvée ? Et si oui ! La CSDM ne peut-elle faire des représentations au Ministère, documentation à l’appui ? On cite ici le cas d’une seule école : l’école Irénée-Lussier pour en faire une généralité. La CSDM ne peut-elle pas prévoir de mettre les ressources nécessaires pour répondre aux besoins de ce qui est présenté ici comme un cas particuliers ?

Est-on certain que si le Ministère allouait un supplément de financement spécifiquement pour cet établissement, que cet argent servira bien à l’usage exclusif de l’éducation de ces enfants ou si ce supplément va se noyer dans le l’immense budget de la CSDM avec en fin de compte peu de chance et aucune certitude que cet argent ira bien exclusivement aux services nécessaires aux enfants ?

La CSDM devrait faire des propositions concrètes et chiffrées pour assurer des services de proximité bien organisés. — Faute de quoi, il est peut-être temps de s’orienter vers un système scolaire aux dimensions humaines, qui soit solidaire et autogéré. Dans un système bien fait, beaucoup plus de parents ou même de non parents seraient peut-être très heureux d’offrir un peu de temps et pouvoir en toute fin s’impliquer. Après tout, l’école, c’est comme une maison.

Vous n’avez pas aucune stat sur la performance de la CS par rapport aux autres?
De mémoire c’est l’une des pires au Québec

Depuis trop longtemps, la CSDM a été dirigée par des péquisto-séparatistes de gauche (i.e.: diplômés en sciences molles pas de maths) qui dilapidaient honteusement les fonds durement gagnés par les travailleurs montréalais, en niaiseries et en stupidités de toutes sortes sans pour autant apporter quelque solution que ce soit aux problématiques de cet organisme. Pire, ils AJOUTAIENT au bordel déjà en place…

LA solution? FERMER ce nid de fonfons parasites et simplifier la structure en redonnant directement aux écoles les responsabilités qui devraient être les leurs. Permettre la constitution d’écoles autonomes qui pourraient autoriser des professionnels dans une matière d’enseigner leur passion (i.e.: un musicien pourrait enseigner son art sans pour autant posséder de bach ou autre…), retirer la conception des cours du Ministère de l’Éducation trop loin des préoccupations des élèves et trop ésotérique, permettre l’embauche directe (et le renvoi) des profs, permettre aux profs de se dé-syndicaliser, dé-politiser l’enseignement du Français et de l’Histoire, bref, redynamiser le milieu scolaire.