Le bureau est-il mort ?

La pandémie a forcé l’adoption du télétravail, qui compte désormais de nombreux adeptes. Or, le bureau n’a pas dit son dernier mot. Si côtoyer ses collègues en chair et en os procure un réel plaisir, c’est aussi bénéfique sur le plan professionnel.

Photo : Christian Blais

L’actualité a déménagé ses bureaux cet été. Et en défaisant des boîtes, j’avais deux questions en tête : allons-nous nous servir à nouveau de ces dizaines d’agrafeuses et de ces centaines de chemises que nous avons gardées ? Et ce nouveau chez-nous sera-t-il un jour bondé et animé comme l’était l’ancien ?

Cette seconde réflexion est au cœur d’un questionnement qui occupe présentement les spécialistes du travail du monde entier. La pandémie a-t-elle transformé pour toujours la vie des employés de bureau ? La seule réponse valable en ce moment est : on ne sait pas. 

Il semble probable que nous ne retournerons pas tout bonnement à nos habitudes de 2019. Pendant plus d’un an, nous avons été contraints d’expérimenter ce que plusieurs réclamaient depuis des années. Le changement de paradigme a été brutal, et les patrons réfractaires ont dû se rendre à l’évidence : il est tout à fait possible de permettre aux employés de travailler de la maison sans que les entreprises s’écroulent. 

Combien d’années auraient été nécessaires pour forcer ce changement de mentalité simplement par des revendications de travailleurs ? La pandémie y a mené en quelques jours.

Ce qui ne veut pas dire que le 9 à 5 est officiellement mort. Aux États-Unis, le nœud de la résistance est incarné par les banques de Wall Street, qui se sont empressées de ramener leurs employés au bercail. David Solomon, le grand patron de Goldman Sachs, est allé jusqu’à affirmer que le télétravail était une « aberration »

Mais ailleurs, des indices montrent qu’on est peut-être à l’aube d’une nouvelle ère des relations de travail. De nombreuses entreprises ont annoncé qu’elles testeraient cet automne le mode hybride, mi-télétravail, mi-travail au bureau. Au cœur de l’empire économique du XXIe siècle, la Silicon Valley, le mot d’ordre est « travaillez où vous voulez ». 

Si le mouvement prend de l’ampleur, on peut imaginer un monde où il ne serait plus nécessaire d’habiter près d’un grand centre urbain pour travailler dans un domaine de pointe. Ce serait un véritable « changement civilisationnel permanent », comme l’a prophétisé le pionnier d’Internet et investisseur Marc Andreessen, une ère où il serait possible de dissocier « l’emplacement physique de l’occasion économique ». Autrement dit, un monde où on pourrait travailler pour Ubisoft en habitant à Rivière-au-Renard, ou enseigner à la Sorbonne sans quitter sa maison de Vaudreuil. 

Je vois toutefois un obstacle sur la route menant à cet avenir hypothétique où la présence en chair et en os n’aurait plus d’importance : celui du réel plaisir de côtoyer « pour vrai » nos compagnons d’armes. Trouver du réconfort dans un sourire complice. Rigoler pour évacuer la pression à la fin d’une journée chargée. Sentir qu’on fait partie d’une « gang ». 

J’évoque d’abord les avantages purement psychologiques d’être avec d’autres humains, mais il y en a bien d’autres sur le plan professionnel. Être vu et entendu est particulièrement important pour ceux qui doivent faire leurs preuves, comme les jeunes employés et ceux nouvellement recrutés. La transmission indirecte d’information et d’expérience, qui se fait souvent à l’heure du lunch ou dans les conversations de corridor, se recrée difficilement à distance. Elle est pourtant cruciale non seulement pour les travailleurs eux-mêmes, mais aussi pour les entreprises. 

Les bonzes de l’industrie numérique ont tout avantage à clamer que leurs outils rendent les bureaux physiques obsolètes. Et il est bien vrai que la liberté de millions de travailleurs tient à ce qui se trouve dans leur ordinateur. Mais ne déclarons pas trop vite la mort de la vie de bureau. Il n’est pas impossible que le plaisir qu’on aura à retrouver nos collègues cet automne s’avère plus grand que prévu. 

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Madame Proulx.
GRATITUDE pour un tel article des plus étoffés.
Vive le CLSC 24/7. Avec les budgets APPROPRIÉS ( une fois pour toutes!) Le CLSC favorise le maintien à domicile, l’entraide, le bénévolat, la proche-aidance. Et il favorise le plaisir du travail interdisciplinaire, source de bien des santés.

Que la personne concernée ou son représentant légal soit et demeure au cœur et au centre des processus d’information et de décision. la concernant au plus haut point. Qu’elle ait rédigé ses DMA, mette à jour son Plan de soins intensifs. Bref, qu’elle vive respectée dans ses choix éclairés et libres.

Certaines de mes croyances.
Vivent Mes droits – Mes RESPONSABILITÉS – Mes libertés
Vivre moins longtemps, vivre mieux.
Mourir moins Mourir mieux (les 4 M) (libre et respecté)
Ce n’est pas le vivre longtemps qui coûte cher (surtout à domicile), c’est le mourir longtemps. À qui cela rapporte le plus, le mourir longtemps? Des questions.

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