Le chaman du plasma

Grâce à lui, les nanotechnologies sont de plus en plus… nanos !

Photo : Olivier Hanigan
Photo : Olivier Hanigan

Maher Boulos est un peu quincaillier. Ses clients, dispersés en Amérique du Nord, en Europe et en Asie, l’appellent pour obtenir des conseils dès que leurs plans ont quitté la planche à dessin. Non, ce professeur émérite de l’Université de Sherbrooke et PDG de Tekna Systèmes Plasma ne fournit pas de deux-par-quatre. Il se spécialise plutôt en nanomatériaux, gros comme le diamètre d’un cheveu qu’on aurait coupé en 50 000 morceaux.

Les fabricants d’appareils microélectroniques ou biomédicaux cherchent toujours à construire «plus petit». Prenez votre téléphone cellulaire. Il ne pourrait fonctionner sans de minces couches de céramiques et de métaux, chacune invisible à l’œil nu, superposées les unes aux autres.

Si Maher Boulos et ses 60 employés arrivent si bien à jongler avec l’infiniment petit, c’est grâce à leur maîtrise inégalée de la technologie des plasmas. «C’est le quatrième état de la matière, explique le chercheur de 66 ans. Prenez n’importe quel métal solide. Si vous le chauffez suffisamment, il va finir par se liquéfier. Si vous continuez, il va se transformer en vapeur. Puis, quelque part au-dessus de 10 000 °C, il va entrer dans un quatrième état: le plasma.» À cette étape, les électrons commencent à se libérer des atomes et des molécules.

Les matériaux qu’on traite dans un réacteur à plasma forment une sorte de nuage. Une brume à peine visible, que l’équipe refroidit ensuite sous conditions ultra-contrôlées. Des sphères solides, nanométriques, se forment par condensation.

Depuis sa fondation, en 1990, Tekna Systèmes Plasma se concentre sur la commercialisation d’appareils de production de plasmas, qu’elle vend aux multinationales de l’électronique ou de l’aérospatiale, entre autres. Elle compte se lancer dans la fabrication de matériaux finis. Une usine est en construction à côté de ses installations de Sherbrooke, qui devrait compter de 10 à 12 employés. Inauguration: janvier 2010.