Le créationnisme mis à mal par… le pape François

« Quand nous abordons la création dans la Genèse, nous courons le risque d’imaginer Dieu tel un magicien, avec une baguette magique capable de tout faire. Mais il n’en est pas ainsi. »

Photo: Franco Origlia/Getty Images
Photo: Franco Origlia/Getty Images

FouineurDieu n’est pas un magicien avec une baguette magique, et les théories de l’évolution et du Big Bang sont correctes.

Voilà des affirmations qui pourraient donner le la à des débats sans fin. Mais, sorties de la bouche du pape François, elles prennent une toute autre ampleur.

S’exprimant devant l’Académie pontificale des sciences, le pape s’est inscrit dans la lignée de Pie XII, qui a ouvert la porte à l’idée de l’évolution et a accueilli celle du Big Bang, explique le journal britannique The Independent. Jean-Paul II était même allé jusqu’à dire, en 1996, que l’évolution était « plus qu’une hypothèse »*.

Pour autant, le souverain pontife a expliqué que les théories scientifiques n’étaient pas incompatibles avec l’existence d’un créateur. Au contraire, a-t-il dit dans des propos rapportés par The Independent.

« Quand nous abordons la création dans la Genèse, nous courons le risque d’imaginer Dieu tel un magicien, avec une baguette magique capable de tout faire. Mais il n’en est pas ainsi.

Il a créé les êtres humains et les a laissés se développer selon des lois internes qu’Il a donné à chacun afin qu’elles les amènent à leur plein accomplissement.

Le Big Bang, que nous lions aujourd’hui à l’origine du monde, ne contredit pas l’intervention du créateur divin, mais, plutôt, l’exige.

L’évolution en tant que telle n’est pas incompatible avec la notion de création, parce que l’évolution nécessite la création d’êtres qui évoluent. »

Selon Giulio Giorello, un professeur de philosophie de la science à l’Université de Milan, le pape François a tenté de calmer le feu de la « dispute présumée » entre l’Église et la science.

* Une version précédente du texte laissait entendre que Benoît XVI s’était rapproché de la théorie du dessein intelligent. En réalité, il ne l’a pas fait. Au contraire, il a affirmé qu’il y avait « beaucoup de preuves scientifiques en faveur de l’évolution », ajoutant toutefois que cette théorie ne répondait pas à toutes les questions.

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Selon François premier, e texte sacré n’est pas à prendre au pied de la lettre mais il doit, pour être bien compris, être interprété en laissant de côté les inexactitudes scientifiques et en saisissant le message spirituel.
Cette idée n’est pas un changement de cap de l’Église catholique. Jean-Paul II a clairement dit que la théorie de l’évolution de Darwin était plus qu’une hypothèse (comprendre qu’elle est avérée). Bien avant Jean-Paul II, c’est Léon XIII qui avait ouvert la porte à la théorie de l’évolution.

Cette prise de position du Vice-Dieu (comme on l’appelle au ‘Canard enchaîné’) constitue un argument de poids contre ceux que j’appelle par dérision les « illettristes », c’est-à-dire les Flinstones (ainsi l’ex-ministre Stockwell Day) qui insistent pour que la Bible soit prise au pied de la lettre (et ce quels que soient par ailleurs les problèmes de traduction, mais c’est une autre histoire), plutôt que comprise comme un répertoire de principes fondateurs (style: « Règle absolue pour vos générations: vous et l’étranger êtes égaux », idée également disponible en version libérale-laïque grâce au principe immortel de Giuseppe Mazzini: « L’égalité de tous les peuples »).

Mais qu’on se place d’un point de vue de croyant monothéiste ou de mécréant-athée-laïciste tel que moi, le « miracle » essentiel reste toujours le même. Dans le seul livre que Charles Darwin consacre spécifiquement à l’Homme, « The Descent of Man », malgré l’ambiguïté de ce bouquin (qui comporte par exemple des relents d’eugénisme, et où voisinent des idées contradictoires, par exemple celle, magnifique, que les « races » et autres couleurs de peau ne servent à rien du point de vue de l’Homme et celle, pré-nazie, d’une dissertation malheureuse sur « aryens » et « sémites » en tant que types physiques, qui est en porte-à-faux avec le monogénisme de l’auteur) – bref, dans « The Descent of Man », seul livre qu’il consacre spécifiquement à l’Homme, il est évident pour Darwin que chez l’Homme, c’est la culture (appelée aussi civilisation) qui prend le dessus sur la nature. Ou pour faire un jeu de mots douteux, Darwin est naturaliste (au sens de la profession) mais n’est pas naturaliste (au sens de l’idéologie).

Car comme disait l’athée Leonardo Sciascia : « La nature, il ne faut jamais trop l’aimer, car on finit par peu aimer l’Homme. » Et comme disait l’agnostique Hannah Arendt (dans un chapitre conclusif sur les camps de la mort nazis): « L’Homme est l’être non naturel par excellence. » Et comme disait l’athée Vercors: « Avant de s’être éveillé à sa condition,l’anthropoïde était un morceau de nature comme les autres. Sans sécession et sans révolte, point d’hommes. Ce qui crée l’Homme, c’est sa lutte contre la nature.» Et plus loin : «On pourra dire : Et pourquoi
pas ? Pourquoi ne pas obéir à la nature ? Pourquoi lui préférer les hommes ? Pourquoi prendre le parti des
révoltés ? La nature est notre mère vénérable et toute-puissante. Elle nous a voulus et faits comme nous sommes :
exécutons ses volontés. C’est là une posture de l’esprit non seulement antihumaine, mais dérisoire. Quand nous le voudrions de toutes nos forces, serait-il en notre pouvoir de redevenir anthropoïdes ? De renoncer à toutes nos conquêtes, museler la raison, éteindre la connaissance, échanger l’entendement contre nos instincts perdus ? »