Le dernier Noël

Cette satanée année nous vole du temps, du temps avec nos proches. Et quand il ne t’en reste pas tant, du temps, il vaut encore plus cher.

Photo : L'actualité

J’aime pas les derniers. Les dernières fois. J’aime pas que ça se termine. On passe beaucoup de notre vie à éviter de penser à la mort. À la fin. Ça nous brise le cœur. On doit s’étourdir pour éviter d’y penser. S’étourdir de mots, d’actions, d’achats, de travail, quand c’est pas de drogue. Mais elle est là, la coquine. La mort. Pas de vie sans mort. Qu’est-ce tu veux, c’est pas moi qui ai choisi, mais c’est de même.

J’ai un mari qui est bon avec la mort. Enfin, bon, meilleur que nous, disons. Meilleur que moi, meilleur que beaucoup de gens, sinon meilleur que tous les gens que je côtoie. Rien de moins. Il travaille dans un hôpital psychiatrique et avant il travaillait dans les CHSLD et dans un institut de cardiologie. Son quotidien, c’est la folie, la mort, la maladie. Fun, hein ? Pendant que je dis des niaiseries à la radio et que je tweete mes pensées pour amuser la galerie, lui, il côtoie de très près la misère.

À 20 ans, son amoureuse est morte dans un accident de voiture. En voyage. Ils n’étaient pas ensemble. Elle était loin, il était ici. Elle s’est fait frapper par une auto. Coup de téléphone. Coma. Mort. À 20 ans, qu’est-ce que tu veux penser de la fin, alors que t’as la jeunesse éternelle ? Qu’est-ce que tu veux penser d’un événement aussi random, quand tu parles à la fille que t’aimes au téléphone et que le lendemain, pouf ! elle n’est plus là ? Ça l’a brisé. Et puis, bien sûr, ça a fait l’homme qu’il est aujourd’hui. Ça a fracassé sa vision de la vie, qui a comme éclaté en mille morceaux. Et ça lui a imprégné dans le corps une dimension de la vie que je ne pense pas que j’ai. Une meilleure compréhension de sa finitude.

Marie Kondo m’a fait ça. Oui, je sais, je passe d’un accident tragique à une méthode en vogue d’organisation de la maison, mais la gourou japonaise du rangement ne t’ouvre pas juste les yeux sur ton bordel, elle t’amène à réfléchir philosophiquement sur ce que tu gardes et possèdes. Et c’est très intéressant. En comprenant sa méthode, j’ai dû me questionner sur la cause du bordel chez moi (réponse rapide : c’est mes enfants) et, surtout, sur ce à quoi je me raccroche. Il y a deux catégories de gens : soit tu angoisses par rapport à l’avenir et alors tu gardes des trucs « au cas où », soit tu te rattaches au passé et alors tu conserves des trucs par nostalgie. C’est là que je lève la main.

Je ne veux pas que la vie passe, je ne veux pas que mes enfants grandissent, je ne veux pas laisser aller les peaux de mes mues. Je veux les garder. C’est une grave erreur. Ne pas inclure la mort, la fin, dans notre perception de la vie nous retire non seulement sa beauté, mais surtout notre possibilité d’évoluer. De grandir. Et je ne connais pas de plus grande joie que de se sentir fleurir. Pour ça, les deuils devront être faits, les vêtements de bébé donnés, les cycles acceptés et les fins pleurées. Ne pas retenir. Laisser couler la vie comme l’eau.

Mon père a passé des tests de santé dernièrement, il avait des douleurs qui ne partaient pas. Il s’inquiétait, bien sûr, et il s’inquiétait comme un monsieur de sa génération, seul et en silence. Il a reçu ses résultats, tout va bien, rien de grave a priori. Mais cette coquine de mort, de fin, me regarde avec des gros yeux. « Tu sais, Léa, que ton papa ne sera pas toujours là. » Je le sais, mais je ne veux pas le voir. Je ne veux pas voir la fin des gens que j’aime, c’est si difficile à accepter. Noël approche et on fanfaronnait tous du haut de notre « même pas peur », à se dire : « Bah, qu’est-ce que ça fait de sauter un seul Noël ? » Bien sûr, ce n’est qu’un seul Noël. Mais cette satanée année nous vole du temps, du temps avec nos proches. Et quand il ne t’en reste pas tant, du temps, il vaut encore plus cher.

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LÉA
Merci d’écrire. Et d’écrire ainsi.
Écrire, ça fait mourir un peu ET ça fait beaucoup vivre

«Nous, les humains, mortels et amants de mortels, …»

VIEux Yvon

J’étais depuis ma plus tendre enfance un grand amateur de Formula One, puis un jour il y eut la mort d’Ayrton Senna ; alors je me suis désintéressé petit à petit de la « discipline ». Avant Senna, il avait eu bien sûr d’autres disparitions. Qui ne se rappelle pas de celle de Gilles Villeneuve ? Si bien que, chemin faisant, je me suis mis à suivre ce sport plus épisodiquement, puis je ne regarde plus un seul GP depuis une couple d’années.

Dimanche, ce qui était sauf erreur de ma par le GP de Bahreïn, il y eut un terrible accident, celui de Romain Grosjean. Fort heureusement, il s’en sort indemne ou presque… mais pas psychologiquement. Dans une entrevue présentée à la télévision française, il relate qu’il a vu la mort, mais… que son heure n’était pas venue.

Ainsi faut-il considérer que la mort est une entité bien visible, qui sait se faire plutôt discrète, usuellement. De telle sorte qu’on ne la voit guère, pas plus qu’on ne l’entend.

Il y a dans les propos de Romain Grosjean quelques choses de rassurant puisque la mort ne s’en prend jamais au vivants, elle ne vient qu’à l’heure de la mort, fait un petit tour puis s’en va, si l’heure n’y était pas. Ce qui devrait être mieux compris, ce sont les causes de la mort. Selon certains écrits sacrés, on peut penser au Talmud, il y a très peu de cas de morts « dites » naturelles.

C’est en nous attaquant aux causes que nous pourrions vivre plus longtemps, en réduisant ces causes nous pouvons raisonnablement ajouter toujours un peu de temps au temps. La célébration d’un Noël plus tranquille ne soustrait absolument rien.

N’oublions pas que l’une des causes premières de la mort, c’est : l’amour et que la pire d’entre elle reste encore celle de ne pas être aimé. Ce qui semble avoir sauvé Grosjean c’est l’amour inconditionnel de ses trois enfants.

Moi je me positionne du côté de votre père. Et c’est vrai que le temps devient plus précieux quand le sablier achève . Le temps s’est arrêté pour certains,en cette foutue année. Les bars,restos,le milieu culturel, le tourisme ont ralenti, sinon arrêté leurs activités. Mais dans d’autres secteurs, c’est business as usual et d’autres encore la frénésie. Mais quand on arrive à la retraite et qu’on peut enfin profiter des fruits de notre labeur, et que les circonstances font qu’on se doit de se mettre en quarantaine depuis maintenant 8 mois, le temps qu’il nous reste prend une autre dimension. Finies les soirées avec les amis et la famille au resto, les voyages exotiques, la Floride, Cuba, le Mexique, l’Europe…Vous vous dites que 12 mois dans la vie d’un être humain c’est rien. Pour un nouveau né c’est le 1/80 de sa vie peut-être. Mais pour un septuagénaire c’est peut-être le 1/10 du temps qu’il lui reste sur cette terre. Alors pour moi oui les réunions du temps des Fêtes sont importantes. Il en reste si peu .

Je vous seconde monsieur papa Streliski! Mes yeux se sont gonflés de larmes devant la plume de votre fille… Bravo et merci Léa!

Je suis peut-être de l’âge de votre père, et, oui, il reste peu de sable dans le sablier. Mais même là, j’aime mieux prendre la chance de sauter un Noël et peut-être en connaître 5 ou 10 autres avec les miens que de risquer de casser mon sablier en prenant le risque covid19.
La mort nous apprend la vie; je l’ai vécu avec le décès d’un de mes fils il y a 24 ans déjà; il en avait 23. Il commençait à peine à vivre. Alors, j’ai compris que si la vie nous est si précieuse même après une telle épreuve, il fallait prendre tous les moyens pour qu’elle soit bien remplie. C’est ce que je m’efforce de faire.

En vieillissant le temps se ratatine et le grand départ devient de plus en plus une réalité, surtout en temps de pandémie. Les pandémies il y en a eu au courant de l’histoire des humains et je suis en train de lire une brique sur la fin de l’empire romain où justement les virus ont joué un rôle.

Le choix qui nous reste, nous qui sommes aux portes du grand départ c’est de se réunir dans le temps des fêtes et peut-être se rapporcher de la fin ou encore, être patients, car le temps passe si vite à notre âge, et espérer profiter des réunions de famille après le passage de la tempête virale. Pour ma part, je vais miser sur l’avenir. Un gros merci pour la réflexion !

Bonjour.
Je trouve tellement aberrant vos propos sans argument, invitant à l’insulte, voir, presque à la violence. Comme si, a priori, remettre en question une décision était de saveur « Cossette » et/ou relevait du inévitablement du complotisme.

Je vous invite à vous asseoir avec une personne que vous dénigrer dans votre texte. N’importe qu’elle. Votre choix.

Discuter. Échanger. Écouter pour comprendre plutôt que pour juger. Suivant cela, peut-être aurez vous un minimum de crédibilité pour rejeter d’emblée l’ensemble des questions que plusieurs personnes se posent. C’est vrai que la classe dirigeante nous ont tellement toujours habituée à une gestion sans faille, sans conflit d’intérêt et avec une transparence digne de mention.

Si l’insulte est l’arme des faibles. Vous n’aurez sûrement pas la force de remettre en cause vos perceptions, en les partageant avec ceux et celles qui « osent » utiliser leur capacité d’analyse, tout en se trompant parfois. J’en conviens.

Devant cette politique frisant la perfection. Fermons les yeux. Acceptons. C’est bien ça votre message ?
Il est grand, le mystère de la foi.

Bonjour.
J’ai laisser un commentaire par mégarde. Il s’adressait à un autre article. Vous m’en voyez désolé.

Bien à vous,
Dominik

Vous êtes vraiment bizarre dans vos commentaires et états d, âme.On est quand même pas en période de guerre et on manque pas de nourriture.Il faut juste être patient et prendre des précautions avec la Covid 19 et rester chez soi.Vivement appelez votre psy si elle n,est pas déjà en Burn-out tout comme les profs,les infirmieres,les politiciennes,les journalistes,les mamans,les danseuses,les policières .les comédiennes,les prostituées,les éducatrices en garderie,les serveuses de bar et restos,les syndiquéesl,les célibataires,les divorcées,les agentes d,assurance,les fonctionnaires,les commerçantes,les gyms,les vendeuses en magasin ,les artistes etc

J’ai trouvé votre texte poignant au possible. Au point d’avoir eu peine à en terminer lecture. Car si vrai que ce qui arrive en ce moment impacte infiniment davantage les plus âgé.e.s que tou.te.s autres. Tant que ça? Oui, tant que ça.

Plus jeune, pourra-t-on se rattraper, « en rattraper »; pas lorsqu’en fin de vie, où, à l’évidence, pour toi, C’EST « Le dernier Noël ».

Ce pourquoi faudra-t-il trouver moyen de se rapprocher ou rester proches de proches, proches de la gare terminale, sans l’amener nous-mêmes va de soi.

Dit différemment:
Cette année, la Noël peut être moins célébrée ou l’être
autrement
par ou pour tou.te.s ceux et celles pour qui il y en aura
d’autres
mais devrait être soigneusement mieux soulignée pour
ceux et celles dont ç’augure pour être la toute dernière

Néanmoins exemplaires deux témoignages de sages se suivant ci-dessus :

« il reste peu de sable dans le sablier. Mais même là, j’aime mieux prendre la chance de sauter un Noël […]

La mort nous apprend la vie »

« Le choix qui nous reste, nous qui sommes aux portes du grand départ, c’est de se réunir dans le temps des fêtes et peut-être se rapprocher de la fin; ou encore, être patients, car le temps passe si vite à notre âge, et espérer profiter des réunions de famille après le passage de la tempête virale. Pour ma part, je vais miser sur l’avenir. »