Le grand déblayage

Nous vivons présentement une période historique, que nos enfants raconteront à leurs petits-enfants. Ce serait formidable que leur récit soit celui du moment où l’humanité se sera serré les coudes pour reprendre la maîtrise de son destin.

Photo : Christian Blais

Pendant l’entrevue qu’il nous a offerte, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a utilisé une image qui m’a frappée : la pandémie, a-t-il dit, c’est comme une tempête. Quand elle se terminera, ce sera le temps de pelleter.

On a tous dans les bras le souvenir d’heures passées à déplacer de la neige pour retrouver la maîtrise de notre environnement. Imaginer métaphoriquement le déblayage qu’il y aura à faire quand on sera revenus à la normalité nous épuise déjà.

Quand l’équipe de L’actualité s’est réunie pour réfléchir à la direction à donner à ce numéro marquant le premier anniversaire de la pandémie, on s’est rapidement tournés vers « l’après » pour le Québec. Au moment d’attraper nos pelles, par où devrait-on commencer ? Quels chantiers entreprendre en premier ? Mais surtout, que pourrait-on faire pour limiter les risques de connaître à nouveau ce qu’on ne peut qualifier que d’année de m… ?

L’an dernier, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a dit que la pandémie était comme une radiographie révélant les fractures des squelettes de nos sociétés. C’est assez évident au Québec : on n’est pas tombés des nues en constatant que la pénurie d’infirmières, le désintérêt général à l’égard des soins aux personnes âgées, la vétusté des écoles, les inégalités sociales et le manque de ressources en santé mentale aggravaient les conséquences de la crise sanitaire. Les deux réseaux les plus directement touchés (la santé et l’éducation) n’étaient pas particulièrement réputés pour leur capacité d’adaptation ni pour leur rapidité d’exécution.

Les travaux nécessaires pour remédier à ces failles seront immenses. Et avant de s’y mettre, il faudra d’abord aller au plus pressé : procéder aux interventions chirurgicales reportées à cause du délestage dans le réseau de la santé ; aider les élèves à rattraper leur retard dans leurs apprentissages ; insuffler un nouvel élan aux secteurs de l’économie saccagés. Puisque ce coup de collier devra être donné en grande partie par des gens que la crise est en train de pousser aux limites de leur endurance, ce sera déjà un tour de force de simplement revenir à la case prépandémie d’ici deux ans.

Il faudra pourtant en faire davantage, au Québec, au Canada et à l’échelle mondiale. De plus en plus de voix s’élèvent pour qu’on saisisse notre chance de mettre K.-O. le SRAS-CoV-2, au lieu de le laisser muter à cœur joie, en unissant les efforts de tous les pays pour vacciner rapidement la planète entière, et non seulement les habitants des nations riches. Sans quoi, il pourrait nous pourrir la vie encore longtemps. 

Avec cette collaboration, la communauté internationale pourrait poser les fondations qui lui permettraient d’affronter un prochain virus au potentiel nettement plus grave que celui du SRAS-CoV-2. Dans la publication The World in 2021, du réputé magazine The Economist, Toby Ord, chercheur au Future of Humanity Institute de l’Université d’Oxford, écrit : « Nous tirerons certainement des leçons de la COVID-19, ce qui améliorera nos défenses contre des pandémies semblables. Et 2021 sera notre meilleure chance d’y parvenir, puisque nous aurons suffisamment récupéré pour pouvoir lever les yeux vers l’avenir, mais que le choc du passé sera encore vif. […] C’est une occasion rare de changer de cap, car les anticorps sociaux contre cette pandémie unique en son genre ne tarderont pas à s’estomper graduellement. Nous devons en tirer le meilleur parti. »

Et tant qu’à penser à changer de cap, voyons grand : si les nations du monde sont capables de s’allier pour combattre un virus, elles pourraient aussi le faire pour s’attaquer à l’urgence climatique.

Nous vivons présentement une période historique, que nos enfants raconteront à leurs petits-enfants. Ce serait formidable que leur récit soit celui du moment où l’humanité se sera serré les coudes pour reprendre la maîtrise de son destin.

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