Le lièvre, le renard et la tortue

François le lièvre, Jean le renard et Pauline la tortue sont au coude-à-coude dans les sondages. Nos forêts bruissent de rumeurs sur l’imminence de la course qui pourrait les opposer avant la fonte des neiges. Je parierais sur une élection plus tardive.

L'édito de Carole Beaulieu : Le lièvre, le renard et la tortue
Ill. : É. Godin

Le lièvre, certes, veut que le peuple aille aux urnes rapidement. On le com­prend. Mais le renard, rusé, n’a pas diantre de raison de faire de cadeau au lièvre, bien au contraire. Jean le renard a moult motifs d’attendre un moment plus propice. Sa victoire de 2008 lui permet de jouir de son butin plusieurs mois encore, le temps de raffermir l’opinion.

À moins bien sûr que des renardeaux ne le trahissent et rallient la coalition du lièvre. Jean le renard serait alors en minorité lorsque la fourmi Bachand déposera son budget, à la fin mars. Mais ça, ce serait une tout autre fable ! Bien téméraire celui qui prédira l’issue de la course.

Car même la tortue surprend. On s’est beaucoup moqué d’elle et de sa démarche de dame patronnesse, mais elle a pris de l’aplomb dans la tempête. Sa ténacité force l’admiration. Son organisation est expérimentée. Son programme, connu. Son ouverture aux référendums d’initiative populaire plaît dans les chaumières.

Le pelage de François le lièvre, lui, s’affadit un brin. Il promet de l’action, des bonds qui élar­giraient les horizons. Mais plus le temps passe, plus les habitants de la forêt se demandent si le prix en branches cassées ne sera pas trop lourd. Le terrier du lièvre est encore bien vide. À peine une ébauche de programme et guère de militants suscepti­bles de faire l’éreintante intendance. On attend le congrès de fondation du parti, en avril, pour découvrir le tout. Qui lui tendra une bouteille d’eau lorsqu’il s’essoufflera à fuir les dents du renard, au détour d’un raidillon ?

Car Jean le renard ne chôme pas ! La vague d’investissements créatrice d’emplois qui s’abat sur le nord de son territoire – plus de 20 milliards au nord du 49e parallèle – nourrit son image de visionnaire. Le lièvre promet, mais le renard est déjà à l’œuvre : nouvelles routes, nouveaux emplois, nouveaux dollars, nouveaux marchés… De l’action, de la vision, en v’là ! Et les audiences de la commission Charbonneau sur l’industrie de la construction sont encore loin. Le renard est rusé et combatif. On aurait tort de le donner perdant trop vite.

Et bien sûr, tous les coureurs se feront asticoter par un maringouin qui a la voracité d’une mouche à chevreuil. Que serait une fable printanière sans le bourdonnant Amir ?

Morale de l’histoire : les grenouilles doivent se réjouir ! On les courtisera beaucoup dans les mois qui viennent. Dans ce grand brassage de pro­messes, leur démocratie sera bien ser­vie. Relisons toutefois au cours des prochaines semaines la fable des Grenouilles qui demandent un roi… Parce qu’il y a toujours des serpents qui rôdent. Et qu’il faut se méfier de ce qu’on souhaite !

 

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie