Le meurtrier silence conservateur

Des gens mourront peut-être au Canada, désormais, parce que les médicaments qui auraient pu les sauver ne seront plus disponibles. Et le gouvernement conservateur portera le poids de cette ignominie. Car il refuse d’agir, alors qu’il en a le pouvoir.

L'édito de Carole Beaulieu : Le meurtrier silence conservateur
Photo : T. Soriano/NGS/Corbis

Ailleurs dans le monde, des gouvernements mettent en place de nouvelles mesures pour obliger l’industrie pharmaceutique à agir de manière plus responsable concernant ce problème mondial : les ruptures d’approvisionnement en médicaments (surtout injectables).

Retenez bien cette expression. Vous l’entendrez souvent au cours des prochains mois. Car ces ruptures de stock s’intensifient : leur nombre a quadruplé dans le monde depuis 2006.

Qui aurait cru qu’un jour, au Canada, des pharmaciens d’hôpi­taux devraient passer plusieurs heures par jour à supplier d’autres hôpitaux de leur envoyer des médicaments qui manquent ?

Pourtant, c’est ce qui se passe, au Québec comme ailleurs au pays. Des pharmaciens tiennent même un site Internet pour tenter de coordonner les actions. Les produits en rupture de stock sont souvent des antican­céreux ou des anti-infectieux.

Et ce n’est pas que la faute de Sandoz, cette société phar­ma­ceutique qui a fait les man­chettes récemment en raison des ratés de son contrôle de qualité et de l’incendie à son usine de Boucherville.

Le problème est plus vaste. Ses causes, multiples et complexes.

Il n’y a plus désormais qu’une poignée de fabricants pour desservir la planète, à l’heure où la hausse du niveau de vie des populations, en Asie et ailleurs, fait exploser la demande de médicaments. Ces fabricants sont plus que jamais guidés par la quête de profits imposée par leurs actionnaires. Un médicament encore rentable peut très bien être supprimé parce que les bénéfices ne sont pas assez juteux. Même si personne d’autre ne le fabrique. Et tant pis pour les malades !

Le député Amir Khadir, de Québec solidaire, suggère que l’État devienne fabricant. Comme près de 80 % des agents actifs des médicaments vendus aux États-Unis et en Europe viennent de Chine et d’Inde, ça ne réglerait qu’une partie du problème.

Aux États-Unis (où 15 per­sonnes sont décédées, à l’automne 2011, des suites de pénuries), on étudie un projet de loi qui obligerait les sociétés pharmaceutiques à déclarer un an à l’avance leur intention d’interrompre la fabrication d’un médicament, pour permettre à l’administration de trouver un autre fournisseur. Une telle loi existe déjà en France. En Nouvelle-Zélande, elles doivent informer le gouvernement dès que leur stock ne peut plus assurer deux mois d’approvisionnement. Au Royaume-Uni, on leur a rappelé leurs obligations morales aussi bien que légales.

À Ottawa, rien ne bouge.

Les libéraux de Bob Rae mènent depuis un an une lutte acharnée pour ouvrir la discussion. En vain. Un comité parlementaire, où siège une majorité de conservateurs, s’est réuni en mars, mais ses conclusions n’ont pas été rendues publiques.

Un rapport sénatorial bipartite, en préparation, pourrait accroître la pression sur le gouvernement Harper, tout comme le pourrait la prochaine rencontre des ministres provinciaux de la Santé.

À Québec, le ministre de la Santé, Yves Bolduc, a indiqué qu’il était ouvert à l’idée de désigner un organisme de coordination qui aiderait les hôpitaux à gérer les ruptures d’approvisionnement, sans toutefois pouvoir les en protéger.

Seul Ottawa pourrait légiférer. Reste à voir si les conservateurs accorderont aux vies de leurs conci­toyens une valeur assez grande pour faire une entorse à leur adoration des lois du marché.

 

À LIRE

L’excellent rapport préparé par des médecins et des pharmaciens, à l’initiative de l’Ordre des pharmaciens du Québec >>

 

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