Jean-François Roberge, le ministre aux mille idées

Sur le papier, Jean-François Roberge a tous les atouts pour imprimer sa marque sur le réseau d’éducation québécois : un budget important, l’appui du premier ministre, une connaissance approfondie du milieu, et des idées. Beaucoup d’idées. Réussira-t-il son pari de réinventer l’école ?

Photo : Rodolphe Beaulieu

n n’avait pas vu ça depuis des décennies au Québec : un ministre de l’Éducation qui est le numéro deux du gouvernement, tout de suite après le premier ministre — lequel a d’ailleurs fait de ce ministère la « priorité nationale » en s’installant au pouvoir, en octobre dernier.

C’est le cas de Jean-François Roberge, ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur du premier gouvernement de la Coalition Avenir Québec. Malgré l’appui sans équivoque de François Legault et l’ampleur du chantier qu’il entreprend pour redresser le système d’éducation, qui a vu se succéder sept ministres en 10 ans, Jean-François Roberge joue la carte de la modestie en entrevue, corrigeant les journalistes en affirmant que c’est le ministre des Finances, Eric Girard, qui occupe le rôle du second au Cabinet. Or, ce dernier insiste publiquement sur l’importance de Jean-François Roberge ! « Nous sommes tous au service du ministre de l’Éducation », a dit Eric Girard en décembre dernier lors d’une conférence organisée par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

Jean-François Roberge prend les rênes du Ministère alors que l’économie du Québec se porte bien et que les coffres de l’État débordent à la suite de la gestion des finances publiques faite par les libéraux — très douloureuse pour le système d’éducation. Il arrive avec un gousset bien garni et des idées. Beaucoup d’idées.

Le système d’éducation, il le connaît. L’homme de 44 ans a enseigné pendant 17 ans, principalement dans une école primaire de Saint-Basile-le-Grand, en Montérégie, avant d’être élu sous la bannière de la CAQ en 2014 et de devenir porte-parole en matière d’éducation. Plusieurs des réformes qu’il s’apprête à mettre en place, dont les maternelles quatre ans et la transformation des commissions scolaires, se trouvaient déjà dans le livre aux allures de programme politique qu’il a publié en 2016, Et si on réinventait l’école ? : Chroniques d’un prof idéaliste (Québec Amérique), alors qu’il était député dans l’opposition.

Monsieur le ministre tient à ses idées, sans toutefois être entêté. Déjà, il a mis en veilleuse l’une de ses propositions phares, la création d’un ordre professionnel des enseignants, estimant qu’elle suscitait une trop forte résistance de la part des syndicats.

L’ancien prof prend le pouls du terrain en se rendant au moins deux fois par mois, parfois plus, dans des écoles pour discuter avec les enseignants, les directions et les élèves. À la fin mars, L’actualité a assisté à l’une de ces visites, à l’école secondaire publique Jacques-Rousseau, à Longueuil, en face de Montréal, qui accueille presque 1 900 élèves, répartis entre le secteur normal et des volets particuliers de sports, d’arts et d’éducation internationale.

Une trentaine d’élèves de 5e secondaire du programme d’éducation internationale ont accueilli le ministre à la bibliothèque un vendredi après-midi. Ils l’ont bombardé de questions pendant une douzaine de minutes au sujet des solutions qu’il entend apporter pour contrer l’épuisement professionnel des enseignants ou le délabrement des écoles. Debout devant le groupe, se déplaçant avec entrain, il a répondu sans faux-fuyants, aussi à l’aise que s’il avait enseigné la veille. « On va être capable de réparer les écoles, de les agrandir, d’ajouter des professionnels, de mieux payer les profs. On n’est pas obligé de choisir entre les bonnes idées. Vous avez le droit de rêver grand. » Les élèves ont applaudi.

C’est dans cette même bibliothèque, tout juste avant que Jean-François Roberge s’adresse aux jeunes, que L’actualité l’a rencontré.

(Photo : Rodolphe Beaulieu)

Le ministre des Finances, Eric Girard, répète que vous êtes  l’homme le plus important du gouvernement après le premier ministre. Ça vous met de la pression ?

Personne n’est aussi exigeant envers moi que moi-même. Je n’étais pas surpris que l’éducation devienne la priorité nationale. Je suis avec M. Legault depuis le début, en 2011 ; nous étions 15 dans son salon à faire des remue-méninges sur les manières de relancer le Québec. L’équipe n’a jamais douté que l’éducation serait la priorité du parti ou d’un éventuel premier mandat.

 

François Legault a demandé à ses ministres de prioriser leurs réformes, sans quoi on veut tout faire et on ne réalise rien. Quelles sont vos deux priorités ?

De belles écoles et la prévention des difficultés d’apprentissage, ce qui comprend les maternelles quatre ans. J’en ajoute une troisième : la valorisation de la profession enseignante.

 

De belles écoles, on fait ça comment ? La plateforme de la CAQ mentionnait des concours d’architecture pour chaque nouvel établissement. C’est encore votre plan ?

Si on construisait seulement cinq écoles par année, ce ne serait pas un problème. Mais je vais en annoncer des dizaines dans les prochaines semaines. L’Association des architectes [en pratique privée] du Québec m’a dit qu’il n’y avait pas assez de cabinets d’architectes pour former autant de jurys ! La vraie solution est d’avoir un guide de planification immobilière plus ambitieux, qui tient compte des meilleures pratiques et des recommandations du Lab-École [NDLR : un organisme sans but lucratif qui travaille à concevoir l’environnement des écoles de demain]. Si on donne ce guide-là à des architectes, on va avoir de sacrées belles écoles.

Les immeubles de béton presque sans fenêtres, c’est fini ?

C’est certain. Non seulement on n’en bâtira pas, mais ceux qui existent déjà seront transformés en belles écoles dans les prochaines années. On ne va pas simplement changer les fenêtres désuètes ou réparer les toits qui coulent.

 

Dans votre livre, vous proposez de rendre l’école obligatoire jusqu’à 18 ans. C’est au programme pour bientôt ?

Je n’exclus pas cette possibilité, mais l’objectif n’est pas de faire une opération de coercition sur un jeune de 17 ans. Je ne suis pas certain qu’un jeune décrocheur de cet âge réagirait bien à une directive autoritaire. Il a besoin d’être aidé.

Je souhaite qu’on se donne, comme société, l’obligation d’accompagner nos élèves jusqu’à 18 ans. Aujourd’hui, c’est comme si on disait à un jeune de 16 ans qui décroche : « tant pis pour toi ». Ce que je veux, c’est qu’il continue d’être accompagné jusqu’à 18 ans — et je suis en train de définir par qui exactement —, pour qu’après trois semaines, s’il ne s’est pas présenté à l’école, quelqu’un vienne frapper à sa porte et lui demande : « Comment ça se fait que tu n’es pas à l’école ? Est-ce que tu as été intimidé ? As-tu des problèmes de consommation ? As-tu une dysphasie ou une dyslexie ? » Je veux qu’on lui dise qu’on a des orienteurs, des psychologues et des travailleurs sociaux pour le comprendre et l’aider à raccrocher.

 

Le Québec a un système scolaire à trois vitesses : le privé, le public avec programmes particuliers et le public normal. Selon une récente étude menée par Pierre Doray, de l’UQAM, 75 % des jeunes des écoles privées et des programmes particuliers du public iront au cégep, alors que c’est le cas de seulement 36 % de ceux qui fréquentent l’école publique ordinaire. Que dites-vous de ça ?

C’est comme si on disait que les jeunes qui sont dans les bibliothèques lisent beaucoup plus que les jeunes qui n’y sont pas. Donc, forçons les jeunes à aller dans les bibliothèques ! C’est un gros sophisme. Le jeune qui est à la bibliothèque a déjà un intérêt pour la lecture, ce n’est pas surprenant qu’il lise.

Ce que vous me dites, c’est que des jeunes qui sont sélectionnés sur la base de leurs résultats au primaire réussissent bien et vont au collégial et à l’université. J’espère ! Il y a zéro surprise là-dedans. Cela dit, est-ce qu’on peut souhaiter une plus grande mixité ? Oui, on l’espère. Mais je ne suis pas certain que ce soit pour des raisons de réussite scolaire.

 

Des études montrent pourtant que la mixité d’élèves forts et faibles dans une classe a tendance à rehausser le niveau du groupe, sans pour autant nuire aux plus forts.

C’est un fait que beaucoup d’élèves plus forts ne sont pas dans un programme ordinaire. Mais est-ce souhaitable que des élèves qui en veulent plus se retrouvent dans des classes où on leur en demande moins ? Pas certain.

 

Si un élève a du talent ou de l’argent, il peut aller au privé ou dans un programme spécialisé du public. N’y a-t-il pas là un danger d’accroître les inégalités ?

Je souhaite une plus grande mixité sociale. Je veux qu’il y ait davantage de programmes stimulants offerts à tous les élèves sans considérer le portefeuille des parents ou les résultats des élèves. En ce moment, l’attrait pour les programmes particuliers de sports-études et d’arts-études, par exemple, vient du fait que c’est la seule voie pour les parents qui veulent en donner plus à leurs enfants.

Je suis convaincu qu’en offrant une heure par jour de plus d’activités parascolaires gratuites dans les écoles publiques ordinaires pour faire plus de sport, d’art ou de science, on va ramener dans le programme normal beaucoup de jeunes qui sont actuellement dans des programmes sélectifs. J’y crois profondément.

Si on lance ce programme dès septembre prochain dans 140 écoles — c’est notre ambition —, que l’année d’après on double et que c’est 100 % dans trois ans, le mot va se passer et dans quelques années, la tendance va s’inverser et il y aura davantage de bons élèves au public normal. Il faudra peut-être sept ou huit ans, je ne serai probablement pas le ministre qui en récoltera les fruits, mais ça ne me dérange pas.

Mesurée sur un parcours scolaire normal de cinq ans dans le réseau public, la diplomation du secondaire au Québec présente de loin le pire bilan du Canada — 64 %, contre 79 % ailleurs au pays. Est-ce que c’est une préoccupation ?

C’est très préoccupant. On peut s’encourager en se disant que notre taux augmente, mais il augmente aussi ailleurs ! Il faut rattraper notre retard. C’est pour ça qu’on investit autant chez les 0-5 ans, pour déceler les troubles d’apprentissage. Ça va demander 20 ans avant de voir les résultats, mais c’est important. La maternelle quatre ans en fait partie, et c’est aussi pour ça qu’on ajoute 600 professionnels dans le réseau public, comme des orthopédagogues, dès cette année.

 

Le taux de diplomation chez les garçons du secteur public est alarmant. À peine la moitié d’entre eux terminent leur secondaire en cinq ans. Un écart de 25 points de pourcentage comparativement aux garçons de l’Ontario ! On fait quoi ?

Il faut leur permettre d’être des garçons, de bouger davantage. On peut s’attendre à ce que, sur les cinq heures de plus de parascolaire, il y ait davantage de garçons qui fassent du basketball que du fusain. C’est un stéréotype, mais je pense que ça va donner à certains davantage le goût d’aller à l’école.

Il faut aussi revoir l’horaire du secondaire pour tenir compte davantage des biorythmes des ados — j’ai une grande fille de 15 ans et ce serait bon pour les filles aussi. Je souhaite que l’école commence un peu plus tard le matin. Il faut adapter l’horaire des cours et des autobus pour ça. Il faut enlever toutes les choses qui nuisent au succès scolaire.

 

À peine 8 % des enfants des Premières Nations au Québec terminent leur parcours secondaire dans le délai normal de cinq ans. Un chiffre en baisse de moitié depuis 10 ans. Est-ce que l’État délaisse ces jeunes ?

On les a délaissés, mais on ne le fera plus. Je les ai déjà rencontrés, et j’ai quelqu’un dans mon cabinet qui ne fait que ça, tisser des liens avec les Premières Nations et comprendre avant d’agir. On a donné de l’argent pour réparer des infrastructures, agrandir des écoles. Mais avant de délier les cordons de la bourse pour le reste, je veux comprendre comment mieux les aider. Quand on aura compris ce qui se passe et pourquoi, on pourra intervenir comme il faut. Ce n’est pas un problème purement scolaire. Il ne faut pas arriver avec nos gros sabots.

(Photo : Rodolphe Beaulieu)

Comment allez-vous vous assurer que les maternelles quatre ans s’établiront là où les enfants en ont besoin, dans les quartiers défavorisés, et là où il n’y a pas de centres de la petite enfance (CPE) ?

Les bons endroits, c’est à la grandeur du Québec. Ça fait cinq ans qu’on n’ouvre ces classes que dans les milieux défavorisés. Je comprends qu’il est possible qu’en milieu défavorisé on trouve des problèmes de développement plus grands qu’ailleurs. Statistiquement, c’est vrai. Mais une dysphasie, une dyspraxie, un trouble du spectre de l’autisme, ça n’a rien à voir avec le salaire des parents. La méthode d’offre de services sous les gouvernements péquiste et libéral, par code postal, c’est n’importe quoi. J’ai rencontré un papa qui élevait son fils seul, suivi par un travailleur social. Eh bien, figurez-vous qu’il demeurait à un kilomètre de l’école, mais que son fils n’a jamais pu accéder à la maternelle quatre ans. Il avait beau habiter dans un HLM, il n’était pas dans le bon code postal.

 

Comment trouverez-vous les enseignants dont vous avez besoin pour ouvrir ces classes ?

La pénurie, ce n’est pas juste pour la maternelle quatre ans, c’est dans le réseau scolaire. Il y a un paquet de mesures qu’on veut mettre en œuvre. D’abord, il faut attirer plus de jeunes dans les facultés d’éducation. On a créé un programme de bourses de 16 millions de dollars par année pour cela. C’est un signal très important que le gouvernement fait de l’éducation une priorité. Pour la première fois depuis plusieurs années, le nombre d’inscriptions dans les facultés d’éducation est en augmentation.

 

En attendant que ces futurs enseignants aient leur diplôme, que dites-vous aux parents dont les enfants en sont à leur quatrième suppléant depuis le début de l’année ?

Je leur dis que ça n’a aucun bon sens. Je ne voudrais pas que mes enfants vivent ça. Pour éviter cette situation, j’ai fait quelque chose alors que j’étais ministre depuis même pas deux semaines : j’ai assoupli les critères de tolérance d’engagement [NDLR : permission exceptionnelle d’engager une personne qui n’est pas titulaire d’un brevet d’enseignement]. Cela permet aux gens qui ont un baccalauréat dans une discipline (comme les mathématiques ou le français) de venir prêter main-forte, tout en poursuivant à temps partiel leur maîtrise pour obtenir le brevet d’enseignement.

Vous voulez toujours abolir les commissions scolaires ?

Les transformer plutôt [pour qu’elles deviennent des centres de services]. Abolir, ça voudrait dire qu’il ne reste plus rien.

 

Ça doit faire une belle ambiance autour de la table quand vous rencontrez les commissions scolaires pour leur demander d’ouvrir des maternelles quatre ans…

Il y a des élus scolaires que je sens pleinement engagés. D’autres semblent plus préoccupés par la survie de leur rôle d’élu que par les besoins des élèves. Une grande majorité des gens qui travaillent dans le réseau de l’éducation font partie des 95 % de Québécois qui ne votent pas aux élections scolaires et qui se demandent pourquoi il y en a encore.

 

Ce que vous sentez dans les écoles, c’est donc un besoin d’avoir davantage d’autonomie par rapport aux commissions scolaires ?

Oui, très souvent. Les enseignants le disent ouvertement. Les directions le disent seulement quand la porte est fermée.

La transformation va se faire avant la fin du mandat ?

C’est certain. Des élections scolaires sont prévues le 1er novembre 2020. Alors ce sera bien avant.

 

N’y a-t-il pas d’autres priorités plus pressantes qu’une bataille de structures ?

Je n’ai pas commencé par ça. J’ai commencé par la maternelle, par l’ajout de professionnels, par rallonger les récréations. Dire qu’on ne peut faire le débat de structures parce qu’il faut faire autre chose, c’est puéril. Ça ne m’empêche pas de faire plein de choses. J’ai aussi revu la formule de financement des cégeps… On ne parle jamais d’enseignement supérieur, d’ailleurs, je vous en fais officiellement le reproche. [Rire]

 

On a des questions là-dessus ! Actuellement, 81 % des emplois annoncés au Québec demandent au moins un diplôme d’études collégiales. Or, il y a seulement 68 % des jeunes qui fréquentent le cégep. N’est-ce pas alarmant ?

C’est dramatique. Pour avoir des diplômés des cycles supérieurs, il faut que j’aie des diplômés au secondaire. Présentement, on est en pénurie de main-d’œuvre et on a un taux de chômage bas, mais si on ne change rien, on risque d’avoir à la fois une pénurie de main-d’œuvre et un taux de chômage élevé. Ça, ça veut dire une fracture sociale, c’est très grave.

Nous avons ajouté 103 millions au financement des cégeps. Maintenant, il faut qu’ils améliorent leur taux de réussite. Parmi les jeunes qui se rendent au collégial, il y en a beaucoup plus qu’avant qui ont des besoins particuliers, des dyslexies, des dysphasies. Il faut qu’on leur donne les moyens de réussir, notamment par l’accès à des professionnels dans les cégeps.

 

Y a-t-il des chantiers à venir dans les universités ? On ne vous entend pas beaucoup à ce sujet.

Le précédent gouvernement a quand même fait un bon travail pour revoir la formule de financement des universités. Le chantier sur lequel on travaille, c’est d’outiller nos universités francophones pour aller chercher des étudiants internationaux, qui vont surtout dans nos campus anglophones. Elles n’ont pas l’habitude de faire de la prospection dans les pays francophones ou même non francophones ; en Chine, même si seulement un faible pourcentage de gens parlent le français, ça représente énormément de monde.

 

Pourquoi est-ce important de recruter à l’étranger ?

Parce que les étudiants étrangers arrivent avec une perspective différente, ils enrichissent la classe. En région, ça permet de sauvegarder des programmes menacés par le manque d’inscriptions. Et ça nous aide à contrer le problème de pénurie de main-d’œuvre ; un étudiant qui obtient son diplôme au Québec n’a pas de problème pour la reconnaissance des acquis. Accueillir des étudiants étrangers, c’est aussi une façon de refinancer les universités.

Au lieu de dire aux universités « allez chercher des étudiants, on va vous donner de l’argent », j’arrive avec une approche différente de celle du précédent gouvernement. Ce n’est pas vrai que l’UQAM, l’UQAT et l’UQTR vont aller se battre dans une foire au Brésil. Je vais financer le travail d’équipe pour aller promouvoir la qualité de nos diplômes.

 

On parle surtout de ce qui va mal… Est-ce qu’on vous félicite ?

Ça arrive parfois. Sur les deux récréations de 20 minutes par jour au primaire, oh mon Dieu ! Je marche dans la rue et les gens m’arrêtent pour en parler. C’est pourtant une petite décision, mais elle est tellement bien accueillie par les élèves et les parents. J’ai reçu des dessins pour me remercier personnellement !

* * *

(Photo : Rodolphe Beaulieu)
Dîner avec le ministre

Sandwich à la dinde fumée et pomme : c’est ce que Jean-François Roberge a dans sa boîte à lunch mauve pour dîner avec une vingtaine d’enseignants de l’école Jacques-Rousseau, en ce vendredi de mars.

Le ministre mange toujours avec des enseignants lorsqu’il visite une école, pour leur demander ce qui pourrait être amélioré et leur présenter les solutions qu’il a en tête. Les questions fusent, ainsi que les critiques et les félicitations. Et le ministre ne pratique pas la langue de bois.

Parmi les sujets abordés ce jour-là : le projet de loi sur la laïcité, déposé la veille par le gouvernement de la CAQ. Une enseignante de confession musulmane, qui ne porte pas de hidjab, interpelle le ministre, assis à côté d’une enseignante qui, elle, en porte un. « Vous voyez ma collègue ? Elle n’enseigne pas avec sa foi, elle enseigne un programme québécois. Je ne vois pas en quoi ça dérange. » Le silence s’installe autour de la grande table.

« Si la loi est adoptée dans sa forme actuelle, vous allez garder votre emploi », dit d’abord le ministre à la femme assise à ses côtés. La loi prévoit en effet une clause de droits acquis pour les enseignants en exercice. Puis, il s’adresse au groupe. « Il n’y a pas d’unanimité, c’est évident, et il n’y aura jamais l’unanimité là-dessus. Je suis très conscient que ça heurte des gens. Mais il y a aussi des gens que le statu quo heurte. Il faut trancher cette question. »

Mais pourquoi interdire ces signes religieux dans les écoles publiques et pas dans les écoles privées ? Les enseignants du public sont titulaires de l’autorité de l’État, pas ceux du privé, affirme le ministre… même si l’école privée est financée à 60 % par le gouvernement.

Un enseignant met en lumière que « le cours d’Éthique et culture religieuse n’a pas été réformé depuis des années, même si le Québec change ». Ce cours, reconnaît le ministre, « a bien mal vieilli ». Le contenu de certains manuels semble renforcer les stéréotypes et les préjugés plutôt que de les combattre. Ce cours sera dépoussiéré, promet-il.

La place des élèves en difficulté monopolise une bonne partie de la discussion. Dans bien des écoles, de nombreux élèves ayant un trouble d’apprentissage ou de comportement sont intégrés dans des classes ordinaires… qui débordent déjà. « Le nombre de classes d’adaptation scolaire est fixé en fonction du budget, pas des besoins des élèves », dit le ministre. La solution passera par sa réforme de la gouvernance des commissions scolaires. Il faudra aussi en discuter lors de la négociation de la convention collective des enseignants, l’an prochain.

Les classes difficiles alimentent un autre problème : la pénurie d’enseignants, souligne le ministre. « Le prof se sent parfois incapable de répondre aux besoins. Il manque de ressources, il ne dort plus, il est épuisé et il s’en va. » Particulièrement les nouveaux, qui, les conventions collectives sont ainsi faites, se retrouvent souvent dans des quartiers difficiles et se voient forcés de changer d’école chaque année. Les 47 millions de dollars annoncés dans le budget pour embaucher des professionnels, tels que des orthopédagogues, donneront un peu de répit aux enseignants à bout de souffle, croit le ministre.

Autre mesure : jumeler chaque nouveau professeur à un mentor pendant cinq ans, qui pourra l’observer dans sa classe, discuter avec lui, le soutenir. Quelques millions ont été prévus pour alléger l’horaire de ces enseignants expérimentés pour qu’ils aient le temps de se consacrer à cette tâche.

« À moins que vous me disiez que vous allez demander à votre syndicat de privilégier les classes stables pour les nouveaux, mais j’en doute », dit le ministre avec un sourire.

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6 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Très bon article cependant je trouve dommage que le secteur de l’éducation aux adultes qui forme et scolarise des milliers de jeunes qui raccrochent n’ait pas été abordée de même que la formation professionnelle.
Notamment en formation à distance.
Ces dimensions ne semblent pas exister dans le dossier éducation du Ministre.

Merci M. Roberge vous êtes un vent de fraîcheur dans le système d’éducation. Bravo de vouloir corriger la mauvaise situation de l’éducation à la source.

Tellement intéressant les progrès qui s’en viennent: ça me donne le goût de retourner à l’enseignement mais j’ai 84 ans maintenant. Je vous souhaite une réussite extraordinaire dans tous les changements que vous allez apporter. J`y crois.

J’aurais aimé comprendre pourquoi le Ministre désire changer les règles de l’école maison, sans fondement, sans concertation et sans voir si le règlement actuel fonctionne. Il a sûrement de bonnes idées mais peut-être qu’elles devraient être testées avec d’etres imposées? Les familles et asso d’école maison auraient aimé être écoutées et de voir le nouveau règlement reporté qq années, plutôt que de faire fasse à un prof du primaire devenu maintenant ministre qui nous apparaît mal informé et peu ouvert aux idées des autres… comme les enfants entêtés de sa classe. Prof de Cegep et papa d’enfants éduqués à la maison depuis 5 ans (en France, Irlande et Canada).

DE L’IMPÉRATIF D’EXCELLENTS PLANS D’INTERVENTION POUR LES ÉCOLIERS VULNÉRABLES

Je défends comme le ministre l’intervention précoce et la prévention.
Je tiens à insister pour que les plans d’intervention (PI) ou les plans de services destinés aux élèves vulnérables soient construits dans l’excellence pour porter les fruits qu’ils devraient.
CE N’EST CERTES PAS LE CAS !
Pour opérer l’excellence en ce domaine, il faut mettre un frein au discours historique ( y compris ministériel) qui oppose l’approche catégorisante et l’approche par besoins.
Les catégories ont leur raison d’être parce qu’elles résultent toutes de la recherche scientifique relative aux dysfonctions, déficiences et troubles qui entravent le cheminement des écoliers vulnérables.
La catégorisation ne devient nocive que lorsque l’étiquette attribuée ne conduit ni à un plan d’intervention, ni à des services, ni à un financement appropriés.
Or, et ma mémoire remonte bien loin, depuis l’obligation des PI faite aux directions des écoles en 1988 les plans sont bâclés ou tronqués, les bons services sont rarement ou chichement octroyés et le financement ne suit pas.
En 2019, dans maintes commissions scolaires, faute de temps, d’argent, d’expertise, on rédige des plans cosmétiques qui, TENEZ-VOUS BIEN, ont largement évacués les besoins affectifs et émotifs des jeunes pour se concentrer sur les besoins académiques, avec, de plus, une pensée magique qui fait que l’écolier vulnérable est quasi sommé de se débrouiller tout seul pour atteindre les objectifs arrêtés parcimonieusement dans son PI.
C’est, à vrai dire, comme si les médecins, dans un dossier de santé, faisaient fi des analyses préalables, des éclairages experts, de la phase primordiale du diagnostic (occulté par le scolaire), de la prise de décision relative à l’étendue des soins à prodiguer, de leurs contrôles, de leur prolongation tout le temps requis, de l’objectif de guérir!
Un PI qui vise l’excellence, c’est pourtant également tout cela.
Et, tant que règnera encore, par économie, le modèle de l’Iowa, mal compris, mal implanté, mal intentionné qui diffère les expertises aux calendes grecques, tant que des directions mal formées en ce domaine piloteront des PI au gré des contraintes administratives abyssales, tant que les universités feront des PI un sujet subalterne de la formation initiale, tant que l’on comptera dans les dépenses pour les élèves vulnérables l’éclairage et les dépenses énergétiques comme s’ils leur octroyait quelque service, tant que l’on fera horriblement mal ce qui doit être fait dans l’excellence et la rigueur, ON FERA SEMBLANT COMME ON L’A FAIT AU COURS DES 30 DERNIÈRES ANNÉES.

Tant que le discours diplomate, décrété pour ne heurter aucun des partenaires, remplacera l’intérêt des jeunes vulnérables, comme c’est largement devenu le cas jusqu’aux instances chargées de défendre leurs droits (je pense, entre autres, à l’OPHQ et à la CDPDJ, mais aussi au rôle assumé par la majorité des protecteurs et protectrices des élèves), ON FERA SEMBLANT.

Pour changer cela, il faut que les actions s’accordent aux vœux pieux.
Pour l’instant, je ne vois nullement tangiblement poindre lesdites actions.

J’ai lu ce reportage et je suis émerveillé de voir enfin un ministre sérieux dans sa tâche, cependant une seule action et parole du ministre qui me révolte c’est lorsque il exprime avoir reculé à l’idée de créer un ordre professionnel devant les critiques des syndicats. Pour moi c’est un insulte à la démocratie sachant for bien que c’est un affaire de gros sous pour les syndicats.