Le miracle du progrès humain

Sur le long cours, le monde ne va pas aussi mal qu’on le dit. Et comme l’humanité a déjà accompli des miracles, on peut croire raisonnablement qu’elle en réalisera d’autres.

Photo : Christian Blais pour L’actualité

Le nombre annuel de morts causées par des catastrophes naturelles a beaucoup augmenté au cours du dernier siècle. Au moins un quart de la population mondiale n’a pas suffisamment de nourriture pour répondre à ses besoins quotidiens. Et sans doute la moitié n’a pas accès à l’électricité. 

Déprimant, n’est-ce pas ? Heureusement, rien de cela n’est vrai. 

C’est même tout le contraire. En 100 ans, le nombre de morts provoquées par des catastrophes naturelles a été divisé par 10 (alors que la population mondiale a quadruplé). Le pourcentage de la population qui manquait de nourriture en 2020 était de 11 %. Et plus de 90 % des habitants de la Terre ont un accès au moins minimal à l’électricité. 

Ces chiffres ont été compilés par Gapminder, une fondation dont la mission est de combattre les idées reçues en diffusant de l’information sur l’état réel de la planète. Elle a été cocréée par le Suédois Hans Rosling, un éminent professeur de santé publique qui a consacré sa vie à l’amélioration de la santé dans le monde, à la fois sur le terrain et en donnant des conférences pour vaincre les préjugés concernant la pauvreté, le développement économique et l’avancement social. 

Le Dr Rosling a profité de ses activités professionnelles pour sonder les connaissances de milliers de personnes sur des sujets de base comme l’éducation des filles, le taux de natalité et l’accroissement démographique. Que les répondants soient des Prix Nobel, des PDG ou des dirigeants d’ONG, ils surestimaient les problèmes et sous-estimaient les progrès accomplis. L’humain est naturellement porté vers le sentiment d’urgence, la généralisation et la peur de l’étranger. 

« Il est facile d’être conscient de toutes les mauvaises choses qui se passent dans le monde. Il est plus difficile de connaître les bonnes choses : des milliards d’améliorations qui ne sont jamais signalées », écrit-il dans Factfulness (Flammarion, 2019), paru en anglais en 2018. « Je ne parle pas de quelques nouvelles positives insignifiantes pour soi-disant équilibrer le négatif. Je parle d’améliorations fondamentales qui changent le monde, mais qui sont trop lentes, trop fragmentées ou trop petites prises une par une pour être considérées comme des nouvelles. Je parle du miracle secret et silencieux du progrès humain. »

Ce miracle est frappant quand on observe l’augmentation de l’espérance de vie et du revenu par habitant durant les 200 dernières années, comme le Dr Rosling le démontre dans une vidéo produite par la BBC. Dans son graphique animé, la majeure partie de la population quitte la zone pauvre et malade au début du XXe siècle et se hisse dans la zone où les habitants peuvent espérer vivre 75 ans dans un confort relatif. Un prodige largement inconnu dans les pays riches, où le monde est encore trop perçu comme divisé entre « nous », les privilégiés, et « eux », les miséreux. 

Lorsque les gens croient à tort que rien ne change en mieux, ils peuvent en conclure que rien de ce que nous avons essayé jusqu’à présent ne fonctionne, et perdre confiance dans les mesures efficaces. Pire, ils peuvent se mettre à soutenir des initiatives draconiennes et contre-productives, au détriment de ce qui améliore concrètement le monde. 

Le Dr Rosling, décédé en 2017, avant la publication de Factfulness, aurait sans doute été d’accord avec le sujet de notre dossier du mois, mais il rejetait le qualificatif d’optimiste. « Je suis un “possibiliste”, écrit-il, un mot que j’ai inventé pour désigner quelqu’un qui résiste constamment à une vision du monde trop dramatique. En tant que possibiliste, je vois tous ces progrès, et cela me remplit de conviction et d’espoir que d’autres progrès sont possibles. »

Voilà une vision réconfortante, qui peut atteindre même les écoanxieux. Oui, la lenteur des gouvernements à réagir à l’urgence climatique est décourageante. Mais l’humanité a déjà accompli des miracles. Elle peut en produire d’autres.  

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Non, l’humanité n’accomplit pas de miracles car ces derniers sont l’apanage des divinités alors que les progrès de l’humanité sont parfaitement compréhensibles grâce à la science. D’ailleurs c’est cette même science qui sonne l’alerte sur les dangers des changements climatiques.

Si l’humanité fait de grands progrès grâce à la science, malheureusement les politiciens mettent souvent les bâtons dans les roues ou encore la cupidité des humains, en particulier des oligarques. Les premières voitures étaient électriques mais avec le pétrole on s’en est détourné et maintenant, le lobby du pétrole met des bâtons dans les roues en ce qui concerne les voitures électriques alors que les politiciens continuent à donner de généreuses subventions aux pétrolières et gazières à même l’argent des contribuables.

L’affaire des vaccins pour contrer la covid est aussi une illustration des progrès de la science – pas de miracle là – mais la cupidité des uns et des autres a ralenti la distribution des vaccins pour les pays moins favorisés alors que les riches s’emparaient des vaccins, même sur le tarmac des aéroports! Comme conséquence, la mortalité des gens dans ces pays est beaucoup plus grande que cela serait si on avait approvisionné ces pays de vaccins d’une manière équitable.

Quant à la faim dans le monde, les pays riches gaspillent tellement de nourriture que c’en est scandaleux, au détriment des plus pauvres. Puis, il y a l’arrogance des dictateurs comme Poutine qui mettent en danger l’approvisionnement de plusieurs pays en grains ukrainiens. Encore une fois, la science a réduit de beaucoup la famine mais l’humain, surtout le politicien, lui met des bâtons dans les roues par cupidité et arrogance.

Quant aux divinités, elles sont la source de beaucoup de dévastation. Prenons l’exemple du Brésil où les évangélistes au pouvoir avec Bolsonaro étaient en train de détruire l’Amazonie, le poumon de la planète, par pure cupidité et en violant les territoires autochtones. Comme miracle, on repassera!

Le progrès humain est certes fantastique mais il le doit à la science et non pas à des miracles. En respectant la science, nos progrès seraient bien plus fulgurants et l’avenir de l’humanité serait moins drabe que ce qui nous attend.

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Nous avons la fâcheuse habitude de l’anthropocentrisme. Si tout va bien pour les humains il reste que ce sont les humains qui sont la source de la détérioration de notre planète Terre. Nous sommes en train d’épuiser toutes ses ressources. Les espèces sont en grand déclin. Les habitats animaux se réduisent constamment. La population humaine augmente constamment Nous sommes en train de vider les océans de leurs ressources halieutiques.
Tout va bien madame la marquise! (Cela en tout respect pour madame St-Germain).

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La crise environnementale dans l’angle mort

J’ai lu le livre de Rosling dont le titre en français aurait dû être «La factualité», «La vérité des faits», «Célébrons les faits!», «Soyons factuels!» plutôt que « Factfulness ». Que voulez-vous. le livre a été traduit en France et nos chers cousins ne jurent que par le franglais. En espérant que cela leur passera…

Revenons au livre. Malgré un score honorable de 11/13 aux questions de l’introduction, j’ai beaucoup appris dans les domaines de l’économie (les 4 niveaux), des systèmes de santé dans les pays en développement, l’épidémiologie et des biais cognitifs (les 10 instincts).

Ce livre me rappelle beaucoup le livre «Le Triomphe des Lumières» (Enlightenment Now) de Steven Pinker, linguiste et psychologue cognitiviste né à Montréal et diplômé de McGill.

Rosling comme Pinker sont de francs optimistes qui saluent les progrès de l’Humanité mais négligent la plus grande menace qui plane sur l’Humanité soit la crise environnementale.

Pourtant, il semble évident que tous les progrès économiques, dont Rosling et Pinker sont si fiers, ont été en grande partie réalisés aux dépens de notre environnement. Nous avons contracté une énorme dette environnementale envers les générations futures. Quand le contrecoup viendra – comme c’est déjà le cas parce que les ressources de notre planète sont limitées et en vertu des lois de la physique (particulièrement la thermodynamique) – cela pourrait balayer ce qui n’aura été qu’une illusion passagère de progrès.

Quant à moi, j’ai le devoir moral comme scientifique et comme père de famille, de poser des gestes concrets (les fameux 6R: refuser, réduire, réutiliser, réparer, recycler, réinventer), de tenter d’informer et d’éveiller la conscience des personnes, du moins celles de bonne volonté. Cela passe par mes petits commentaires dans L’Actualité.

Croyez-moi, j’ai bien d’autres chats à fouetter, mais devant l’immobilisme ambiant, je n’ai pas le choix que de m’engager.

Scientifiquement vôtre

Claude COULOMBE

« Au début ils vous ignorent, ensuite ils se moquent de vous, après ils vous attaquent et à la fin vous gagnez. » – Nicholas Klein 1918 (parfois faussement attribué à Gandhi)

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Naîve. Avec 10 milliards de terrien et +3 a +5 degrés dans le climat d’ici 2100, des sols asséchés et moins fertiles,il y aura sécheresse et famines et des guerres. La terre peut faire vivre sans pauvreté 4 milliards d’humains et absorber la pollution des technologies au charbon ou au gaz ou au pétrole. Vous avez un optimiste béat,sans aucune analyse. Les généraux américains prévoient une augmentation du climat de +3 . Exon prévoit +3 degrés. Les généraux américains désirent déplacer leurs bases militaires situées sur le Pacifique et l’Atlantique à l’intérieur des terres pour éviter la hausse des océans.
Ils n’ont aucune confiance envers les politiciens. Voir les vidéos de Hubert Reeves, de Matthieu Ricard, de Al Gore et de George Monbiot, sur notre 6 ième extinction pour modifier vos fausses croyances.

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