Le modèle Merkel

Le taux de satisfaction des Allemands à l’égard de leur chancelière frôle les 70 %. De quoi faire rêver bien des premiers ministres canadiens et québécois, ceux dont les taux languissent entre 33 % et 37 %.

Photo © Michael Probst / La Presse Canadienne
Photo © Michael Probst / La Presse Canadienne

Quelle est donc la recette d’Angela Merkel, qui gère des dossiers autrement plus complexes que la fouille des vêtements d’une adolescente dans une école secondaire ? En ce début d’année, la politicienne trilingue (elle parle russe aussi bien qu’allemand et anglais) est au cœur des deux sujets les plus explosifs d’Europe : la crise de la dette grecque et la guerre en Ukraine.

Pour comprendre les événements à venir ces prochains mois et le rôle que cette fille de pasteur protestant y jouera, il serait sans doute utile de se rappeler cette phrase, attribuée à saint François d’Assise, qu’elle a faite sienne depuis sa jeunesse en Allemagne de l’Est communiste : « Commence par faire le nécessaire, puis fais ce qu’il est possible de faire, et tu réaliseras l’impossible sans t’en apercevoir. » Merkel et pragmatisme ont toujours été synonymes !

Nommée à six reprises la femme la plus puissante du monde par le magazine américain Forbes, cette docteure en physique est sans conteste le politicien le plus intéressant de l’époque.

De grands journaux allemands la soupçonnent de vouloir devenir secrétaire générale des Nations unies — elle serait la première femme à accéder à ce poste —, et le populaire tabloïd Bild l’a déjà surnommée « la chancelière de la planète ».

La méthode politique d’Angela Merkel est celle d’un scientifique. Elle voit la société comme un système d’interactions complexes qu’il faut arriver à comprendre pour bien agir. « Face à un problème », écrit sa biographe française Florence Autret dans Angela Merkel : Une Allemande (presque) comme les autres (Tallandier, 2013), « elle pondère, combine, fait des essais, recule, tente autre chose et finalement pousse doucement le système complexe de l’équation vers une solution. […] La variété des facteurs économiques et humains qui composent l’exercice politique rend celui-ci plus excitant que la plus pointue des expériences de laboratoire. »

Angela Merkel est convaincue, disent les analystes, que Vladimir Poutine ne reculera pas, même si l’Occident arme mieux les Ukrainiens. Aux va-t-en-guerre, elle oppose sa détermination à user plutôt de pressions économiques et politiques. Réussira-t-elle à convaincre ?

Devant la crise grecque, la chancelière est persuadée que l’Europe doit rester unie. Mais elle ne veut pas non plus permettre aux Grecs de renier leur dette.

En février, même le magazine britannique The Economist, connu pour ses positions plutôt conservatrices, estimait qu’Angela Merkel allait trop loin dans l’austérité imposée à la Grèce et qu’elle risquait de plonger toute l’Europe dans une décennie de déflation. Le sursis accordé à ce pays, après quelques concessions de ses élus, permet à Merkel de poursuivre son subtil jeu de pressions pour arriver à ses fins.

Les critiques d’Angela Merkel ont inventé un mot pour décrire son action : le « merkiavélisme ». Et certains l’estiment plus puissante que Machiavel !

Les jours où vous en aurez marre des ministres gaffeurs de ce coin de pays, vous pourrez toujours lire l’une ou l’autre des biographies d’Angela Merkel. Savoir se taire, limiter ses désirs à l’essentiel, accepter de gérer parfois l’absurde… Les conseils d’Angela Merkel, « fan de foot » et politicienne au sens de l’humour mordant, sont toujours inspirants.

+

Une croissance stable de 1,6 % à 2 % par an, un taux de chômage à 4,7 % de la population active, une dette réduite de 82 % à 75 % du PIB… «Dans un monde hanté par la stagnation, le chômage et le surendettement, l’Allemagne affiche une insolente prospérité», écrivait l’éditorialiste Nicolas Baverez dans Le Point en janvier dernier.

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie

4 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Je suis Angela Merkel!!! Et Margareth Tatcher…

Deux femmes en or comme on les aime.

Nos ministres devraient sans doute suivre son exemple. Félicitations à cette grande dame.