Le mystère des magazines de salles d’attente enfin résolu

Les cabinets médicaux reçoivent-ils sciemment leurs magazines deux ans en retard, afin d’entretenir une tradition obscure ? Une étude humoristique fait (enfin !) la lumière sur cette étrange affaire.

Photo © Getty Images
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Cette scène (à peine exagérée), vous la connaissez : tout juste à l’heure pour un rendez-vous médical, vous apprenez que votre spécialiste, lui, a pris un sacré retard… Pas le choix : vous vous installez dans la salle d’attente pour patienter. Et là, c’est le drame ! Les seuls magazines disponibles pour tuer le temps sont le guide des magnétoscopes de Protégez-Vous, le Sélection du Reader’s Digest consacré aux Jeux olympiques de Vancouver et le numéro spécial «Ils ont fait 2012» de L’actualité

Comment se fait-il que les magazines de salles d’attente datent tous de Mathusalem ? Les cabinets médicaux reçoivent-ils sciemment leurs numéros deux ans en retard, afin d’entretenir une tradition obscure ? Est-ce un complot politico-médical pour empêcher la population de s’informer ?

Le sujet se prête au badinage, et c’est d’ailleurs avec une pointe d’humour que le British Medical Journal s’est intéressé à cette « question essentielle pour la recherche ». Chaque année, la vénérable revue britannique publie, durant le temps des Fêtes, des études scientifiques portant sur des thèmes insolites. Cette année, Bruce Arroll, Stowe Alrutz et Simon Moyes ont mobilisé toutes leurs ressources pour percer le mystère des salles d’attente.

Ensemble, au printemps 2014, ils ont mené une expérience dans une clinique de médecine à Auckland, en Nouvelle-Zélande : dans la salle d’attente, 87 magazines marqués d’un numéro unique ont été déposés en trois piles. « Le personnel de la clinique a été invité à ne pas toucher aux magazines, tout manquement à ce devoir pouvant entraîner la “peine de mort” (ce sont les mots qui ont été utilisés). Cet avertissement a été donné pour s’assurer que chacun comprenne la nature on ne peut plus sérieuse de cette étude », dit le compte rendu des auteurs.

L’expérience a pris fin après 31 jours et la visite de 5 164 patients. Des 87 périodiques initialement offerts à la vue de tous, 41 s’étaient envolés – c’est bien connu, pour ne pas laisser un dentiste interrompre la lecture d’un reportage, il vaut mieux emporter le magazine chez soi !

Pas moins de 60 % des magazines dérobés avaient été publiés dans les deux mois précédant l’expérience. Mieux : les voleurs de salles d’attente semblent s’intéresser particulièrement à la vie des vedettes, puisque 26 des 27 revues people placées par les auteurs ont été subtilisées. À l’inverse, aucun des quatre exemplaires de Time et des 15 copies de The Economist n’ont disparu…

Cette première étude d’un nouveau champ de recherche, la science des salles d’attente, met en lumière – non sans humour – l’une des failles du système de santé britannique.

« À un coût moyen de £ 3,20 (6 $CAN) par magazine dans chacune des 8 000 cliniques du Royaume-Uni, cela revient à la disparition de 12,6 M £ (23M $CAN) des cabinets médicaux, soit autant de ressources qui pourraient être mieux utilisées pour des soins de santé. Les cliniques devraient envisager l’utilisation d’anciens numéros de The Economist et de Time en guise de première étape vers la réalisation d’économies. »

Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site du Brisith Medical Journal : « An exploration of the basis for patient complaints about the oldness of magazines in practice waiting rooms: cohort study »

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La diversité et la disponibilité en temps réel des magazines de mon salon de coiffure (petit salon de quartier) sont très grandes, contrairement à la salle d’attente de mon dentiste (je ne changerai pas de dentiste pour ça, ha!). Pour ma part, je donne tous mes magazines, aussitôt lus, à une parente bénévole du CHUM qui les disperse dans les nombreuses salles d’attente.

Que ce soit dans notre hôpital ou autres salles d’attente, on ne trouve plus de magazines, pour éviter la contamination, vu qu’ils sont manipulés par des personnes malades supposément. J’apporte ma lecture si je dois y faire une visite.