Le nouveau mal des ados

En hausse constante depuis 15 ans, la détresse psychologique liée à l’anxiété chez les jeunes a pris les proportions d’une urgence médicale. Au banc des accusés : la réussite scolaire et les réseaux sociaux.

(Illustration de Marie Lafrance)

Par pudeur ou par crainte d’essuyer les moqueries de ses camarades, Alia, 12 ans, parle très rarement de son anxiété. Mais dans le parc où elle a accepté de rencontrer L’actualité, la jeune Montréalaise résume avec lucidité les crises de panique qui ponctuent son quotidien depuis un an. Sa première crise a duré 45 minutes. Pour mettre un terme aux suffocations qui la paralysaient, sa mère l’a conduite à l’hôpital. Diagnostic : anxiété pathologique.

Les médecins ont prescrit des anxiolytiques à Alia, mais ceux-ci ne font guère effet. Alors, elle attend de voir un pédopsychiatre au Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine, mais il faut plusieurs mois avant d’obtenir un rendez-vous. Entre-temps, elle tâche de gérer son anxiété par d’autres moyens. « Lorsque ma respiration s’accélère et que je commence à manquer d’air, je sais qu’une nouvelle crise s’annonce », explique-t-elle. Pour calmer le tourbillon des pensées qui asphyxient sa fille, la mère a pris l’habitude de faire jouer dans l’appartement un enregistrement de bruits de la nature. Alors elles se blottissent toutes deux dans le canapé, le temps que le chant des oiseaux et le bruissement des feuilles aient un effet apaisant. Jusqu’à la prochaine crise.

Alia est loin d’être un cas isolé. En hausse constante depuis 15 ans, la détresse psychologique liée à l’anxiété a pris en 2014 les proportions d’une urgence médicale. Elle toucherait désormais plus du tiers des jeunes, contre 24 % en 2013, selon une étude menée en 2016 par le Centre de toxicomanie et de santé mentale, affilié à l’Université de Toronto, auprès de 10 000 étudiants en Ontario. Et si tous ne se retrouvent pas aux urgences, un sur cinq ressentirait le besoin de recourir à une aide médicale.

Jean-François Bélair, psychiatre et chef du Programme d’intervention intensive de l’Institut universitaire en santé mentale Douglas, à Montréal, côtoie des adolescents anxieux depuis des années. S’il constate bien la montée de ce phénomène depuis deux ans, il appelle cependant à manier les statistiques avec précaution. « L’évolution de la pratique de la médecine nous incite à diagnostiquer de plus en plus les troubles mentaux des patients. Il ne faudrait pas basculer dans le surdiagnostic », souligne-t-il.

L’anxiété, explique-t-il, est avant tout un réflexe biologique qui incite à se protéger en cas de situation dangereuse. Elle est naturellement plus réactive dans le cerveau des adolescents, qui accumulent les nouvelles expériences et s’éloignent chaque jour un peu plus du rassurant cocon familial. Cette réaction devient toutefois problématique si elle fait entrave aux activités du quotidien. On parle alors d’anxiété pathologique. Celle-ci se manifeste le plus souvent par des douleurs physiques et par l’évitement de toute situation susceptible d’entraîner le jugement d’autrui. Dans le quotidien d’un jeune soucieux d’esquiver tout ce qui peut mettre à l’épreuve sa confiance en lui-même, des activités aussi banales que traverser la cour de l’école, parler devant la classe ou avec des camarades deviennent de véritables obstacles.

Aux premières loges du théâtre de la vie des jeunes, les enseignants doivent apprendre à composer avec l’anxiété d’un nombre croissant de leurs élèves et les accompagner dans la gestion de celle-ci. « Nous vivons dans une société de performance où les parents ont des attentes élevées, observe Marie-Claude Ratté, de l’école secondaire des Sentiers, à Québec. Les jeunes somatisent régulièrement cette pression en maux de ventre ou de tête ; ils veulent aller aux toilettes ou s’absentent lors des évaluations. » Johanne Grenier, de l’école primaire Cœur-Vaillant, à Sainte-Foy, note aussi un manque de confiance plus répandu chez ses élèves, qui cherchent à être rassurés, qui paniquent lorsqu’ils doivent exécuter une tâche seuls et essuient quelques larmes si la note obtenue n’est pas à la hauteur de leurs espérances. Dans son école, où 52 % des élèves sont issus de l’immigration, la pression exercée par les parents est également une source d’anxiété. Certains enfants ont peur de les décevoir et d’être punis.

(Illustration de Marie Lafrance)

L’effet Facebook

Au stress lié à la performance à l’école et aux relations sociales s’est ajouté progressivement l’anxiété provoquée chez les jeunes par l’utilisation démesurée des nouvelles technologies : 86 % d’entre eux fréquentent les médias sociaux quotidiennement, un sur cinq passe plus de cinq heures par jour en ligne et un sur huit présente des symptômes de dépendance aux jeux vidéos, selon l’étude menée en 2016 par le Centre de toxicomanie et de santé mentale, affilié à l’Université de Toronto. La même étude révèle qu’en plus d’en subir les conséquences sur leur santé et leur hygiène de vie en général, 22 % deviennent soit victimes de cyberintimidation, soit complexés à force de se comparer aux autres, les filtres du Web donnant l’illusion d’une vie parfaite.

« Les médias sociaux ont une très grande influence sur l’estime que les jeunes ont d’eux-mêmes, explique le Dr Bélair. L’image qu’ils projettent et qu’on leur renvoie a un effet énorme sur leurs sentiments. Si certains trouvent beaucoup de plaisir à échanger sur les médias sociaux et se sentir connectés, bon nombre s’y sentent peu confiants, isolés, à la limite moqués et rejetés. »

Lorsque le réconfort des proches ne suffit pas à raisonner un jeune, les ressources de l’école — groupes d’entraide ou psychologues scolaires — et les services professionnels des CLSC peuvent prendre le relais. Dans les cas plus extrêmes, le jeune doit consulter en clinique externe de psychiatrie ou dans un service d’urgence, où il apprendra à acquérir des mécanismes sains et efficaces pour gérer ses émotions et adopter une pratique modérée des nouvelles technologies.

« La crainte de ne pas réussir encourage même certains jeunes à saboter leur propre travail, comme s’il était plus rassurant de provoquer soi-même un échec plutôt que de le subir », observe le socio-anthropologue de l’adolescence Jocelyn Lachance, professeur à l’Université de Pau, en France, et auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet. Il observe que dans notre société, où les notions de performance et d’adaptabilité sont de plus en plus présentes, les jeunes doivent se responsabiliser plus rapidement. Si certains savent redoubler d’inventivité, d’autres craignent de ne pas réussir à trouver leur place et s’en trouvent fragilisés. « Les adolescents sont désormais sommés de grandir dans un monde en transformation permanente. C’est comme si nous leur disions : prépare-toi maintenant pour un monde qui ne sera plus le même demain », explique-t-il.

La popularité des émissions où les participants doivent rivaliser entre eux pour déterminer qui est le plus populaire ou le plus talentueux alimente la pression que certains jeunes se mettent pour « réussir ». Selon la psychologue Geneviève Taylor, professeure au Département d’éducation et pédagogie de l’UQAM, ces émissions peuvent avoir une portée particulièrement lourde pour les adolescents, qui sont, par nature, psychologiquement plus vulnérables et dont l’estime d’eux-mêmes est plus fragile. « C’est physiologique ! dit-elle. Notre cerveau se divise en deux parties : l’amygdale, impliquée dans nos émotions, et le cortex préfrontal, qui permet de les réguler. À l’adolescence, lorsque les émotions sont plus exacerbées, le cortex est moins capable de les maîtriser. »

Depuis sa thérapie à l’hôpital de jour de l’Institut universitaire en santé mentale Douglas, Anthony, 14 ans, a appris à reconnaître les moments où son anxiété le pousse à s’isoler pour mieux les affronter. Retranché derrière des jeux vidéos jusqu’à très tard le soir, cet adolescent discret a mis plusieurs mois avant de se rendre compte que sa vie sociale s’était peu à peu déconstruite. Durant sa thérapie, entouré d’une dizaine d’autres jeunes anxieux, il a appris à maîtriser son handicap et, surtout, à le dédramatiser.

Une heure par semaine, les patients de Douglas font le point sur leurs progrès avec leurs parents et un membre du personnel qui les encadre. Ces réunions débouchent toujours sur une série de nouveaux objectifs que le jeune doit atteindre avant la rencontre suivante. Avec son père et Martha, l’assistante sociale qui le suit, Anthony s’engage à mettre en pratique ses apprentissages pour aller jouer dehors avec un ami ou rendre visite à ses cousins de Boston, quels que soient les imprévus qui risquent de survenir et de stimuler son anxiété. Son père est satisfait des progrès que son fils a accomplis en six semaines à l’Institut Douglas. Lui-même anxieux depuis des années, il reconnaît avoir certainement alimenté les angoisses de l’ado en montrant une attitude vulnérable dans des situations peu justifiées. Père et fils repartent avec la résolution de vaincre l’anxiété en dédramatisant en famille les angoisses qu’ils ont souvent jugées honteuses ou stupides, comme traverser un lieu public bondé ou s’exprimer devant un groupe de personnes.

« Il n’est pas rare de voir l’anxiété se transmettre des parents aux enfants, car celle-ci a un caractère héréditaire, comme beaucoup de troubles mentaux », explique le Dr Bélair. L’enfant reproduit inconsciemment le comportement de ses parents et s’imprègne de leurs angoisses, parfois dès la période in utero, pendant laquelle le fœtus est déjà capable de ressentir les émotions vécues par la mère. La théorie d’une assise génétique à l’anxiété est aussi une explication envisageable, mais elle n’a pas été démontrée scientifiquement. Hors des caractéristiques familiales, le tempérament et l’expérience de vie de chaque adolescent sont déterminants dans son rapport à l’anxiété. D’un jeune à l’autre, un souvenir traumatisant peut aussi bien être évacué illico que générer une anxiété pathologique qui nécessite des soins, parfois indispensables.

Sans thérapie, Marie, 29 ans, n’est pas sûre qu’elle aurait pu surmonter les crises d’angoisse qui gâchaient son adolescence. « Je pleurais souvent, j’étais toujours anxieuse, se remémore-t-elle. J’avais peur d’être appelée au tableau en classe. Peur de payer à la caisse dans un magasin. Peur de parler devant les gens. Peur de faire rire de moi. Peur d’avoir peur. » Jusqu’au jour où elle a perdu pied. Ses parents l’ont retrouvée terrée dans sa garde-robe, totalement déconnectée de la réalité, tétanisée par le monde extérieur qu’elle ne voulait plus affronter.

Grâce à une thérapie qu’elle a suivie au centre de jour pour adolescents du pavillon Albert-Prévost, à l’hôpital du Sacré-Cœur de Montréal, Marie a réussi à se reconstruire… même si elle a longtemps eu honte de cette période sombre de sa vie, de sa maladie impalpable et souvent incompréhensible aux yeux des autres. « Nous y faisions des jeux, des dessins, de la relaxation, dit-elle. Il y avait même des professeurs sur place pour que l’on continue nos cours. J’ai appris à mieux gérer mon anxiété et je me suis fait des amis. Nous étions des ados différents des autres, mais personne ne se jugeait. »

Prévenir… pour mieux guérir

La lutte contre l’anxiété se répand dans les établissements scolaires, où le personnel est bien placé pour repérer les élèves aux prises avec ce problème de santé et les aider. Le collège public Saint-Louis, à Lachine, en a fait son cheval de bataille il y a déjà une dizaine d’années. « C’est une priorité inscrite dans notre convention de gestion, explique la directrice, Marthe Blondin. On sensibilise les jeunes, les parents et les enseignants à ce mal, qui, s’il n’est pas traité au plus tôt, accompagnera l’élève tout au long de sa scolarité. »

Certains enseignants ont été formés pour déceler les cas d’anxiété dès le 1er cycle du secondaire. Ils sont régulièrement déchargés d’une partie de leurs tâches pour faire de la prévention dans les classes.

Les élèves de 2e cycle, moins enclins à montrer leurs émotions en public, sont plutôt soumis à un test de dépistage informatisé. Des ateliers de yoga ou des conférences sur l’anxiété leur sont aussi proposés. Les parents sont conviés à ces activités où, chaque mois, des experts viennent transmettre leurs connaissances et outils pour aider les jeunes.

« Si un élève s’avère anxieux, on fera tout pour qu’il reprenne la maîtrise de son quotidien sans que cela nuise à sa scolarité, explique le psychoéducateur Martin Tison, de la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys, qui travaille trois jours par semaine au collège Saint-Louis. On lui donne des conseils pour lutter contre ses angoisses, des réflexes à adopter en cas de crise, et on peut même organiser des accommodements avec son professeur. »

Grâce à ses efforts pour briser le tabou de l’anxiété, le collège Saint-Louis a vu le taux d’élèves qui en souffrent passer de 30 % à 20 % ces six dernières années. « À l’école, nous constatons qu’on peut aborder le sujet plus librement depuis que nous faisons de la sensibilisation. Et les parents se concentrent davantage sur le bien-être de leur enfant plutôt que sur sa réussite scolaire à tout prix », conclut Marthe Blondin.

Au terme de ses mois de thérapie, reprendre la vie normale a été difficile pour Marie. « On était protégés dans notre bunker, loin des jugements, alors ce n’était pas évident d’en sortir », conclut-elle. Depuis, elle n’a jamais cessé de consulter chaque semaine son psychologue, consciente qu’il lui faudra toujours travailler fort pour maîtriser son anxiété.

La psychologue Geneviève Taylor, qui est chercheuse au Groupe de recherche et d’intervention sur la présence attentive (GRIPA), prône la présence attentive pour aider les jeunes à combattre l’anxiété. Cette méthode permet de prendre conscience de ses émotions pour mieux les raisonner au lieu de se noyer dans un flot de pensées anxiogènes, phénomène courant à l’adolescence, lorsque le cerveau est en pleine croissance et plus labile, c’est-à-dire susceptible de se transformer. Avec Catherine Malbœuf-Hurtubise, également du GRIPA, Geneviève Taylor a mis au point un programme « clé en main » de huit semaines pour aider les enseignants et les parents à prévenir l’anxiété et la déconcentration.

Ce programme, qui est détaillé dans l’ouvrage Mission méditation : Pour des élèves épanouis, calmes et concentrés (Midi trente, 2016), dont Geneviève Taylor signe la préface, propose des exercices à réaliser en groupe en plusieurs étapes. De la prise de conscience de son corps et de ses sensations à la maîtrise de sa respiration et à la gestion de ses pensées anxiogènes, elle accompagne l’élève vers un état de présence attentive et de maîtrise de ses éventuels accès de stress. « L’idéal serait d’aller vers une formation automatique des futurs enseignants à la gestion des émotions, explique Geneviève Taylor. En optimisant leurs propres capacités d’autorégulation, ils pourraient, d’une part, prêcher par l’exemple devant leurs élèves et, d’autre part, leur enseigner comment gérer leur anxiété. »

Plus qu’un simple passage de l’enfance à l’âge adulte, l’adolescence est considérée, en anthropologie, comme un analyseur social dont le décryptage permet de prendre le pouls de la société. « Elle annonce les changements à venir concernant l’identité des personnes », dit le socio-anthropologue Jocelyn Lachance. Dans cette optique, faire tomber le tabou de l’anxiété adolescente et envisager des solutions pour la prévenir et la soigner constituent un véritable investissement pour la société de demain.

Petit guide de survie

N’hésitez pas à contacter le personnel de votre école : professeur, directeur, psychoéducateur ou psychologue. Votre médecin de famille peut aussi vous aider, tout comme les ressources suivantes :

  • Jeunesse, J’écoute : pour se confier, 24 heures sur 24, sept jours sur sept. Anonyme et bilingue. Numéro sans frais : 1 800 668-6868.
  • Revivre, l’association québécoise de soutien aux personnes souffrant de troubles anxieux, dépressifs ou bipolaires : 1 866 REVIVRE (738-4873), ou [email protected], ou 5140, rue Saint-Hubert, à Montréal.
  • Phobies-Zéro, groupe de soutien et d’entraide pour les personnes souffrant d’anxiété, de troubles paniques, de phobies et d’agoraphobie : 514 276-3105 ou, sans frais, 1 866 922-0002.

LECTURES UTILES

Les troubles anxieux expliqués aux parents, par Chantal Baron, « Collection du CHU Sainte-Justine pour les parents », 2001.

∗ Alex : Surmonter l’anxiété à l’adolescence, par Nathalie Parent, Éditions Midi trente, 2014 (pour les 12 ans et plus).

∗ Calme et attentif comme une grenouille : La méditation pour les enfants… avec leurs parents (comprend un CD), par Eline Snel, Transcontinental, 2014 (pour les enfants de 5 à 12 ans).

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5 commentaires
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J’aime tout particulièrement les jolies et fraîches illustrations de Marie Lafrance qui ornent ce texte, pleines de douceur et toutes en sensibilité.

Pour illustrer aussi à ma façon cet article. Je dirai assez sobrement que nous vivons dans une société de type anxiogène. Si l’anxiété, toutes sortes stress vécus par les adultes fait peut-être l’objet de moins d’attentions, il est assez probable que les troubles vécus par la population adulte rejoignent à peu de choses près les chiffres relevés ici dans la population adolescente.

C’est la raison pour laquelle, il faudrait finir par comprendre pourquoi cette société apparemment paradigmatique dans laquelle nous évoluons, pourquoi elle favorise tellement l’anxiété ?

À cet effet, je suis plutôt en désaccord avec ce texte qui présente l’anxiété comme un « tabou » qu’il faudrait briser. L’anxiété est une réaction très naturelle pas un « faux dieu », il est important d’apprendre à vivre avec la nature telle qu’elle est.

Hormis l’emprise des réseaux sociaux, les attentes démesurées en matière de performance qui sont ici présentés, j’ajouterai un troisième facteur : le changement permanent.

Plaise ou ne plaise pas les humains ont besoin de stabilité, ils ont besoin de référence solides et s’ils apprécient aussi le changement et la nouveauté, il n’est pas sûr qu’ils cherchent constamment en permanence le changement et la nouveauté.

Cette apparente recherche permanente d’expériences nouvelles chez les jeunes en particulier, nous apporte des indications sur le stress, la douleur mentale (ou physique) ou psychologique à laquelle ils font face quotidiennement. Ainsi, cette stimulation permanente, cette recherche de toutes sortes de stimulants sont pratiquement : autant de compensations.

Il faut identifier qu’est-ce qui manque vraiment pour vivre bien.

Plus ces compensations sont ou seront nombreuses et de toutes sortes, plus elles favoriseront l’anxiété, des psychonévroses, diverses expressions des souffrances infligées à la psyché. Cela touche ceux qui s’isolent par le biais des compensations, comme cela affecte ceux qui aspirent à une vie plus normale ; pourtant incapables qu’ils sont de suivre ce mouvement permanent. Les uns s’étourdissent et les autres encaissent.

Cela pourrait surprendre de songer qu’une des solutions de la problématique du jour se trouve dans la restauration de valeurs sociales plus traditionnelles basées entre autre sur la récompense et l’autorité. Autorité parentale bien sûr, autorité des maîtres et professeurs dans les établissements d’enseignement, autorité des patrons, etc…

Peut-être convient-il de donner du temps au temps, ce qui veut dire de donner du temps aux jeunes pour leur développement. Dans une société qui entend investir dans le savoir, comme c’est une tendance au Canada, la croissance par le savoir, l’acquisition des connaissances s’effectuent tout au fil de la vie. Il n’y a pas un cursus imposé ou prédéfini.

Personne ne prend jamais un train en retard, il n’y a aucun problème à embarquer dans le train suivant, le fait d’attendre le train suivant (cette période d’attente) fait partie de l’expérience et devient dans cet espace interstitiel une source d’apprentissage et d’enrichissement qui vient ponctuer le continuum existentiel dans les cortex spatiaux-temporels des machins-machines intersidérales dont on se sert usuellement pour remonter l’temps….

— Alors ma foi bin oui ! Dédramatisons un peu.

Oui et non monsieur Drouginsky ! Concernant les deux illustration qui accompagnent ce texte, tout dépend comment on les perçoit. Cette fraîcheur que vous décelez, je le vois autrement. Cette femme qui enlace son enfant, ça vient me dire à quel point aujourd’hui les enfants sont surprotégés de tout, contre tout. Aucune place ne leur est faite pour qu’ils apprennent à combattre quoique ce soit tout seuls, à leur façon à eux; ce qui est la meilleure façon d’apprendre. Quand j’étais jeune, (et je vous sais dans mes âges), nous jouions dans des trous de terre (et non de sable stérilisé comme aujourd’hui) et nous portions cette terre à notre bouche de façon naturelle comme tous les enfants et c’est ainsi, sans même le savoir, que nous immunisions notre corps contre un tas de bactéries et virus, ce qui nous rendait plus forts. Aujourd’hui, on ne fait plus ça, bien non, c’est trop dangereux, trop risqué pour nos petits. Alors, on les minouche, on les dorlote, on ne les contrarie pas, on est leurs amis en tant que parents; alors, ça a donné les enfants rois qu’on connaît maintenant.
L’anxiété de plus en plus répandue de nos jours, relève de toutes ces déviations, ces laisser-aller, ces abandons en tant que parents, en tant que société. La dessus, je vous rejoins quand vous référez à l’autorité et aussi à la stabilité qui manque autant à l’enfance qu’aux adultes eux mêmes.
Mais qui osera affronter cet ouragan moderniste du tout ou rien et également oser penser qu’il faudrait peut-être arrêter notre course folle vers on ne sait quoi et en quel nom pour prendre un temps d’arrêt, un temps de réflexion salvatrice ?
« Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait » comme disait l’autre. Et comme disait un vieil ami cultivateur à moi: » Il faut bien que génisse se fesse « !
Bonne semaine.

@ C. d’Anjou,

Merci pour vos commentaires dont je n’ai pris connaissance qu’aujourd’hui. C’est vrai que le monde change et que les jeux évoluent. Pour être honnête avec vous, je ne suis pas un nostalgique de grand-chose. Je comprends bien cependant ce que vous nous dites.

Quoiqu’il en soit, je vous rejoins dans ce que vous écrivez : « Mais qui osera affronter cet ouragan moderniste du tout ou rien et également oser penser qu’il faudrait peut-être arrêter notre course folle vers on ne sait quoi et en quel nom pour prendre un temps d’arrêt, un temps de réflexion salvatrice ? »

Bien sûr que prendre un temps d’arrêt salvateur de temps en temps. Prendre une bonne bouffée d’air frais. Regarder des choses simples, essentielles. Cela fait du bien. Sur ce point, j’ai le sentiment que les jeunes de maintenant ne sont pas si différents de ce que nous sommes ou de ce que nous avons été en d’autres temps.

Peut-être que ce sont aussi les adultes qui ne portent pas toujours le regard qu’il faut sur leurs propres enfants. Ne dit-on pas que ce que nous regardons dans l’œil de nos enfants ce sont nos parents ?

Félicitations pour cet article fort utile. La respiration de cohérence cardiaque s est avérée très aidante chez une amie.

Excellent ouvrage d’aide et soutien: « La peur d’avoir peur – Guide de traitement du trouble de panique avec agoraphobie » (couvre des méthodes concrètes pour se prendre en main soi-même et comprendre comment désamorcer le réflexe de panique avec ou sans agoraphobie).