Le par cœur, c’est l’enfer!

L’apprentissage par cœur est inefficace, estime une experte en mémorisation. Il faut apprendre autrement.

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Si vous pensez que la charge de travail est lourde au secondaire, attendez de voir ce qui vous attend à l’université: soit vous nagez, soit vous coulez. Vous avez oublié de remettre un travail? Personne ne s’en apercevra. Vous ne vous êtes pas préparé pour un examen? Personne ne s’en souciera. Anita Acai, experte en mémorisation et en techniques d’apprentissage, souhaite vous aider à affronter cette charge en s’assurant que vous étudiiez de la bonne façon.

Qu’est-ce que vous aimeriez que les étudiants sachent concernant la mémorisation?

Nombre de personnes pensent que la mémorisation entraîne le cerveau ou aide à mieux apprendre. Or, jusqu’à présent, il n’y a pas la moindre preuve pour affirmer que la mémorisation est efficace pour l’apprentissage à long terme. Ce n’est qu’une façon rapide de retenir la matière à court terme.

Quelles sont les solutions plus efficaces?

Une partie de l’apprentissage à long terme est de connecter et d’intégrer de nouvelles matières avec des connaissances que vous possédez déjà. À l’opposé, la mémorisation est plus une technique d’apprentissage de surface. L’expérimentation — ou la mise en contexte d’éléments théoriques — est une excellente façon d’apprendre. Il  a été prouvé que c’est la plus efficace pour aider les étudiants dans leurs études.

Est-ce que la façon de se tester est importante?

Plus c’est difficile, mieux c’est. Un peu de difficulté à retenir quelque chose vous aidera à apprendre. Il existe aussi un concept nommé: «difficulté désirée». Vous devriez vous mettre à l’épreuve avec des connaissances qui sont minimalement difficiles à retenir, car ce sont celles-là qui composeront vos souvenirs les plus durables. Si c’est trop difficile, vous pourriez avoir du mal à trouver la volonté nécessaire, mais si c’est trop facile, ce ne sera pas très efficace.

Pouvez-vous donner un exemple?

Imaginez que vous êtes dans un cours de biochimie. Votre professeur vous pose une question simple du genre: «Quelle enzyme joue tel rôle?» Vous devriez vous souvenir de la réponse assez facilement. Prenons par contre les questions suivantes: «Quel est le rôle général de cette voie métabolique?» et «Quelle fonction a-t-elle?» Vous devrez réfléchir pour trouver la réponse, donc vous allez retenir cette information beaucoup plus qu’à un simple niveau de surface.

Vous avez écrit que la mémorisation dans le domaine de l’enseignement n’a pas changé depuis des centaines d’années. Qu’est-ce que vous voulez dire par là?

Beaucoup de nos méthodes d’enseignement se basent, encore aujourd’hui, sur des concepts très anciens. Il existe de nombreuses suppositions comme quoi ces méthodes fonctionnent toujours, mais en réalité, des tonnes de preuves démontrent le contraire. La mémorisation n’est pas très efficace pour apprendre, mais c’est toujours la méthode principale qui est utilisée pour nous enseigner. Même si les connaissances scientifiques ont évolué dans ce domaine, nos méthodes d’enseignement n’ont pas suivi.

Pourquoi, selon vous?

Pour plusieurs raisons. L’une des plus importantes est que les enseignants n’ont souvent pas accès à la littérature scientifique ou ils n’ont pas le temps de la lire. Je parle principalement pour le primaire et le secondaire. Il est vraiment difficile pour ces enseignants d’avoir accès à ces articles, d’interpréter toute la documentation et la théorie, puis d’appliquer celles-ci à leur enseignement.

Vous dites qu’il y a plusieurs mythes perpétués par les enseignants. Quels sont-ils?

L’un d’eux touche les méthodes d’apprentissage. Par exemple, beaucoup croient qu’une personne dite auditive n’apprendra qu’en entendant la matière. C’est faux. Il est vrai qu’une personne peut avoir une préférence pour certaines méthodes d’enseignement, mais cela peut provenir d’une grande variété de raisons, telles que ses expériences personnelles ou ses forces. La façon dont ces techniques sont classées ne fait aucun sens non plus. En effet, vous pourriez bien dire que vous êtes un apprenant kinesthésique [NDT : apprentissage par le mouvement], mais il y aura toujours des connaissances qui ne pourront pas être enseignées par cette approche. Les théories, par exemple.

Si j’avais à faire un examen demain, est-ce que je devrais me concentrer pour retenir par cœur les 20 points à l’étude?

Cela dépend bien sûr de votre capacité à apprendre par cœur. Si vous êtes capable de retenir plusieurs choses avec facilité, alors oui. Vous serez capable de vous souvenir de ces informations pour une certaine période de temps, mais vous allez assurément les oublier à long terme, puisque ce procédé consiste à les garder dans votre mémoire de travail. Vous répétez constamment quelque chose dans votre mémoire à court terme pour vous en souvenir seulement quelques heures plus tard. Il faut aussi considérer l’examen en lui-même: qu’est-ce qui est testé? C’est là que repose l’autre grande partie du problème. Si le professeur vérifie des informations factuelles, alors bien entendu, vous serez en mesure d’utiliser la mémorisation et obtiendrez probablement de meilleurs résultats. Mais si le test se concentre sur des points plus conceptuels, vous pourriez ne pas bien vous en tirer, même si vous avez tout mémorisé, car vous ne comprendrez pas les concepts plus profonds.

Pourquoi est-il préférable de tester la matière conceptuelle plutôt que la factuelle?

J’imagine que cela dépend du résultat attendu. Si vous souhaitez simplement que vos étudiants apprennent de simples faits sur lesquels ils peuvent se fier et à partir desquels ils pourront développer, on en reste au factuel. Nous savons toutefois que si les étudiants comprennent quelque chose au niveau conceptuel, leurs chances de se souvenir de cette information à l’avenir sont plus grandes, tout comme les chances qu’ils soient capables d’appliquer cette connaissance.

Cet article a été adapté de Maclean’s.

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J’aime que mon médecin ait appris par coeur les maladies qui correspondent à certains symptômes, que les ingénieurs se rappellent des formules requises (informatisées, bien sûr) devant certains problèmes de structures. De la bouillie pour les chats, cet article.

D’accord avec vous: Quand on n’apprend pas notre langue par cœur, on apprend justement à ne plus savoir l’écrire ni la parler; c’est exactement ce qu’il se passe aujourd’hui et c’est encore plus frappant avec nos politicailleux qui, pour faire « peuple », s’amusent à parler comme les plus communs des analphabètes. Quand j’entends le maire Labaume avec ses « On pourrais-TU… ? » gros comme le bras ! J’ai 67 ans et je sais encore calculer le volume, extraire les racines carrées, faire des multiplications et divisions élaborées, etc; parce que j’en avais appris les formules par coeur et que je m’en rappelle encore. Alors, comme vous dites, « Foutaise » que cette théorie de la facilité, comme toutes celles qui ont fait dérailler l’enseignement depuis plus de trente ans.

Je suis pour l apprentissage par coeur qui n empeche pas l’expérimentation ou la mise en contexte d’éléments théoriques

J’ai appris les tables de multiplication par cœur et j’en suis très heureux de pouvoir m’en servir des décennies plus tard.
Les jeunes qui ne les ont pas apprises ainsi sont condamnés à utiliser leur calculette ou leur téléphone dit « intelligent »… pour le restant de leur jour. Une béquille! Ça c’est l’enfer!

Je n’ai jamais été très doué pour le par coeur. Je me rappelle en 4ième année nous devions aller répondre chacun notre tour aux questions du catéchisme que nous avions à apprendre par coeur, souvent sans en comprendre le sens, et après avoir répondu la maîtresse m’avait dit que ma réponse n’était pas bonne et après qu’elle m’ait lu la « bonne réponse » je lui avais rétorqué que ma réponse voulait dire la même chose elle m’avait dit ce n’est pas « veut dire la même chose » que je veux mais exactement ce qui est écrit dans le catéchisme. J’étais vraiment nul en catéchisme je ne parvenais pas à apprendre ça même si je me levais à cinq heures du matin pour « étudier » et avoir le moins de temps possible pour étudier.
Alors que lorsqu’elle enseignait l’histoire du Canada elle était excellente et nous faisait voyager avec Radisson et Desgroseiller ou avec LaVerendrie et elle nous faisait les liens avec la géographie et je n’avais aucune difficulté à me rappeler les dates et les alliances avec les indiens. Je mémorisais sans avoir besoin d’apprendre par coeur. Même chose lorsqu’en mathématique elle nous avait fait la démonstration du nombre magique Pi en nous faisant mesurer le diamètre de plusieurs cercles et de leurs rayons et nous avait fait diviser l’un par l’autre je ne l’ai jamais oublié.
De même lorsque j’ai fait mes études en génie je me rappelle que dans les cours de math beaucoup d’étudiants faisaient en groupe tous le problèmes à la fin de chaque chapitre (parfois jusqu’à 50). Ils apprenaient par coeur des solutions de problèmes alors que je me contentait de bien relire la théorie et de la comprendre, de refaire les exemples qu’il y avait dans le livre et de faire quelques problèmes. Ils réussissaient en général mieux que moi leurs examens parce qu’ils étaient plus rapides mais l’année suivante lorsqu’on avait à utiliser ces mêmes mathématiques dans un cours d’hydraulique ils ne se souvenaient plus de rien alors que je n’avais pas oublié.
Je crois que les gens qui ont beaucoup de facilité à apprendre par coeur développent facilement de mauvaises habitudes d’apprentissage. Je ferais beaucoup plus confiance à un médecin qui aurait bien compris tous les mécanismes du corps et des causes des maladies qu’à un médecin qui a appris tout plein de choses par coeur,

Vous dites : » Je mémorisais sans avoir besoin d’apprendre par cœur. » Ne pensez-vous pas que c’est la même chose ? Que ce fut pour apprendre le catéchisme, les Fables de La-Fontaine ou les proverbes et adages ou les formules mathématiques par coeur (ou mémoire), c’est là seulement un outil d’apprentissage comme bien d’autres. Ce que je déplore dans toutes les nouvelles théories d’apprentissage, c’est cette façon de se faire croire qu’on réinvente la roue à chacune en traitant d’obsolètes et vétustes les anciennes manières de faire qui on prouvé leur efficacité comparativement aux nouvelles façons de faire modernes. Le « par coeur » n’est peut-être pas la panacée, mais l’analphabétisme, ça c’est l’enfer…

Ouf. Il y a un manque flagrant d’analyse et de perspective dans cet article. On n’y voit que la pointe de l’iceberg. D’accord pour dire que les profs ne doivent pas catégoriser les élève entre auditifs et visuels, mais, pour le reste, toutes les méthodes d’apprentissage sont valables. On doit privilégier l’une ou l’autre en fonction de chaque situation.

Article « adapté » mais pas tant. Premièrement, de quand date l’article original? Pourquoi ne citez-vous pas la source de cette adaptation? Ensuite, affirmations sans fondement, dans le milieu de l’enseignement, je n’en connais pas beaucoup qui croient en un apprentissage efficace par le par coeur. Qu’ils ne s’informent pas, ne lisent pas les résultats de recherche, qu’ils n’appliquent pas, ce serait peut-être une réalité des États-Unis, mais qu’en est-il réellement au Québec? J’ai plutôt vu autour de moi des discussions entre enseignants et autres professionnels du milieu de l’éducation qui laissaient entrevoir au contraire une ouverture plus que raisonnable à d’autres méthodes. Ensuite, ce qui peut faire la différence, ce sera un manque de temps, surtout à un niveau post-secondaire, un manque de temps pour corriger les évaluations, lesquelles vont être conçues alors pour être facilement et rapidement corrigées et qui vont aller chercher beaucoup la mémorisation plutôt que la compréhension. Parce que rédiger des questions pour valider la compréhension est plus long, et corriger de telles questions aussi,
Bref, cet article est plutôt décevant, du vide en tant de lignes.