Le paradis des ados

En matière de permissivité à l’égard des jeunes, le Québec fait toujours figure de village gaulois du Canada.

Les millions de dollars dépensés en campagnes contre le tabagisme ont porté leurs fruits: d’un océan à l’autre, on tolère de moins en moins de voir des ados la cigarette au bec.

Mais c’est bien l’un des rares points, en matière de comportement des jeunes de 15-16 ans, sur lesquels les Québécois et les autres Canadiens s’entendent. Relations sexuelles, consommation occasionnelle de drogues douces, consommation régulière d’alcool sont acceptables aux yeux d’un plus fort pourcentage de Québécois.

Et tandis que ces derniers sont un peu plus nombreux qu’il y a 15 ans à tolérer ces comportements, leurs concitoyens du reste du pays n’ont pas changé d’avis en ce qui a trait à la consommation de drogues douces par les ados… et ont durci leur position concernant les relations sexuelles.

Le Québec n’est pas le royaume du stupre et de la fornication pour autant. Seul un Québécois sur 10 se dit favorable à ce qu’un ado de 15 ou 16 ans fume ou consomme des drogues douces et de l’alcool. Ailleurs au Canada, cette proportion tombe à un sur 16.

En ce moment, un Québécois sur deux estime qu’une adolescente peut décider elle-même d’avoir recours à l’avortement, alors qu’un Canadien sur trois pense la même chose. Au Québec, cette opinion a gagné du terrain au cours des 15 dernières années, tandis qu’elle en a perdu ailleurs au pays.

Johanne de Passillé, du Centre de santé des femmes de Montréal, a tout de même l’impression que la société québécoise est de moins en moins tolérante. «La couverture médiatique n’est jamais favorable à l’avortement, dit-elle. Tout ce qu’on entend, c’est que les femmes avortent trop, qu’elles utilisent l’avortement comme moyen de contraception.»

Roy MacGregor, chroniqueur du Globe and Mail et auteur d’une trentaine d’essais et de romans, dont plusieurs pour adolescents, voit quant à lui deux explications à la montée de l’intolérance à l’ouest de la rivière des Outaouais: l’immigration et la religion. «Au Québec, l’extrémisme religieux est chose du passé, dit-il. Pas dans le reste du Canada, où les évangéliques ne cessent de gagner du terrain.»

Le chroniqueur estime par ailleurs que les racines loyalistes des premiers colons, encore sensibles chez les Canadiens anglais, ainsi que la tendance des nouveaux arrivants à pratiquer leur foi de façon plus rigoureuse contribuent aussi au recul de la tolérance au pays. «Mais je doute de la validité des réponses obtenues, précise-t-il. Les Canadiens ont l’habitude de dire aux sondeurs ce qu’ils croient que ceux-ci veulent entendre.»

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