Le pari fou des écoles anglaises

En déclin depuis l’adoption de la loi 101 et de plus en plus désertées par les anglophones eux-mêmes, les écoles anglaises du Québec sont condamnées à se réinventer pour survivre. La solution ? Augmenter la place du français !

Le pari fou des écoles anglaises
Photo : François Pesant

Les parents des élèves de la très anglophone école primaire Nesbitt, dans le très francophone quartier Rosemont, à Montréal, fourbissent leurs armes en prévision de la rentrée des classes. Car ils craignent que ce ne soit la dernière.

La commission scolaire les a prévenus en mars dernier qu’elle étudiait la possibilité de mettre la clé sous la porte de l’établissement en septembre 2012, faute d’enfants. Pas question, rétorquent-ils.

« Fermer les écoles anglophones devrait être impensable au Québec », dit Jean François Desmarais, qui se bat aux côtés d’autres parents pour la survie de l’établissement. « Nesbitt a un excellent programme d’immersion et je sais que mes enfants n’y perdront pas leur français », ajoute ce réalisateur de télé.

Un peu partout au Québec, l’école anglaise est une espèce menacée. À la seule commission scolaire English-Montréal (CSEM), l’une des plus importantes du secteur anglophone québécois, le spectre de la fermeture ou de la fusion plane sur huit établissements, par manque d’élèves ou à cause d’un réaménagement.

Pourtant, l’école anglophone n’est plus l’épouvantail qui faisait peur aux parents francophones des années 1960 – épouvantail contre lequel ils se sont mobilisés, jusqu’à plonger le Québec dans ce qui demeure à ce jour sa plus grave crise linguistique. Aujourd’hui, 34 ans après l’adoption de la loi 101, cette école que l’on accusait jadis de ne former que des Quebeckers unilingues anglophones est devenue un lieu d’innovation en matière de bilinguisme et d’immersion. Au point de faire envie au reste du pays.

Mais si elle veut survivre, l’école anglophone du Québec devra modifier son image. En commençant par convaincre les Québécois qu’elle ne menace plus la langue française… et par convaincre les parents des élèves anglophones qu’elle enseigne un français de qualité.

« On dirait que certains parents ont peur que leurs enfants ne soient pas parfaitement bilingues. Il faut changer cette perception », dit Cathrine Le Maistre, présidente de la Commission de l’éducation en langue anglaise, l’organe consultatif du ministère de l’Éducation pour le secteur anglophone.

Depuis que la rumeur de fermeture circule à l’école Nesbitt, les parents des 400 élèves se sont mobilisés en grand nombre – dont une quinzaine d’irréductibles plus actifs : pétitions, vidéo, blogue, page Facebook, lobby auprès du conseil des commissaires, dans l’espoir que la commission scolaire English-Montréal saisisse l’importance de sauvegarder l’établissement centenaire, et avec lui les autres écoles menacées.

Ce n’est pas la première fois que la CSEM se retrouve face à son destin. Depuis sa création, il y a 13 ans – au moment où les commissions scolaires cessaient d’être confessionnelles pour devenir linguistiques -, elle a dû fermer 15 établissements. Et elle a perdu le quart des 27 000 élèves qu’elle comptait il y a 10 ans.

Le nombre d’inscrits dans tout le réseau anglophone québécois est en chute libre depuis l’adoption de la loi 101, en 1978. La Charte de la langue française a entraîné à l’époque un exode important des anglos vers Toronto. Ceux qui sont restés ont vu les conditions d’admission à l’école anglophone être resserrées. La baisse de la natalité a aussi joué.

Si bien que depuis le début des années 1970, le réseau anglophone a perdu plus de la moitié de ses 248 000 élèves. Aujourd’hui, ses 340 écoles publiques comptent à peine 93 000 inscrits. Cette lente désertion avait été interprétée dès 1992 comme un « arrêt de mort à retardement » par Gretta Chambers, ex-chancelière de l’Université McGill, dans un rapport sur l’avenir de ces écoles.

Légende de la photo de départ :
Des élèves de maternelle a l’école Nesbitt, dans le quartier Rosemont, à Montréal, reçoivent leurs diplômes.

 

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QUI PEUT ÉTUDIER EN ANGLAIS ?

– L’enfant dont le père ou la mère a reçu la majeure partie de son enseignement primaire ou secondaire en anglais au Canada.

– L’enfant de citoyens canadiens qui a déjà fait la majeure partie de ses études primaires ou secondaires en anglais ailleurs au Canada, ainsi que ses frères et sœurs.

– L’enfant qui était déjà à l’école publique anglaise avant août 1977, ainsi que ses frères et sœurs.

– L’enfant dont les parents sont en séjour temporaire au Québec, pour une durée maximale de six ans.

– L’enfant éprouvant de sérieuses difficultés d’apprentissage.

– L’enfant se trouvant dans une situation difficile sur le plan humanitaire.

Sous certaines conditions stipulées dans la loi, les écoles privées non subventionnées, dites passerelles, permettent à un enfant d’obtenir un certificat d’admissibilité à l’école anglaise.

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Ironie de l’histoire, 15 000 enfants et adolescents qui auraient le droit de fréquenter l’école anglophone préfèrent… les bancs de l’école francophone !

« J’appelle ça la petite révolution tranquille à l’intérieur de la Révolution tranquille », dit Patricia Lamarre, professeure à l’Université de Montréal et spécialiste des relations entre anglophones et francophones. « De plus en plus de parents choisissent d’envoyer leurs enfants à l’école francophone, même s’ils sont admissibles à l’école anglophone. C’est la quête du bilinguisme, ce désir d’avoir des enfants qui peuvent bien vivre au Québec, comme les autres. »

Des sondages menés à la fin de 2009 révèlent que les parents envoient leur progéniture chez les francophones parce qu’ils craignent que la langue de Molière ne soit pas aussi bien enseignée dans les écoles anglophones. Ce constat a fait bondir des dirigeants de commissions scolaires, qui déploient depuis des stratégies de toutes sortes pour ramener ces élèves dans le giron anglophone.

« Learning French, c’est chic », annonçait la commission scolaire Lester B. Pearson dans une publicité parue il y a quelques mois dans le quotidien The Gazette. L’Association des commissions scolaires anglophones du Québec a, quant à elle, lancé sur YouTube le clip rap « Go publique », faisant la promotion de la qualité de l’ensei­gnement du secteur public.

 

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L’école élémentaire anglophone Nesbitt est menacée de
fermeture en 2012, faute d’enfants.

Angela Mancini, présidente de la CSEM, a elle aussi répliqué il y a un an et demi en déclenchant une vaste opération séduction, avec des vidéos et des conférences. Le message : « Chez nous, votre enfant maîtrisera aussi bien le français qu’un francophone. Mieux, il sera parfaitement bilingue à la sortie. »

À l’époque où Angela Mancini a fréquenté l’école primaire anglophone, dans les années 1970, les cours de français étaient rudimentaires. Les livres dans cette langue étaient rares dans les bibliothèques. On ne chantait pas du Charlebois dans la cour d’école.

Aujourd’hui, ses filles, âgées de 13 et 15 ans, qui étudient dans le programme d’immersion française d’une école anglophone, baignent davantage dans les deux cultures. « En plus d’apprendre le français, elles vont connaître les artistes francophones, les chanteurs, les écrivains. On ouvre les jeunes sur la langue, mais aussi sur la culture. C’est une richesse que nous n’avons jamais eue », constate-t-elle.

Les écoles anglophones offrent parmi les meilleurs programmes sport-études ou enrichis, et au moins 30 % de cours en français par année au primaire, soit bien plus que ce que recommande le Programme de formation de l’école québécoise. Qui mieux est, 40 % des élèves qui les fréquentent sont inscrits dans un programme dit « bilingue » ou d’immersion française.

L’école anglaise n’est pas peu fière d’engendrer de petits champions. Selon les derniers chiffres du ministère de l’Éducation, le taux de diplomation est supérieur chez les élèves anglophones. Ils ont aussi d’excellents résultats en français langue seconde, qui se comparent fort bien à ceux des jeunes francophones en anglais.

Parfois, ils réussissent même mieux en français que des francophones. C’est le cas notamment à la Quebec High School, dans la capitale, qui s’est longtemps classée parmi les écoles québé­coises ayant obtenu les meilleures notes en français langue d’enseignement.

Bien peu des gens interviewés osent se prononcer sur les raisons de ces succès, par crainte de raviver de vieilles chicanes. « C’est l’implication des parents et de la communauté, qui est très forte chez nous », se risque Debbie Horrocks, présidente de l’Association des commissions scolaires anglophones du Québec.

En outre, les syndicats d’enseignants anglophones prôneraient la coopération entre la direction et le personnel. « En arrivant au Québec, j’ai été surprise de constater la division entre la direction d’école et les enseignants », raconte Cathrine Le Maistre, de la Commission de l’éducation en langue anglaise.

En région, là où se trouvent près des deux tiers des écoles anglophones de moins de 200 élèves, la réalité est bien différente de celle de Montréal.

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DEUX FAÇONS D’APPRENDRE LE FRANÇAIS…

– Le programme d’immersion française permet à l’enfant de faire sa maternelle, sa 1re et sa 2e année dans la langue de Vigneault. L’anglais est ensuite introduit gra­duellement, puis prend de plus en plus de place au fil des ans.

– Le programme bilingue permet à l’enfant de vivre un bain linguistique moitié français et moitié anglais, selon diverses formules. L’élève peut, par exemple, suivre tous ses cours en français le matin, alors que l’après-midi est réservé à l’anglais. Contrairement aux écoles francophones – auxquelles la loi 101 interdit d’enseigner des matières, hormis l’anglais langue seconde, dans une autre langue que le français -, les écoles anglophones permettent l’enseignement en français de matières comme l’histoire, les mathématiques et les arts plastiques.

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Les corridors de l’école primaire anglophone Riverside, à Saguenay, résonnent de rires d’enfants… mais aussi de conversations en français truffées d’expressions en « franglais ». « Ben là, là, madam. Look here. This is my design », lance une fillette en pointant un dessin sur le mur. « Drawing », corrige une enseignante. Dès que la sonnerie retentira, cependant, les élèves devront « switcher » à la langue de Shakespeare, m’assure-t-elle.

Dans les classes, des Tremblay et des Simard côtoient des Hewitt et des Stamper. Ces Saguenéens ont le droit de fréquenter l’école anglaise, parce qu’un de leurs parents travaille à la base militaire de Bagotville ou parce qu’ils sont des descendants des familles anglophones venues s’installer à Arvida en même temps que l’usine Alcan, dans les années 1920.

Dans cette région à 99 % francophone, c’est parfois l’absence d’environnement en anglais qui ne favorise pas un apprentissage de qualité dans cette langue. « On n’arrive pas à avoir le niveau qu’on voudrait avec nos élèves », admet la directrice, Corinne MacDonald, originaire de Schefferville. « Je dis souvent aux parents : « Avez-vous fait la lecture en anglais à votre enfant ? Avez-vous loué un film en anglais ? » »

 

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À l’école Riverside, à Saguenay, le nombre d’élèves demeure
stable (265). Il faut dire que c’est la seule école primaire
anglophone de la région. Dans les classes, des Tremblay et
des Simard côtoient des Hewitt et des Stamper.

 

À Saguenay, comme dans d’autres villes, trouver un dictionnaire anglais relève presque du miracle. Les orthopédagogues, psychologues, orthophonistes et autres spécialistes qui parlent anglais y sont tout aussi difficiles à dénicher. Le nombre d’élèves à Riverside (265) demeure stable. C’est la seule école primaire anglophone de la région, fait remarquer Corinne MacDonald. La concurrence devient plus féroce au secondaire.

L’école secondaire voisine, aussi nommée Riverside, comptait 182 élèves l’année dernière, et elle a du mal à en attirer plus. Elle ne fait pas le poids contre les collèges privés francophones de la région, qui proposent d’alléchants programmes sport-études ou de musi­que.

Pour freiner l’exode, Riverside a signé l’an dernier une entente avec les écoles francophones du secteur. Les élèves qui choisiront de poursuivre leurs études en anglais à Riverside auront accès aux programmes et installations des établis­sements francophones quelques jours par semaine, aux frais de l’école anglophone.

Les écoles anglaises sont ainsi con­damnées à user de créativité pour survi­vre. Kenneth Robertson en sait quelque chose. Il y a quatre ans, alors qu’il était directeur de la commission scolaire New Frontiers, en Montérégie, il a tout fait pour empêcher la fermeture de trois éta­blissements primaires presque désertés. « Je savais que fermer une école de village, c’est aussi fermer le village », dit-il.

La St. Joseph School et la Hunting­don Academy ont été fusionnées en une seule école, baptisée Heritage. Et l’immeuble vacant a été transformé en centre d’apprentissage commu­nautaire. Financés en partie par le Sec­teur des services à la communauté anglophone et des affaires autoch­tones – la branche anglophone du ministère de l’Éducation -, les centres d’apprentissage communautaires sont acces­sibles à toute la communauté. Le Qué­bec en compte 23, qui offrent entre autres de la formation en emploi pour redynamiser une région ou un quartier défavorisés.

Et qu’est-il arrivé à la troisième école, celle de Franklin, village de 1 660 habitants situé près de Salaberry-de-Valleyfield ? « On a mis les ressources nécessaires et l’école primaire est restée ouverte », dit Kenneth Robertson en parlant de l’argent que la commission scolaire a consenti pour l’entretien du bâtiment et l’embauche des enseignants. Et ce, malgré ses 50 élèves. De quoi donner espoir à tous ceux qui veulent sauver l’école Nesbitt et les autres.

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UNE CRISE LINGUISTIQUE SANS PRÉCÉDENT

Au début des années 1960, un premier projet-pilote d’immersion française, proposé par le psychologue américain Wallace Lambert, avait été testé par l’Université McGill dans quelques classes d’une école anglophone de la banlieue sud de Montréal. Un programme étendu à tout un établissement démarre quelques années plus tard, à l’école primaire Roslyn, dans la très anglophone ville de Westmount.

Joan Rothman, l’une des personnes à l’origine de ce programme, venait d’arriver de l’Ontario avec son mari et ses enfants. À l’époque, les cours de français langue seconde offerts au Québec étaient de piètre qualité. Le directeur de l’école Roslyn, marié à une Québécoise, se montre favorable à l’idée d’offrir, comme activités parascolaires, de tels cours… donnés par des immigrants venus de France ou du Maghreb.

« Ça coûtait 28 dollars par enfant par année », se souvient Joan Rothman. L’engouement est immédiat. Le programme est par la suite mis sur pied dans divers établissements du réseau public anglophone du Québec.

C’était en 1968, en pleine effervescence nationaliste, alors que les Canadiens français délaissaient la religion pour défendre vigoureusement leur langue, nouveau symbole identitaire. Joan Rothman, aujourd’hui retraitée, croit qu’elle a eu un élan de lucidité. « Il fallait être stupide pour ne pas comprendre que le Québec était en pleine révolution. » Nombre d’anglophones partent en Ontario à l’époque. Pour Joan Rothman, qui choisit de rester, apprendre le français devient une nécessité.

De nombreux parents choisissent par contre l’école anglaise pour leurs enfants. Particulièrement chez les italophones, immigrés massivement à Saint-Léonard, alors une modeste banlieue francophone de Montréal. À peine 15 % des allophones optent pour des études en français.

En décrétant que l’enseignement se fera seulement en français dans ses écoles à compter de la rentrée 1968, la commission scolaire catholique Jérôme-Le Royer, à Saint-Léonard, déclenche une onde de choc chez les anglophones et les immigrants : rassemblements, protestations dans les médias, etc.

Pour calmer le jeu, cette commission scolaire propose de transformer l’école Aimé-Renaud, la seule francophone de niveau secondaire du quartier, en établissement anglophone. Cela met le feu aux poudres. Des francophones occupent le bâtiment. Une violente crise linguistique vient d’éclater.

La grogne des francos gagne alors tout Montréal, puis le reste du Québec.

Un an plus tard, en 1969, le « bill 63 » consacre le libre choix de la langue d’instructio­n, ce qui a marqué le début d’une longue saga juridique. En 1974, des statistiques alarmantes démontrent que les immigrants sont de plus en plus nombreux à choisir l’école anglophone… imités par plus de 25 000 francophones.

Les projets de loi ayant tous connu l’échec, le premier ministre Robert Bourassa est pressé d’agir. La loi 22, qui fait du français la langue officielle du Québec, propose de n’ouvrir les portes des écoles anglophones qu’à ceux qui prouvent qu’ils en ont une connaissance suffisante. Autre échec.

C’est finalement le Parti québécois qui, en prenant le pouvoir, votera la loi 101. S’ensuivra un exode massif des anglophones, lequel, conjugué à la baisse de la natalité, signera le début du déclin des écoles anglaises. Et le début de leur combat pour leur survie.

Quelques dates clés :

1964 : création du ministère de l’Éducation du Québec (MEQ).

1968 : crise linguistique de Saint-Léonard.

1970 : le « bill 63 » consacre le libre choix de la langue d’instruction.

1974 : la loi 22 de Robert Bourassa fait du français la langue officielle du Québec.

1977 : adoption de la loi 101.

1992 : rapport du Groupe de travail sur le réseau scolaire anglophone du Québec, aussi appelé rapport Chambers.

1998 : changement de statut des commissions scolaires confessionnelles, qui deviennent «linguistiques».

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DES PISTES POUR LA SURVIE DES ÉCOLES ANGLOPHONES

Une modification de la loi 101

Les commissions scolaires anglophones ont bien rêvé d’un assouplissement des règles qui encadrent l’obtention du certificat d’admissibilité à l’école anglaise. Mais aucun des partis politiques, hormis des députés qui se sont prononcés librement sur la question, n’ose toucher à une virgule de la loi 101.

En 1992, le rapport du Groupe de travail sur le réseau scolaire anglophone, connu sous le nom de rapport Chambers, avait formulé 29 recommandations, toutes adoptées par le gouvernement, sauf une : celle qui stipulait que la Charte de la langue française devait être révisée pour permettre aux enfants issus de familles ayant l’anglais comme langue maternelle (originaires des États-Unis, d’Angleterre, etc.) de fréquenter l’école anglophone.

En avril 2005, la Cour suprême, dans un jugement unanime, a débouté huit familles québécoises francophones qui réclamaient le droit d’envoyer leurs enfants à l’école anglophone et qui alléguaient que l’interdiction de le faire allait à l’encontre du principe de l’éga­lité reconnu par la Charte des droits.

En 2010, un sondage Léger Marketing a de nouveau soulevé la polémique : 66 % des Québécois, y compris 61 % des francophones, étaient d’accord avec le principe selon lequel tout le monde au Québec devrait être libre de choisir la langue d’enseignement de ses enfants.

L’ancien chef du Parti Égalité et ex-député de D’Arcy-McGee, Robert Libman, a alors appuyé l’idée d’assouplir la loi 101. Et en février der­nier, le député conservateur Maxime Bernier a fait une sortie publique allant dans le même sens. « Pourquoi les parents francophones ne pourraient-ils pas envoyer leurs enfants faire une partie de leurs études dans des écoles anglaises ou bilingues, de façon à ce qu’ils maîtri­sent parfaitement les deux langues ? »

Le tollé a été immédiat. On ne touche pas si facilement à la loi 101.

Des écoles hybrides

À Montréal, l’école publique FACE, à vocation artistique, a un statut particulier : elle regroupe des francos et des anglos. « Quand vous avez 120 élèves dans une école, vous ne pouvez offrir une grande variété d’activités, parce que le volume est moindre, explique Angela Mancini, présidente de la commission scolaire English-Montréal. À FACE, les deux populations scolaires se partagent les instruments de musique, les salles de spectacle, etc. Ça permet d’éviter les fermetures, et l’école qui a moins d’élèves redevient viable. »

Une école anglaise sur mesure

Certains parents qui auraient le droit d’envoyer leur progéniture à l’école anglophone ne le font pas ? Et si on leur bâtissait l’établissement de leurs rêves ? Cathrine Le Maistre, de la Commission de l’édu­cation en langue anglaise, croit que le salut des écoles anglophones passe par leur capacité d’adaptation aux besoins du milieu. Les parents veulent davantage de programmes de sport, de musique, d’art pour leurs enfants ? Il faut les leur donner. Plus de français ? Il faut mettre sur pied des programmes d’immer­sion. « Je recommande aux commissions scolaires anglophones de mener une vaste enquête sur les besoins des familles anglophones. »

La multiplication des programmes d’immersion

Il semble que le message ne soit pas encore compris : « Nos programmes bilingues et d’immersion en français sont excellents », répète Debbie Horrocks, présidente de l’Association des commissions scolaires anglophones du Québec.

De plus en plus, elle remarque que les parents, qui veulent un enseignement en français de qualité pour leurs enfants, préfèrent le privé au public et les écoles franco­phones aux anglophones. « Notre défi est d’aller chercher chacun des élèves qui ont un certificat d’admissibilité. » Après tout, les programmes bilingues ou d’immersion française sont offerts dans 40 % des écoles publiques. Et les parents en redemandent. « Ils ont compris que s’ils vivent au Québec, le français est important », souligne-t-elle.

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