Le passeport immunitaire, un ticket vers la liberté

Recourir à la preuve vaccinale pour permettre aux gens de s’envoler vers le Sud ou de manger au resto est acceptable sur le plan moral, dit Bruno Leclerc, président du Comité d’éthique de santé publique. 

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Ottawa est à mettre au point un certificat de vaccination pour permettre aux Canadiens de voyager à l’étranger, apprend-on cette semaine, alors que Québec songe sérieusement à en délivrer un — à condition que les gens aient reçu deux doses de vaccin. Un comité indépendant, formé par l’Institut national de santé publique du Québec, a soupesé les problèmes et les avantages de ce type d’attestation. Quel est le verdict ?

Les bénéfices l’emportent légèrement sur les enjeux éthiques soulevés. Cela dit, on n’a pas émis de recommandation formelle aux autorités de santé publique, comme on le fait d’habitude : c’est surtout un avis pour alimenter la réflexion. À nos yeux, l’avantage principal du passeport immunitaire est la reprise d’activités favorables à la santé mentale, à une bonne condition physique et à la relance économique. Assister à des matchs sportifs, voir du pays, reprendre les sports d’équipe, se présenter à des cours à l’université, participer à des cérémonies religieuses… Un passeport n’éliminerait peut-être pas totalement les gestes barrières, comme le port du masque, mais il pourrait permettre de réduire les exigences de distanciation. Ce qui veut dire, par exemple, que les restaurants et les amphithéâtres pourraient accueillir pas mal plus de monde.

Pourquoi ne pas appuyer tous azimuts le passeport immunitaire ?

Parce qu’on ignore si le vaccin à la base du passeport garantirait une protection en béton, l’immunité complète induite par la vaccination n’ayant pas encore été prouvée. Si des personnes pleinement vaccinées vont à l’étranger, où de nouveaux variants du coronavirus sévissent, pourraient-elles les contracter et les transmettre ? L’utilisation d’une preuve vaccinale n’est pas sans risque, même si les dernières études sur l’efficacité des vaccins sont encourageantes ; nous sommes dans l’attente de données probantes. Ce sont les autorités de santé publique qui décideront si et quand on ira de l’avant avec un passeport, et qui fixeront les critères pour l’obtenir. Elles devront aussi déterminer les modalités de son utilisation, le cas échéant. 

Sans le passeport, pourra-t-on voyager à nouveau ?

Il est déjà possible de le faire, mais les restrictions sont sévères : il faut notamment passer un test de dépistage trois jours avant l’arrivée au Canada, refaire un autre test à l’aéroport, séjourner à l’hôtel jusqu’au résultat, faire une quarantaine de 14 jours… Pour l’instant, même les personnes vaccinées doivent s’y soumettre. Un passeport immunitaire pourrait possiblement alléger ces obligations, comme c’est le cas en Islande, par exemple. 

Quelle forme pourrait prendre la preuve d’immunité ?  

Ça pourrait être un code Quick Response (QR) dans nos téléphones cellulaires, fourni par le Registre de vaccination du Québec, ou un document écrit officiel et aisément accessible, afin de ne pas pénaliser ceux qui n’ont pas accès aux technologies. Ce type d’attestation existe déjà : par exemple, certains pays exigent que les voyageurs présentent un Certificat international de vaccination ou de prophylaxie pour protéger leur population du virus de la fièvre jaune. Ce n’est donc pas une nouveauté. 

Le passeport pourrait-il être obligatoire pour vaquer à nos activités ?

Le comité ne s’est pas penché sur les aspects légaux entourant la délivrance d’un certificat, mais il serait injustifiable sur le plan éthique que le gouvernement force les citoyens à se le procurer, et qu’il demande aux commerçants de l’exiger pour la fréquentation de leur établissement. D’abord parce que la vaccination n’est pas obligatoire — il faudrait une urgence sanitaire extrêmement grave pour qu’elle le devienne. De plus, le comité estime qu’un employeur ne pourrait pas imposer la preuve vaccinale à son personnel, car ça risquerait de priver des gens de leur revenu, qui est un bien essentiel. Sur le plan éthique, ce n’est pas défendable. La présence d’employés non vaccinés sur les lieux de travail peut poser un risque pour les autres, mais il y a moyen de le minimiser, par exemple en proposant un dépistage régulier et en réorganisant les postes, afin de limiter la proximité de ceux qui ne sont pas immunisés. 

Certains jugent qu’un passeport vaccinal porterait atteinte à la vie privée. Quelle est votre position sur ce sujet ?

Selon nous, il est possible de créer une preuve immunitaire qui divulguerait un minimum de données personnelles — le type de vaccin reçu, la date de vaccination, le vaccinateur, la durée de l’immunité, et c’est tout. Il n’est pas question de donner accès au profil clinique. Au Québec, ces informations sont bien protégées. 

Quel est le principal désavantage du passeport ? 

Ça peut créer de la discrimination à l’égard de ceux qui n’ont pas encore été pleinement vaccinés, qui ne peuvent l’être pour des raisons médicales, ou qui ne veulent pas l’être. Ainsi, les gens immunisés auraient accès plus vite à des loisirs ou à des voyages. Il s’agit toutefois d’une situation temporaire, qui disparaîtra au fur et à mesure que la campagne de vaccination avancera, jusqu’à ce que l’immunité collective soit atteinte. Entre-temps, on pourrait trouver des accommodements pour permettre aux non-vaccinés de participer à des événements ou de fréquenter des lieux de rencontre. Au final, l’enjeu de l’iniquité, que l’on doit tout de même chercher à réduire le plus possible dans les utilisations éventuelles du passeport vaccinal, ne doit pas priver l’ensemble de la population des bénéfices apportés par le retour progressif à la vie normale.

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100% en faveur d’une preuve de vaccination, pour moi et pour ceux que je côtoierai une fois que tous auront reçu la seconde dose.

Cela pourrait nous donner plus de liberté à nos déplacements partout. Et ce n’est pas nouveau. Il y a un demi-siècle quand je voyagé de l’Europe en Afrique, j’ai du avoir mon attestation de vaccin contre le choléra, fièvre jaune, etc. Afin de rentrer en République démocratique du Congo.

1. Seul maître à bord
La seule personne valablement autorisée à décider de ce qui entre dans son corps, c’est la personne concernée.

Nul médicament n’est obligatoire. Le patient consulte son médecin. Celui-ci l’osculte, consulte sa documentation, parfois même un confrère; il pose un diagnostic et recommande un traitement ou une médication. Mais c’est le patient qui décide. De suivre ou non la recommandation. De prendre ou non la médication ou le traitement suggérés.

Il en va de même pour un vaccin, qui lui aussi est un médicament. Le corps médical recommande. C’est à chacun de décider pour lui-même.

2. Un choix draconien
La mise en vigueur d’un passeport vaccinal fait d’une minorité invisible, une autre minorité visible. Elle crée une classe d’« intouchables » à qui toute vie sociale est refusée : pas de voyages, pas de cinéma, pas de spectacles, pas de théâtre, pas de restaurants – peut-être même pas de travail! Chacun est pourtant persuadé – surtout depuis notre récente expérience des restrictions sociales – de la nécessité de ces liens pour la santé mentale et psychologique – et pour gagner sa vie!

Un passeport vaccinal est une manière détournée d’essayer de persuader quelqu’un de se faire vacciner. En somme, on lui offre le choix : suis tes propres convictions et subis-en les conséquences (plus de vie sociale et culturelle) ou suis « mes » convictions et fais-toi vacciner.

3. Le « danger » pour l’autre
Cet argument est souvent évoqué : les personnes non vaccinées mettent la communauté en danger. Habituellement, ce jugement suit : c’est donc un acte égoïste, une preuve de « je-m’en-foutisme ».

Soyons logiques. Si vous croyez que le vaccin vous protège, vous vous faites vacciner. Vous voici donc protégé. Vous n’avez donc plus rien ni personne à craindre. Selon votre croyance, ce sont les personnes non vaccinées qui courent un danger. Vous pourriez éprouver de la compassion pour elles, mais personne ne vous y oblige.

Ne craignez pas non plus que toutes les personnes non vaccinées attrapent la Covid et se retrouvent à l’hôpital en même temps. Je le répète, il s’agit d’une minorité de personnes. Elles ne risquent ni de tomber malades toutes en même temps ni d’engorger les hôpitaux.

4. Être soigné
J’ai aussi entendu et lu l’argument suivant : « Vous ne voulez pas vous faire vacciner, rendez votre carte d’assurance maladie, vous ne méritez pas d’être soigné. »

Tout détenteur de la carte d’assurance maladie paie des taxes, des impôts et des frais de base pour sa couverture médicale. Toute personne a donc le droit de recevoir des soins – auxquels elle consent – si elle est malade ou blessée. On ne se fait pas soigner au « mérite ».

5. Le respect
La liberté de penser implique également la liberté d’agir – ou non. L’important est de respecter le choix de chacun. D’autant plus qu’ici, le choix de chacun ne met personne en danger.

Uparathi
7 mai 2021

La vie en société garantit une part de liberté et impose sa part de contraintes. Point.

Oui c’est une atteinte à la vie privée. Mais..
Mais la vie en société impose des contraintes et des limites à la vie privée. Les gouvernements se doivent d’intervenir pour assurer la sécurité de ses citoyens et l’usage des espaces publics.
Prenons la conduite automobile dont les atteintes à la vie privée ne sont généralement pas contestées.
On exige un permis pour lequel il faut se qualifier et payer. On doit enregistrer le véhicule le munir de plaques révélant l’identité du propriétaire, respecter les règles de la circulation et même porter une ceinture de sécurité.
Tout cela pour notre propre sécurité et pour celle des autres usagers même si on n’est pas d’accord.

Alors pourquoi le passeport vaccinal serait différent, même si il ne procurera pas de garantie à 100% (pas plus que code de la sécurité routière) cela reste un compromis acceptable pour vivre en société.

Je suis contre le passeport.
Division des familles. Des amis. Des chicanes. La solitude. La dépression.
On a droit de faire injecter ce que l on veut dans son corps. Nb je suis infirmière et je peux être poursuivie si je donne un
Médicament à un
Patient qui le refuse.
Pour ceux qui disent que l on doit remettre carte assurance maladie. Désolé je suis contre la drogue. On construit des sqdc. Les drogues eux on continue à les soigner. Les itinérants par choix même chose . L obèse même chose. Les enfants de la mère qui a consommé et qui ont des déficiences. On paie.
J espère que nous resterons une société démocratique et non de dictature et que le respect du choix de chacun sera reconnu. Merci

Si au moins vous ne disiez pas n’importe quoi. Vous savez très bien que les médicamets sauvent des vies. C’est à vous de vous conformer… ou non. Vos interprétations tordues de la démocratie et de dictature ne concernent que vous.

@ André Nickell :
Je crois que c’est vous qui dites n’importe quoi. Oui les médicaments sauvent des vies, mais celà ne vous enlève pas le droit de les prendre ou pas.
¨Se conformer¨ comme vous dites, c’est le premier pas, et souvent le dernier, vers l’acceptation d’une dictature.
L’infirmière à qui vous adressez vos remarques boiteuses en connait sans aucun doute un peu plus que vous dans le domaine de la santé; et côté démocratie, elle a droit autant que vous d’avoir son point de vue sur le sujet. Vous n’avez pas démontré que ses argumenbts étaient insensés, vous n’avez fait que la rabrouer parce qu’elle ne pense pas comme vous. C’est là l’idéologie ¨woke¨ aussi insensée que stupide.

Quand on m’amène l’argument que pour aller dans un autre pays il faut montrer ¨patte-blanche¨ avec une preuve de vaccination contre ci et cela. C’est bien correct, c’est une condition d’un pays étranger. Mais ici, montrer un passeport médical pour aller au resto, ciné, piscine, je dis comme mme Uparathi, c’est de la dictature.
Pour ceux qui compare avec la voiture, c’est UNE LOI de porter la ceinture. Il n’y a pas de loi qui oblige la vaccination, et il ne faudrait pas qu’il y en ait non plus. Ce n’est pas parce que tu portes ta ceinture que tu es moins dangereux pour les autres. Y a des fous ceinturés qui roulent à plus de 200KmH, vous en dites quoi ?
Je vais avoir ma deuxième dose en juillet, et cela ne m’empêche pas de croire en la liberté de chacun de se faire vacciner ou non. Ils prennent plus de risques que moi, un tant soit peu que les vaccins se montrent réellement efficaces.
Après la Covid, la moindre contagion deviendra-t-elle excuse à d’autres restrictions pour ¨non-vaccination¨ ? Ne jamais oublier qu’il est excessivement difficile de défaire une mesure imposée quand la situation est revenue à la normale. On n’a qu’à penser aux impôts et taxes qui ne ¨disparaissent¨ jamais après coup malgré les grandes promesses faites à cet effet.