Le petit Kaboul de Sherbrooke

Sherbrooke accueille la deuxième communauté afghane en importance au Québec, après celle du grand Montréal. Un fait que même de nombreux Sherbrookois ignorent!

 

shah kaboul sherbrooke

Shah Ismatullah Habibi, 48 ans, figure parmi les premiers Afghans arrivés à Sherbrooke en 1993. Il dirige l’Association éducative transculturelle, organisme sherbrookois qui parraine des réfugiés. C’est en partie grâce à lui que quelque 900 immigrants afghans habitent la capitale estrienne.

bureau kaboul sherbrooke

Shah Ismatullah Habibi, dans son bureau, à l’Association éducative transculturelle. Il a reçu en 2001 un Prix québécois de la citoyenneté, remis par le gouvernement du Québec, pour ses efforts visant à rapprocher les communautés afghane et estrienne. Il siège, entre autres, au Conseil des relations interculturelles du Québec, qui fait des recommandations à la ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles, Yolande James.

retrouvaille kaboul sherbrooke

Jour de retrouvailles. Moenuddin Rizai (au centre), sa femme (portant un foulard rose, à gauche) et ses trois fils (qui ne figurent pas sur la photo) sont accueillis par des parents à l’aéroport Montréal-Trudeau. Ils arrivent du Pakistan, où ils s’étaient réfugiés avant d’entreprendre des démarches d’immigration au Québec. Tous les Afghans doivent passer par un pays tiers pour être reconnus comme « réfugié », selon la Convention de Genève, et ensuite être accueillis par le Québec.

famille kaboul sherbrooke

Aulfat Rizai, l’aîné des fils, âgé de 22 ans, avec une tante éloignée. Sa famille et lui passeront quelques jours à Laval, chez des parents, puis se rendront à Sherbrooke, où ils referont leur vie…

maseh kaboul sherbrooke

Maseh Rasuli, son épouse, Sana, et sa fille Madha, quatre ans, dans leur appartement de Sherbrooke. Ils ont fui l’Afghanistan pour se réfugier en Russie pendant six ans, avant d’immigrer au Québec. Le couple, qui parle l’anglais, suit des cours d’apprentissage du français. « J’espère ensuite trouver un emploi à Sherbrooke, dit Maseh Rasuli, 30 ans. Mais bien des amis immigrants m’ont dit que c’était difficile. »

cegep kaboul sherbrooke

Des immigrants, dont des Afghans, suivant un cours de français, au cégep de Sherbrooke. La formation, qu’offre aussi le Centre St-Michel, un centre d’éducation aux adultes sherbrookois, est payée par le gouvernement du Québec.

francais kaboul sherbrooke

Dur, dur d’apprendre le français pour les Afghans ! Ces derniers utilisent l’alphabet arabe pour écrire, de droite à gauche, le dari et le pachtoun, les deux langues officielles de l’Afghanistan.

cafe kaboul sherbrooke

Bakhtiyari Azimy, 43 ans, vit à Sherbrooke depuis 1994 avec sa famille. Ancien garagiste à Kaboul, la capitale afghane, il a travaillé comme plongeur, couturier et journalier au Québec. En 2003, il a accompagné, à titre d’interprète, les troupes canadiennes en Afghanistan. « Les gens d’ici me prennent souvent pour un Chinois ou un Japonais ! », dit cet Afghan de l’ethnie hazara, l’une des quatre principales ethnies d’Afghanistan.

femme kaboul sherbrooke

Bakhtiyari Azimy et sa femme ont quatre enfants, dont deux nés au Québec. « Ils ne savent ni écrire ni lire le dari [l’une des deux langues officielles de l’Afghanistan], mais ils le parlent, dit le père. S’ils vont un jour en Afghanistan, ils pourront communiquer avec les gens. »

restaurant kaboul sherbrooke

Kodâdâd Azimy loue, avec son frère Bakhtiyari (photo précédente), le Restaurant des Érables, à Lac-Brome, à environ une heure de voiture de Sherbrooke. Il y sert quelques plats afghans, mais sa spécialité demeure la cuisine canadienne. Ce cuisinier de 42 ans, qui diffuse les matchs du Canadien, offre à ses clients six ailes de poulet gratuites lorsque le club marque son cinquième but !

affaires kaboul sherbrooke

Père de deux enfants, Kodâdâd Azimy travaille sept jours sur sept. Les affaires sont moins bonnes l’hiver, son restaurant étant situé à proximité d’un camping.

depanneur kaboul sherbrooke

Moheebalnoor Muhiby, 21 ans, passe inaperçu au cégep de Sherbrooke, où il étudie en sciences de la nature. Étant tadjick, l’une des quatre principales ethnies d’Afghanistan, il est blanc. Comme ses deux frères, Moheebalnoor Muhiby travaille à temps partiel au dépanneur de ses parents, situé dans l’est de Sherbrooke, où vivent de nombreux immigrants afghans.

kebabs kaboul sherbrooke

À Kaboul, Ehsanuddin Adelyar était propriétaire d’un restaurant de kebabs (brochettes). Depuis 2004, il exploite avec son épouse (sur la photo) Le Moulin, un restaurant de cuisine canadienne, grecque et italienne situé à East Angus, ville de quelque 3 500 habitants, à environ 20 km de Sherbrooke. « Le boss, c’est ma femme ! », dit-il en riant.

plats kaboul sherbrooke

Ehsanuddin Adelyar ne connaissait rien à la pizza et aux pommes de terre grecques à son arrivée dans la province. Ces plats figurent maintenant parmi ses spécialités. Au Québec, comme en Afghanistan, la recette du succès d’un restaurant demeure la même, selon lui : « Propreté, bons plats et bon service ! »

veuve kaboul sherbrooke

Ingénieure en agriculture en Afghanistan, Aqela Adelyar, 43 ans, travaille depuis 1999 à Cyzotrim, entreprise sherbrookoise qui fabrique des bandes d’étanchéité en caoutchouc pour les portières et les fenêtres de voiture. Cette veuve tient à ce que ses trois enfants poursuivent leurs études.

cours kaboul sherbrooke

Après sa journée de travail, Aqela Adelyar suit des cours de français et de scolarisation dans les murs de Cyzotrim. L’entreprise emploie une trentaine d’immigrants, soit le quart de sa main-d’œuvre. Elle leur paie les heures de classe – leur salaire est majoré de 50 % au-delà de la semaine normale de travail.

shekeba kaboul sherbrooke

Shekeba Nazari, 24 ans, a vécu pendant près de 12 ans au Pakistan avant d’immigrer à Sherbrooke, en 2005, avec sa mère (à sa gauche). Cette étudiante du cégep de Sherbrooke a adopté la capitale estrienne, « une ville tranquille et sécuritaire ». Comme presque toutes les réfugiées afghanes que j’ai rencontrées, elle ne porte pas le voile. « Quand on a la foi, on n’a pas besoin de le prouver en portant un foulard », dit cette musulmane chiite, qui prie tous les vendredis soir au centre communautaire de la communauté ismaélienne (un courant de l’Islam) à Sherbrooke.

villes kaboul sherbrooke

Sherbrooke a des airs de… Kaboul ! Les deux villes ont un relief montagneux et une densité de population similaires, ce qui a notamment poussé les Forces armées canadiennes à mener, en 2003, un exercice de simulation regroupant 2 400 militaires de Valcartier dans la capitale estrienne.

noor kaboul sherbrooke

Noor Ali Khidri et sa femme, Nassrin Khidri, ont immigré à Sherbrooke il y a 12 ans. En 2002, ils ont acheté d’un compatriote afghan le dépanneur Arya, situé dans l’est de la ville. Ils y vendent, entre autres, du riz basmati, du pain nan, diverses variétés de thé et des friandises afghanes.