Le philanthrope

Il crée des « PPP sociaux » avec Québec pour aider des enfants défavorisés. Un objectif louable et controversé.

Photo : Mathieu Rivard
Photo : Mathieu Rivard

Bon pied, bon œil. À 81 ans, André Chagnon a le regard vif et la silhouette élancée d’un jeune homme. Il dirige d’une poigne solide la Fondation Lucie et André Chagnon, la plus importante fondation caritative privée au pays, dotée d’un capital de 1,4 milliard de dollars (provenant de 75 % des revenus de la vente, en 2000, du Groupe Vidéotron, fondé par Chagnon en 1964, à Quebecor Media).

Sa mission: briser le cycle de la pauvreté, en axant ses efforts sur la réussite scolaire et la santé des enfants. Pour ce faire, il a convaincu le gouvernement québécois de s’engager à ses côtés. Après avoir créé, en 2007, le Fonds pour la promotion de saines habitudes de vie (qui touche quelque 350 000 enfants, de la naissance à 17 ans, par l’intermédiaire d’initiatives comme Mon école à pied, à vélo!), Québec s’apprête à lancer deux autres fonds: l’un pour le développement des jeunes enfants, l’autre pour le soutien aux proches aidants des aînés. Un investissement total d’un milliard de dollars sur 10 ans (75 % des sommes servent à mobiliser des «comités d’action locaux» et 25 % à des campagnes nationales de promotion).

Ces «PPP sociaux», ou «partenariats public-philanthropique», suscitent néanmoins la méfiance des milieux communautaire et syndical, qui redoutent que la Fondation Chagnon n’impose ses vues à l’État. Le Conseil de la famille et de l’enfance émet également des réserves. Dans un mémoire portant sur le projet de loi no 7 (qui institue le fonds pour le développement des jeunes enfants) déposé en avril à la Commission des affaires sociales, le Conseil réclame un débat sur ce nouveau type de partenariat – s’inquiétant notamment du contrôle que l’État pourra, ou non, y exercer.

Rien pour émouvoir l’entrepreneur philanthrope, persuadé que le projet de loi sera voté cet automne. «J’ai 81 ans et j’en ai vu d’autres! L’important, c’est d’agir pour enrayer la pauvreté. Qui peut être contre?»

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