Le piège de la patate frite

« Nous serions préprogrammés pour tomber dans le panneau des fausses nouvelles et les communiquer à nos amis sur les réseaux sociaux. »

Photo : Daphné Caron

Une aspirante candidate du Parti québécois, rapidement discréditée, qui multiplie les  «j’aime» dans des groupes Facebook à la xénophobie délirante. Dans un autre registre, un gars qui nourrit sa haine des femmes dans d’obscurs groupes de discussion avant de faucher 10 vies avec un camion-bélier à Toronto. Décidément, on n’a pas fini de découvrir l’étendue des côtés sombres d’Internet et des réseaux sociaux.

Et pas besoin de s’aventurer bien loin pour être exposé à des contenus douteux. On sait désormais que notre propre fil de nouvelles Facebook peut être pollué par quiconque est prêt à payer une somme dérisoire pour propager ses mensonges ou ses délires. Les trolls russes qui ont tenté de manipuler la dernière élection américaine n’ont déboursé que 100 000 dollars pour atteindre plus de 125 millions d’abonnés Facebook, a révélé le Congrès américain. Quand on pense qu’au Super Bowl, suivi par 100 millions d’Américains, une pub de 30 secondes coûte plus de 5 millions…

Il y a de quoi avoir le vertige devant tous ces nouveaux chemins qui s’ouvrent sur les réseaux sociaux pour nous transporter, volontairement ou non, au pays de la réalité frelatée. Comme si ce n’était pas assez, des programmeurs futés ont mis au point des techniques qui permettent de substituer des visages dans des vidéos, et même de leur faire dire n’importe quoi grâce à des voix de synthèse de plus en plus réalistes. Certains des plus habiles sont même établis à Montréal, où ils se sont formés sous l’aile de Yoshua Bengio, la sommité québécoise en intelligence artificielle, lui-même bien conscient des enjeux moraux qui se profilent derrière tout ça.

Le magazine The Atlantic a accueilli ce « progrès » technologique avec un titre funeste : « La fin de la réalité ». Il était déjà difficile de s’entendre sur les faits, il sera bientôt impossible de s’entendre sur la réalité, s’alarme le mensuel américain, rappelant la puissance inégalée des images, et à plus forte raison de la vidéo, pour former notre vision du monde.

S’il n’y avait que de mauvais génies de la techno à blâmer pour le pétrin dans lequel on s’enfonce, on pourrait toujours espérer qu’un superhéros de la Silicon Valley vienne nous sauver avec ses pouvoirs du même acabit. Hélas, nous faisons aussi partie du problème, selon une récente étude publiée dans la revue Science.

Nous serions préprogrammés pour tomber dans le panneau des fausses nouvelles et les communiquer à nos amis sur les réseaux sociaux. Celles-ci voyagent six fois plus rapidement sur Twitter que les faits véridiques, a mesuré une équipe du Massachusetts Institute of Technology (MIT). Plus spectaculaires et plus sensationnalistes que leurs rivales, elles répondent à notre appétit d’informations au goût relevé. Mettez un plat de frites à côté d’un bol de légumes sur la table, et vous constaterez un résultat similaire (vous avez toute mon admiration si vous êtes insensible aux frites).

Alors, comment faire pour cesser de se nourrir de vérités frelatées ? Nul n’a encore la réponse. Même si la traque des fraudeurs s’intensifie, il semble presque impossible d’empêcher la fabrication et la prolifération des fausses nouvelles. On peut chercher à éviter qu’elles ne se retrouvent dans les rayons, mais ce n’est pas facile quand celles-ci tapissent un supermarché de l’information étendu à l’infini. Améliorer l’étiquetage des produits est aussi nécessaire, pour rendre la malbouffe de l’info plus repérable. Et, dans la mesure de nos moyens, il faut continuer de lutter contre notre envie de plonger la main dans le plat de frites, ce qui est probablement la chose la plus dure à faire dans tout ça.

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3 commentaires
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Je viens d’entendre Khan à RC dire que Tony Blair avait inventé des fausses nouvelles sur les atrocités serbes au Kosovo pour justifier sa guerre!
On se rappelle que les Américains avaient fait la même chose pour envahir l’Irak.

« On se rappelle que les Américains avaient fait la même chose pour envahir l’Irak. »

Et heureusement, notre Premier ministre de l’époque, Jean Chrétien, a eu la sagesse de ne pas les suivre malgré toute la pression que les Américains et les Britanniques ont pu lui mettre sur les épaules.

— Citation : « Les trolls russes qui ont tenté de manipuler la dernière élection américaine n’ont déboursé que 100 000 dollars pour atteindre plus de 125 millions d’abonnés Facebook, a révélé le Congrès américain » (Charles Grandmont).

En effet, voici une bonne illustration qui établit que nous sommes bel et bien « préprogrammés » pour tomber dans le panneau des « fake news » et les communiquer à nos « amis » sur les réseaux sociaux ou c’qu’on appelait de mon temps : le « bouche à oreille ».

Il est ainsi concevable de conjecturer que ce « pré- formatage » touche tout pareillement les journalistes, comme celles et ceux qui œuvrent dans les médias qu’ils sont pris comme nous tous au piège de la « French fries »….

Quelle oreille attentive faut-il prêter aux « révélations » du Congrès américain alors que de leur propre aveu ces élus votent pour la plupart sur des projets de lois qu’ils n’ont pas même lu ? Que dire d’une industrie (celle du renseignement) dont la raison d’être c’est : le secret professionnel (quand ce n’est pas le secret d’État), l’opacité et la rétention de l’information ?

Comment expliquer que tous ces trolls russes, n’aient pas été toutes et tous identifié-e-s ? Ou p’t’être qu’y sont pas tous russes.

J’ai ouï dire que bien des trolls qui ouvrent de vrais faux comptes sur les réseaux sociaux seraient en très grand nombre pilotés par quelques officines gouvernementales américaines qui pourraient faire passer l’information par diverses destinations. N’oublions pas que le World Wide Web est une invention destinée aux militaires premièrement.

La marge est si mince entre ce qui relève du vrai ou du faux.

Pour cette raison sans doute, si vous mettez sur la table un plat de frites et un bol de légumes, je vais faire honneur aux deux. Avec un p’tit verre de pinard en plus, ce serait parfait. En nutrition essentiellement tout est bon.

J’ai encore du mal à m’expliquer comment ces « maudits troll russes » qui auraient essayé de s’immiscer dans la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron pour la faire capoter, qu’ils aient complètement fait « chou blanc » ?

Faudrait-il croire que seul-e-s les françaises et les français soient les seul-e-s qu’on ne puisse finalement préprogrammer ou qu’ils seraient dotés d’un antivirus inné qui permette une bonne fois pour toute de les immuniser ?

Se peut-il que nous soyons plutôt préprogrammés pour ne jamais nous poser de questions et qu’en prime on nous récompense pour cela ?

« Thank God that the French fries exist »….