Le pouvoir des belles

Ceux qui sont pressés de ramener Maripier Morin devant les caméras se souviennent que son pouvoir de séduction rapportait gros. 

Photo : L'actualité

La beauté d’une femme est un immense pouvoir. Un pouvoir dont, évidemment, on peut abuser. C’est l’angle mort que j’ai trouvé dans cette fameuse affaire de Maripier Morin. Certains diront qu’on en parle trop. Certes. Mais encore là, je ne suis pas sûre. Si on en parle autant, c’est parce qu’il y a plusieurs angles et paliers de complexité à cette affaire. Et parce que nous devons composer avec un nouvel élément qui s’insère dans le dialogue social : la présence des médias sociaux.

Ces plateformes cacophoniques ne sont pas toujours simples à gérer, si bien que les messages s’y perdent. Il est souvent difficile de dégager un sens de ce qui s’y passe, et elles s’apparentent à un gros chaudron où tout se mélange… et on brasse, et on brasse et on brasse. Mais de cette bouillie, on peut tout de même parfois extraire des éléments qui font progresser des enjeux, qui éveillent les consciences et donnent une voix à des causes ou à des gens qui, auparavant, ne se faisaient jamais entendre. Cela dit, bonjour l’ambiance.

Nous devons donc traiter des histoires qui se retrouvent au tribunal populaire, nous n’avons tout simplement plus le choix. Le poids des réseaux sociaux et de la somme des voix qui s’en servent ne peuvent plus être ignorés, même si l’on préférerait se fier seulement aux anciennes institutions, éprouvées et solides, comme la justice, le journalisme, la politique… Mais c’est le chaudron qui, justement, fait et fera évoluer les institutions sociales. Alors Maripier, qu’on le veuille ou non, on doit en parler.

Elle est le symbole de ce qui peut désormais se passer à notre époque. Les ragots de bureau, de plateau ou de studio deviennent un jour trop nombreux et il suffit que le spot de l’hélico des média sociaux survole ton cas pour que, paf ! ton ombre et ton côté sombre soient exposés à tous.

Louis C.K., un génie comique, qui a aussi perdu sa tribune et son micro parce qu’il avait été accusé d’inconduite sexuelle (pour s’être masturbé devant des femmes non consentantes), disait au public qu’il lui restait après cette saga : « Now, you know my thing. » Maintenant, vous connaissez mon travers. Vous connaissez ce qui fait de moi un monstre. Et monstres, nous sommes tous. Enfin, des monstres potentiels. Nous avons tous un côté sombre, mais nous sommes très, très nombreux à savoir le contrôler. Et puis, nous sommes beaucoup à avoir appris. Par des parents, des proches, un environnement, un thérapeute, nous avons appris à dompter ce côté sombre. Mais certains ne savent pas faire ça. Certains ont le monstre qui pendouille. Et ils blessent. Et blessent. Et blessent, à répétition.

La moindre des choses, une fois que le projecteur arrive sur ton monstre parce que tu as cessé de le maîtriser, c’est de t’en excuser et de te retirer. Et plus l’offense est grande, plus tu devrais te retirer longtemps. Dans le cas de Maripier Morin, on avait manifestement affaire à une fille qui avait perdu le contrôle. Et que l’on avait autorisée à perdre le contrôle parce que son pouvoir de séduction rapportait gros. Ceux qui la veulent déjà de retour se souviennent sûrement que sa présence était payante. Mais quand t’es rendue aussi débridée humainement, au point de faire mal à beaucoup de gens et de laisser derrière toi des traînées toxiques, je pense que tu devrais partir plus longtemps. Et qui sait, si l’attention et la séduction sont pour toi une drogue (outre l’alcool et le reste), peut-être que le seul endroit au monde où tu trouveras ton bonheur sera sous la lumière du projecteur. En tout cas, l’apprentissage qu’il faut faire pour s’aimer assez sans carburer à la séduction maladive, c’est long. Plus long que six mois. Bonne chance, Maripier.

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L’histoire nous enseigne que c’est dans les crises que se trouve l’évolution, aussi dure soit-elle. Le cas de MPM nous enseigne aussi que vivre et Être pour soi-même, pour nos besoins, selon nos pulsions, derrière la façade, sans s’arrêter et réfléchir à notre impact et aux besoins des autres, attire inévitablement des réactions et la réalité que notre environnement social a aussi des besoins. La réparation est plus longue que la création, mais elle est essentielle.

Belle, Maripier Morin? Il m’a suffit de l’entendre parler pour la trouver agaçante.

Bonjour Léa,
Bon article. Dosé et constructif. J’ajouterais ceci. A force de vanter la beauté de Mariepier, on lui a donné du pouvoir, le pouvoir des gestes, de la parole et de l’apparence. Mais le pouvoir ne change pas quelqu’un… il le révèle sous son vrai jour! Toutes les barrières sont sautées et le vrai moi sort… Maripier a beau être belle, elle a révélé sa méchanceté, son appétit pour s’élever au-dessus des autres, pour être le centre d’attraction… Et qu’on arrête d’attribuer ses agissements et ses dires a l’alcool… Belle excuse créée par ses conseillers en communication pour la réhabiliter… Mais quand les réseaux sociaux se sont déchaînés contre Sofia Nolan, elle n’est pas intervenue pour l’aider, pour l’empêcher de se faire détruire… elle qui combat une image qui passe moins bien…
Prenons un instant le cas de Joel Legendre. Il était seul avec un autre homme dans un boisé… un homme consentant… Il n’a blessé personne, au contraire, il l’aimait… Et depuis, Joël Legendre ne passe plus… on sent une gêne quand il apparaît à la télé… Et ça fait longtemps qu’il a commis ce « scandale »…
A « tout le monde en parle », Anais Favron a été merveilleuse dans son rôle. Et elle a subi des menaces de mort.. Maripier Morin doit se faire oublier pendant un bon moment.

Le temps de guérison! faut-il que ce soit déterminé, trop long, pas assez long, est-il possible que Marie-Pierre puisse poursuivre sa démarche d’être une meilleure personne et évoluer tout en travaillant, faut-il qu’elle se cache pour travailler, pour gagner sa vie, travailler sur soi est un long processus qu’elle a entreprit et elle le dit il n’est pas terminé, y’a-t-il risque de rechute? personne n’est à l’abri, si en plus elle ne peut exercer son métier, elle est comédienne, et gagner sa vie elle rajoute la pression financière à sa situation. je ne minimise en aucun temps les gestes posés et les douleurs causés, elle aussi a subi des souffrances de voir exposer publiquement ces gestes et travers et perdus elle aussi beaucoup, chacun des protagonistes ont des plaies à guérir, chacun guérira à son rythme, chacun devra se pardonner, et pardonner pour avancer sereinement et en paix, soyons indulgents et respectueux des efforts de chacun💞

Tout à fait d’accord avec votre point il n’y a pas un être humain construit de la même façon du même acabit, je crois il n’appartient à personne de déterminer le temps de guérison ou d’amende honorable pour l’humain chacun son cheminement et au rythme qui lui appartient et je crois que ne pas laisser la chance à quelqu’un de se reprendre pour ma part montre un cœur et un esprit fermé.Il faut continuer d’avoir confiance en l’être humain c’est là que réside l’apprentissage de l’amour .

Comme vous dites la beauté y est pour quelque chose c’est certain. Si Sofia aurait fait ça à Maripier, c’est certain que sa carrière aurait pris fin à vie. 2 poids, 2 mesures.

« Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre,
Et mon sein, où chacun s’est meurtri tour à tour,
Est fait pour inspirer au poète un amour
Éternel et muet ainsi que la matière. »
Charles Baudelaire (Les Fleurs du mal – 1867)

Quelle est notre relation avec la beauté ? Maripier est-elle vraiment l’incarnation de cette beauté intemporelle à laquelle fait référence le poète ? Ne devrait-on pas établir une distinction entre ce qui relève de la beauté et de la séduction ? Casanova n’était pas spécialement d’une très grande beauté, pourtant son pouvoir de séduction était considérable et tous les vices ou presque étaient bons pour séduire ses victimes.

Le donjuanisme existe aussi chez les femmes. L’arme de destruction massive ce n’est pas la beauté, c’est le vice. On ne se guérit pas seulement de ses vices avec quelques excuses aux heures et jours de grande écoute sur les ondes de Radio-Canada.

Y’a-t-il des choses que je ne comprends pas ? Peut-être que Léa Streliski qui connait mieux le monde de la TéVé que moi, pourrait-elle nous expliquer…. Pourquoi Guy A. invite-t-il Maripier à son émission et qu’elle accepte cette invitation avec entrain ; puis que… par après il invite Safia Nolin qui avec dignité refuse l’invitation ?

Le divin Marquis de Sade ne savait-il pas qu’il n’était point de prospérité sans la propagation du vice ? Le vice rapporte gros. La beauté inspire les artistes, les poètes, les musiciens mais ne rapporte à peu près rien. La vertu ne rapporte absolument rien. Si vous la pratiquez, il vous faudra rester pauvre toute votre vie et vous ne serez jamais l’invité à TLMEP !

— Référence :
Safia Nolin explique pourquoi elle refuse d’aller à Tout le monde en parle
https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1791528/safia-nolin-maripier-morin-tout-le-monde-en-parle-allegations-harcelement

MPM me laisse indifférente, par contre, je me questionne sur le pouvoir de la beauté et sur la place qu’on lui donne. Imaginez un seul instant qu’on inverse les rôles dans cette histoire et que Sofia soit l’agresseur. Je suis à peu près certaine que sa carrière serait complètement anéantie, et ce, de façon définitive. À nous, donc, de se questionner sur la place et le pouvoir que nous devons laisser à la beauté dans nos vies.

Alors, il est question ici d’ostracisme. Combien de temps doit une personne être ostracisée pour s’amender? En droit pénal, c’est le juge qui décide de la peine à imposer et une fois cette peine purgée, le délinquant a payé sa dette à la société. En cas de meurtre, c’est une peine à perpétuité.

Donc, dans le cas de personnes comme MPM ayant posé des gestes dont je ne connais pas la teneur mais disons inacceptables en société, quel doit être le temps de l’ostracisme et qui décide? Si on retourne la question à l’envers, elle est un produit médiatique qui remplit les poches de ceux qui la mettent en vedette mais si les gens ne regardent pas et qu’il y a une fatigue de la vedette en question, les promoteurs (à défaut d’un meilleur mot) ne feront pas d’argent, oui, le dieu argent, et alors le purgatoire va durer encore.

En conséquence, si personne en particulier décide, c’est le poids de la masse qui joue et si la vedette est ignorée, alors le « produit » ne sera pas vendable. Dans ce cas, l’ostracisme va durer aussi longtemps que la vedette est ignorée. GA Lepage vient de donner de l’eau au moulin de ladite vedette et reste à savoir si ça va durer…

«La beauté d’une femme est un immense pouvoir. Un pouvoir dont, évidemment, on peut abuser. C’est l’angle mort que j’ai trouvé dans cette fameuse affaire de Maripier Morin». Tout le génie de votre texte réside dans cette phrase. Vous soulevez la pierre que personne d’autre n’a remarqué.

Car il y a bel et bien quelque chose de curieux dans ce «silence» de «seulement» 6 mois. Dans ce retour prématuré. Car c’est bel et bien un retour prématuré. Piloté par toute une industrie. Celle du spectacle (au sens le plus détestable du terme). «L’industrie de l’argent» de manière encore plus large pour qui tout justifie de broyer les vies et les peines de tous ceux qui se trouvent sur son chemin.

Votre réflexion est profonde et humaine. Je la salue.

Richard Leblanc