Le Québec a besoin de l’ADQ

Encouragés par les cafouillages du mauvais feuilleton qu’est devenue la course à la direction de l’ADQ, des commentateurs ont récemment prédit la mort imminente du parti de Mario Dumont. Souhaitons qu’ils se trompent.

Photo : Jacques Boissinot / PC

Le Québec a bien besoin du parti rebelle, iconoclaste et de droite qu’est l’Action démocratique du Québec.

Comme le canari dans la mine, l’ADQ a souvent sonné l’alarme avec pertinence. En 2008, avant la crise économique, Mario Dumont prédisait de lourdes pertes pour la Caisse de dépôt et l’érosion des pensions de vieillesse. L’avenir allait lui donner raison.

Explosion des dépenses de santé, difficulté de financement des universités, rigidité des services de garde, lourdeur du poids de la dette, tensions dans l’intégration des immigrants… l’ADQ gratte depuis 15 ans le vernis du consensus pour exposer la fragilité du bois dont sont faites les structures du Québec.

Si seulement les candidats à la direction pouvaient lorgner un peu plus du côté de la Grande-Bretagne, où le conservateur David Cameron, 43 ans, surprend avec des politiques inattendues. Tout comme Tony Blair avait su recentrer son parti de gauche, David Cameron plaide pour une droite « écologiste », qui mettrait le marché au service de la planète. Accrocheur.

La course à la direction de l’ADQ n’a pas jusqu’ici permis l’éclosion de beaucoup d’idées nouvelles, pas plus qu’elle n’a permis au parti de regarnir sa liste de membres. La politique a beau ne pas être un sport pour les douillets, deux aspirants à la direction – Gilles Taillon et Éric Caire – ont atteint quelques sommets en matière de déclarations disgracieuses qui ne sont pas de nature à attirer des militants.

Mario Dumont avait un instinct pour les formules assas­sines, mais il respectait les personnes et surtout ses collègues ! Il n’aurait employé ni les tactiques d’un Gilles Taillon pour dénoncer un parcours scolaire embelli ni celles d’un Éric Caire pour demander si « un cancéreux » peut diriger un parti. Nombre de gens malades ont gouverné. Et parfois fort bien.

Les candidats doivent redeve­nir dignes du poste auquel ils aspirent. Et vite. Les idées qui ont fait naître l’ADQ sont toujours vivantes dans la société québécoise : valoriser les libertés individuelles, réduire la taille de l’État, protéger la jeune génération contre le poids de la dette, mettre fin au mono­pole du secteur public sur le système de santé, favori­ser la responsabilité des citoyens, sortir de la polarisation fédéraliste-souverainiste…

Ces idées font l’objet d’un débat intense dans les blogues de militants adéquistes. Le Québec assiste à la première course à la direction qui se joue sur le Web plutôt que dans les médias traditionnels.

Entre Gilles Taillon (64 ans), Éric Caire (44) et Chris­tian Léves­que (39), il y a des différences d’âge, d’expérience, de charisme et surtout de programme qu’on aurait intérêt à découvrir.

Le plus jeune rêve d’universités privées et veut voir le Québec faire le commerce de l’eau. Le plus vieux parle beaucoup d’économie et peu d’envi­ronnement. Celui du milieu se situe tellement dans la tradition de l’ADQ que son programme a des allures de déjà-vu, sauf peut-être pour cette idée « d’accroître notre patrimoine énergétique propre ».

Éric Caire et Christian Léves­que n’ont que des diplômes collégiaux ? Et après ? Le président brésilien, Lula, cireur de chaussures devenu ouvrier métallurgiste, a quitté l’école à 10 ans. Le diplôme ne fait pas le politicien.

Notre démocratie a besoin que son Assemblée nationale accueille tant des médecins et des avocats que des commerçants qui ont de l’expérience à l’étranger (comme l’ex-député de Lévis Christian Lévesque, qui a travaillé à Tunis et à Paris) ou d’anciens réservistes de l’armée recyclés dans l’informatique (tel le député de La Peltrie, Éric Caire).

Mais les candidats doivent avoir les qualités humaines nécessaires pour devenir chef. Et pas mal de sens politique.

Admettre sur les ondes de la SRC, comme Éric Caire l’a fait à la mi-septembre, que « le meter calcule plus vite les militants qui quittent [son parti] que ceux qui arrivent » invite bien peu à signer des cartes de membres ! Mais les adéquistes ne font jamais rien comme les autres. De même que le proverbial beau-frère qui lâche un gros mot pendant le souper de famille feutré, ils ont toujours eu le don de mettre le doigt sur des bobos qu’il faudra bien soigner un jour. Au rythme actuel, toutefois, il pourrait ne pas leur rester de parti le jour du vote. Ne réglez pas votre appareil d’ici le 18 octobre.

ET ENCORE

Deux débats d’ici le choix du chef :

30 septembre et 5 octobre

Des blogues à suivre :

ADQ18octobre.blogspot.com

reflechiravoixhaute.blogspot.com

jmarcotte.blogspot.com

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