Le Québec fou du surf

Du surf au Québec? Une vingtaine de jeunes entrepreneurs y ont cru, et collaborent pour mettre sur pied cette industrie. Aujourd’hui, ils font la preuve qu’il est possible de pratiquer ce sport au Québec et d’en vivre (au moins à temps partiel)!

Martin Guay, fondateur de Guava Surfborads, fabrique à la main, et sur mesure, des planches aux modèles audacieux. (Photo: Gabriel Lefebvre)
Martin Guay, fondateur de Guava Surfborads, fabrique à la main, et sur mesure, des planches aux modèles audacieux. Photo: Gabriel Lefebvre

LAT_10_surf_bandeau1On fabrique des planches

Daniel Lavoie, 36 ans, a été un des premiers à mesurer le potentiel des vagues de la Côte-Nord, au début des années 2000. Le commerce en ligne en était alors à ses balbutiements et il était difficile de se procurer des planches. Le surfeur se lance donc dans la fabrication. C’est ainsi qu’est née, en 2007, Sceane Surfboards, à Baie-Comeau, dont le styliste pour l’entreprise Vêtements Norfil s’occupe pendant ses loisirs. Il fabrique de 10 à 20 planches haut de gamme par année, qui se vendent entre 800 et 1 000 dollars.

En 2006, le Montréalais Martin Guay lançait Guava Surfboards, qu’il exploite dans son sous-sol. L’artisan de 37 ans fabrique de 15 à 30 planches annuellement. Ses modèles, audacieux, se démarquent des planches fabriquées en série par les grandes entreprises. Il vient par ailleurs de signer une entente avec Shaper Studios Montréal, où il enseignera son art.


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Shaper Studios Montréal, dans le quartier de la Petite-Bourgogne, c’est le dernier-né de Michel Martin et trois associés, qui ont reproduit en mars 2016, deux ans après Vancouver, leur concept «fabrique ta planche». L’atelier est logé dans le September Surf Café, aussi propriété du quatuor. Les clients du restaurant peuvent observer, par la grande vitre qui les en sépare, les étapes de fabrication. Créer sa propre planche, «c’est le rêve de tout surfeur», soutient Michel Martin, qui espère recruter une centaine de membres et ainsi partager l’atelier.

En mai 2016, Chloé Mocombe, étudiante en communication de 26 ans, et William Pichet, 24 ans et fraîchement diplômé en enseignement des arts, ont démarré à Saint-Lambert Ananus Surfboards, spécialisée dans la fabrication de longues planches et la vente de vêtements.

Au même moment, Sébastien Chartrand, 25 ans, a lancé Boréal Surfboards, une entreprise de fabrication de planches à Val-Morin, dans les Laurentides.

À Montréal, les belles vagues du fleuve Saint-Laurent près d'Habitat 69 ont la cote. Mais d'autres régions au Québec ne sont pas en reste. (Photo: KSF)
À Montréal, les belles vagues du fleuve Saint-Laurent près d’Habitat 67 ont la cote. Mais d’autres régions au Québec ne sont pas en reste. Photo: KSF

Surf Québec bandeau2On enseigne la passion

Hugo Lavictoire, 43 ans, a longtemps affronté les vagues du canal de Lachine en kayak… puis il a découvert le surf. En 2003, le propriétaire de l’école de kayak KSF, à Montréal, a ajouté le volet surf de rivière et popularisé les belles vagues de Mont­réal. Les 35 employés de KSF initient de 500 à 600 personnes au surf chaque été. Ils enseignent aussi les techniques de kayak et de planche à pagaie (SUP). L’entre­prise, qui compte également une boutique, connaît une croissance de 5 % à 10 % par an.

À Sept-Îles, c’est un enseignant de sciences au secondaire, Frédéric Dumoulin, 38 ans, qui a popularisé le surf dans la région. Il a lancé en 2011 la boutique-école le SurfShack, où chaque été près de 100 personnes appren­nent cette discipline. Les vagues sont assez grosses dans le golfe du Saint-Laurent — jusqu’à six mètres — pour qu’on puisse surfer plus d’une centaine de jours par an. La communauté de surfeurs compte aujourd’hui près de 80 adeptes à Sept-Îles et 25 à Baie-Comeau. La popularité de ce sport est aussi en croissance en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine.

Surf Québec bandeau3On fait des vidéos

Inspirer les gens, voyager et faire connaître un mode de vie, voilà ce qui a motivé Benjamin Rochette lorsqu’il a créé, en 2010, la maison de production OuiSurf, qui compte aujourd’hui trois employés. L’entrepreneur de 35 ans parcourt la planète en quête des meilleurs endroits pour tourner des vidéos de surf, commanditées par Honda, la bière Pilsner (Molson), le centre de surf intérieur Oasis Surf et les fabricants de vêtements Reef et Rip Curl. Les vidéos de OuiSurf ont été vues entre 20 000 et 80 000 fois chacune, d’abord en ligne, puis sur la chaîne Évasion (de 2013 à 2015). OuiSurf a remporté des prix pour ses productions, dont trois Gémeaux.

Surf Québec bandeau4On surfe à l’intérieur

Claude Coudry, 30 ans, a misé en 2014 sur un parc de surf… à l’intérieur d’un resto! La construction d’Oasis Surf, dans le Quartier DIX30, à Brossard, a nécessité à ce diplômé de HEC Montréal un investissement de quatre millions de dollars. Une technologie californienne permet d’y créer une vague pou­vant atteindre deux mètres. Le restaurant a attiré plus de 100 000 clients en 2015, dont la moitié ont testé la vague. L’entreprise emploie 70 personnes et génère un chiffre d’affaires de deux à trois millions de dollars.

En décembre 2010, un autre complexe a vu le jour, au Centropolis, à Laval: Maeva Surf, propriété de Jean-François Desrochers, 38 ans, et Patricia Dupuy, 39 ans. Ils ont mis deux ans à monter leur plan d’affaires et convaincre les banques de les aider à démarrer cette aven­ture de 3,2 millions de dollars. L’endroit mise sur le flowboard (surf sur vague artificielle), un hybride du surf, de la planche à roulettes et de la planche à neige. L’entreprise, qui compte 25 employés (activités sur l’eau et boutique), reçoit quelques dizaines de milliers de visiteurs chaque année, et son chiffre d’affaires a progressé de 15 % en 2015.


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Surf Québec bandeau5On fait des voyages

Vendeur d’articles de sport extrême dans des boutiques au Québec pendant des années, Olivier Dubois, 35 ans, a ouvert en 2006 au Salvador un petit complexe touristique de 11 chambres, avec restaurant et piscine, qui a nécessité des investissements de près de 500 000 dollars (sur plusieurs années). L’Eldorado Surf Resort accueille 400 personnes par an et embauche 14 travailleurs locaux.

Gabriel Lanoix, 27 ans, de Châteauguay, et Alexandre Vassilatos, 25 ans, de Montréal, ont lancé en 2012 l’agence de voyages Barefoot Surf Travel. Destinations: Nicaragua, Équateur et Indonésie. Le nombre de voyageurs double chaque année et a dépassé les 200 personnes en 2015. Les cofondateurs embauchent cinq guides internationaux et une dizaine d’instructeurs locaux.

Directrice des voyages en Équateur pour Barefoot Surf Travel, Marie-Christine Amyot, 27 ans, de Repentigny, et Erika Drolet, 26 ans, de Saint-Bruno, ont entrepris de promouvoir le surf auprès des femmes, et fondé Salty Souls Experience en 2015. Au programme: neuf jours axés sur le surf, le yoga, la nourriture santé et le développement personnel dans un décor idyllique du Salvador. L’entreprise a déjà huit voyages à son actif, qui ont séduit 80 femmes. D’autres destinations sont prévues et on espère ouvrir une boutique en ligne de vêtements et de produits dérivés.

À Oasis Surf, à Brossard, une vague pouvant atteindre deux mètres de haut fournit aux adeptes l'occasion de surfer toute l'année. (Photo: Oasis Surf)
À Oasis Surf, à Brossard, une vague pouvant atteindre deux mètres de haut fournit aux adeptes l’occasion de surfer toute l’année. Photo: Oasis Surf

Surf Québec bandeau6On vend des accessoires

Sébastien Burns et Myriam Granger, 32 ans tous les deux, ont ouvert en 2010 une boutique de vêtements, planches et accessoires de surf dans le quartier Villeray, à Montréal. Boutique Archive compte quatre employés. Les proprios prévoient en doubler la superficie en 2017, pour y ajouter un comptoir café. Ils ont organisé en juin dernier leur quatrième Surf Swap, une activité communautaire d’achat, de vente et d’échange de planches.

Après avoir vécu au rythme du surf sur la côte ouest canadienne, Dominic Allard a d’abord ouvert une boutique de planches et accessoires à Québec en 2006, Southbird. Il a aussi organisé jusqu’en 2012 des voyages sur la côte Est et dans le Sud, pendant lesquels il a initié plus de 1 000 personnes au surf. Il a recentré ses activités à la boutique, et y a ajouté des articles liés à d’autres sports nautiques.

Surf Québec bandeau7On fait du wakesurf

Ce sport, qui consiste à surfer sur une vague dans le sillage d’un bateau sans y être attaché (sauf au départ), est de plus en plus populaire au Québec et ailleurs dans le monde. Dominic Lagacé, 38 ans, fait partie de l’élite mondiale de cette dis­cipline depuis 2007, et est commandité par des marques prestigieuses. Le fabricant de planches et d’accessoires Liquid Force a notamment conçu une planche selon ses recommandations, commercialisée partout sur la planète. Dominic Lagacé est aussi copropriétaire, avec Philippe Lemay, de l’école Hi-5 Wakeschool, à Trois-Rivières.

Caroline Villeneuve a remporté le Championnat du monde de wakesurf en 2015. Elle a aussi été nommée athlète de l’année par le magazine américain Boarders.

Surf Québec bandeau8On fait des vagues

«Pourquoi ne pas profiter de la construction du pont qui remplacera Champlain pour construire de nouvelles vagues?» demande Hugo Lavictoire, propriétaire de l’école KSF, à Mont­réal. Des roches judicieusement placées dans le lit du fleuve créeraient de nouvelles vagues, ce qui permettrait à Montréal de devenir la capitale mondiale du surf de rivière, croient de nombreux experts. Selon la Fédération québécoise de canoë-kayak d’eau vive (qui chapeaute aussi le surf), Montréal accueille entre 18 000 et 25 000 surfeurs par année, si bien que les bons endroits pour surfer sont déjà passablement occupés.

À Sherbrooke, c’est le concours La bonne IDée, une initiative de Destination Sherbrooke, qui a fait jaillir l’idée de construire une vague pour le surf. Deux zones sont à l’étude sur la rivière Magog: une au centre-ville et l’autre près de l’Université de Sherbrooke. Destination Sherbrooke (responsable du déve­loppement récréotouristique durable de Sherbrooke) analyse la faisabilité du projet et pren­dra une décision en 2017. Alexan­dre Fréchette, 27 ans, qui vient de lancer l’entreprise Aména­gement et développement nautique Québec, accompagne les promoteurs.

Des projets de vagues arti­ficielles sont aussi à l’étude à Salaberry-de-Valleyfield, en Montérégie, et à Girardville, au Saguenay–Lac-Saint-Jean.

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3 commentaires
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Bravo les jeunes pour votre entrepreneuriat et le développement de vos régions. Par contre, c’est vraiment désolant que la grande majorité n’a pas su trouver un nom français pour son entreprise. Réaction de colonisé par le rouleau compresseur américain ou manque d’imagination et de culture ?

Les vagues surdimensionnées nécessaires au wakesurf contribuent à l’érosion des berges de certains lacs québécois et la pratique de ce sport est interdite dans certaines sections du lac au bord duquel j’habite. L’interdit n’est pas respecté par tous, malheureusement.