Le Québécois qui les a vus venir

Jean Cloutier, chercheur en communications, avait entrevu l’avènement des médias sociaux dès 1973. Cette année-là, il publiait L’ère d’Émerec, un essai dans lequel il faisait notamment état de l’apparition des « self-médias ».

Photo : Jean-Hugues Roy

« Ce qui m’a donné l’idée des self-médias, c’est l’arrivée des premières caméras vidéo, explique-t-il en entrevue. C’était tellement révolutionnaire ! » Pour lui, ces nouveaux outils donneraient le pouvoir aux particuliers d’être eux-mêmes des émetteurs. On allait passer de l’ère des médias de masse à celle des médias individuels.

Aujourd’hui âgé de 78 ans, Jean Cloutier n’avait toutefois pas soupçonné l’arrivée d’Internet, qui amplifie la portée et la vitesse des échanges. Il jette un regard circonspect sur Facebook et Twitter, qu’il connaît surtout par ses enfants et petits-enfants. « L’accélération de la communication réduit le temps de réflexion, déplore-t-il. Et on risque de se retrouver dans un monde virtuel, coupé du réel. »

Mais il croit que les médias sociaux peuvent faire œuvre utile. S’ils avaient existé dans les années 1930, Hitler n’aurait pas eu le même succès. « Les dissidents allemands n’avaient pas de voix, rappelle-t-il. Ce ne serait plus le cas aujourd’hui. »