Le remède Barrette

Vous faites partie de ces Québécois indignés par le fait que le méchant ministre de la Santé, Gaétan Barrette, veuille obliger les gentils médecins à voir plus de 1 000 patients, comme le dénonce leur « syndicat » ? Attention ! Votre compassion a été manipulée.

Photo © Jacques Boissinot / La Presse Canadienne
Il faut que le ministre Barrette resserre aussi les contrôles du côté des médecins spécialistes, au risque de perdre toute crédibilité s’il ne le fait pas. (Photo © Jacques Boissinot / La Presse Canadienne)

Dans le modèle de rémunération proposé par le ministre, tous les patients ne se valent pas : certains, jugés vulnérables, compteront pour deux, d’autres pour trois et même pour quatre ! La réforme Barrette prendra en compte la « lourdeur » du patient. Les soins aux malades actuellement les plus délaissés (toxicomanes, mourants à domicile, personnes souffrant de problèmes de santé mentale) vaudront plus cher après la réforme Barrette que les grippés traités en cabinet. Et c’est une excellente nouvelle !

Gaétan Barrette n’est pas le tyran insensible dépeint par ses adversaires. Il connaît même fort bien ses dossiers. En décembre, loin des caméras, il a suivi pendant des heures des omnipraticiens dans quatre situations différentes : sur la ligne de front, auprès de mourants, de malades à la maison, de personnes vulnérables. Il cherche à comprendre. Il consulte. Et pas seulement les apparatchiks des fédérations de médecins.

Si le Québec a une chance de sauver la médecine familiale, elle se nomme Gaétan Barrette, disent des généralistes, qui préfèrent garder l’anonymat de crainte de susciter l’ire de leur fédération !

Une fois qu’il aura réussi à inciter plus de médecins généralistes à prendre en charge des patients en cabinet ou à faire de la médecine à domicile, le ministre Barrette devra faire en sorte que plus de médecins spécialistes reprennent des tâches dans les hôpitaux. Car la part des omnipraticiens est actuellement énorme : 95 % des soins dans les salles d’urgences, 70 % des hospitalisations, 50 % des accouchements, 70 % du suivi aux soins intensifs. La transition ne se fera pas en un jour.

Le ministre devra aussi veiller à ce que les hôpitaux embauchent plus de superinfirmières, qu’ils boudent en ce moment pour des raisons de coûts. Car les médecins, eux, ne coûtent rien en salaires aux hôpitaux. C’est la Régie de l’assurance maladie qui les rémunère. Des éléments du projet de loi 10, qui vise à modifier l’organisation du réseau, notamment en abolissant les agences régionales — projet de loi aussi à l’étude à l’Assemblée nationale —, aideront le ministre à détricoter ce problème-là.

Si la tendance se maintient…
Les dépenses publiques en santé pourraient presque doubler d’ici 2031, pour passer de 31,3 milliards de dollars en 2013 à 61,1 milliards, selon une étude du CIRANO. Dont plus de 18 milliards attribuables à la seule croissance des coûts structurels des soins de santé.

Les escarmouches de décembre ne sont que le début d’un long affrontement, qui va perdurer pendant des mois, au fil de la commission parlementaire sur le projet de loi 20 — qui vise, lui, à favoriser l’accès aux médecins de famille et aux spécialistes —, prévue en février ou en mars. Fédé­rations de médecins et gouvernement se livrent déjà à de la désinformation, les uns et les autres manipulant les chiffres à leur avantage ou s’abstenant de dire tel ou tel détail. On se croirait dans un épisode de Game of Thrones (Le trône de fer).

Au cœur de la lutte… des dollars, bien sûr.

Les questions de rémunération des médecins et d’organisation de la pratique sont horriblement complexes. Saviez-vous, par exemple, que si les visites à domicile sont si rares, c’est qu’elles sont très mal payées ? Et ce n’est pas l’État qui en a décidé ainsi. C’est la Fédération des médecins omnipraticiens (FMOQ), qui distribue l’enveloppe salariale offerte par Québec. Et elle choisit de moins bien rémunérer ces tâches, préférant consacrer une plus grande part des enveloppes salariales aux tâches hospitalières.

Le président de la FMOQ, le Dr Louis Godin, a été élu majoritairement par des médecins dits hospitaliers. Et fait ce que ses médecins veulent ! Mais on aurait tort de penser que c’est obligatoirement ce qu’il y a de mieux pour les malades. Parfois oui. Mais pas toujours.

Gaétan Barrette n’est pas un saint. Mais bien des travailleurs du Québec comprendront ce qu’il propose. Donner des « cibles de performance » aux médecins ? Pourquoi pas. Abaisser leurs revenus s’ils choisissent de travailler à temps partiel ? Bien sûr. C’est le lot de la majorité des travailleurs.

Trop de médecins ont opté pour des modèles de pratique qui leur offrent beaucoup de liberté, tout en conservant des revenus parmi les plus enviables du Québec. Trop d’entre eux sont rémunérés pour des tâches — mesurer la pression, peser, vacciner — que des infirmières peuvent faire à moindre coût. S’ils refusent de prendre d’eux-mêmes ce virage, l’État a le devoir d’agir. Les dépenses en santé ne peuvent continuer d’augmenter ainsi. Et former encore plus de médecins n’est pas la solution.

Les médecins sont les seuls travailleurs autonomes du Québec qui ont un emploi garanti à vie (il y aura toujours des malades), un revenu garanti, et la mainmise sur l’offre comme sur la demande (ce sont eux qui décident quels tests les malades doivent passer, et donc les coûts imposés aux contribuables).

Si la loi 20 est adoptée, pour toucher sa pleine rémunération, un médecin devra désormais faire trois choses. Un : sa part d’« activités médicales prioritaires », qui font que des médecins sont en service aux urgences ou dans les centres de soins de longue durée, par exemple. Deux : prendre en charge un nombre de patients donné, selon la pondération retenue. Trois : organiser sa pratique de façon à être plus accessible pour ses patients, par exemple en laissant des cases libres pour les petites urgences. Le concept d’« accès adapté » fait déjà des miracles dans quelques cliniques du Québec !

Bien des médecins font déjà tout cela. Et plus encore. Ils sont heurtés par la discussion actuelle, qui les campe parfois dans un rôle de tir-au-flanc. On les comprend. Ce n’est pas pour eux que Québec veut adopter la loi 20. C’est pour les autres. Ceux qui ont oublié les raisons pour lesquelles ils ont un jour voulu devenir médecins. Selon le modèle proposé par le ministre Barrette, ces médecins qui ne répondent pas aux attentes pourraient perdre jusqu’à 30 % de leur rémunération.

Les omnipraticiens ont raison de s’inquiéter des modalités, qui seront discutées au moment où Québec préparera les règlements qui accompagneront la loi. Mais le ministre a déjà indiqué qu’il saura faire la part des choses. Un médecin qui, depuis 25 ans, n’a soigné que des personnes âgées dans les établissements de soins de longue durée ne sera pas soudainement contraint de soigner des bébés.

L’explosion des connaissances médicales a incité bien des généralistes à se spécialiser dans un certain type de patients. Il faudra en tenir compte, notamment en tablant sur la solidarité et la complémentarité des équipes des cliniques médicales pour faire la transition.

On ne refera pas ici la guerre des chiffres à laquelle se livrent les deux camps. Peu importe les raisons, on assiste au Québec à une baisse constante du nombre de jours travaillés par les médecins et du nombre de patients vus par jour. Les moyens — incitatifs ou contraignants — employés pour assurer plus de soins ne sont donc pas les bons. Et il faut en changer. Si le Québec forme des médecins à gros prix… il a le droit d’exiger d’eux un certain niveau de rendement.

Les spécialistes ne sont pas exempts de critiques. Ils travaillent plus d’heures que les généralistes, mais la manière dont ils gèrent leur temps ne favorise pas l’efficacité du réseau ni l’interaction avec ceux qui assurent les soins de première ligne. Il faut que le ministre Barrette resserre aussi les contrôles de leur côté, au risque de perdre toute crédibilité s’il ne le fait pas.

La Fédération des médecins spécialistes (FMSQ) a jusqu’ici opté pour une stratégie de négociations moins publique que celle des omnipraticiens. Mais tôt ou tard, on verra ceux-ci déployer l’artillerie lourde.

Il faut souhaiter que le ministre Barrette réussisse là où d’autres ministres avant lui ont reculé. Si rien n’est fait, d’ici cinq ans, c’est 10 milliards qui s’ajouteront aux dépenses en santé. Disons que ça vaut la peine qu’on en parle.

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18 commentaires
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Je suis plus pessimiste que votre éditorial «le remède Barrette». Son objectif est louable. Mais il veut tout faire en même temps. De plus, avec son approche «bulldozer», il se met à dos ses administrateurs, ses médecins, ses pharmaciens, ses employés. Aucune réforme ne peut être réussie sans l’implication massive des ressources humaines de l’organisation.

M. Barrette doit d’abord établir un plan détaillé de réalisation, dans lequel toutes les étapes s’enclencheront harmonieusement. Et surtout, bien l’expliquer et le vendre. Comme il s’agit d’un système qui concerne la santé et la vie de la population, il est dangereux, sinon immoral, d’appliquer une restructuration mur à mur, sans d’abord faire des expérimentations-témoin.

Bon nombre de médecins devraient revoir leur méthode de travail afin d’être plus efficaces. Ceci les amènerait probablement à se regrouper davantage dans des méga-cliniques, afin de partager des ressources, notamment des infirmières. Mais, ceci se ferait forcément au détriment de la population des régions peu peuplées, des personnes à mobilité réduite qui s’accommodent actuellement fort bien d’un médecin de quartier et surtout, des personnes âgées vivant en résidence car elles risquent de perdre leur «médecin sur place».

Au lieu de dénigrer les médecins en les traitant de paresseux, M. Barrette devrait plutôt les aider à optimiser leur pratique. Leur donner de la formation, des ressources et des outils, comme le dossier-patient informatisé qu’on attend depuis si longtemps.

André Massicotte
Laval

Vous avez raison pour ce qui est du dédoublement du travail entre médecin et infirmière. Je suis infirmière retraitée et je ne comprend toujours pas qu’encore aujourd’hui un médecin qu’il soit omnipraticien ou spécialiste continue de se faire rémunérer pour des actes qui ont été donnés aux infirmières. La vaccinations se fait dans les CLSC mais il y encore beaucoup de médecins de famille et de pédiatres qui se font rembourser par la régie de l’assurance maladie quand ces services sont offerts par les CLSC. Ce sont des frais qui sont payés en double. Une infirmière a été formée pour prendre les signes vitaux, faire une évaluation du client et bien d’autres choses.
Que les médecins demandent une rémunération au gouvernement pour superviser l’infirmière qui travaille dans sa clinique est complètement ridicule. Quand vous aller à l’urgence et que vous êtes évaluer par l’infirmière à l’accueil, cette dernière ne relève pas du médecin urgentiste mais bien du centre hospitalier en question. Elle n’est pas moins compétente lorsqu’elle travail dans un bureau de médecin.
Rendons à César ce qui appartient èa César.

Bonjour Mme Suzanne; avec le partage des tâches avec les infirmières, vous touchez l’un des multiples problèmes du réseau. La raison pour laquelle plusieurs médecins perdent du temps à peser et prendre les signes vitaux, même si ce n’est pas du tout payé, ou vacciner, même si c’est très peu payé? Parce qu’en GMF, il n’y a qu’une infirmière « fournie »pour 6000 patients et qu’en clinique privée, la RAMQ ne paie pour aucun acte posé par un autre professionnel qu’un médecin. l faudra éliminer de la loi sur la rémunération des médecins la notion du lui-même. Engager une infirmiëre, ce qui n’est pas donné, qui sont des professionnelles bien formées, est actuellement trop peu attrayant au niveau financier, compte tenu des frais de bureau (environ 3000-3500$par mois dans certains cas.) . Engager César, c’est bien, payer César, c’est mieux..! Et pour info, à l’urgence, actuellement, l’infirmière effectue un triage et ne libère aucun patient sans visite médicale. Salutations!

Moins de pilules, ça ne fait pas mourir.

L’éditorial de Mme Beaulieu cerne les enjeux et les finalités d’une réforme incontournable du système de santé, en rappelant que si la tendance se maintient les dépenses publiques en santé pourraient doubler d’ici 15 ans, dont $10 milliards d’ici 5 ans. Conséquemment, elle appuie le « remède Barrette » qui vise à rendre plus efficace le système tout en limitant la hausse des coûts.

Pourtant, même si elle engendrera visiblement des économies administratives récurrentes (le ministre parlait de $200 millions) la réforme Barrette consiste d’abord à réorganiser des processus, réaffecter des ressources et en optimiser d’autres. Avec comme priorité que le système produise davantage de soins curatifs. Souvent au détriment, on l’a vu, de ce qu’on appelle la santé publique. Sa principale stratégie est d’obliger les médecins à intervenir plus intensivement, plus judicieusement et de façon plus productive dans la livraison des soins curatifs, dans les hôpitaux, les cliniques, à domicile. En se déployant selon les objectifs déclarés, elle entrainera inévitablement un accroissement du volume des actes médicaux et paramédicaux et donc une croissance importante des coûts. Si rien n’est fait dit-on, les seuls coûts structurels du système de soin vont augmenter de $18 milliards d’ici 15 ans. Combien de milliards avec la réforme ? Pas moins probablement.

Le financement de notre coûteux et improductif système de santé vampirise de plus en plus les finances publiques en écrasant d’autres missions tout aussi essentielles du gouvernement du Québec. C’est la santé du gouvernement lui-même qui est menacée.

Je propose (en boutade) le contraire du remède Barrette.

En 1973, les médecins d’Israël font la grève pendant un mois. Le taux de mortalité des israéliens baisse de 50%. Rebelote en 2000 avec une baisse de 40% pour une grève sélective et des moyens de pression sur l’offre de services.

Donc, au lieu d’une politique de croissance des coûts, adoptons une philosophie qui prône exactement le contraire. Qu’on abaisse et qu’on maintienne par exemple à 40% le pourcentage du budget affecté à la santé. L’histoire fourmille d’exemples, devant l’épreuve et les contraintes les citoyens supportent mieux les petites souffrances, prennent moins de pilules, se tournent vers les autres, se soutiennent et s’entraident, inventent un monde nouveau plus solidaire et plus créatif. La baisse subite et rapide de la pression financière stimulerait paradoxalement les acteurs du système de santé et leurs leaders que sont les médecins. Ils trouveraient certainement l’inspiration, l’ingéniosité et la fraternité pour être au service de la santé des citoyens et non d’un système qui continuerait de les faire bien vivre. La juste épreuve, celle qui rend plus fort, nous en évite de plus grandes. Clairement perçue et ouvertement consentie, elle nous rend meilleur et donne un sens à nos vies. Bonne santé, vers un esprit sain dans un corps sain.

Laval Gagnon
Chicoutimi

Je trouve que ce genre d’articles bien ficelés et qui fait la part des choses est éclairant et permet de mieux situer les différents enjeux et aussi de mieux se positionner dans les différents dossiers . Votre article vient aussi expliciter à quel point le courage managérial est requis pour réformer les gros systèmes et il faut constater bien objectivemet que le Dr Barette et son équipe en ont une bonne dose .

Mme Beaulieu,

J’ai l’habitude de vous lire parce que vous apportez toujours un regard autre qui permet de voir le débat public sous un angle différent. Aussi, je suis quelque peu surprise de lire votre éditorial « Le remède Barrette » de février 2015. Il est surprenant de vous voir adopter le même mépris que M. Barrette au sujet des médecins de famille. Je pense que tout le Québec souhaite voir s’améliorer le système de santé. Je pense aussi que certaines idées derrières les deux projets de lois valent la peine d’être discutées. Cependant, pourquoi le faire dans le dénigrement? « Votre compassion a été manipulée » écrivez-vous. Ne l’a t-elle pas été d’abord par M. Barrette et ses chiffres bidons sur le nombre de jours travaillés qui ne comprennent ni la formation, ni les réunions, ni les tâches administratives, ni l’enseignement, ni la journée de congé après une garde de 16h (qui ne compte que pour une seule journée de travail), ni les congés de maternité? Est-ce qu’il n’y a que moi pour voir la misogynie de M. Barrette lorsqu’il signal aux femmes médecins qu’elles ne doivent pas nuire à l’accessibilité des soins avec leur maternité? Selon vous, il n’en va que du corporatisme des médecins s’ils ne font pas de visite à domicile, si c’est le milieu hospitalier qui remporte le gros lot. Avez-vous oublié qu’il y a 15 ans c’est le gouvernement qui a obligé les médecins de famille à faire de l’hôpital à coup de bonus et de pénalité bien sur, les éloignant ainsi des cabinets et que ceux-ci ont collaboré. Pourquoi s’étonner que beaucoup de jeunes médecins préfèrent ne faire que de l’hôpital plutôt que de se constituer une clientèle puisque c’est la culture même du système? Pourquoi, aujourd’hui taper sur les médecins plutôt que sur le système? Pourquoi leur faire porter l’odieux? Selon moi, cette stratégie n’aidera en rien une réforme nécessaire parce qu’elle écoeure les médecins de bonne foi. Parfois je me demande si là n’est pas le but du ministre Barrette : pousser les médecins à se désaffilier de la RAMQ et accélérer la privatisation de tout le système. Je dois sans doute divaguer, qu’en pensez-vous?

Ma solution : une réflexion globale qui met le patient au centre de l’organigramme et surtout une vision à long terme. Une revalorisation du métier de médecin de famille qui pratique en cabinet avec des outils adéquats, c’est-à-dire plus d’infirmière en première ligne, de spécialistes en milieu hospitalier et peut-être moins de paperasse aussi. Mais pas de punitions ni de campagne de salissage. Peut-être aussi cesser de ramener tout à l’argent et laisser une vraie liberté aux médecins au sujet de leur pratique. Parce que ne l’oublions pas : la médecine est d’abord une relation entre deux êtres humains et ça c’est plate mais ça ne se quantifie pas!

Ah, oui, je ne vous ai pas dit, je suis mariée à un médecin de famille, vous savez un paresseux. Un paresseux qui travaille 50 heures par semaine. Un paresseux qui pratique en région où la densité de la population est faible, où il est impossible que tous les médecins du coin prennent en charge 1000 patients parce qu’il n’y en a juste pas assez (30 médecins de famille pour une population de 21 000 personnes). En région, où l’on s’occupe des patients de la collègue pendant son congé de maternité. En région où les kilomètres ne se comptent pas. En région où l’accessibilité aux spécialistes est un parcours du combattant. En région où faire l’épicerie signifie faire deux trois consultations entre les yaourts et les carottes. Pour les médecins que je côtoie, le rejet des projets de loi 10 et 20 ce n’est pas une question d’argent mais de reconnaissance et de conditions de travail bafouées. C’est aussi un rejet du mépris que vous contribuer à véhiculer en donnant raison aux méthodes du ministre Barrette.

Je ne sais pas comment on a réussi un aussi gros gâchis avec notre système de santé. Ce que je sais, par contre, c’est quelle part de mon argent s’y engouffre année après année. À mon CLSC, on vient candidement de m’informer que je n’aurais pas de nouveau médecin de famille dans le régime public avant … quelques années! Mes voisins et amis sont dans la même situation. Avec tout l’argent qu’on y a mis collectivement, c’est tout à fait inadmissible. Comme le dit Pierre Blain du RPCU sur le projet de loi 20; “il fait partie du rôle du gouvernement […] de déterminer les paramètres des services qu’il souhaite obtenir avec l’argent des contribuables …la population du Québec doit en avoir pour son argent dans l’accès aux soins et aux services». Je suivrai avec attention les travaux sur le projet de loi 20.

Je suis omnipraticienne à Shawinigan et selon vous Mme Beaulieu, je fais partie des gentils médecins de famille qui travaillent à temps partiel.
Ma pratique médicale consiste, d’une part, à 7 jours de garde d’affilé chaque mois à l’hôpital. Travailler en centre hospitalier, c’est la loi sur les AMP qui me l’exige.Une semaine de garde, c’est 10 à 14 heures par jour à l’hospitalisation et aux soins intensifs. C’est des appels de nuit, des déplacements d’urgence, des fins de semaine et des Noëls passés sur les étages. C’est entre 70 et 100 heures pour une semaine de travail chaque mois. Mais combien d’heures cela représentent-ils pour Dr Barrette? Trente-cinq? Quarante?
Ensuite, je fais partie d’un GMF et ma clientèle s’élève à 500 patients. Faire du bureau, c’est aussi faire le suivi des appels des patients, des pharmaciens, des consultants sur l’heure du dîner. C’est gérer des centaines de résultats de laboratoires sur l’heure du souper. C’est voir un patient entre deux. Être médecin de famille, c’est surtout plein d’autres tâches qui n’apparaissent pas dans les chiffres du Dr Barrette. Chaque semaine, j’enseigne auprès d’étudiants en médecine, je discute des dossiers avec une infirmière spécialisée, j’assiste à des conférences pour ma formation continue, je siège sur des comités administratifs obligatoires, j’assiste aux réunions de ma clinique et du service d’hospitalisation. Travailler à temps partiel comme médecin de famille, c’est tout ça.
Mon désarroi est grand face à la loi 20. Je suis peinée, frustrée, désemparée. Je n’en peux plus des fausses accusations, de la manipulation des chiffres, d’être pointée du doigt par des gens qui ne savent pas de quoi ils parlent. Pensez-vous réellement que les médecins ne travaillent pas assez? Autour de moi, je n’ai que des collègues déjà à bout de souffle… Je ne peux pas envisager un ajout de 500 patients à ma clientèle actuelle en conservant le rythme de travail déjà soutenu que je peine à maintenir. Je ne veux pas augmenter le risque d’erreur déjà grand avec une médecine à la chaîne. Je ne veux pas mettre en péril la santé de mes patients avec la mienne en plus. Oui, il manque de médecin en première ligne. Oui, il faut trouver des solutions. Mais s’il-vous-plaît, sans mépris, sans coercition. Et en cessant de couper partout; incluant la disponibilité des infirmières, des pharmaciens et des autres professionnels de la santé avec qui nous collaborons.
En réponse à votre éditorial Mme Beaulieu, pour moi, le cœur de la lutte n’est pas les dollars. C’est la peur de ne plus avoir de temps : ni pour mes patients, ni pour l’enseignement, ni pour ma famille, ni pour moi d’ailleurs. C’est la peur de perdre ma passion pour une médecine centrée sur l’humain.

Madame, votre éditorial me choque et m’insulte au plus haut point. Comme « urgentologue » qui œuvre encore (après 28 ans) dans une salle d’urgence, qui traite polytraumas, arrêt cardiaque, chocs , intoxication comateuse, fractures multiples et tout ce que vous voulez, vous croyez que j’ai le « skill set » pour me faire forcer à retourner dans un bureau pour suivre du diabète et vacciner des bébés. Vous aimeriez que votre urgence soit « Staffée » d’omni de bureau qui n’ont pas mis les pieds dans une salle d’urgence depuis 25 ans? Vous trouvez cela efficace? Vous pensez que la population sera mieux soignée? Réveillez-vous madame et cesser d’écouter les sornettes d’un arriviste politique qui ne chercher qu’à couper le salaires des omnis (pas de ses collègues spécialistes… bien sûr) en prétextant le bien commun.

Félicitations Mme Beaulieu pour votre éditorial. C’est toujours un plaisir de vous lire.

J’habite Gatineau depuis plus de 30 ans et, pour recevoir des soins de santé, je vais en Ontario où se trouve mon médecin de famille.
Comment expliquer, que dans cette province qui compte moins de médecins per capita qu’au Québec, on trouve des médecins qui acceptent des patients québécois et on bénéficie d’une excellente qualité de services. M. Barrette a fait connaître au public une réalité que je soupçonnais depuis longtemps : il y a trop de médecins qui travaillent à temps partiel au Québec. Et à ceux qui diront que les médecins doivent travailler un nombre minimum d’heures dans les urgences des hôpitaux, ce qui nuit à l’accessibilité à un médecin de famille, je pose la question suivante : Comment se fait-il que les urgences chez nos voisins ontariens sont moins engorgées et mieux organisées?

Caroline Milot
Gatineau

Mme Beaulieu;

Je suis en accord avec certains de vos énoncés: il n’y a pas que du mauvais dans l’esprit de la loi 20… Mais laissez-moi préciser un point de votre article qui m’agace: pourquoi affirmer: « abaisser leur revenu s’ils choisissent de travailler à temps partiel? Bien sûr. C’est le lot de la majorité des travailleurs. » Je suis surprise de lire ceci. J’y vois deux problèmes: un, la notion que les médecins travaillent à temps partiel. Deux, l’impression que les médecins reçoivent un salaire alors qu’ils sont déjà payés proportionellement aux services rendus. La notion du tarif differentiel de l’acte selon qu’il est fait par une personne qui travaille à temps plein ou non est difficile à défendre.

Premièrement, les médecins ne travaillent pas à temps partiel. Les données sont trafiquées, elles incluaient les médecins en maternité, en maladie, en préretraite et n’incluaient pas les « petites « journées de moins de 670$, soit environ 7h. Je travaille 5×6 heures dans ma semaine? Compté pour zéro jours. Urgence de minuit à 8h plus 3 h de bureau le lundi fin pm, 3x4h de bureau les mardis, mercredis et jeudi , un chiffre d’urgence le vendredi de 8h à 20h? 2 jours. Les médecins travaillent, rassurez-vous.

Même si on admettait que les médecins travaillent trop peu, le dada de M. Barette pour trouver des boucs émissaires à tous les problèmes, si on admettait qu’on refuse de former plus de mds de famille pour pallier à ceci (augmenter le ratio des places en résidence quelques années à 70-30% omnis-spécialistes), même si on ignore dans l’équation que les mêmes soins hopitaliers fournis par des specialistes coûteront plus cher (actes plus tests en surplus), rappellez-moi quelle profession libérale ou quel travailleur autonome voit son taux horaire réduit de 30% au prétexte qu’il fait moins de 40-50h semaine? Votre article laisse à penser que le titre de MD vient avec un « salaire » de 250 000$ statutaire. Je soulignerai que les médecins sont en très grande majorité des entrepreneurs gérant une clinique médicale (locaux, secrétaire, infirmières) payés à l’acte, c’est à dire que plus ils voient de patients, plus ils sont payés. L’inverse est aussi vrai. Donc le médecin qui travaille 2 jours et demie par semaine et qui voit 50% moins de patients est payé… 50% moins. En fait, moins que 50%: il y a des frais de bureau souvent incompressibles. Et on voudrait payer ces médecins à temps partiel 30% encore de moins? Bizarre. Comme consommateur de soins, que préférez-vous: voir un médecin qui a charge de 2000 patients et qui peine à vous consacrer 15 minutes, ou un qui a 750 patients et qui prend le temps de vous écouter? Sachez que votre visite rapportera 30% de moins au deuxieme médecin après l’adoption de la loi 20… Même si la visite pourrait avoir été deux fois plus longue! Si vous payiez de votre poche, et que vous aviez le choix, lequel voudriez-vous voir? Lequel vaut le plus?

Des changements, majeurs, doivent être faits. Ceux proposés par la loi 20 ne tiendront pas la route et mineront de manière irréversible la médecine familiale. D’autres solutions sont sur la table. Les fédérations ne détiennent pas toute la vérité. J’invite à consulter le site de l’AJMQ et de l’AMQ pour des pistes de solution.

Merci de me permettre de participer au débat;

Mélanie Laberge

On croyait lire le Ministre Barrette!! Une journaliste qui se respecte fait ses propres recherches pour tirer ses propres conclusions. La codification de la complexité des cas existe déjà, rien de nouveau. Les omnis demandent l’aide d’infirmières depuis longtemps, rien de nouveau. Il n’y aura rien de magique lorsque les hôpitaux seront vidés de leur omnis. Il n’y a tout simplement pas suffisamment de spécialistes pour pour prendre en charge les patients. Surtout que cette réforme empêche, contrairement à ce que vous écrivez, la collaboration entre omnis et donc forcera les omnis à référer davantage en spécialité pour des cas que des omis spécialisés pourraient régler. Et imaginer l’argent gaspiller dans cette mégastructure de fonctionnaires requise pour classifier les patients, évaluer les équivalence et jouer à la police pour surveiller si un patient inscrit à un patient va en voir une autre. Tout cet argent et ce temps pourraient être tellement mieux utilisés à déployer de réelles solutions à l »accessibilité. LE ministre n’a qu’a écouter les solutions qui lui sont proposer depuis longtemps.

Mme Beaulieu dit: » Abaisser leurs revenus s’ils choisissent de travailler à temps partiel ? Bien sûr. C’est le lot de la majorité des travailleurs. »

Ceci me laisse perplexe. Les omnipraticiens ne sont-ils pas payés à l’acte? Un médecin travaillant à mi-temps posera donc à peu près la moitié des actes médicaux qu’un médecin travaillant à temps plein, et par conséquent, aura à peu près la moitié de son revenu, dans le système actuel. Ce que le Ministre propose c’est des pénalités supplémentaires sur le taux auquel ces actes sont rémunérés.

C’est un peu comme si le salaire horaire d’un travailleur était coupé de 30% s’il ne travaille pas à temps plein. Je ne crois pas que ce soit le lot de la majorité des travailleurs; au contraire, je crois qu’une telle situation serait décriée car elle affecterait de manière disproportionnée les travailleurs ne pouvant pas travailler à temps plein pour des raisons de santé ou des raisons familiales.

Même si les salaires des médecins n’ont rien à voir avec le salaire moyen des travailleurs québécois, il reste que les pénalités proposées par le Ministre ciblent majoritairement les jeunes omnipraticiennes, maintenant très nombreuses, qui tentent de fonder une famille tout en pratiquant la médecine.

Qui plus est, comme il y a très peu de frais fixes par médecin (la formation est l’un d’eux), il me semble que d’avoir deux médecins à temps partiel qui font le travail autrefois effectué par un médecin à temps plein, ne coûte pas plus cher au contribuable puisqu’ils poseront au total un nombre comparable d’actes facturables. Je ne comprends donc absolument pas cette obsession du Ministre à vouloir augmenter la productivité des omnipraticiens alors que leur mode de rémunération est déjà modulé en fonction de leur contribution.

Si je comprend bien le Dr Barette, il faut augmenter les heures travaillées pour tous les médecins à temps partiel. Donc, cela augmentera les honoraires versés car les médecins sont payés à l’acte. En conclusion, au lieu de faire baisser les coûts, ce merveilleux spécialiste de la fumisterie engendrera une augmentation de la masse « salariale » des généralistes, sans compter l’impact indirect sur les honoraires de spécialistes, sur les coûts de l’assurance médicaments. Où le magicien Barette trouvera-t-il les fonds supplémentaires? Pendant ce temps les CLSC restent fermés les fins de semaine, ou pire ils ne donnent plus de services de première ligne. Seules solutions les cabinets privés (ahah) ou l’urgence. Parallèlement, il saborde les régies régionales pour centraliser tous les pouvoirs à Québec dans les tours d’ivoire, sort les omnipraticiens des organismes de concertation pour réserver la place aux spécialistes, manipule les médias pour salir les omnis et les pousser à sortir du système public (un objectif caché du brutal ministre). Depuis avril 2014, le sytème est malade, atteint de déstructurite aigue, un coup de jarnac qui prendra des années à se résorber. Pendant ce temps les malades patientent. Et ce n’est pas Barette qui va faire que la situation s’améliore. Au contraire.

Bravo docteur Barette.Enfin un minister qui n’a pas peur de reformer .J’espère que vous arriverez à un bon résultat.Il faut être courageux.S’attaquer à une classe intouchable avec tous les pouvoirs en plus de gros salaires

Le style des interventions du docteur Barrette ne plait pas a tout le monde. Mais son diagnostic est juste. Il faut que les médecins changent leurs manières de faire pour pallier au manque de médecins de famille et faire face aux énormes défis économiques que pose le vieillissement de la population. Il s’agit d’une question de survie pour le système de santé universelle auquel nous tenons tant. Chacun doit y mettre du sien en commencant par les médecins.

je n’ai jamais compris pourquoi il etait si difficile de se faire soigner au quebec.je n’avais jamAis mis les pieds a l’urgence avant de venir ici et pourtant j’avais ete malade comme tout le monde.j’ai ete horrifiee de devoir attendre dehors par moins 10 degres alOrrs que les portes ouvraient a 8 h; devant une clinique et de ne pas pouvoir obtenir un rendezvous .Il n’y avait plus de place. quand mon tour est arrive.et ca c’est ici en ville..quelle est la solution.que doivent faire les medecins?que doit on changer/?