Le retour de la « Québec Air Force »

Trois Québécois promettent d’en mettre plein la vue.

Photo : Jonathan Hayward / PC
A. Bilodeau (Photo : Jonathan Hayward / PC)

Dans la presse européenne, on le présente comme un « artiste » capable de sauts « d’une autre planète », d’une « autre dimension ».

Joint à Zermatt, en Suisse, où il s’entraîne avec l’élite mondiale du ski acrobatique, l’« extraterrestre » en question rit de bon cœur. Court sur pattes mais vif comme un chat, Alexandre Bilodeau a l’habitude de ce type de commentaires. Avant même son arrivée sur le circuit de la Coupe du monde, il y a cinq ans, les spectateurs, les journalistes et même ses adversaires étaient à court de superlatifs pour décrire ses performances. Tous lui prédisaient un brillant avenir. Ils ont vu juste. La saison dernière, le surdoué de Rosemère a remporté haut la main le Globe de cristal, remis au vainqueur du classement général de la Coupe du monde de ski acrobatique. À 22 ans, il partira favori à Vancouver.

Qu’a-t-il donc de plus que ses adversaires ? Le sens du spectacle. Plus précisément : deux « sauts d’une autre planète ». Dans le jargon des athlètes, ils se nomment « désaxé 1080 » et « back double full ». Directement inspirés des X Games (une populaire compétition annuelle de sports extrêmes), de tels sauts étaient interdits à l’époque où Jean-Luc Brassard régnait en maître sur le circuit de la Coupe du monde, dans les années 1990. Ce n’est qu’en 2003 que la Fédération internationale de ski acrobatique a permis aux athlètes d’effectuer de « vrais » sauts (lire : la tête en bas). « C’est à ce moment que le déclic s’est fait et que j’ai décidé de me lancer dans l’épreuve des bosses », dit Alexandre Bilodeau, qui était jusqu’à l’âge de 15 ans spécialisé dans l’épreuve des sauts.

La face de ce sport a alors changé. Plus rapides (ils dévalent jusqu’à quatre bosses à la seconde !) et spectaculaires (grâce à leurs sauts de plus en plus hauts et complexes), les skieurs acrobatiques attirent des foules de plus en plus grandes. Aux derniers Jeux, à Turin, les billets se sont envolés. À Vancouver, l’atmosphère risque d’être électrique, surtout que les spectateurs pourraient voir trois Canadiens – Québécois, plus précisément – sur le podium.

La saison dernière, Alexandre Bilodeau, Vincent Marquis et Pierre-Alexandre Rousseau ont réussi deux fois l’exploit en Coupe du monde.

« Je gage 100 dollars que ça va se reproduire cette année, idéalement à Vancouver », dit Rousseau, un verbomoteur au visage rond illuminé de grandes billes bleues.

À 30 ans, il en est déjà à sa 14e année sur le circuit de la Coupe du monde. Est-ce un handicap, compte tenu du jeune âge de ses principaux adversaires ? Au contraire, dit Pierre-Alexandre Rousseau. « J’ai un bagage d’expériences et une maturité que tous mes adversaires peuvent jalouser. »

Après s’être fracturé la colonne vertébrale à un mois des Jeux de Salt Lake City, en 2002, il avait dû réapprendre à marcher, ce qui ne l’avait pas empêché, l’année suivante, de terminer deuxième au classement de la Coupe du monde. Exclu des Jeux de Turin, en 2006, en raison de ses piètres performances, il a de nouveau rebondi pour remporter, en 2007, le Championnat du monde, à Madonna di Campiglio, en Italie. « Ça m’a rendu encore plus fier que d’avoir réappris à marcher après m’être cassé le cou », dit-il.

En voilà un que l’« extraterrestre » de Rosemère, Alexandre Bilodeau, devra avoir à l’œil…

SKI ACROBATIQUE

Bosses
Les skieurs dévalent une pente de 250 m de longueur, parsemée d’une série de grosses bosses et de deux tremplins. Ils sont jugés selon leur vitesse, leur style et la qualité de leurs sauts.

Sauts
Les athlètes exécutent deux sauts sur des tremplins de trois à quatre mètres de hauteur. Ils sont jugés selon leur style et le degré de difficulté des sauts.

Skicross (organisé pour la première fois aux Jeux olympiques)
Quatre skieurs dévalent ensemble un parcours sinueux et parsemé d’obstacles, semblable à celui utilisé pour l’épreuve de cross en surf des neiges. Le plus rapide remporte l’épreuve.

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