Le retour de Star Wars Kid

Il est devenu, malgré lui, l’une des plus grandes vedettes de l’histoire du Web. Des centaines de millions d’internautes l’ont vu imiter maladroitement, dans une vidéo, un personnage de la saga Star Wars. Victime de railleries à l’échelle planétaire, Ghyslain Raza s’était emmuré dans le silence. Dix ans plus tard, il parle. Pour aider d’autres jeunes à tenir le coup.

RAZA_Ghyslain-©MathieuRivard

Ceux qui le croisent dans les rues de Trois-Rivières, sa ville natale, ou de Montréal, où il étudie le droit, ont parfois la vague impression de l’avoir vu quelque part. Il se contente souvent de leur sourire, même s’il sait qu’ils ont probablement raison. Après tout, il est, bien malgré lui, l’une des plus grandes vedettes de l’histoire du Web.

Ses amis et sa famille le connaissent sous le nom de Ghyslain Raza.

Mais pour des centaines de millions d’internautes aux quatre coins de la planète, le jeune homme assis en face de moi, dans une maison de brique centenaire du Vieux-Trois-Rivières, n’est nul autre que Star Wars Kid.

« Le » Star Wars Kid.

Celui-là même qui, à l’âge de 14 ans, s’est filmé dans un studio de son école secondaire, le séminaire Saint-Joseph, en train de manier maladroitement un ramasse-balle de golf en guise de sabre laser. Et dont la vidéo s’est retrouvée, à son insu, sur le Web quelques mois plus tard. C’était il y a 10 ans, au printemps 2003. Des condisciples de Raza découvrent par hasard la cassette VHS, rangée sur une étagère. Amusés, ils numérisent la vidéo, qui est par la suite mise en ligne sur un site de partage de fichiers (Kazaa). Elle se répand comme un virus dans les ordinateurs de la planète. Et l’univers du timide adolescent s’effondre.

Victime d’intimidation à l’école et sur le Web — à l’échelle mondiale —, Ghyslain Raza a dû quitter son établissement scolaire. Malgré une avalanche de demandes de la part des médias du monde entier, il s’est ensuite emmuré dans le silence.

Depuis, les rumeurs les plus folles ont couru à son sujet. Il aurait été interné dans un asile psychiatrique. Il serait mort dans un accident. Il se serait enlevé la vie…

« Des faussetés, j’en ai vu passer des centaines dans les médias et les sites Web du monde entier », dit Ghyslain Raza, aujourd’hui âgé de 25 ans.

Mais il préférait ne rien dire. De crainte d’alimenter le cirque médiatique.

Depuis 10 ans, il a décliné des centaines de demandes d’entrevues. Dont plusieurs de ma part. Ces cinq dernières années, à chaque changement de saison, je lui ai envoyé un courriel. Auquel il finissait par répondre, poliment, que le moment n’était pas venu.

Il y a quelques années, il a accepté de prendre un café. Pour faire connaissance.

Puis, il y a quelques mois, il a accepté de m’accorder une entrevue.

Ébranlé par les récents cas de cyberintimidation, dont certains ont mené à des suicides, il s’est dit que son histoire pouvait peut-être aider de jeunes victimes à tenir le coup pendant la tempête. Après tout, même s’il a eu l’impression de marcher dans un champ de mines planétaire, même si des internautes l’ont invité à s’enlever la vie, le jeune diplômé en droit de McGill n’échangerait aujourd’hui sa place avec personne. « L’intimidation, on y survit », dit-il avec aplomb.

***

Pourquoi avoir gardé le silence pendant 10 ans ?

Il faut remonter à mai 2003, quelques semaines après la diffusion de la vidéo sur Internet. L’affaire commençait déjà à prendre de l’ampleur, mais quand le New York Times a publié un article sur moi, ça a donné un grand coup. Comme si les médias du monde entier s’étaient dit : c’est une nouvelle de calibre international, il faut en parler. Il y avait des journalistes à la porte chez nous, le téléphone ne dérougissait pas, au point qu’on l’a débranché. Je me disais que j’allais alimenter la tempête médiatique en acceptant des entrevues. C’était une célébrité imposée, je ne l’avais pas demandée. Je n’avais pas à me prêter au jeu, à être la bête de cirque qu’on présente comme un phénomène. J’ai donc décidé de ne plus répondre aux journalistes. Mais je me suis toujours dit qu’un jour je pourrais en parler. Je suis prêt.

Le monde a changé en 10 ans. Mais il y a peut-être des leçons à tirer de l’histoire qui m’est arrivée. Le phénomène de l’intimidation, de la cyberintimidation en particulier, a pris de l’ampleur. Il y a eu des cas extrêmement tragiques, bien pires que le mien à certains égards. Raconter mon expérience peut-il contribuer à la réflexion sociale ? Peut-on en faire plus, doit-on agir différemment ? Et qu’est-ce qui a vraiment changé depuis mon histoire, qui a pris des dimensions inimaginables ?

Quel souvenir te reste-t-il du tournage de la vidéo qui a fait le tour du monde ?

Je ne m’en souviens pas beaucoup, ce n’était pas quelque chose de voué à la postérité, loin de là… C’était en novembre 2002, je participais à l’époque à la télé scolaire. Avec d’autres élèves, j’essayais de créer une parodie de Star Wars pour un gala à l’école. Un soir, alors que j’étais seul dans le studio, j’ai pratiqué la chorégraphie en prenant un ramasse-balle comme sabre laser. Beaucoup de garçons de 14 ans vont faire quelque chose de similaire si tu leur mets un bâton dans les mains. Sans doute plus gracieusement, mais comme on dit en bon québécois, je déconnais…

J’ai ensuite rangé la cassette sur une étagère du local. Je n’ai pas cherché à la cacher. Qui allait prendre le temps de regarder mes cassettes pour voir ce qu’il y avait dessus ? Dans quel intérêt ?

Quand as-tu su que la vidéo avait été diffusée ?

Un beau jour du printemps 2003, en rentrant dans le studio, j’ai vu un extrait de la vidéo comme fond d’écran de l’ordinateur. Je me suis demandé ce que ça faisait là. Un ami m’a dit : « Il y a une vidéo de toi qui circule, t’es pas au courant ? » Tout a déboulé à partir de là.

Si ça avait été un gag pour les membres de la télé scolaire, ça se serait fait différemment, je l’ai vite compris. J’ai commencé à me sentir mal, parce que je me rappelais que ce n’était pas une œuvre d’excellence en arts martiaux…

À ce moment-là, la diffusion était encore relativement limitée au Québec. Mais ça n’a pas duré. La vidéo s’est mise à circuler dans des blogues américains, dont ceux de fans de Star Wars. Des gens se sont amusés à ajouter des effets spéciaux dans la vidéo. Il y a rapidement eu des dizaines de millions de visionnements. Ça a suivi une courbe exponentielle.

Quelles ont été les répercussions à l’école ?

La situation a rapidement dégénéré. Dans la salle commune, des élèves montaient sur les tables pour m’invectiver. Certains essayaient d’imiter la vidéo en l’exagérant. Les insultes visaient mon apparence physique, mon surplus de poids. On me traitait de Star Wars Kid, et ce n’était pas un compliment. Je ne pouvais pas rester deux minutes avec mes amis sans être victime d’intimidation. Très rapidement, c’est devenu impossible d’aller à mes cours.

Étais-tu au courant de ce qui s’écrivait sur toi au même moment sur Internet ?

Au début, oui. Je ne faisais pas exprès pour aller lire tout ce qui s’écrivait, mais j’avais une certaine curiosité, je voulais voir ce qui se passait. Et ce qui me parvenait, c’était méchant, violent. On m’encourageait souvent au suicide. Je me souviens de phrases comme : « T’es une honte pour l’humanité », « Si j’étais toi, je m’enlèverais la vie ». J’ai lu cela en français, en anglais, et ça a probablement été écrit en d’autres langues. On ne permettrait pas de tels commentaires dans la vie de tous les jours, c’est criminel d’encourager quelqu’un à se suicider. Mais sur Internet, il n’y avait pas de limites, pas de contrôle. J’ai rapidement compris que ça ne donnait rien de lire ça, que c’était poison.

As-tu rapidement alerté tes parents ?

Dans les premiers jours, je n’ai rien dit. J’avais honte. Pas un fils au monde ne veut revenir à la maison en disant : « Papa, maman, savez-vous ce qui est en train de m’arriver ? La planète entière rit de moi. » À un moment donné, je n’ai plus eu le choix, je leur ai tout raconté. Au début, ils se demandaient ce que la vidéo avait de si spécial. Mais ils ont vite saisi que c’était sérieux. Déjà, des journalistes de l’étranger essayaient de me joindre.

Mon père a contacté l’école, mais ni les professeurs ni la direction ne comprenaient l’ampleur de ce qui se passait, et ils ne semblaient pas vouloir intervenir. Mon père a alors appelé la police, qui a dit qu’elle ne pouvait rien faire. Elle nous a conseillé d’appeler un avocat.

Pour faire quoi ?

Au début, on voulait surtout de l’aide pour gérer la situation. Juste prendre en charge les requêtes des médias, c’était déjà beaucoup : les demandes affluaient par centaines, de partout dans le monde. Mais il y avait aussi ma situation scolaire. Je ne pouvais plus aller à l’école.

Le cabinet d’avocats nous a aidés à trouver un endroit où passer mes examens de fin d’année et éviter ainsi de rater ma 3e secondaire. J’ai fait mes examens dans une école affiliée à l’aile psychiatrique d’un hôpital, parce que c’était la seule école tranquille qu’on avait pu trouver. D’où les rumeurs sur mon internement dans un asile.

On s’est ensuite demandé quels étaient nos recours. Pouvait-on poursuivre les médias pour leur demander de ne plus utiliser la vidéo ? Poursuivre l’école parce qu’elle avait manqué à ses devoirs de protection ? On a fini par se dire qu’en visant les quelques jeunes qui avaient vraiment lancé le mouvement en diffusant la vidéo, on enverrait un message fort.

Beaucoup d’internautes ont mal réagi à cette poursuite…

Dans les médias, on a dit qu’on cédait à l’appât du gain. Certains ont même dit publiquement que les vraies victimes de l’histoire étaient les personnes poursuivies. Les rôles étaient inversés : je n’étais plus la victime et mes parents étaient des profiteurs. C’est un non-sens. En raison de l’entente à l’amiable qu’on a conclue, je ne peux pas révéler de chiffres, mais nous ne nous sommes pas enrichis, ni moi ni mes parents. Ça ne couvrait même pas nos frais.

Notre but premier était d’envoyer un message. Un message que les médias comprendraient.

Lequel ?

Celui d’agir de façon plus responsable. Une fois, une chaîne de télé québécoise a diffusé ma vidéo en boucle durant plusieurs minutes, pendant que des intervenants commentaient. On donnait mon nom, mon prénom, mon lieu de résidence, le nom de mon école. On voyait mon visage sur la vidéo. J’avais 14 ans ! Quand un jeune délinquant se retrouve aux nouvelles, on ne montre pas son image, on ne donne pas son nom, parce qu’il est mineur. Il a peut-être fait des erreurs, mais il commence dans la vie. Pourquoi je n’avais pas droit à la même protection ?

As-tu envisagé de jouer le jeu et de profiter de cette notoriété ?

Tous les talk-shows d’Amérique du Nord, sans exception, m’ont invité. J’ai encore chez moi, dans une boîte, l’invitation de Jay Leno. Une émission japonaise m’a offert une forte somme d’argent pour m’inviter en studio au Japon. Mais pourquoi tout ce monde m’invitait ? Pour voir la bête de cirque. Pour savoir si le lion allait rugir quand on lui grattait le bedon.

Vivre tes 15 minutes de gloire quand t’as fait quelque chose de vraiment glorieux, c’est une chose. Moi, c’était dû à un moment embarrassant, humiliant, honteux. On se moquait de moi, de mon apparence physique. La vidéo fait, quoi, deux minutes ? Pour un milliard de personnes, c’est comme ça qu’on me connaît. À partir de cette image, les gens se sont faussement imaginé tout plein de choses sur ma personnalité, mon caractère, mes centres d’intérêt.

Cette carte de visite a fait le tour du monde, et ce n’est pas une image à laquelle tu tiens à t’associer, certainement pas au début, quand c’est encore très vif. Pas quand t’as 14, 15 ans et que tu construis ton identité.

Dix ans plus tard, je peux en parler assez ouvertement, mais à l’époque, ce n’était pas facile. J’avais beau essayer de ne pas prêter attention aux gens qui m’encourageaient au suicide, c’était difficile d’éviter la conclusion que je ne valais rien, même pas de rester en vie. Je n’ai pas fait de tentative de suicide, mais c’était une période très sombre. Dans ce contexte-là, te faire dire : « Ce sont tes 15 minutes de gloire, profites-en donc », c’est une contradiction incroyable.

Un mouvement de solidarité à ton égard s’est formé sur Internet, où 140 000 personnes ont signé une pétition demandant au créateur de Star Wars, George Lucas, de te donner un rôle dans les futurs épisodes de sa saga. Des gens ont même collecté des dons pour toi. Les as-tu reçus ?

J’ai reçu un iPod, des jeux vidéo et quelques objets de Star Wars. La communauté de Star Wars sur Internet m’a adopté, et c’est ironique, parce que je n’étais pas le plus grand fan de la saga. Je ne sais pas si je le serais devenu un jour, mais ce qui m’est arrivé, ça refroidit les ardeurs. [Rire]

Cela dit, je sais que les gens qui m’ont offert ces cadeaux étaient animés des meilleures intentions, mais c’était une goutte d’eau dans l’océan de mépris sur Internet.

À quel moment ta vie a-t-elle commencé à retrouver son cours normal ?

J’ai fait ma 4e année du secondaire en cours privés, en dehors de l’école, et ça m’a vraiment aidé. Le programme conçu par mes profs prévoyait de récupérer avec la pédale d’accélérateur au plancher. Dans ce type de situation, il ne faut surtout pas s’apitoyer sur son sort. Il faut apprendre à surmonter l’obstacle et continuer à avancer. Ça peut être d’un pouce, l’important c’est d’avancer. Sur le plan humain et scolaire, cette période m’a permis de revenir à l’essentiel. Lors de cette traversée du désert, je me suis découvert un grand intérêt pour la philo, l’histoire et le droit.

L’année suivante, j’étais prêt à « affronter » la vie normale, cette fois à la polyvalente Chavigny. Je suis ensuite allé au collège Laflèche, en histoire et civilisation, avant de faire mon droit à McGill.

À elle seule, la version originale de ta vidéo mise en ligne des années plus tard sur YouTube compte des dizaines de millions de visionnements. As-tu pensé à exiger une compensation financière ?

Non. Ça fait partie de mon processus de détachement par rapport à ces événements. Est-ce que je trouve ça parfaitement juste que des gens fassent de l’argent avec ma vidéo ? Non. Mais il faut apprendre à tourner la page. Cela dit, je n’ai jamais renoncé à mon droit à l’image. J’ai choisi, pour des raisons d’ordre personnel, de ne rien faire. Est-ce qu’un jour je changerai d’idée ? Qui sait ?

Il y a eu de nombreux cas de cyber-intimidation ces dernières années. La société en a-t-elle tiré les leçons ?

Si ce qui m’est arrivé en 2003 se produisait aujourd’hui, j’ose croire que la situation serait gérée différemment. Par exemple, que des professionnels de mon école seraient là pour m’épauler. Mes parents ont dû aller chercher au privé un service qui aurait dû être offert par l’établissement. Je crois que les écoles se sentent plus responsables de ce qui se dit sur le Web. Le projet de loi 56 sur l’intimidation à l’école [NDLR : adopté par Québec en juin 2012] envoie un bon signal.

Il faudrait aussi que les jeunes soient mieux sensibilisés au phénomène de l’intimidation. Il faut leur demander clairement : « Ce que vous écrivez sur Internet, le diriez-vous en personne ? Le diriez-vous en public ? » Quand on est conscient de la portée de ses gestes, on en est déjà plus responsable. Il pourrait y avoir un cours sur l’intimidation, mais ce serait encore mieux si c’était intégré à l’enseignement général, pour que tous les profs sachent quoi dire pour prévenir des drames.

Que dirais-tu à une jeune victime de cyber-intimidation dont l’univers s’écroule ?

Première des choses : on y survit, tu peux t’en sortir. Et t’es pas tout seul. Il y a du monde autour de toi qui t’aime. Il faut surmonter la honte que tu peux ressentir et chercher de l’aide. Si t’as la chance d’avoir des parents présents, va les voir. Sinon, va chercher de l’aide à l’école, auprès de professeurs ou d’amis.

Dans mon cas, je n’étais pas Monsieur Populaire à l’école, je n’avais pas 350 amis et, dans le tourbillon, j’ai perdu de vue ceux que j’avais. Il n’y avait que mes parents et mes avocats autour de moi. Mais leur présence a été fondamentale pour survivre à l’ouragan. Sans eux, j’aurais pu partir avec les poteaux d’électricité.

Avec le recul, y a-t-il des choses que tu referais différemment ?

Je suis en paix avec toutes les décisions qui ont été prises. Si on me donnait l’occasion de changer le passé, est-ce que j’accepterais ? Non. Je n’y changerais rien, parce qu’aujourd’hui je suis content de qui je suis, et je ne prendrais pas le risque de changer. Qui sait, j’aurais peut-être abouti ailleurs et ce ne serait pas mieux. À travers ça, j’ai rencontré des gens, je me suis ouvert à de nouvelles choses, j’ai appris sur le plan personnel. Je suis le résultat des bonnes et des moins bonnes expériences. Évidemment, si on me disait : « Demain matin, tu vas revivre tout ça », pas sûr que je prendrais la nouvelle avec joie et bonheur. Mais je ne chercherais pas à m’épargner ça.

***

Une question de principe

L’actualité a accepté, à la demande de Ghyslain Raza, de ne pas diffuser d’extraits ou d’images de la vidéo originale. Celle-ci, maintenant très largement disponible sur le Web, devait à l’origine rester privée.

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Pourquoi Star Wars Kid reste un incontournable de la culture Internet

Tim Hwang organise, tous les deux ans, une grande conférence sur la « culture Internet ». « J’ai grandi avec le Web et j’ai eu l’idée, avec quelques amis, de célébrer les auteurs des vidéos les plus connues du Web », explique ce Californien de 26 ans. La première rencontre, tenue sur le campus du Massachusetts Institute of Technology en 2008, a attiré plus de 1 000 participants. Les deuxième et troisième ont aussi connu un vif succès et capté l’attention de médias du monde entier. Mais aux yeux de Hwang, il manquait un invité de marque : Star Wars Kid, qu’il a tenté d’attirer, en vain, à plusieurs reprises. « Il aurait été “la” vedette de la conférence ! »

Selon Hwang, Star Wars Kid est sans conteste l’un des personnages les plus importants de l’histoire de la culture Internet. « Il est vraiment un des tout premiers qui soient devenus si célèbres si rapidement. Il représente aussi l’autre côté de la médaille. Qu’arrive-t-il quand la célébrité te tombe dessus et que tu ne la recherches pas ? »

De nos jours, dit-il, une multitude d’internautes connaissent une célébrité rapide grâce à une vidéo — ou à cause d’elle. Mais ils sombrent ensuite rapidement dans l’anonymat. En ce sens, Star Wars Kid est un cas unique. « Même si la vidéo date de 10 ans, tout le monde s’en souvient parmi mes amis et mes collègues. D’ailleurs, j’en profite pour lancer à Ghyslain une invitation pour notre prochaine rencontre… »

Le New York Times a inscrit la vidéo dans une liste des « incontournables » de la culture Internet. De nombreux sites Web l’ont classée au sommet du palmarès des vidéos les plus marquantes. Et elle a été citée dans d’innombrables études universitaires aux quatre coins du monde.

« C’est une illustration particulièrement puissante des problèmes que peut causer la dissémination rapide de l’information sur Internet », dit Daniel Solove, professeur à l’École de droit de l’Université George Washington, qui cite longuement le cas de Star Wars Kid dans son livre The Future of Reputation.

En plus de soulever des questions troublantes sur le droit à la vie privée, la vidéo est souvent évoquée quand éclatent de nouveaux cas de cyberintimidation.

« Je suis content que le Kid s’en soit sorti et qu’il prenne la parole, dit Solove. Son histoire pourra conscientiser le public sur les effets dévastateurs de l’intimidation. Les gens — jeunes et moins jeunes — doivent se rendre compte à quel point ce qui peut ressembler au départ à une simple blague peut profondément blesser quelqu’un. »

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L’infinie saga d’une vidéo

NOVEMBRE 2002 : Ghyslain Raza se filme dans son école secondaire, le séminaire Saint-Joseph, à Trois-Rivières.

AVRIL 2003 : La vidéo est trouvée par des camarades de classe et envoyée sur Internet. Elle fait le tour des forums et autres lieux de rencontre des adeptes de Star Wars sur le Web.

MAI 2003 : Des dizaines de millions de personnes ont déjà vu la vidéo, qui fait l’objet d’un article dans le New York Times. Les propos disgracieux, parfois haineux, à l’égard de Ghyslain Raza se multiplient sur Internet. Victime d’intimidation, le jeune ado est contraint de quitter son école.

Des mordus de Star Wars lancent une pétition pour convaincre George Lucas, le créateur de Star Wars, de donner un rôle à Ghyslain Raza dans le prochain épisode de la saga.

SEPTEMBRE 2005 : L’émission American Dad se dote de son personnage Star Wars Kid.

AVRIL 2006 : La famille Raza obtient un dédommagement d’une somme non dévoilée dans le cadre d’un règlement à l’amiable avec la famille des trois élèves accusés d’avoir mis la vidéo en ligne.

AOÛT 2006 : L’humoriste américain Stephen Colbert fait une parodie de Star Wars Kid dans son émission The Colbert Report. Il invite les téléspectateurs à ajouter des effets spéciaux et à créer leur propre vidéo.

SEPTEMBRE 2006 : Après une année de cours privés, Ghyslain Raza retourne à l’école, à la polyvalente Chavigny.

NOVEMBRE 2006 : Le nombre de visionnements des différentes versions de la vidéo atteint près d’un milliard, selon une estimation de Viral Factory, une agence britannique spécialisée dans le marketing interactif.

AVRIL 2007 : Et Dieu créa… Laflaque s’y met aussi.

AVRIL 2008 : Star Wars Kid fait son apparition dans la célèbre émission américaine South Park.

AVRIL 2008 : Les organisateurs d’une conférence sur la culture Internet au prestigieux MIT tentent de recruter Star Wars Kid.

2009 : Ghyslain Raza fait son entrée en droit à l’Université McGill.

MAI 2013 : La version originale de la vidéo mise en ligne sur YouTube en 2006 (ce site n’existait pas lorsque la vidéo a été créée)

a suscité plus de 125 000 commentaires, et des internautes en ajoutent quotidiennement.

Automne 2013 : Ghyslain Raza commencera une maîtrise en droit sur l’histoire du système judiciaire québécois.

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