Le suicide n’est pas égoïste

En se suicidant, ou plutôt, en voulant arrêter de souffrir, Robin Williams a ravivé un débat de société.

Photo © TriStar / Getty Images
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« Lâche. »

Les mots sont lourds de sens. Aucune personnalité du monde des médias ne l’ignore. Pourtant, c’est ainsi que Shepard Smith a commenté le suicide de Robin Williams à la télévision américaine. L’animateur de FOX News a eu beau s’excuser, le mot a été lâché.

Pour tout enfant de cette génération qui a grandi, comme moi, en regardant les films de l’acteur, l’annonce de son décès n’a pas seulement réveillé le gène de la nostalgie, elle est aussi venue secouer cette part d’humanité qui se reflétait dans ses performances hilarantes et sensibles. La manière dont il a choisi de sortir de scène n’y est pas étrangère. Robin Williams a montré mille visages, mais il cachait autant que possibles ceux de la dépression et de la dépendance. En se suicidant, ou plutôt, en voulant arrêter de souffrir, il a ravivé un débat de société.

Parfois, la dépression d’un proche est prise pour une grosse déprime – un état qui nous touche tous à un moment ou un autre. Cette erreur d’appréciation de la détresse d’autrui peut causer beaucoup de tort. En réalité, toutes les 40 secondes, une personne s’enlève la vie, quelque part sur la planète. En 2011, le taux de suicide au Canada se situait autour de 10,9 pour 100 000 personnes – aux États-Unis, il était de 12,3.

« Ne pas prendre au sérieux les préoccupations d’une véritable victime de dépression sur le seul motif que vous avez déjà surmonté quelque malheur, cela revient à lever le nez sur les problèmes auxquels doit faire face une personne dont le bras a été amputé, et ce, parce que vous avez déjà surmonté une coupure au doigt. La dépression est une véritable maladie débilitante; avoir le cafard ne l’est pas. Il est vrai que la maladie mentale ne reçoit pas la même sympathie/reconnaissance que la maladie physique », explique Dean Burnett dans The Guardian.

Lorsqu’il est question de célébrités, il est d’autant plus nébuleux pour certains de comprendre les raisons d’un suicide. Là est le problème. D’une part, il y a le fait que la dépression ne prend pas en compte les facteurs personnels de succès et de réussite. D’autre part, la quête d’une raison est vaine, puisque dans la plupart des cas, la dépression est la seule fautive. Et la maladie mentale peut toucher tout le monde, même George III, le roi du Royaume-Uni.

« La plupart des gens s’imaginent que leur bonheur dépend de la résolution de certains problèmes, écrit Andrew Solomon dans le New Yorker. Si seulement on avait plus d’argent, d’amour ou de succès, alors la vie serait plus facile à gérer… Cet optimisme modéré peut s’avérer dévastateur une fois que l’on réalise qu’il est faux. Les grandes espérances sont réduites en miettes à chaque fois que quelqu’un nous rappelle que le bonheur ne peut être acquis ou mérité, que nous sommes tous prisonniers de nos cerveaux défectueux et que la véritable solitude en chacun de nous est, en fin de compte, inaliénable. »

Il ne s’agit pas, ici, de faire l’apologie du suicide, mais de le comprendre plutôt que de le juger.

« Le suicide n’est pas la manifestation ultime de l’“égoïsme” ou de la “lâcheté”, comme l’affirment souvent des donneurs de leçon », selon Andrew Solomon. « Le suicide de Robin Williams n’est pas l’acte égocentrique de quelqu’un qui n’a pas trouvé le courage de combattre ses propres démons. C’était plutôt un acte de désespoir commis par quelqu’un qui pensait, à tort ou à raison, qu’un tel combat ne pourrait jamais être gagné. »

Photo © Jim Britt / ABC / Getty Images
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11 commentaires
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J’ai une façon un peu différente de voir les choses. Mon opinion est bien personnelle et provient d’une longue réflexion parsemée de douleurs et de souffrances. Je n’ai aucune certitude de ce que j’avance, c’est un point de vue, sans plus.

Si la date de ma naissance est connue de tous, la date de mon décès le sera aussi éventuellement. Dans les deux cas, je n’aurai aucun pouvoir.

La mort s’affiche sous mille et un visage et le suicide en fait partie. J’ai beau souffrir, vouloir mettre un terme à ma vie, si mon heure n’est pas venue, je n’y parviendrai jamais. Au pire ou au mieux, je vivrai l’expérience de l’échec de ma tentative.

Avoir l’idée de mourir est une chose. Avoir l’énergie de s’enlever la vie, de couper le fil en est une autre. Je crois que nous ne pouvons y parvenir sans tout d’abord obtenir la permission de l’intérieur. Le suicide est à mon avis, une autre façon de quitter la vie, un scénario qui amplifie l’expérience de ceux qui restent.

M. Williams aura vécu l’enfer au cours des 30 dernières années dit-on. C’est le 11 août 2014 qu’il devait nous quitter, pas avant.

Les gens, les intervenants, les situations, les organismes peuvent nous faire bifurquer vers la continuité de la vie mais dans ce cas bien précis, la mort n’est pas véritablement au rendez-vous, seul l’expérience du désarroi et du désir de mettre un terme à la souffrance l’est.

Je dois peser mes mots, mais j’ai connu quelqu’un ou plutôt quelqu’une qui s’est suicidée et qui a laissé une lettre nous disant de ne pas nous poser de questions inutiles. Celle fille voulait simplement sortir de la vie et n’était pas déprimée. Elle disait avoir fait le tour de la question et ne plus trouver d’intérêt dans l’existence.

Êtes vous sur que cette personne n’était pas déprimée? Parce que nous ne nous posons pas de question

Êtes vous sur que cette personne n’ était pas déprimée? Parce que c’est en effet quand ça va pas bien que nous nous posons ces questions existentielles., pas quand tout va bien.

Il va nous manquer, Merci de vos commentaires, a tous les deux. Il ne souffre plus, et on ne peut juger un tel geste.

Le suicide est une question éminemment personnelle… sauf pour nos pères et mères qui nous ont donné la vie. Alors, pourquoi en faire un « débat de société »? Pour pisser de la copie?

Ce n’est pas une question d’un act de suicide comme tel, c’est plutôt la question de ce qui nous emmène à ça, et dans la société actuelle c’est une question qu’ il faut se poser pour essayer de prévenir.

Je trouve que le suicide est une fin courageuse.Je crois que l’agonie dans une chambre d’hôpital est une version d’un suicide passif par la société.La personne qui est en phase terminale peut demander et pourrait avoir de l’aide pour mettre fin à ses jours si tel est son désir.Elle sait que c’est terminé et pourquoi continuer la lente agonie alors qu’une simple dose de…peut aider la personne à mourir dans la dignité plutôt qu’en déchéance.J’ose espérer que l’on gardera l’idée de MOURIR DANS LA DIGNITÉ

Je crois que de voir le suicide comme un acte courageux est l’autre extrême de la vision que le suicide est un acte de lâcheté. Je suis pas mal certaine que vous n,avez pas vécu le suicide d’un proche pour considérer cet acte de « courageux ». Je crois personnellement que c’est plutôt un acte de désespoir. Et la personne qui commet un tel geste de désespoir ne meurt pas dans la dignité selon moi. Elle meurt par dépit, par désespoir, car elle ne voit plus de solutions à son mal de vivre.

Le suicide lier a la depression, nest pas lache du tout. Quelquun en depression est quelqun qui ne voit plus tres souvent linteret de vivre, Robin Williams a du se dire tres souvent: je fais rire les gens, je les divertis, oui je fais du bien aux autres…est-ce que pourtant ceci qui devait necessairement pas le rendre en depression? Ce nest pas de mon avis parce qu on fait du bien aux autres, que ca va nous rendre necessairement plus heureux au fond de soi. Pour certaines personnes, ca peut peut-etre tout de meme aider, mais sil netait pas bien ecouter, si autour de lui personnes ne pouvait repondre a ses plus profonds besoins, cette homme etait peut-etre pas bien pris au serieux, ou on ne pouvait lui offrir ce quil recherchait, detre aimer par la femme desiree, detre aimer par ses proches, detre ecouter, de se sentir reellement important. On peut ne pas accepter de vivre des etapes difficile dans notre vie. Robin Williams selon les rumeurs commencait si je me trompes pas du parkinson, ceci est une chose tres difficile selon moi a accepter. Pourquoi continuer de vivre devait-il se dire, si par exemple, je devais vivre en tremblant dans la camera, je ne pourrai pus devenir acteur et p-e que pour lui son interet a vivre etait doffrir du bonheurs a ses fans. Peut-etre avait-il sa fierter, et ne voulait pas quon est pitier de lui avec cette maladie ou se sentait-il devenir ridicule. Bien des choses peuvent etre penser, mais on ne peut le juger ni personnes dautres en depression car nous ne savons pas reellement ce quil ressentait, et surtout pas nous les fans de Robin Williams.Malheureusement je crois, quil navait de raisons suffisante et satisfaisante pour continuer de vire. Pour moi la vie, peut sembler vaine, nous mourrons tous et cela sans rien emporter avec nous, pas notre maison, notre richesse et peut-etre qui sait, il croyait que la mort etait la fin de tout.La vie nest pas vaine si nous croyons que lexistence se poursuit avec nos ames apres la mort, si vous croyez que vous avez une ame. Cest ce que personnellement je crois, je suis chretien et la vie a tout un sens quand on croit en Dieu, vivre sur terre cest temporaire, nous vivons generalement pas plus dun siecle, cest tres vite au fond. Mais vivre sachant que Dieu existe et quil a son plan pour chaqun de nous. Nous avons chquns une perceptions differentes, et meme pour ceux qui croient, ne voit pas Dieu de la meme facon. On juge Dieu de comment il pourrait bien etre et pourtant on sait tres bien que lorsquon juge on peut tres souvent se tromper. Moi je crois quil est juste, quils nous aiment et quil est parfait, mais je ne veux pas commencer un debat la-dessus, il y a beaucoup a connaitre sur lui et je vous invite donc a lire la bible si vous souhaitez apprendre a le connaitre.Dieu nous laisse le choix, de se suicider, de ne pas prier pour une guerison, de vivre notre vie comme lon veux, il va toujours nous aimer selon moi, qui que lon soit, mais la seule chose quil desire cest quon laccepte afin dagir dans nos vies et ceci pour moi personnellement apporte un vrai sens a notre vie.

Le égoïsme est un maladie excessivement présente dans notre société, Robin est un des dernières victimes mortels. La mort n’est pas un solution quand on a le support des autres.