Le turban de la discorde

C’est au nom de la sécurité et de la neutralité du sport que la Fédération québécoise de soccer a décidé d’exclure des terrains de soccer les enfants sikhs qui portent le turban. 

Et pourtant, cette décision est devenue un véritable symbole national de résistance qui a sans doute dépassé les membres mêmes du conseil d’administration de la Fédération. Elle est devenue le symbole des Québécois qui se tiennent debout, qui refusent de céder aux demandes des minorités religieuses et qui « mettent leurs culottes » afin de « remettre les immigrés à leur place ».

À une autre époque, le discours populiste associait immigration et chômage. On misait sur une équation aberrante – de même que complètement fausse – qui liait le chômage et l’immigration.

Aujourd’hui, ce n’est plus pour les emplois qu’on s’inquiète. (De nos jours, on craint plutôt de voir ces emplois déplacés vers l’étranger, dans les pays d’origine des immigrés en question.) L’immigré est passé du statut de « voleur de jobs » à celui de « voleur d’identité nationale ».

S’installe donc une certaine peur de perdre sa propre identité « chez soi » au profit d’une autre culture dont les fondements religieux sont en contradiction avec une conception occidentale, moderne et libérale de la vie individuelle et en société.

Résultat ? Le discours populiste a évolué. Terminés, les slogans du type « 2 millions de chômeurs, c’est 2 millions d’immigrés de trop », comme on a vu en France avec le Front National. On parle désormais de laïcité et de neutralité pour éviter toute accusation de xénophobie. Cela permet de dénoncer l’immigration de manière plus acceptable aux yeux de l’électorat. Ce n’est plus à l’immigré qu’on s’attaque, mais à ses signes religieux, et ce, au nom des « valeurs nationales ».

« Le Québec aux Québécois » ?

Ici comme ailleurs, une partie de la population se sent (et se sentira) abandonnée au bord du chemin dans un monde qui change de plus en plus vite. Un monde où l’on est témoin d’un cosmopolitisme, d’un pluralisme et d’un goût croissant pour le métissage, ainsi que d’une impression de perte de l’identité québécoise traditionnelle.

Ainsi, certains considèrent que le Québec « est de moins en moins le Québec » et s’inquiètent de l’avenir. Ils deviennent plus pessimistes, plus fermés. On voit apparaître un repli sur soi, de même qu’une volonté de mettre au pas tout ce qui semble entacher l’homogénéité québécoise.

Pour cette raison, les questions de la neutralité et de la laïcité d’exclusion sont devenues un moyen de contenir la poussée des minorités religieuses. Un peu comme si une neutralité pure et dure était utilisée comme rempart identitaire contre des minorités religieuses qui envahissent l’Occident.

Conséquemment, l’interdiction du turban sur les terrains de soccer québécois s’est transformée en symbole de résistance et d’identité nationale. Le mot d’ordre est de ne pas céder un pouce, de rester ferme dans ses convictions… même pour de simples enfants qui jouent au soccer.

Philippe Bernier Arcand est l’auteur de La dérive populiste (Poètes de brousse, 2013) et de Je vote moi non plus (Amérik Média, 2009).

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