Le visage sur le poteau

Il faut beaucoup de courage pour oser se lancer en politique. Et pourtant, il s’agit d’un volontarisme indispensable pour la poursuite de la démocratie.

Photo : Christian Blais pour L'actualité

Maintenant que les élections se tiennent le premier lundi d’octobre au Québec, le printemps qui les précède enclenche tout un mouvement. Des élus annoncent leur départ de la politique ; celles et ceux qui aspirent à les remplacer s’avancent.

Tout ce va-et-vient dessine un grand portrait électoral : les partis qui attirent les candidats et les formations qui sont désertées ; les élus qui sont devenus un poids et les vedettes à placer… Mais il est facile d’être cynique quand on s’en tient aux stratégies.

Or, quand je m’arrête à toutes ces personnes, en chair et en os, qui font le choix de tenter leur chance, ça m’émeut. Ils sont fous, ces candidats ! Ne savent-ils pas que si la vie politique a toujours été exigeante, elle est aujourd’hui carrément cruelle ?

Il y a, au premier chef, le choc des commentaires sur les réseaux sociaux, où les propos vitrioliques côtoient la plus grande vulgarité. Et ils sont impossibles à ignorer, puisque s’investir dans l’espace public exige dorénavant d’occuper aussi sa part virtuelle.

Que doit alors faire le candidat pour sauver sa santé mentale ? Se constituer une carapace en faisant croire que rien ne l’atteint ? J’ai ici une pensée pour les proches qui, dans l’ombre, reçoivent le trop-plein de découragement et de peine que les aspirants élus ne doivent surtout pas montrer en public.

L’autre option, c’est de s’en tenir aux propos prudents, au risque de ne pas se distinguer. Tout un pari quand on a une élection à gagner !

La politique est plus que jamais un tue-monde, une arène où les résultats sont incertains. Et pourtant, chaque élection attire son lot d’aspirants aux sièges à pourvoir.

La victoire ne résout d’ailleurs pas le dilemme. À moins de devenir ministre, le député a peu d’occasions de se faire valoir. Seuls les aficionados de mon espèce se plaisent à suivre les périodes de questions et les commissions parlementaires, et sont donc en mesure de départager les interventions pertinentes des petites phrases accrocheuses qui nourrissent la notoriété. Sans flamboyance, l’élu n’existe pas aux yeux de la population.

Par ailleurs, les enjeux se sont complexifiés. Des problèmes locaux sont gérés par Québec, qui attend de l’argent d’Ottawa, qui est soumis à des échanges et à des défis qui dépassent les frontières… Tout finit par devenir insaisissable ou insoluble. La marge de manœuvre des élus a terriblement rétréci.

Les désillusionnés de leur passage en politique ne le clament pas aussi crûment que Lise Payette en 1981 dans son célèbre ouvrage Le pouvoir ? Connais pas ! (alors qu’ex-ministre, elle laissait des réalisations fortes et concrètes, comme l’assurance automobile et l’égalité entre conjoints au Code civil), mais nombre d’entre eux en pensent tout autant.

En somme, la politique est plus que jamais un tue-monde, une bouffeuse d’énergie, d’émotions et de vie privée, une arène où les résultats sont incertains, insatisfaisants, et souvent ignorés de ceux que l’on représente. Tout ce que l’on n’accepte plus dans les milieux de travail.

Et pourtant, peu importe le palier de gouvernement ou d’administration, chaque élection attire son lot d’aspirants aux sièges à pourvoir.

Il y a des curieux de tenter l’expérience, des partisans de causes à défendre, des habitués de l’implication citoyenne prêts pour une nouvelle étape, des militants de parti, des accros à l’adrénaline et, il ne faut pas rêver, des opportunistes aussi. Je suis toutefois convaincue que ceux-ci sont moins nombreux que par le passé, tant faire campagne, puis siéger, est devenu une activité sous haute surveillance.

C’est d’ailleurs l’exposé de toutes ces formes de motivation qui m’a le plus intéressée en lisant l’ouvrage Sauver la ville, que Daniel Sanger a consacré à la fondation puis à l’arrivée au pouvoir de Projet Montréal.

L’auteur, impliqué pendant neuf ans au sein de ce parti municipal montréalais, est également journaliste de profession et en a donc raconté l’histoire sans faux-fuyants, au grand plaisir des curieux des coulisses de la politique. Cet aspect a retenu l’attention des médias.

J’ai pour ma part encore plus apprécié la description précise et sensible qu’il fait de la construction d’un parti, un sujet rarement évoqué ainsi. On trouve là un mélange de gens qui s’y joignent par conviction ou par hasard et qui se dévouent ou se tiraillent pour que ça marche. Il y a autant de sourires que d’écorchures, de conquêtes que de trahisons, de fatigue que d’emballement. Et c’est fascinant parce que tous ces gens pouvaient simplement rester chez eux.

Je salue donc ceux et celles qui retourneront à la maison cet automne après avoir accompli leur engagement civique, qu’il ait été couronné de succès ou non, et particulièrement toutes les nouvelles têtes que nous découvrirons au cours des prochaines semaines. Ces candidats sont fous, mais indispensables !

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