L’école de la fierté

Située à Montréal-Nord, l’école Henri-Bourassa fait des pieds et des mains pour contrer le décrochage. Et ça marche !


Photo: Yves Beaulieu

Quand l’équipe de football de 5 e secondaire de l’école Henri-Bourassa en affrontait une autre, il y a sept ans, les gradins étaient vides. « Les gars gagnaient un championnat et il n’y avait personne pour fêter ça », raconte Manon St-Maurice, professeure d’histoire. La direction avait interdit aux élèves d’assister aux parties afin d’éviter les bousculades et les bagarres, comme il s’en était parfois produites dans les années précédentes.

Aujourd’hui, Jean-François Bouchard, directeur depuis un an, dit recevoir des compliments sur le comportement des élèves quand les équipes de l’école jouent ailleurs. « À l’époque où j’étais adjoint à la direction, mon patron, Emilio Panetta, et moi avions décidé qu’on ne pouvait pas continuer d’exclure les jeunes comme ça, dit-il. Alors, pendant des mois, les professeurs ont parlé en classe des comportements adéquats à adopter pour soutenir nos équipes, par exemple applaudir et encourager nos joueurs, sans insulter ni menacer leurs adversaires. Au fond, on a rétabli le dialogue avec les élèves et on a changé l’image qu’ils se faisaient d’eux-mêmes et de leur école. »

Henri-Bourassa, située dans l’est du quartier défavorisé de Montréal-Nord, accueille une jeunesse bigarrée : Noirs, Latinos, Québécois de souche. Des fenêtres d’une classe du deuxième, on aperçoit le parc où le jeune Fredy Villanueva a été tué récemment par un policier.

« On se trouve peut-être dans un quartier pauvre, mais l’école, elle, n’est pas pauvre, dit le directeur, âgé de 41 ans. Celle-ci devient une sorte de château fort qui résiste à la pauvreté. Et comme ça, une fierté s’installe. » Devant l’école, on croise d’ailleurs des élèves qui portent fièrement le t-shirt des équipes sportives d’Henri-Bourassa, les Béliers.

Le gros des efforts de l’équipe de direction a consisté à contrer le décrochage scolaire. À ce chapitre, on constate que l’indicateur d’impact de l’école — qui mesure la qualité de l’encadrement scolaire — est passé de 75,3 % en 2002-2003 à 92,9 % en 2006-2007. Ce qui la place parmi les 10 meilleures maisons d’enseignement de la province pour son apport au cheminement des élèves.

« Pour ne pas perdre nos élèves, on a mis le paquet au 1 er cycle, dit le directeur. Parce que c’est pendant les deux premières années du secondaire que tout se joue. » Ainsi, quand le rendement d’un élève donne des signes d’essoufflement, les professeurs analysent la situation scolaire et familiale du jeune. Ils peuvent diriger ce dernier vers un programme de formation professionnelle offert au collégial ou vers le programme des métiers semi-spécialisés (aide-menuisier, aide-cuisinier, aide-infirmier), qui se donne au secondaire.

Au sous-sol se trouve un des quatre groupes des métiers semi-spécialisés. Une vingtaine d’élèves sont rassemblés autour de leurs deux enseignants. « Nous avons décidé que ces élèves devaient être guidés par nos meilleurs profs, dit le directeur. Et nous avons pu nous permettre ce faible rapport professeur-élèves — un pour 10 — grâce au programme Agir autrement, du ministère de l’Éducation, qui aide financièrement les écoles des quartiers difficiles. »

Je demande aux élèves ce qu’ils veulent faire plus tard. Jessica, d’origine haïtienne, veut devenir intervenante sociale. Lorena, dont les parents sont latino-américains, aspire à être chef cuisinière. Maxime s’intéresse à l’ébénisterie. Dans les mois à venir, avec le concours de l’école, ils feront une visite chez des employeurs potentiels de leur coin ou d’autres quartiers.

Tandis que des dizaines d’élèves vont et viennent dans les corridors, il m’explique : « Il faut surtout comprendre que depuis cinq ans, peut-être six, on s’est beaucoup battus contre l’idée qu’il n’y a qu’une voie, la “voie royale” qui mène à l’université. Parce que, pour nous, il n’y a pas de mauvais métier. Tout travail peut être digne, si on le fait consciencieusement. »

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