L’effet MBC

Mathieu Bock-Côté influence le Québec. Pour le meilleur ou pour le pire ? Ça dépend à qui on pose la question.

Photo de Martin Girard ; assistant photo : Vincent Sauriol-Nadeau ; Coiffure et Maquillage : Marilou Bergeron ; Production : Shoot Studio.

«Ça me révolte, ce deux poids deux mesures à l’égard des gens de mon camp. Ça me choque pour vrai ! » 

Je trottine dans Paris derrière un Mathieu Bock-Côté sur les nerfs, vêtu d’un élégant costume rayé dont je remarque qu’il est hélas taché de dentifrice au bas du veston. Mais pour l’instant, ce n’est pas le principal souci du sociologue-vedette, bien connu pour ses chroniques dans Le Journal de Montréal et Le Journal de Québec ainsi que pour sa participation à l’émission politique La joute, sur LCN. Il est contrarié depuis qu’à sa demande, je lui ai nommé quelques-uns de ses détracteurs interviewés pour ce portrait, car il estime que j’ai fouillé au « fond de la poubelle » pour trouver jusqu’au dernier qui le conspue. 

« Dans les faits, j’ai un appui populaire très important auprès de la population et des politiciens. Alors pourquoi tu te sens obligée, au nom de l’objectivité journalistique, de me définir à partir de la petite minorité d’intellos qui m’haïssent à s’en confesser ? » poursuit-il tandis que nous montons dans la voiture nous conduisant à CNews, propriété de Canal+. 

La chaîne d’information en continu se spécialise dans le « décryptage et les opinions avec un grand “s”, ne s’interdisant aucun intervenant ni aucun thème », selon la ligne officielle. Le Montréalais y a été recruté en 2021 afin d’animer sa propre émission d’analyse et d’entretiens le samedi soir, Face à Bock-Côté, et pour agir comme éditorialiste quatre fois par semaine à Face à l’info, le show de 19 h. Il intervient aussi tous les jours à la radio privée Europe 1, en plus de participer le dimanche à l’émission Le grand rendez-vous. C’est sans compter toutes les offres qu’il a refusées de la part d’autres chaînes françaises. Jamais un intellectuel québécois n’a rayonné autant sur la scène médiatique européenne, estiment de nombreux experts.  

Le temps est doux en ce jeudi soir de mai, mais l’heure n’est pas à la contemplation des lauriers-roses en fleurs alors que le taxi file dans Paris. Mathieu Bock-Côté est aussi fiévreux en privé qu’à la télé ; sa voix a des pointes aiguës lorsqu’il s’enflamme, et ses lunettes à monture noire revolent quand l’exaspération est à son comble. 

J’ai toujours été intriguée par ce personnage démesuré, avec qui j’ai beaucoup échangé au tournant des années 2010, à l’époque où il avait une chronique au journal 24 heures. Je n’avais plus de contacts personnels avec lui depuis 10 ans, mais entre-temps, Mathieu Bock-Côté est devenu « MBC », un acteur de la vie publique difficile à manquer. Communicateur atypique au débit mitraillette, joyeux en même temps que belliqueux, « il a su imposer ses codes dans les médias plutôt que de se laisser domestiquer », estime son meilleur ami depuis 20 ans, l’écrivain Carl Bergeron.

Au-delà de l’énergumène, qui s’attribue souvent à la blague le titre de « sauveur de l’Occident », c’est surtout la portée de ses idées qu’il me semble essentiel de creuser. Car l’homme a de l’influence auprès du peuple et des élites. Et le moins qu’on puisse affirmer, c’est qu’en cette « époque de réchauffement global des passions politiques », comme il en convient lui-même, ses opinions ne passent pas comme du beurre dans la poêle. Ni sa manière de s’exprimer d’ailleurs. MBC dérange. 

« Je suis probablement l’intellectuel le plus insulté au Québec », me dit-il, moins soucieux des conséquences sur sa personne que sur la quiétude des gens qu’il aime. Les conférences qu’il donne sont souvent encadrées par des services de sécurité, surtout depuis qu’il a été entarté dans une librairie de Québec, en 2017, et il reçoit son lot de menaces de mort, dont une fait actuellement l’objet d’une enquête.

Il ne faut pas chercher longtemps sur les réseaux sociaux pour trouver dans tous les camps des réactions déchaînées par rapport aux prises de position de Mathieu Bock-Côté, ce qui révèle une fracture abyssale sur certains enjeux. Par exemple lorsqu’il affirme que le port du voile en garderie est un « scandale », car il sert à « marquer la présence de l’islam politique dans l’espace public » ; que l’écriture inclusive est une invention des « néoféministes conspirationnistes », qui s’affaireraient en plus à abolir le mâle blanc hétérosexuel ; ou encore quand il s’oppose au « brutal » retrait des catégories « père » et « mère » sur des documents administratifs.

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L’intellectuel indépendantiste de 42 ans, qui se définit sur le plan philosophique comme un libéral conservateur (c’est-à-dire « attaché à la démocratie libérale, aux libertés publiques, à la souveraineté populaire, à l’identité nationale »), accepte rarement de participer à des portraits, car il ne croit pas « à la bonne foi naturelle » des journalistes à son endroit. Selon lui, les artisans des médias, tout comme les universitaires, sont nombreux à avoir bu le Kool-Aid de ses adversaires idéologiques, soit les militants de la nouvelle gauche, qu’il qualifie de wokes

Les activistes qu’il pointe ainsi sont ceux qui parlent de « privilèges blancs », qui revendiquent par exemple qu’on ne prononce plus le « mot en n », même pour nommer le titre d’un livre, et qui déboulonnent des statues de personnages historiques ayant des squelettes dans le placard. À ses yeux, les idées qu’ils colportent témoignent d’une « dévastation globale des consciences » en Occident, et seraient une autre manifestation de la « tentation totalitaire » que porte en elle la modernité, comme l’a été le communisme.

Son antipathie envers la « gauche culturelle » ferait que les articles sur lui ont tendance à tourner à l’entreprise de « diabolisation », dit-il — un sort qu’il estime d’ailleurs réservé à la majorité des personnalités de sa famille politique. Les journalistes leur accoleraient les étiquettes les plus rébarbatives — populistes, xénophobes, réactionnaires, fascistes — dans le but d’obtenir leur mort sociale. C’est pourquoi il a l’habitude d’enregistrer les rencontres de son côté, afin de publier sa version des faits s’il trouve le reportage malhonnête.

Toujours est-il qu’il a accepté de se prêter à l’exercice cette fois. Et en dépit de ses crispations — par exemple lorsque j’utilise une expression qui trahirait à ses yeux mon adhésion au « wokisme », telle que « personnes racisées » —, il se révèle un interviewé remarquablement disponible, qui ne rate aucune occasion de rire de lui-même, parfois avec cruauté. 

Ses amis m’avaient mentionné, avant que je débarque en France, à quel point MBC est comme un poisson dans l’eau en ce moment, à commenter tous les jours l’actualité, à ferrailler avec des politiciens, des philosophes, des historiens de toutes les chapelles. « C’est un laboratoire intellectuel à ciel ouvert ici, les possibles politiques sont infiniment plus nombreux que dans une démocratie pragmatique comme la nôtre, dit-il. C’est fascinant à analyser. » 

L’essayiste court d’un rendez-vous à l’autre avec une énergie quasi surhumaine, son téléphone à la main, sacrant dès qu’une petite emmerde le retarde — un taxi qui ne vient pas, un objet qu’il échappe, un pépin informatique. Dans les corridors de CNews, il marche si vite que je peine à le suivre. Il arrive toujours à l’avance, soucieux de réviser ses interventions avant d’entrer en ondes. C’est aussi le premier à descendre au studio d’enregistrement, tout comme il était le premier à s’asseoir en classe à l’école. 

Face à l’info est une émission de débats où l’ex-chroniqueur Éric Zemmour avait l’habitude de faire des vagues, avant de quitter son poste pour briguer la présidence de la République. En juillet dernier, CNews a d’ailleurs été condamnée à une amende de 200 000 euros pour des propos tenus à l’antenne par le polémiste en 2020 : il avait notamment traité des jeunes migrants d’« assassins » et de « violeurs », en plus d’affirmer que les migrants constituaient une « invasion permanente » et qu’il fallait « les renvoyer ». L’homme a fait l’objet de nombreuses poursuites ces dernières années, entre autres pour exhortation à la haine envers les musulmans.

Éric Zemmour est un ami de MBC. Dans un chapitre de son essai Le nouveau régime (Les Éditions du Boréal, 2017), ce dernier qualifie même le Français d’« admirable dissident ». Mais ce n’est pas parce que le sociologue occupe désormais le siège de « Z » à CNews qu’il faut essayer de le définir par lui, insiste-t-il. « On peut critiquer ses propositions, ce que j’ai fait d’ailleurs ; je trouve qu’il a un esprit de système, et on a un désaccord depuis longtemps au sujet de Vladimir Poutine. » (Éric Zemmour a déjà dit qu’il rêvait d’un Poutine français, alors que MBC se « méfie d’un homme formé par le KGB », en plus de ne pas « aimer les empires totalitaires ».)

Cela étant, Mathieu Bock-Côté refuse de démoniser l’ex-éditorialiste. « Ça me rend malade quand la meute se jette sur l’ennemi public du moment. » Peu importe qui, souligne-t-il : il a pris la défense de la députée Marie Montpetit — une libérale ! ― lorsqu’elle a été expulsée du caucus sur la base d’allégations. « Tous les médias s’étaient mis sur son dos. La tentation de lynchage qui habite le cœur de l’homme est atroce. » 

Quand je lui fais remarquer qu’il a pourtant le verbe féroce à l’égard de ses adversaires — les wokes seraient des « minorités tyranniques » et « braillardes », des « militants agités du bocal », obsédés par un « antiracisme débile et paranoïaque », et j’en passe —, il rétorque que lui, au moins, ne personnalise pas ses attaques ; il dénonce un mouvement. 

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La greffe a bien pris avec l’équipe de CNews. Il faut dire que MBC a un talent pour l’amitié — beaucoup m’ont parlé de sa générosité sans limites, de son côté protecteur aussi. Un homme-chêne sur qui tout le monde s’appuie. Ses collègues, qui le qualifient tantôt de « Depardieu des intellectuels », tantôt de « géant des Amériques » — l’homme fait 1,88 m —, sont sidérés par sa connaissance encyclopédique de la politique française. Il en connaît mille et une subtilités, passées comme présentes, mieux encore que bien des Français.

Du plus loin qu’il se souvienne, Mathieu Bock-Côté s’est passionné pour ce pays. Ado, il récitait par cœur les discours prononcés par Charles de Gaulle quand il est venu au Québec, en 1967, et dont son père possédait les enregistrements sur vinyle. Le vendredi, c’était la traditionnelle virée familiale au dépanneur Provi-soir de sa ville natale, Lorraine, en banlieue de Montréal, pour aller chercher L’Express, Le Nouvel Observateur, Le Figaro Magazine, Le Point.

Or, le voilà qui occupe à son tour le siège convoité de chroniqueur du samedi dans le journal de droite Le Figaro, l’un des quotidiens les plus lus dans l’Hexagone. Son émission Face à Bock-Côté fédère 300 000 téléspectateurs, le double par rapport à celle qui occupait la même case horaire l’année d’avant. 

Ses ouvrages aussi sont remarqués. MBC a conquis le cœur de Nicolas Sarkozy, ex-président de la République, grâce à son dernier livre, La révolution racialiste et autres virus idéologiques (Les Presses de la Cité, 2021), qui s’était écoulé à 26 000 exemplaires dans la francophonie en date de juin, dont 10 000 au Québec. Ça lui a même valu l’honneur d’un repas grandiose l’an dernier dans les bureaux de l’ancien chef d’État. Son essai Le multiculturalisme comme religion politique (Les Éditions du Cerf, 2016), tiré de sa thèse de doctorat à l’UQAM, a circulé auprès des conseillers de l’ex-premier ministre François Fillon alors que celui-ci aspirait à la présidence de la France, en 2017.

« Mathieu Bock-Côté a maintenant son rond de serviette au sein de l’écosystème des nouveaux conservateurs de droite en France, dont le combat est de défendre la civilisation judéo-chrétienne face à la présence accrue de l’islam en Occident », constate la rédactrice en chef adjointe du magazine français La Vie, Pascale Tournier, auteure d’une enquête sur ce mouvement (Le vieux monde est de retour : Enquête sur les nouveaux conservateurs, Les Éditions Stock, 2018).

Ces penseurs sont désormais perçus comme un contre-pouvoir important, « même s’ils ont essuyé un revers avec la défaite de leur candidat Éric Zemmour aux élections présidentielle et législatives », m’explique-t-elle. C’est qu’ils disposent d’une organisation médiatique de plus en plus considérable, à laquelle « MBC est utile », selon elle. En effet, CNews et Europe 1 font partie du vaste empire médiatique qu’élabore depuis quelques années Vincent Bolloré, un industriel breton dont la presse dit qu’il est un fervent catholique. 

Si la voix de Mathieu Bock-Côté résonne autant en ce moment, c’est « parce qu’il avait prévenu la France de phénomènes présents aux États-Unis et au Canada, comme la cancel culture et le rêve d’une société multiculturelle absolue », estime pour sa part Vincent Trémolet de Villers, directeur adjoint de la rédaction au journal Le Figaro. « Il nous disait de prendre ça au sérieux, que ça s’en venait chez nous. Et c’est arrivé. » En effet, les questions de genre, de race et d’orientation sexuelle se sont invitées comme jamais dans le débat public pendant les élections du printemps 2022.  

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La nouvelle star goûte à son succès en France, répondant avec bonhomie à ceux qui l’interpellent tous les jours pour lui dire leur admiration. J’ai même rencontré un chauffeur de taxi qui, reconnaissant mon accent « canadien », m’a fait visionner sur son cellulaire le Top 10 des masterclass de Mathieu Bock-Côté, soit 10 de ses citations percutantes, me chargeant à la fin de bonbons à lui remettre en cadeau. Abdel, le chauffeur, est un musulman pratiquant qui a opéré un virage à droite en politique. « À force d’entendre la gauche nous dire que les Français nous excluent, on en vient à intégrer la perception que c’est eux contre nous, les immigrés. Je suis plus serein depuis que je me sens partie prenante de ce pays. »

J’avais gardé de Mathieu Bock-Côté le souvenir d’un intellectuel débraillé qui roulait en minoune, mais Paris a fait de lui un gentleman en complets taillés sur mesure, avec pochettes en soie et chaussures en cuir Crockett & Jones. « Et puis, j’ai assez maigri pour porter des cravates ! » Il y a trois ans, à l’âge de 39 ans, il a appris du jour au lendemain qu’il avait un cancer, sans avoir eu le moindre signe annonciateur, et qu’on devait l’amputer d’un rein. Face à la perspective d’une fin si abrupte, il a vacillé. « Je ne me savais pas capable d’atteindre de tels abîmes », a-t-il déjà écrit. 

Aujourd’hui, il adresse ses plus belles prières au ciel à chaque scan de vérification (il dit préférer « douter dans l’Église que hors de l’Église »), et il tâche de manger plus de salade et moins de charcuterie. Un supplice pour cet amoureux du « banquet » aux excès légendaires. « Je suis comme l’Univers, en perpétuelle expansion ! » confesse l’intellectuel.

Dans les restos où il oublie fréquemment ses bonnes résolutions, entre autres la célèbre brasserie La Rotonde, dans Montparnasse, il est accueilli avec déférence. Ce n’est pas pour lui déplaire : l’homme est « terriblement vaniteux », admet-il, imitant un chat qui veut toujours plus de grattouilles sur la bedaine. La gloire est son aspiration principale, dit-il, plus que le pouvoir et bien davantage que l’argent, auquel il prétend être plutôt indifférent, même s’il préfère « en avoir plus que moins ».

En particulier pour s’acheter des livres, qui s’accumulent en piles partout dans son trois-pièces désordonné du 6e arrondissement. À Montréal, où il a conservé son appartement sur le Plateau-Mont-Royal, il en possède 15 000 classés par thèmes, y compris une vaste collection La Pléiade, dont il annote au crayon les luxueuses pages en papier bible. Un sacrilège, admet-il. « Ma plus grande peine en ce moment, c’est de ne pouvoir m’astreindre à mes huit heures de lecture par jour. »

Malgré la notoriété et la vie mondaine, MBC affirme rester un « mononc’ avec un doctorat », aux goûts « ordinaires de gars ordinaire ». Sa culture cinématographique et musicale s’est arrêtée quelque part au début des années 1990, à l’époque de « November Rain », de Guns N’ Roses, lui a déjà fait remarquer sa compagne, la journaliste et animatrice Karima Brikh. « J’aime les musiques qui donnent envie de partir en croisade, dit-il, comme la bande originale du film Gladiateur ! »

En couple avec l’intellectuel depuis 11 ans, Karima Brikh confirme que son homme « est très simple, drôle, facile à vivre au quotidien ». Sur un banc du jardin du Luxembourg, au milieu des familles qui profitent du samedi, elle me raconte en riant leur premier voyage en amoureux, à Hawaï. Tout enthousiaste, il était allé la rejoindre avec une valise en cuir ne contenant que des livres — pas de maillot, pas de t-shirt, pas de sandales, rien. 

L’animatrice, qui fera elle aussi partie de la famille Canal+ cet automne, refuse d’ordinaire toute entrevue au sujet de son conjoint. Parce que c’est un « exercice périlleux » pour elle, étant donné son métier qui commande de la distance, de l’indépendance. « Mathieu est connu pour ses positions publiques, mais moi, je ne suis pas militante, ce n’est pas mon travail », précise la gracieuse brune originaire du quartier Côte-des-Neiges, dont le père était un immigré algérien. « D’un point de vue extérieur, tout nous opposait au départ. Et sur certaines choses, on ne pense pas de la même manière. Mais je ne me suis pas “matchée” avec des politiques. » 

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MBC tape sur les mêmes clous depuis 20 ans, avec souvent les mêmes formules, à la virgule près. « Ça a une fonction pédagogique ; quand l’expression est bien ciselée, ça frappe l’imagination, ça laisse une trace. » Amis comme ennemis observent qu’il ne cède jamais un pouce et ne connaît pas le doute — il est convaincu de « dire le vrai », et de le dire avant tout le monde. La journaliste Emmanuelle Latraverse, qui l’affronte lors de débats à La joute, en plus d’être proche de lui dans la vie privée, juge que l’intellectuel a le mérite d’aborder de front des sujets tabous au Québec. Elle note toutefois que « sa quête idéologique le pousse à voir le monde avec des œillères, au risque de se tromper ».

Le sociologue, lui, estime avoir contribué à faire renaître un type de nationalisme indépendantiste centré sur tout ce qui touche l’identité nationale. Et pas question de lâcher le morceau, malgré la France. Il est prêt à rogner radicalement sur son sommeil pour continuer à faire quatre chroniques par semaine dans Le Journal de Montréal et Le Journal de Québec, deux participations hebdomadaires à La joute, plus une intervention quotidienne à l’émission de Richard Martineau, sur QUB radio.

« Je suis hanté par l’idée d’être contemporain de la disparition de mon peuple, ça me brûle », m’explique-t-il un soir au bar de l’hôtel Lutetia, à Paris, en se tortillant sur une chaise trop basse pour lui. Il enchaîne les whiskys sans que cela altère sa verve d’un chouia. Son combat pour l’indépendance du Québec, il le mène parce qu’autrement, dit-il, l’identité de la majorité historique francophone se désagrégera en une ou deux générations. Il faut donc qu’une petite bande garde vivant l’idéal d’une nation souveraine, « pour que, le jour où les circonstances rendront possible à nouveau sa réalisation, il puisse ressurgir au cœur de la cité ».

Mathieu Bock-Côté n’a pas pêché sa ferveur nationaliste chez le voisin. Son père, Serge Côté, professeur d’histoire au cégep de Rosemont, était membre de l’Alliance laurentienne, l’un des premiers mouvements indépendantistes du Québec moderne, fondé en 1957. Sa mère, Muguette Bock, enseignante au primaire aujourd’hui décédée, était aussi indépendantiste, mais ne se mêlait pas de politique. Elle s’amusait plutôt de voir les deux hommes de la maison être « obsédés par les mêmes affaires ». 

Amis comme ennemis observent qu’il ne cède jamais un pouce et ne connaît pas le doute — il est convaincu de « dire le vrai », et de le dire avant tout le monde.

À 12 ans, il militait déjà pour l’indépendance, distribuant dans son voisinage des dépliants contre l’accord de Charlottetown, tentative du premier ministre canadien Brian Mulroney pour amener le Québec à adhérer au rapatriement de la Constitution. Plus tard, ce serait le comité local du Oui au référendum sur la souveraineté de 1995. Il n’a jamais digéré cet échec, dont il parle comme un parent de son enfant mort-né, lui a déjà fait observer une amie. « La machine était prête, la mobilisation était exceptionnelle, mais ça a avorté. » Il ne cesse de retourner l’histoire dans sa tête. Pour lui, c’est l’inadvenu. « Et surtout, je réfléchis aux conséquences actuelles. »

Mathieu Bock-Côté est la tête d’affiche d’un mouvement qui a favorisé l’émergence du parti présentement au pouvoir au Québec, estime Frédéric Boily, professeur au Campus Saint-Jean de l’Université de l’Alberta. À la mi-août, le politologue publiera un essai se consacrant à cette question, Génération MBC : Mathieu Bock-Côté et les nouveaux intellectuels conservateurs (Presses de l’Université Laval). Parmi cette bande, qu’il a baptisée « les conservateurs contestataires », figurent l’historien Frédéric Bastien, l’essayiste Jérôme Blanchet-Gravel et l’ex-député péquiste Martin Lemay. Plusieurs gravitent autour de L’Action nationale, une revue intellectuelle fondée en 1917 qui organise aussi des séminaires de réflexion depuis 20 ans, à l’initiative de MBC d’ailleurs. 

S’il est de loin l’acteur le plus influent de ce courant, MBC n’est pas le gourou de François Legault, nuance Frédéric Boily, même si le premier ministre a déjà chanté les louanges d’un de ses livres, L’empire du politiquement correct, sur les réseaux sociaux. « C’est surtout que le chroniqueur a mis sur la table des idées que la CAQ pouvait reprendre. »

MBC lui-même tempère son influence. Certes, il a plusieurs amis à la CAQ — tout comme au PQ. Ses textes ont déjà circulé au caucus du gouvernement et il est parfois consulté sur certains enjeux, à l’instar d’autres penseurs. « Mais mon lobbying principal, soit l’indépendance du Québec, fonctionne très modérément ! » Et il n’a pas réussi à convaincre la CAQ d’imposer la fréquentation du cégep en français (la fameuse « loi 101 au cégep »), l’un de ses grands combats.

Frédéric Boily juge néanmoins que l’essayiste a contribué à des changements dans l’environnement intellectuel, qui font que le gouvernement Legault peut aujourd’hui se réclamer de la pensée nationaliste conservatrice de manière décomplexée. « Autrefois, ça aurait été très mal vu, car le nationalisme au Québec était beaucoup plus associé à la gauche », explique le chercheur, qui observe que la CAQ a opéré ce virage après les deux défaites aux élections provinciales de 2012 et de 2014. « Les dirigeants du parti ont alors réalisé qu’ils ne pouvaient aspirer au pouvoir en tablant seulement sur le programme de droite néolibérale de leur ancêtre, l’ADQ. Ils devaient aussi miser sur la question de l’identité québécoise. »

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Pour comprendre l’origine de la pensée nationaliste conservatrice, il faut rappeler qu’après la défaite du référendum de 1995, la famille souverainiste a été frappée d’une « mauvaise conscience » (une expression qui s’est imposée à la parution d’un essai du sociologue Jacques Beauchemin, L’histoire en trop : La mauvaise conscience des souverainistes québécois (VLB éditeur, 2002). C’est que la célèbre déclaration du premier ministre Jacques Parizeau sur « l’argent et des votes ethniques », pour expliquer la défaite, avait heurté bien des minorités. Par la suite, dans une volonté de réparer les pots cassés, une transition s’est amorcée vers une approche « interculturaliste », c’est-à-dire axée sur l’inclusion des diverses identités culturelles, notamment sous l’impulsion de l’historien Gérard Bouchard. 

Certains intellectuels — dont le professeur à l’UQAM Jacques Beauchemin, qui a joué un rôle déterminant dans l’évolution de la pensée de MBC à titre de mentor à la maîtrise et au doctorat — s’opposent à cette vision du nationalisme depuis le début des années 2000. Selon eux, il faut conserver la majorité historique francophone au cœur de l’identité nationale, majorité qui se bat pour ses droits et sa survie depuis la Conquête de 1759-1760, afin d’en préserver la mémoire, à une époque où la mondialisation menace la singularité des communautés nationales.

C’est dans cet esprit que MBC et compagnie s’élèvent contre le multiculturalisme canadien, une politique adoptée au début des années 1970 par le libéral Pierre Elliott Trudeau, devenue une loi en 1988, qui décrète que la diversité culturelle et raciale est une « caractéristique fondamentale » du Canada, et que cela doit se traduire par « la reconnaissance et l’estime réciproque des diverses cultures du pays », et mener à la promotion de « l’expression et [des] manifestations progressives de ces cultures dans la société canadienne ». En d’autres termes, les deux peuples fondateurs du Canada n’ont pas préséance sur les autres communautés ethniques du pays. 

« Je suis hanté par l’idée d’être contemporain de la disparition de mon peuple, ça me brûle »

Mathieu Bock-Côté

Or, les nationalistes conservateurs jugent que cette philosophie politique noie la spécificité de la majorité francophone — ils y voient même une manœuvre du gouvernement fédéral pour contrecarrer la velléité d’indépendance des Québécois. De plus, la politique multiculturaliste entraîne une « inversion du devoir d’intégration », selon Mathieu Bock-Côté, car ce n’est alors plus aux immigrants de s’adapter à la société d’accueil, mais plutôt à la société de s’adapter à la culture des nouveaux venus. 

Il donne en exemple les mesures pour les accommoder sur le plan religieux, telles que le port du kirpan à l’école. La Cour d’appel du Québec avait interdit cette dague cérémonielle chez les sikhs en 2004, à la suite d’une contestation judiciaire opposant un père à une commission scolaire de Montréal. Mais deux ans plus tard, la Cour suprême a annulé cette décision, arguant que la liberté religieuse prime les enjeux de sécurité. L’histoire avait provoqué de houleux débats. 

Ces aménagements particuliers ont pour effet de fragmenter la société, d’empêcher le ralliement autour d’une vision commune de l’existence au sein de la nation, croient les contestataires, qui ne sont pas des « nostalgiques d’un Canada français appelé à disparaître », précise le politologue Frédéric Boily. « Leur posture est celle du combat : ils veulent propager leur vision, convertir leurs compatriotes, quitte à exacerber les passions pour attiser les flammes du désir national. Ils ne sont pas dans un esprit de modération des débats. »

La querelle la plus explosive à laquelle ils participent concerne l’immigration — un enjeu délicat au Québec depuis la crise des accommodements raisonnables, qui a éclaté dans la foulée de l’invalidation du jugement sur le kirpan à l’école. La succession d’incidents qui ont ensuite défrayé la chronique, tels le fameux « code de vie » d’Hérouxville et l’affaire des vitres givrées du YMCA d’Outremont, a mené en 2007 à une commission de consultation présidée par Gérard Bouchard et Charles Taylor, dont le mandat était de « dresser le portrait des pratiques d’accommodement » au Québec, puis de faire des recommandations pour que ces pratiques soient « conformes aux valeurs de la société québécoise pluraliste, démocratique et égalitaire ».

Refusant d’adhérer à la « propagande multiculturaliste » qui sévirait depuis la commission, Mathieu Bock-Côté répète à tout vent qu’il faut réduire le nombre de nouveaux venus qui arrivent chaque année — sans toutefois chiffrer le seuil acceptable —, et aussi fermer le chemin Roxham, emprunté par des immigrants irréguliers pour franchir la frontière canado-américaine.

La survie de la majorité historique francophone en dépend, estime-t-il, s’appuyant sur des données qui laissent entendre que son poids démographique ne cesserait de baisser depuis 30 ans, en particulier dans les couronnes de Montréal (les chiffres sur la place du français au Québec sont cependant l’objet d’interprétations contradictoires entre démographes, certains étant moins alarmistes que d’autres). 

MBC revient sur « l’anglicisation de Laval », un cas qu’il cite souvent parce qu’à ses yeux, il illustre comment une mutation démographique entraîne des changements sur le plan politique. « Jusqu’en 2003, à part le quartier Chomedey, quand le Québec votait bleu, on y votait bleu, et quand le Québec votait rouge, on y votait rouge. Maintenant, c’est une extension politique du West Island ; quand le Québec vote rouge, on y vote plus rouge que rouge. »

Cet exemple est « l’incarnation caricaturale » du sort réservé aux francophones si on continue d’accueillir « massivement » les immigrants, la société n’ayant pas la capacité de bien les intégrer sur les plans linguistique et culturel, selon MBC. « Je dis toujours qu’on peut faire un Québécois avec n’importe quel Péruvien, Pakistanais ou Congolais, mais pas avec 100 000 en même temps. »

Le chroniqueur s’inquiète aussi des tensions sociales induites par les changements démographiques en Occident, où s’inscrivent des valeurs telles que l’égalité des sexes, l’émancipation individuelle et la séparation entre le politique et le religieux. « L’humanité n’est pas une pâte à modeler, elle est plurielle, diverse et conflictuelle », et « certaines différences culturelles sont insurmontables », écrivait-il l’an dernier dans Le Journal de Montréal, lorsque les talibans ont repris le contrôle de Kaboul et que se dessinait une vague migratoire d’Afghans fuyant le régime totalitaire. Selon lui, il faut « résister à la tentation » d’ouvrir toutes grandes les portes au nom du « fantasme de la diversité heureuse », car certains « bagages culturels sont incompatibles » avec des modèles de société comme la nôtre.

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Mathieu Bock-Côté estime que ses opinions reflètent la pensée de bien des gens, qui n’avaient pas plus envie que lui des accommodements raisonnables, d’être « expulsés symboliquement de Montréal » et de se sentir « étrangers chez eux ». En 2007, seuls 5,4 % des Québécois se montraient des plus favorables au principe des accommodements raisonnables, tandis que 76,9 % préféraient plutôt la pleine adaptation des immigrants à leur société d’accueil, d’après un sondage d’Options politiques, une revue rattachée à l’Institut de recherche en politiques publiques. 

Au-delà des chiffres, ce sont surtout les remerciements reçus sur les réseaux sociaux et dans la rue qui procurent à MBC le sentiment d’être en phase avec ses concitoyens. Ses publications sont abondamment partagées et « likées », parfois par plus d’un millier d’admirateurs, et à son appartement montréalais, j’ai pu contempler les tableaux que lui dédient des portraitistes amateurs. Après avoir dénoncé la campagne de « harcèlement médiatique » à l’endroit de François Legault pour qu’il reconnaisse le racisme systémique, à l’émission Tout le monde en parle du 6 décembre 2020, il raconte avoir « ressenti physiquement le soulagement d’une partie de la population » dont il « exprimait l’exaspération ». 

MBC condamne le racisme individuel, mais il réfute l’idée qu’il soit érigé en système au Québec, comme c’est le cas aux États-Unis. « La gauche woke tente de plaquer sur notre histoire une réalité qui n’est pas la nôtre, mais il y a des saintes limites à confisquer à la majorité historique francophone son récit collectif. » Par exemple en essayant de lui faire croire qu’elle est oppressive et esclavagiste depuis la fondation de la Nouvelle-France, dit-il. « Tu iras expliquer le fameux “privilège blanc” à nos grands-pères qui habitaient dans le Faubourg à m’lasse et qui se faisaient dire “speak white” ! » Ce discours emprunté aux militants afro-américains a pour effet de briser l’unité nationale, selon lui.

Il ne faut pas connaître grand-chose à la réalité des minorités au Québec pour tenir pareils propos, réplique de son côté l’anthropologue et chroniqueuse au Devoir Emilie Nicolas, qui reproche aux nationalistes conservateurs de vouloir « assimiler » les immigrants plutôt que de les accepter tels qu’ils sont, avec leurs contradictions et leur métissage idéologiques. « Pour moi, ce n’est pas ça, aimer le Québec. »

La cofondatrice de la Coalition pour l’égalité et contre le racisme systémique souligne que les nouveaux arrivants débarquent dans la province avec un vécu et des opinions politiques, « parfois avec des traumatismes intergénérationnels liés à l’esclavage, par exemple », explique-t-elle. Et bien sûr, ça teinte les perspectives qu’ils amènent dans l’espace public. « Sauf que pour devenir de vrais Québécois qui disent “nous” avec la majorité, pour passer le test de pureté, il faudrait évacuer ces dimensions de notre identité. C’est du racisme culturel : “Je n’ai rien contre le fait que tu sois noire, pour autant que tu ne portes pas ta culture d’origine !” »

Il est vrai qu’une menace plane sur la singularité des nations, remarque-t-elle, mais elle l’attribue au capitalisme, « qui homogénéise les mœurs et les produits de consommation, en plus d’encourager l’adoption de l’anglais ». C’est bien plus facile de faire des immigrants les boucs émissaires du problème, « car ils n’ont pas de pouvoir dans la cité », juge Emilie Nicolas. 

La chroniqueuse dit être la cible constante de propos haineux et de menaces, dans lesquels elle retrouve les mots-clés employés par MBC, tels que « racialiste » et « diversitaire ». « L’idée de fond est toujours la même : je suis une ennemie du Québec, c’est moi la véritable raciste et intolérante, parce que je parle de gens qui subissent de la discrimination ici. »

Les critiques par rapport aux positions de Mathieu Bock-Côté se sont intensifiées depuis quelques années. Dans un documentaire sorti le printemps dernier, Bataille pour l’âme du Québec, la journaliste Francine Pelletier écorche les « nationalistes identitaires », dont MBC serait l’un des leaders. L’essayiste Judith Lussier et le sociologue Mark Fortier lui ont récemment donné des coups de griffe dans leurs ouvrages respectifs (Annulé[e] : Réflexions sur la cancel culture, Les Éditions Cardinal, 2021 et Mélancolies identitaires : Une année à lire Mathieu Bock-Côté, Lux Éditeur, 2019). Et à la fin d’août, Francis Dupuis-Déri, professeur au Département de science politique de l’UQAM, fera paraître un essai dans lequel il accuse le chroniqueur d’être xénophobe (Panique à l’université : Rectitude politique, wokes et autres menaces imaginaires, Lux Éditeur, 2022).

« Systématiquement, depuis des années, Mathieu Bock-Côté parle de l’immigration de manière négative, note le chercheur. À ses yeux, c’est toujours un problème. » Francis Dupuis-Déri fait un parallèle avec des éditorialistes du Devoir dans les années 1930, à l’époque de l’Allemagne nazie. « Ils n’écrivaient pas “mort aux juifs”, mais que le Québec était une terre catholique, et donc qu’on ne pouvait les accueillir. Mathieu, lui, ne dit jamais un mot positif sur l’islam, il juge que c’est une menace existentielle. Et je trouve ça dangereux pour la paix sociale. »

MBC se promène dans un entrepôt de dynamite avec des allumettes, estime de son côté David Morin, titulaire de la Chaire UNESCO en prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violents à l’Université de Sherbrooke. Pour lui, le chroniqueur est un démocrate, « et non l’épouvantail que certains décrivent ». Il n’en demeure pas moins que le thème de l’identité nationale est miné depuis une quinzaine d’années, comme en témoigne la recrudescence des activités des militants d’extrême droite nationaliste, et même des suprémacistes blancs, dans les pays occidentaux. Dans ce contexte tendu, où les « discours nauséabonds » s’épandent, l’intellectuel « popularise des idées radicales auprès de gens ordinaires », ce qui contribue à « la misère du monde », ajoute David Morin.

Mathieu Bock-Côté et ses alliés y vont sans cesse de « déclarations dramatiques à propos de supposés périls qui guetteraient le peuple québécois, et qui commandent donc un sursaut national », observe Philippe de Grosbois, auteur de La collision des récits : Le journalisme face à la désinformation (Écosociété, 2022). L’enseignant de sociologie au cégep Ahuntsic y reproche aux conservateurs de fabriquer une lecture « fantasmée » du récit national, afin de protéger les intérêts des couches privilégiées de la société que seraient selon lui les hommes, les Blancs et les hétérosexuels, entre autres.

Selon Philippe de Grosbois, leur démarche consiste à marteler des « vérités » relevant du « ressenti », qui entrent en résonance avec des perceptions répandues dans la population, sans toutefois avoir de fondement scientifique. Par exemple lorsque MBC avance que les wokes veulent remplacer la tradition chrétienne de Noël au Québec par une formule païenne plus inclusive, du genre « joyeux décembre », ou que la capacité d’intégration des immigrants est dépassée dans la province. « Jamais il ne cite d’études probantes pour démontrer ça. »

« Systématiquement, depuis des années, Mathieu Bock-Côté parle de l’immigration de manière négative. À ses yeux, c’est toujours un problème. »

Francis Dupuis-Déri, professeur au Département de science politique de l’UQAM

L’attitude défensive des conservateurs découle du fait que le Québec n’est toujours pas indépendant — « ça fait que la peur de disparaître subsiste », estime Ruba Ghazal, députée de Québec solidaire dans la circonscription de Mercier, à Montréal, et souverainiste convaincue. Elle s’inquiète toutefois du « désarroi » que crée le discours « manichéen » des conservateurs auprès des enfants d’immigrés, qui risquent d’en vouloir au Québec parce qu’ils s’en sentent rejetés. Et donc d’opter pour la voie fédéraliste.

« Ça demande du temps avant de se sentir québécois, ce n’est pas automatique », raconte celle qui, à la fin des années 1980, a émigré des Émirats arabes unis, où ses parents musulmans palestiniens étaient réfugiés. Elle avait alors 10 ans. « D’abord, dans notre tête, on arrive ici au Canada, pas au Québec. Et ensuite, il y a des déchirements entre les valeurs transmises par notre famille et celles de la société d’accueil. » Elle se demande de quelle façon elle aurait vécu son intégration si elle avait grandi dans cette ambiance de « rupture avec les minorités » qu’elle ressent depuis la crise des accommodements raisonnables. 

***

Ce n’est pas d’hier que Mathieu Bock-Côté est accusé de « méfiance envers l’autre » et de « nationalisme pure laine éculé ». Par l’intermédiaire d’une lettre parue dans Le Devoir en 2001, le député fédéral du NPD Alexandre Boulerice, alors étudiant en science politique à l’Université McGill, s’en était pris à lui dans le cadre d’une affaire qui a fait couler de l’encre. 

À l’époque, Mathieu Bock-Côté faisait partie du conseil général du Forum jeunesse du Bloc québécois et, à titre de responsable du contenu, il avait rédigé un manifeste sur la pensée nationaliste, qui citait entre autres l’homme politique français Charles Maurras, un antisémite blâmé par la justice pour ses écrits violents, et qui fut emprisonné en 1945. Cette frasque médiatisée avait conduit l’étudiant qu’était encore MBC à quitter le Bloc québécois, Gilles Duceppe ne se réjouissant pas de son initiative (l’ancien chef du parti a passé l’éponge depuis, m’a-t-il dit, rappelant que nul n’est à l’abri des erreurs de jeunesse — « après tout, j’ai déjà été marxiste-léniniste ! »).

Trois ans avant cet épisode, lorsqu’il étudiait en sciences humaines au cégep Ahuntsic, Mathieu Bock-Côté avait commis un texte d’opinion dans Le Devoir, où il conseillait à la droite française de créer une coalition incluant le Front national de Jean-Marie Le Pen. « Du haut de mes 17 ans, alors que je n’avais jamais eu de blonde et que j’habitais chez mes parents, j’expliquais à la droite française quoi faire ! » ironise-t-il, posant sur le jeune exalté qu’il était un regard teinté d’une forme de « tendresse ». 

Il ne croit pas que ces « maladresses » passées justifient pourquoi il a la réputation, dans certains milieux, de faire de l’œil à l’extrême droite ― si ce n’est que des « zozos » s’acharnent à faire circuler ses vieux textes « 50 fois par jour sur Twitter ». Il n’a que mépris pour les « pelés » appartenant aux groupuscules d’extrême droite au Québec, même si des membres de La Meute et d’Atalante ont déjà écrit sur les réseaux sociaux qu’ils appréciaient ses idées. 

MBC ne se sent pas plus responsable qu’un autre de l’animosité, voire de la violence qui règne aujourd’hui dans l’espace public, notamment sur Facebook et Twitter. « Est-ce qu’il y a parfois des formules qui peuvent être trop fortes ? Je n’en sais rien. » Il ne s’est jamais perçu comme un provocateur : « J’ai l’impression d’aligner les banalités à la tonne ! » Son travail, dit-il, consiste à expliquer son point de vue « le plus rationnellement possible », dans un espace où ses idées sont considérées comme « toxiques ». Ensuite, en démocratie, « il y a des passions, l’âme humaine est complexe, on ne peut maîtriser ça ».

Le sociologue le répète souvent, il croit au « conflit civilisé » en politique, à la nécessité même du désaccord. Tout obstiné qu’il soit, il ne vivrait pas dans un monde qui ne serait que conservateur — ce serait « asphyxiant, empoussiéré ». Une société saine a besoin des cosmopolites, des enracinés, des autoritaires, des progressistes. Mais le drame de notre temps, à ses yeux, c’est que la gauche woke vient saper la possibilité du désaccord en changeant la base de discussion. « À partir du moment où le combat n’est plus entre les enracinés et les cosmopolites, mais entre les racistes et les antiracistes, qui veut se retrouver dans le premier camp ? » 

MBC ne se sent pas plus responsable qu’un autre de l’animosité, voire de la violence qui règne aujourd’hui dans l’espace public. « Est-ce qu’il y a parfois des formules qui peuvent être trop fortes ? Je n’en sais rien. »

MBC a sauté trois mètres dans les airs lorsque son nom a été cité à la mi-mai dans un article du Devoir sur le carnage de Buffalo, dans l’État de New York. Payton Gendron, un jeune suprémaciste blanc, venait de tuer 10 personnes noires, un massacre qu’il avait précédé de la publication d’un manifeste où il parlait du « grand remplacement ». Cette théorie diffusée d’abord il y a 12 ans par l’écrivain français Renaud Camus avance que des immigrants non européens, avec la complicité des élites du pays, sont en voie de se substituer à la population de Français « de souche ». Une peur « alimentée ailleurs dans le monde, dont au Québec par le chroniqueur populiste Mathieu Bock-Côté », écrit le journaliste Fabien Deglise, puisque l’intellectuel parle de « disparition programmée des Québécois » due à une « augmentation démentielle » des seuils d’immigration.

« M’associer à cette tuerie relève de la diffamation, c’est d’une mesquinerie sans nom », rétorque le principal intéressé, qui est d’ailleurs fâché que je ramène cette histoire sur le tapis. « Pour ce qui est du “grand remplacement”, je ne m’y réfère pas — j’en suis plus que critique, comme je l’ai déjà dit. » Mais il soutient que quiconque réfléchit aux effets sociaux de l’immigration massive, ainsi qu’à la minorisation progressive des francophones, se voit désormais associé à ce concept. « Cette nouvelle technique de diabolisation est lunaire, imbécile. »

***

L’introspection n’est pas le fort de Mathieu Bock-Côté, si bien que les questions du type « que rêvais-tu de devenir ? » ou encore « après quoi court MBC ? » ne mènent pas aux réponses les plus inspirées. « Je fais ce que j’ai à faire et les propositions viennent. » En insistant un peu à l’occasion de nos nombreux trajets en taxi jusqu’aux studios de CNews, en banlieue de Paris, je finis tout de même par apprendre que son aspiration première était de ressembler à Henry Walton Jones père (le père d’« Indy » dans les films d’Indiana Jones), professeur de littérature médiévale obnubilé par ses recherches sur le Saint-Graal.

« Bibitte à obsessions », il aime la vie de rat de bibliothèque, et puis la passion de transmettre son savoir l’habite, à l’instar de ses parents et de sa sœur, tous trois enseignants. Avant de devenir une étoile montante des médias en France, le sociologue a occupé, de 2008 à 2021, diverses charges de cours dans les universités, en plus de prendre sous son aile des jeunes attirés par la vie intellectuelle, tels que l’essayiste Alexis Tétreault. Il a aussi tenté à quelques reprises d’obtenir un poste à temps plein dans une université, notamment à l’UQAM, sans que cela se concrétise.

Un mal pour un bien, selon Carl Bergeron : « Devenir professeur était le fantasme de Mathieu, et c’est une situation honorable. Mais ce n’était pas son destin, ça aurait été trop pantouflard pour lui. » Étant donné son caractère bouillonnant et ses talents de rhéteur, MBC était appelé à mener une « vie trépidante » d’intellectuel engagé, croit son ami de longue date.

Une période particulièrement fébrile s’annonce d’ailleurs pour le sociologue, maintenant qu’il sent monter la possibilité d’une troisième fenêtre pour réaliser l’indépendance du Québec. « Je travaille mentalement à ce scénario depuis 20 ans. Et bien que l’histoire ne soit jamais close, je pense que ça pourrait être notre dernière chance. » Selon lui, deux facteurs pourraient galvaniser à nouveau la fibre souverainiste des Québécois.

D’abord, la volonté du gouvernement de Justin Trudeau de participer à une future contestation de la Loi sur la laïcité de l’État (loi 21) devant la Cour suprême, ainsi que l’a annoncé le ministre de la Justice en mai dernier. « Le jour où le Canada va casser une loi qui suscitait une grande adhésion chez les francophones au Québec, ce sera reçu comme un déni de notre droit à affirmer notre identité à travers nos propres débats collectifs », estime MBC.

La crise linguistique qui se dessine jette aussi de l’huile sur le feu, comme l’illustrent les réactions à la récente réforme de la Charte de la langue française chez les anglophones — la fameuse loi 96. La présidente sortante du lobby Quebec Community Groups Network, Marlene Jennings, a même déclaré qu’il s’agissait de « la plus importante dérogation aux droits de la personne dans l’histoire du Québec et du Canada ». Pendant ce temps, une majorité de francophones trouvent que la loi n’est pas assez musclée pour empêcher le déclin de leur langue, selon les répondants à un sondage Léger mené au printemps pour le compte du Parti québécois. 

Le mentor de Mathieu Bock-Côté, Jacques Beauchemin, doute qu’une invalidation de la Loi sur la laïcité change quoi que ce soit au sort politique du Québec, une fois que la poussière sera retombée. Le sociologue est d’avis que ça passera comme un mauvais rhume, parce que les Québécois éprouvent une « très grande fatigue » à l’égard de la question nationale, qui se pose toujours dans les mêmes termes depuis 200 ans, sans jamais se régler. « Ils appréhendent le jugement de la Cour suprême, tout en s’apprêtant à le métaboliser, habitués qu’ils sont des rebuffades. »   

Cependant, le professeur retraité connaît fort bien la pugnacité de son protégé. « Mathieu a la conviction intime que l’histoire n’est pas écrite à l’avance. Rien en ce moment ne laisse croire à l’indépendance, mais il est incapable de l’admettre, de dire : “Je n’en parle plus, je vais rester chez moi à écrire des romans.” En un sens, c’est tout à son honneur. »

C’est aussi l’avis du sociologue Joseph-Yvon Thériault, qui était membre du jury lors de la soutenance de thèse de Mathieu Bock-Côté, en 2013. Malgré son respect pour lui, le professeur retraité de l’UQAM a toujours pensé qu’il était davantage idéologue que sociologue, « au sens où il croit moins aux grands mouvements sociaux qu’à la force des gens d’agir sur le monde ». MBC fait selon lui des constats pénétrants sur l’épuisement du souverainisme au Québec, sauf qu’à la fin, il sort toujours un lapin de son sac, observe le professeur. Comme si l’essayiste se disait : « “Un jour, quelqu’un va marcher sur notre drapeau et, par la volonté d’un grand homme, le vent va tourner.” Dans ces moments, je trouve qu’il ne tient plus compte de la société, des changements qui sont en cours. »

Le petit gars qui monopolisait autrefois tout un étage de la maison familiale pour mener ses troupes de G.I. Joe à la guerre se verrait-il jouer au général au sein d’un gouvernement si la « crise de régime » se confirmait et qu’un troisième référendum s’organisait ? 

Le sociologue ne caresse pas l’ambition de partir en tournée électorale. Il trouve que c’est un « métier de fou » et il préfère par-dessus tout la vie des idées, à l’instar de la figure à laquelle il s’identifie, le philosophe et sociologue libéral français Raymond Aron, auteur d’une quarantaine d’ouvrages, dont L’opium des intellectuels. Aujourd’hui célébré pour sa lecture anticipée des enjeux fondamentaux qui allaient marquer le XXe siècle, celui qui fut aussi éditorialiste au Figaro a été traîné dans la boue pendant une grande partie de sa carrière, parce qu’il s’attaquait sans merci au marxisme, une idéologie alors embrassée par les milieux intellectuels de gauche en Europe.

Mathieu Bock-Côté admire le « courage civique » dont Aron a fait preuve toute sa vie, en dépit des insultes. « Je vois mon travail comme une poursuite du sien, c’est-à-dire celui d’un spectateur engagé qui participe aux débats publics sans appartenir à un parti ou à une mouvance, et qui dit les choses telles qu’il les voit, même si ça dessert sa propre cause. »

Mais si les Québécois étaient résolus à faire l’indépendance, alors oui, ça se pourrait qu’il saute dans l’arène politique. « Je suis prêt à manger des coups lorsqu’il est question de la survie de mon peuple, et pour tout ce qui touche à son identité. Je suis prêt à manger des coups pour ça. » Et si ça n’arrive pas, il a « l’immodestie » de croire que, dans ses vieux jours, on va se rappeler ses livres. Et conclure qu’au final, c’est lui qui avait raison — sur toute la ligne.

Le 3 août 2022, la version originale de cet article a été modifiée pour préciser que Jacques Parizeau a dit « l’argent et des votes ethniques », et non « l’argent et les votes ethniques ».

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Même si les allusions à la pâte dentifrice et la voix à pointes aiguës de « l’énergumène » m’ont fait douter que Madame Proulx allait surtout creuser la portée des idées de MBC, force m’est de reconnaître qu’elle a livré la marchandise, sans s’appuyer sur des bases de discussion identitaires. Je lève mon Chapeau à l’auteure et à L’Actualité d’avoir eu le courage de le publier.

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J’ai lu plusieurs chroniques de MBC dans le JdeM. Elles me semblent exaspérantes, ce qui est tout à fait logique ayant été écrites par un gars exaspéré.
Je trouve dommage que quelques-uns essaient de le faire taire. Ses idées devraient avoir toujours une place dans le débat public, car elles reflètent la pensée d’une partie de la société. Liberté d’expression 101.
Malheureusement, certaines de ses idées, notamment celles qui concernent les dangers de l’immigration, ont été reprises par des politiciens nationalistes pour attiser les foules et faire le plein de votes. Pensez à François Legault quand il affirme que les immigrants sont une menace pour la survie de la nation québécoise… puis se fait dire par une madame de Rimouski (3 % d’immigrants dans cette ville-là) que les immigrants nous envahissent.
Les Québécois ont des raisons pour s’inquiéter de la survie de leur langue, étant une petite nation entourée d’un océan anglophone. Pourtant, à mon avis, ce n’est pas en blâmant les immigrants qu’on va réussir à garder le français vivant pendant les siècles à venir. Le gouvernement Legault, le champion du français, garde les professeurs de francisation dans un état de précarité (la plupart n’ont pas de contrat permanent), par exemple. Puis que pensez-vous du piètre état des écoles et en général du système d’éducation ? Mais il est plus facile de trouver un bouc émissaire et gagner des votes aux prochaines élections.
La CAQ a déjà découvert que, devant la crise démographique en cours, baisser les seuils d’immigration nuit à la vitalité économique du Québec. La réalité rattrape vite les gouvernements, mais les intellectuels comme MBC peuvent se permettre de rêver des fictions.

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MBC (et d’autres) ne blâme pas personnellement chaque immigrant. Il dit essentiellement que le Québec n’a actuellement pas la capacité de bien les intégrer à cause de ses politiques migratoires déficitaires qui manquent de concertation entre les différents acteurs impliqués, dont surtout le gouvernement fédéral et ses abus de pouvoir ainsi que les $$$ qui ne viennent pas avec! S’il n’y avait pas d’enjeux à ce niveau, aucun pays démocratique et développé aurait des frontières et des politiques d’immigration, les permis de travail et la citoyenneté. Il ne faut surtout pas oublier non plus que la majorité des immigrants viennent au Canada et non au Québec! « En prendre moins, mais en prendre soin » avait déjà dit Legault. Pourquoi a-t-il changé son fusil d’épaule ? Le lobbying patronal a beaucoup de pouvoir, et surtout l’aile fédéraliste de son parti. Aller à l’encontre de ses fédéralistes (ténors de son parti) ferait éclater la coalition de la CAQ. Il ne faut pas oublier non plus que statistiquement, le Québec, selon sa population, est l’endroit qui a la plus forte immigration dans l’ensemble du Canada, et même comparativement aux É.U., la France et autres pays européens. Quand même! C’est bien beau de dire qu’on va davantage franciser les immigrants avec de la bonne volonté, mais ça exige quand même des structures, des ressources humaines et les $$$ pour réaliser tout ça. La bonne foi et le bénévolat, c’est bien beau, mais ça ne « fait pas la job ». Le Québec étant une province, il n’a pas les pouvoirs de choisir son immigration. Preuves à l’appui, le fédéral refuse une forte proportion d’immigrants de l’Afrique francophone. Tiens, pourquoi donc ?

@ Boris Caro :
Je crois que vous prenez un raccourci très tortueux en disant : ¨ Pourtant, à mon avis, ce n’est pas en blâmant les immigrants qu’on va réussir à garder le français vivant pendant les siècles à venir. ¨ M.B.C. ne blâme aucunement les immigrants en tant que tels, mais la ¨démesure¨ dans le nombre que notre gouvernement est obligé d’accepter tout en étant limité dans le choix de ceux-ci.
On ne parle jamais de l’accueil des immigrants étrangers arrivant dans les pays que nos immigrants fuient. Comment sont accueillis les immigrants qui vont s’installer dans les pays arabes ou nord africains ou asiatiques ? Sont-ils ¨inclus¨ dès leur arrivée, sont-ils écoutés en tant que nouveaux arrivants, ont-ils des accommodements ¨raisonnables¨ à leurs demandes ? Sont-ils encouragés à conserver leur langue, leurs us et coutumes ou bien sont-ils laissés à eux-même ? Je ne connais pas les réponses, je n’ai que des questions.
Quant à la menace contre le français, elle est plus que réelle. Je n’ai qu’un exemple, mais il y en a certainement des dizaines d’autres. Je suis allé dîner dans deux McDonald de Québec en quelques jours, dont celui sur Joseph Casavan dont le gérant chinois ne parlait pas français, ce qui obligeait ses employés à parler anglais. On est dans la Capitale du Québec là, … pas à ¨Montreal¨. Ensuite, ce sera Trois-Rivière, Chicoutimi, Rimouski, Sept-Iles ???

Dans une société ou l’immense majorité des antennes et autres médias, jusque dans le monde artistique, est monopolisée par des bien-pensants de gauche adeptes d’une pensée unique et donneurs de leçons, MBC, avec son franc parler, donne une voix à l’immense majorité qui ne souscrit pas à ces discours convenus et moralisateurs importés des universités américaines et ramène le bon sens dans le débat. Face à la censure, il libère une parole qu’on n’aurait jamais dû encadrer (au nom de quoi?, je vous le demande), voire censurer, et porte fièrement les valeurs traditionnelles et fondamentales de notre nation face à ceux qui voudraient en effacer tous les traits distinctifs pour l’aseptiser afin de mieux servir leurs propres desseins.

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Magnifiquement bien dit. Il n’y a aucun doute que de se soumettre au multiculturalisme aseptisant à la Trudeau, est la mort du peuple Québécois, et MBC le sait et le dit en toute simplicité, au grand damn de ses détracteurs

Je trouve dommage que quelques-uns essaient de faire taire MBC. La liberté d’expression est un pilier de la démocratie.
Pourtant, dire que « l’immense majorité des antennes et autres médias, jusque dans le monde artistique, est monopolisée par des bien-pensants de gauche » et suggérer que MBC est censuré… franchement! Il peut même se présenter à Radio-Canada et parler dans une des émissions les plus populaires de cette chaîne multiculturaliste, de gauche, pro-libérale, mondialiste… (des adjectifs souvent utilisés contre la chaîne publique).
Avec ses chroniques dans des journaux et des livres publiés et vendus au Québec, je vois mal comment MBC pourrait se plaindre de censure au Québec.
Si vous voulez connaître la censure, allez voir ce qui se passe avec les intellectuels et peu importe qui s’exprimant contre le gouvernement en Corée du Nord, en Chine ou à Cuba.

Tellement d’accord avec vous monsieur. Qui plus est, il le fait toujours de façon très respectueuse et ses idées sont étoffées. Il nous fait réfléchir. Pour répondre à la question en titre de madame Proulx: Pour le meilleur!

@ Boris Caro:
Et que dire de sa conférence au Palais des Congrès de Montréal (je crois) annulée il y a trois ou quatre ans de ça par des groupuscules wokes ? On l’avait même menacé sérieusement. Si ce n’est pas de la censure ça, qu’est-ce que c’est ?

Comme MBC, vous affirmez n’importe quoi sans nommer. Des quels foutus médias majoritairement à gauche vous parlez?

JdeM à gauche?, TVA à gauche? LaPresse?

Quel délire paranoïaque.

La menace woke et la censure planent sur le nationalisme conservateur. À preuve, une tarte et l’annulation d’une conférence il y a 4 ans, c’est à dire des centaines de chroniques, d’émissions, d’interviews, quelques livres et conférences depuis. Je note : si arguments sans cause, inventer menace. Et de façon générale : pour attirer l’attention du pauvre montrer le différent.

Qui donc a dit « Nul n’est prophète en son pays »? Eh bien MBC en est un exemple frappant. C’est pourquoi nous sommes tant de Québécois à le suivre… en France.

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Effectivement ,voici un exemple qui illustre à merveille le dicton <> la présence de MBC en France m’a personnellement éveillé a une multitude des points de vue exprimés .De plus , j’ai été à même de constater l’incapacité du Québec et du Canada à faire de même .La diversité des point de vue au Québec et au Canada se retrouvent rarement dans nos médias , pourtant ce sont les mêmes personnes qui prônent de la diversité dans d’autre aspect de notre société .

Enfin! un article sur un « personnage » certes mais ô combien surévalué! Il était temps que Bock Côté soit confronté! Pendant que la démocratie occidentale est mise à mal comme jamais depuis la fin de la deuxième guerre, cette montée des réactionnaires nationalistes identitaires se doit d’être prise au sérieux. Bock Côté est resté un p’tit garcon dans sa tête! Accroché au passé fantasmé des années Lionel Groulx, il a avoué ne pas se sentir bien dans notre siècle, lui qui entretient une fascination maladive pour les années lumières. Il ne tient pas compte des changements irréversibles en cours de la société. Il a la prétention de vouloir changer le monde, ce monde moderne et la diversité qui en découle!! Il tape sur les mêmes clous depuis 20 ans.. un jeune vieux qui refuse d’évoluer! Par contre c’est une marque de commerce qu’il exploite et qui semble lui servir pour l’instant.. il est devenu un produit pour la Cause nationaliste.. par contre, le nationalisme qu’il défend a des connotations religieuses. Crois ou meurs! en cette Terre promise.. Je pense que le dogmatisme de Bock Côté fait peur plus qu’il n’attire.. on se souvient de l’emprise du clergé.. une fois c’est assez! En France, il est devenu le québécois « utile » inattendu pour l’extrême droite des Marion LePen et autres activistes qui carburent à la peur de l’autre.. On les écoute diaboliser l’adversaire (l’homme de paille woke) et c’est eux qu’ils décrivent! Bock Côté maîtrise à la perfection ce détournement qu’est la projection.. L’effet MBC, pour moi, se compare à l’influence d’un André Arthur.. ça crée un climat toxique dans une contexte de pays des plus pacifique au monde.. Pour créer des conditions gagnantes à un projet d’indépendance dont les Québécois ne veulent pas, il finira bien par se rendre compte que victime un jour, victime toujours, ça ne fonctionne plus! Nous sommes en 2022 le Québec a changé et « son peuple » aussi.. Les Québécois n’ont plus de complexe et c’est la tête haute qu’ils savent se mesurer aux meilleurs!

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Un peuple normal possède ou aspire à posséder sa pleine et entière souveraineté politique. Un ancien ministre du Parti Québécois (Jacques Léonard, je crois) disait que la souveraineté politique est la mère de toutes les souverainetés. C’est-à-dire, selon moi, qu’elle chapeaute les discussions au gouvernement qui en jouit, des enjeux de politiques sociale, économique, monétaire, défense et relations internationales. Est-ce que le peuple québécois se rapproche de cette normalité en 2022 ou s’en éloigne-t-il? Ou bien qu’être un peuple normal de nos jours ne veux plus rien dire?

M. Bock-Côté est un intellectuel qui cherche la vérité, et qui cherche à l’exprimer de façon dramatique, avec comme seul but de faire avancer sa société.

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Bonjour,

Vous n’avez pas encore édité mon commentaire. J’attends. Merci.

J’en rajoute :

L’identité d’un peuple fluctue au fils des générations, à la différence d’une personne qui conserve la même identité mais change d’opinion. Un peuple change d’identité : De Gaulois à Français, de colons britanniques à Américains, de Canayens à Canadiens-français puis à Québecois. Sans compter la teinte : de catho à modernistes, de chrétiens rigoristes à hédonistes.

MBC est souverainiste et essentialise le Québec sur sa langue française. Mais nos différentes couches identitaires muent elles aussi, mais lentement : de catho, puis français, puis francophones, + la couche amérindienne par le sang mêlé et longtemps niée, + notre américainité, mais cachée mais mal assumée.

Le drame des souverainistes : les Québécois désertent leur langue…

1, Ils la parlent mal, pour un très grand nombre. Effarant les « au niveau de » et les « ça se passe de même» et autres barbarismes incroyables, insupportables même, dans le langage écrit qui est du langage parlé sans retenue, sans raffinement, sans distinction.

2, Les jeunes et les peu éduqués se piquent de mots anglais pour faire… pour faire « in ».

La Louisianisation du Québec francophone est un choix québécois, non par les pieds comme le choix des immigrants, mais par la langue mal parlée.

3, Le refus du respect de la syntaxe, le refus du mot recherché et précis, qui fait trop intello, l’anti-intellectualisme encore tenace, le vieux réflexe catho du refus de larguer la religion une fois pour toute et radicalement (position mollassonne,voire muette, des 4 partis à l’A-Nationale), et enfin le refus de la revanche des berceaux depuis la pilule hédoniste scellent le sort du Québec francophone.

4, Les deux Trudeau vont réaliser leur rêve, qui est en fait celui de Durham : les Québécois finiront comme les Mormons de l’Utah : en disparition toute douce dans le grand Tout libéral américain.

MBC en pave la voie par son droitisme, un des deux pieds de la canadianisation qui est en fait, depuis Pierre Trudeau, une américainisation structuelle, voire constitutionnelle par la Charte de 1982..

Merci, à L’actualité, de publier mes deux commentaires.

Jacques Légaré, ph.d. en philosophie politique.

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Robert Lepage, québécois dont la réputation a fait rayonner le Québec à l’étranger, dans une entrevue donnée à Marie Louise Arseneault, affirmait sans complexe une identité diamétralement opposée à celle revendiquée par Mathieu Bock Côté. En résumé, Robert Lepage se définit comme américain, britannique (les emprunts de notre évolution sous des institutions britanniques ont contribué à ce que nous sommes) sans renier pour autant ses ancêtres français. Nombre d’intellectuels québécois bilingues se reconnaissent davantage à Londres qu’à Paris. Le talent de Robert Lepage a été reconnu d’emblée à Londres bien avant qu’à Paris. En France, la reconnaissance de son oeuvre était le fait de régions françaises. Depuis 10 ans, il a finalement été accepté à Paris. Seul un Robert Lepage peut se permettre au Québec d’assumer sans complexe une américanité et les emprunts britanniques qui définissent le caractère des franco québécois. Robert Lepage et son ouverture à l’autre lui font appréhender la critique de façon constructive. Sa réaction envers la polémique soulevée par son oeuvre théâtrale « Slav » a été constructive. Il a écouté les revendications, a su en comprendre les motivations profondes et aura réussi à en tirer profit dans son évolution personnelle. A l’inverse, nombre de démagogues ont versé dans l’enflure médiatique utilisant une action légitime en provenance de minorités, comme munition dans leur guerre « anti-woke ». Après les femmes voilées, les dits « wokes¨ sont devenus leur souffre-douleur. Le modèle québécois auquel je m’identifie est celui de Robert Lepage. Celui des Bock Côté et ceux du même acabit, je le leur laisse.. la vie est trop courte pour la gaspiller à gémir sur un sort somme toute enviable.

MBC ne demande qu’à débattre de ses idées bien tranchées avec des intellectuels (sociologues, philosophes, …) qui ne pensent pas comme lui. Mais malheureusement au Canada et au Québec , on a peur des discussions franches, on préfère les opinions gentilles qui ne font de mal à personne mais qui sont insignifiantes. Comme québécois issu de l’Immigration, je suis à 90% d’accord avec les idées de MBC. Concernant l’immigration, il ne faut pas se voiler se voiler la face: l’immigration est et sera une composante importante du 21e siècle en Europe, aux USA et au Canada. Le Québec, s’il s’affirme sans crainte comme une société laÏque, francophone, démocratique, interculturelle, fière de l’égalité des hommes et des femmes, ne doit pas avoir peur de l’Immigration. L’immigrant qui adhère a ces valeurs contribuera à enrichir la culture québécoise. Ce que MBC dit c’est que ceci est l’antithèse du multiculturalisme canadien et de l’hégémonie de la langue anglaise au Canada. C’est pourquoi il milite pour l’Indépendance du Québec et il est loin d’être le seul.

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Mathieu Bock Côté est celui qui refuse de débattre. Parlez en aux Jocelyn Maclure, Jocelyn Letourneau, Yves Lavertu .. Il s’empresse de décrédibiliser les opinions aux arguments solides en provenance du camp fédéraliste dont les André Pratte, Yves Boisvert. Il est toujours en état d’alerte « en damage control ». de peur de voir sa mauvaise foi démasquée. Il se dit censuré, qu’il ne peut plus rien dire alors qu’il est omniprésent dans le média populiste par excellence. Son petit manège est tellement peu subtil!

@ Hélène Beaulieu On devine que vous n’aimez pas les idées de MBC. Je respecte ça, mais ça ne vous donne pas pour autant le droit d’affirmer n’importe quoi.

En effet, prétendre que MBC refuse de débattre est carrément faux. En réalité, MBC a dû annuler plusieurs fois par le passé les conférences publiques qu’il souhaitait donner parce que des personnes, qui n’aimaient pas ses idées, menaçaient d’en perturber le déroulement. Or, très souvent, ces mêmes personnes n’avaient même jamais pris la peine de lire les ouvrages de MBC.

En matière de d’idées et de liberté d’expression, force est de constater que les adversaires de MBC ont du chemin à faire.

Il est difficile de connaître ou juger un MBC
Cette analyse est incomplète, on ne dit rien sur ce qui ae lit dans les lieux d aisance de ce personnage..
Il essaye comme tout ceux qui veulent une autre solution que l indépendance, de trouver un chemin qui tienne compte de la spécificité des latins d Amérique.
Comme en Belgique, mon pays d origine, la façon de pensé des latins francophones et des germaniques anglophones ou flamands, est différente et peu compatible…
Le défis est la supériorité des germaniques en nombre et la disparition du français dans les ministères canadiens.
Le multculturalisme est possible dans le reste du Canada, parce-que la langue commune l anglais est ou une première langue ou une 2e des emigrants ou résidents.
Au Québec le français est une 3e langue chez les émigrants envoyé à 80% dans l ouest de Montréal, mais la première du reste du Québec
La langue est l’illustration de la pensé profonde et de base de ceux nés avec ses sons qui peuple ses tétées ou biberons.
Tout de la société dépend de ses premiers pas, et tout comme le mauvais exemple des pensionnats autochtones, il est difficile de comprendre la velléité de la pensé de la famille Trudeau , Chretien, Charest, libérale de vouloir assimilé par la force la pensé germaniques aux latins..
Tout les humains vont à la fossé d aisance, de la même façon naturelle, mais on lit pas les mêmes écrits ou penseurs…

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Tiens, l’Actualité ne publie pas mon commentaire qui pourtant respecte la nétiquette. Vous faites comme dans la section commentaire du JdeM: on ne publie pas un commentaire qui va l’encontre des idées du paranoïaque à MBC. On ne veut donner raison à ceux qu’on aime appeler injustement les wokes.

Lionel Groulx avait, dans les années 1930, pris une année sabbatique, et l’avait passée en Europe auprès des militants de la droite, pour ne pas dire de l’extrême droite française. Dans ces années-là l’élite nationaliste québécoise manifestait clairement un penchant pour Pétain et Mussolini.
Mathieu Bock Côté, en 2022, alors qu’on assiste en Occident à une dangereuse remontée de l’extrême droite qui remet la démocratie à mal, MBC s’inspire d’un même agenda activiste que son maitre à penser. Je lis la pensée de MBC depuis ses touts débuts, il est resté égal à lui-même. Son discours dogmatique n’a pas évolué alors que le monde a changé. Il déteste la modernité et il rêve de voir la civilisation judéo chrétienne retrouver son « lustre »? d’antan. MBC fait partie d’une société qui n’est pas homogène. Il n’est pas le Québec. La vision que se font les fédéralistes du Québec est tout autant valable que la sienne. L’amour de ce que nous sommes nous guide. Le Québec a atteint le statut de société moderne sans y perdre son âme à l’intérieur du Canada. L’heure est à la solidarité et non pas à la division. Les USA risquent de voir un régime autoritaire prendre place à la Maison blanche. La guerre en Ukraine a eu comme effet de sensibiliser l’Occident sur la menace que représente pour la démocratie cette montée des régimes autoritaires. L’Otan et l’Union européenne, qui étaient vouées à l’extinction, se sont au contraire consolidés. Le Canada est un rempart pour notre survie dans le contexte de menace d’effondrement de la démocratie. « Cracher » sur le Canada pour alimenter la haine envers ce pays, dont la démocratie nous a donné l’opportunité de peser de tout notre poids en élisant un parti séparatiste à Ottawa et d’y organiser deux référendums, c’est ce qui m’horripile chez MBC . Pour les Catalans, s’ils avaient la même autonomie que le Québec dans le Canada, il ne serait pas question d’indépendance. Puigdemont a dû s’exiler pour avoir transgressé la loi du gouvernement central qui a le seul pouvoir de convoquer un référendum. Aussi, alors qu’on a à affronter des problèmes « réellement » existentiels (réchauffement climatique, pandémie, menace de guerre nucléaire), il serait moins inconscient de placer nos priorités là ou ça compte vraiment plutôt que de se joindre à ceux de l’extrême droite qui ne font que jeter de l’huile sur le feu.

Il est intéressant de constater le choc de ses idées mais chose certaine c’est trop facile de réduire la société en noir et blanc, en conservateurs et wokes. Les idées sont bien plus nuancées et, par exemple quand il dit qu’il constate que «ce n’est alors plus aux immigrants de s’adapter à la société d’accueil, mais plutôt à la société de s’adapter à la culture des nouveaux venus», on doit avouer qu’il a bien raison et qu’il met le doigt sur un bobo très québécois.

Nous, les plus vieux, avons connu une société complètement différente et elle est devenue difficilement reconnaissable car il s’est créé un multiculturalisme de ghetto où les communautés culturelles ne s’intègrent plus à la majorité québécoise et c’est plutôt à cette dernière de s’adapter à ce nouveau monde. Que nous dussions avoir une loi sur la laïcité en dit long sur les changements de notre société alors qu’au siècle dernier la laïcité aurait surtout visé l’Église catholique alors qu’aujourd’hui ce sont ces communautés culturelles qui se sentent visées, avec raison, elles qui promeuvent leurs religions et combattent la loi 21.

Il est donc évident que «des votes ethniques» ont contribué à la victoire du non en 1995, c’est une lapalissade, et que même si la grande majorité des Québécois a voté pour se doter d’un pays, elle en a été empêchée dans un soucis de démocratie que l’adversaire fédéraliste n’a pas hésité à employer à son avantage, notamment en faisant peur aux minorités et en violant les lois de ce qu’il considère être la tribu québécoise.

Dans tout cela il n’y a ni bien ni mal, c’est de la realpolitik très nuancée où le peuple québécois a du mal à prendre sa place. Ce n’est évidemment pas la faute des immigrants mais plutôt d’une part d’un peuple timoré qui a peur d’oser et, d’autre part, qui se laisse manipuler par des puissances notoirement machiavéliques (i.e. qui ont lu Machiavel et qui savent s’en servir). MBC a du mal à accepter ces changements et on peut le comprendre mais il faut toujours garder à l’esprit le fait qu’il s’agit de politique où il n’y a pas de vérité absolue.

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Un beau publi-reportage avec une logorrhé à son avantage. Le dentifrice le rend quasiment sympathique. Au moins, on sait maintenant c’est qui incompétents qui ont soutenus sa thèse. Tiens, ce même incompétent dit lui-même qu’il dit qu’il a échoué étant idéologue plutôt que sociologue, tout le monde de la sociologie dit qu’il est un imposteur.

Bon travail tout de même de portait d’un vaniteux. Vous avez une patience à toute épreuve.

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Beaucoup de gens auraient avantage à revoir l’histoire des canadiens français avant de faire des commentaires sur notre avenir menacé.MBC serait ´il le dernier à s’inquiéter de mes parents et mes enfants.

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Mathieu Bock-Coté est une imposture dans le monde de la sociologie. Même ceux qui l’ont mis sous leur aile le disent qu’il est un idéologue avant d’être sociologue. Il invente des phénomènes de société sur la base d’impressions et non de faits et encore moins sur la base de statistiques. Il échouerait n’importe quelle étude empirique. Il a des lubies, des monomanies qui relèvent de la psychiatrie entre autre sur le wokisme, terme qu’il a lui-même inventé. On lui donne beaucoup trop de crédit et d’attention. Mais en même temps, il ne laisse la parole à personne.

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MBC écrit et dit ce qu’une majorité de Québécois francophones (« de souche ») pensent et disent dans leurs cercles intimes familiaux et d’amis. Ainsi en est-il depuis des siècles, pendant lesquels un peuple vaincu et soumis à l’opprobre britannique, puis « canadian », n’a pas osé se rebeller. Ainsi vont les francophones « de souche » du Québec qui « n’aiment pas la chicane » comme le dit François Legault. MBC tente de soulever une certaine passion de la nation, de sortir les francos de leur torpeur, de leur « confort et de leur indifférence », dixit Denys Arcand.

De nos jours, prétendre que MBC n’est qu’un conservateur réactionnaire quasi raciste ne peut s’inscrire que dans le contexte d’une incompréhension de ses propos. Par exemple, comme le précise MBC, au rythme actuel de l’immigration (en 2022, 70 000 immigrants réguliers + 35 000 migrants attendus au chemin Roxam), dont la majorité « s’assimile » au monde anglo-saxon multiculturaliste du Canada post-national, dans une ou deux générations, le Québec francophone aura disparu de la grande région montréalaise, confiné à la marge du territoire.

Le contexte social et politique actuel dépasse l’affrontement légendaire de la gauche et de la droite; par exemple, en France, tant Macron, LePen que Mélanchon sont sympathiques (à des degrés divers) à la Russie de Poutine; la gauche de l’Amérique du Sud et la droite européenne (Hongrie et Italie pour ne nommer que ceux-là) sympathisent aussi avec Poutine bien qu’ayant des vues totalement opposées sur d’autres aspects.

En 2022, il y a la dérive wokisme, diversitaire, racisées, un mouvement qui s’abreuve graduellement aux idées totalitaires staliniennes et maoïstes en prêchant pour la censure tout azimut (voir les livres mis à l’index dans quelques universités britanniques, dont 1984 de George Orwell!) ainsi que la réécriture de l’Histoire. Sans compter le délire anarchique et la violence dans lesquels cette frange woke peut sombrer, comme en témoigne les longs mois de siège qu’ils ont imposés à la ville de Portland (Oregon) en 2020.

Dénoncer la tendance totalitaire de plusieurs intellectuels n’est pas être de droite. C’est dénoncer un grave effondrement des valeurs démocratiques (valeurs républicaines comme on le dit en France) au profit d’une atomisation de la société où chacun ne veut évoluer qu’au milieu d’un communautarisme sectaire qui prend notamment en compte non seulement la couleur de la peau, mais aussi l’intensité de la pigmentation (comme dans certains milieux étasuniens). Il faut donc appuyer toute personne qui lutte contre ce delirium dit progressiste et ne pas aller vers les « deux minutes de haine », dixit George Orwell. Justement, Orwell précise: la morale de l’histoire, ne permettez pas que ce cauchemar se réalise, cela dépend de vous.

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À la fameuse ‘’déclaration’’ de la tache de dentifrice, je me suis dit: voilà «L’actualité est fidèle à lui même», il détruit dès le départ tout ce pourrait favoriser de quelconque façon la souveraineté du Québec. Même si par ailleurs on laisse nettement voir dans cet entretien que M. Bock-Côté, n’est pas un ‘’pur esprit infaillible’’, disons, ce qu’il réfuterait violemment lui-même d’ailleurs et avec raison, je dois admettre que d’avoir poursuivi la lecture de cet article m’a beaucoup plu, et que je me serais largement trompé à l’égard de son auteur. Cela dit, il faut voir dans cet entretien que M. Bock-Côté a accordé qu’il est un phénomène des plus éclairé et intéressant qui soit dans l’actualité qui nous concerne et celle de la France. Et, je l’en félicite l’auteure et l’en remercie l’Actualité.

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