L’Église catholique chouchoutée

Le catholicisme n’est plus la religion officielle de l’État italien depuis 1984, mais l’Église a de quoi se consoler : elle a reçu l’an dernier des contribuables italiens un joli pactole d’un milliard d’euros, soit 1,5 milliard de dollars !

Illustration : Éric Godin
Illustration : Éric Godin

Tous les Italiens connaissent l’otto per mille (huit pour mille), soit la portion de 0,8 % de leur impôt personnel pour laquelle ils peuvent indiquer, dans leur déclaration, à quelle fin elle doit être utilisée : conservation de biens culturels, interventions humanitaires ou encore… un des sept cultes religieux reconnus. La majorité des contribuables ne font aucun choix, mais les règles de répartition sont telles que l’Église catholique reçoit finalement près de 90 % des sommes que rapporte ce 0,8 % . En 2008, elle a ainsi pu consacrer 635 millions de dollars aux « besoins du culte et de la pastorale », 560 millions à la rémunération du clergé et 300 millions aux œuvres de charité, selon un document officiel.

La richesse de l’Église italienne vient encore de certains privilèges qui lui sont accordés par l’État, comme un tarif d’impo­sition réduit de 50 % sur ses activités de nature commerciale, une exemption des taxes de vente et de l’impôt sur les successions. « L’Église catholique représente une richesse pour l’État », a dit le président du Conseil italien, Silvio Berlusconi, dans une interview à Radio Vatican le 5 juin 2008. Il semble bien que l’inverse soit tout aussi vrai.

Le concordat de 1984, qui a modifié les accords du Latran intervenus en 1929 entre le Vatican et l’Italie de Mussolini, reconnaît que « les principes du catholicisme font partie du patrimoine historique du peuple italien ».

Cette reconnaissance se traduit également dans le domaine de l’éducation. La loi stipule que la République italienne assure à ses frais « l’enseignement de la religion catholique dans les écoles publiques non universitaires de toutes catégories et de tous degrés ». Toutefois, les parents peuvent demander une dispense. Six autres confessions ayant signé des ententes avec l’État italien peuvent aussi donner, aux frais de l’État, un enseignement dans les écoles publiques : il s’agit de cinq cultes chrétiens et de l’Union des communautés hébraïques. Même si l’islam constitue la deuxième religion d’Italie (un million d’adhérents), l’État n’a pas encore conclu d’entente avec ses représentants.

Accommodements raisonnables et signes religieux

L’Italie n’a pas légiféré en ces matières. Le foulard islamique est autorisé à l’école, autant pour les élèves que pour les enseignante­s, et il l’est aussi pour les fonctionnaire­s. Le crucifix est présent dans les écoles publiques, certaines cours de justice, certains bureaux de l’État et jusque dans les bureaux de vote.