L’ère de jedivulgue.com

WikiLeaks, OpenLeaks, Secrecy News… les plateformes de divulgation se multiplient en Occident. Et c’est très bien ainsi ! La démocratie vit mieux dans la transparence. Les gens prennent de meilleures décisions quand l’information circule librement. Mais il y a quand même des risques à vivre tout nu dans un monde où des adversaires portent une armure.

L’ère de jedivulgue.com
Photo : Markus Schreiber/AP/PC

On cherche encore le jeune soldat iranien ou chinois qui dévoilera dans jedivulgue.com le plan nucléaire de Mahmoud Ahmadinejad ou le programme d’espionnage industriel de Hu Jintao.

Certes, on peut espérer que Julian Assange fera des émules dans des pays totalitaires. Mais on en a peu vu jus­qu’à maintenant.

Les créateurs d’Internet avaient fondé beaucoup d’espoir sur la capacité des réseaux infor­­­­­­­­­­­­­­­matiques de multiplier les espaces où règne la liberté en se jouant des frontières. Ils ont parfois eu raison. Mais parfois tort aussi. Parce que le réseau n’est pas comme il devrait être, comme il avait été pensé à l’origine, c’est-à-dire neutre.

L’Iranian Cyber Army – progouvernemen­tale – s’est amusée à attaquer des réseaux occidentaux, comme Twitter, sur lesquels s’exprimaient les opposants au pouvoir. Et même si bien des pirates informatiques chinois s’en prennent aux réseaux étatiques, les fuites ont été jusqu’ici aussi rares qu’un dirigeant chinois dansant le hip-hop.

L’année 2011 risque de marquer une intensification de la guerre informatique que se livrent déjà bien des pays depuis quelques années. Les responsables de la sécurité informatique deviendront plus puissants dans de nombreux États et entreprises. Bienvenue dans l’ère de la sécurité.

La Federation of American Scientists – propriétaire de la plateforme de diffusion de documents scientifiques indus­triels ou étatiques Secrecy News – propose pour sa part une approche plus originale : une grande corvée volontaire de dévoilement de millions de documents ! Soyons moins cachottiers, dit-elle. Les secrets, devenus moins nombreux, seront plus faciles à protéger.

Car même en démocratie, il y a un droit au secret. Privé comme étatique. Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire. Certains secrets assurent la sécurité du plus grand nombre. Les codes des missiles nucléaires, par exemple.

Dans nos vies privées, nous préservons des secrets. Nous estimons y avoir droit. Et nous nous bagarrons, jusqu’en cour parfois, pour préserver ce droit. L’inverse serait une société totalitaire. Le contraire de la démocratie.

Au travail, nous convenons que notre employeur a tout intérêt à préserver jalousement certains de ses secrets de fabrication, si nous voulons continuer d’avoir un emploi dans une économie mondialisée où l’espionnage industriel a explosé…

Comme l’écrivait en 2005 le grand journaliste français Jean Lacouture, « une société pourrit d’un excès d’ombre, une société peut pourrir aussi d’une surexposition ». Le dévoi­lement des secrets devrait être conditionné par l’intérêt général et le respect de l’individu. Un devoir de médiation incombe donc aux médias. Anciens comme nouveaux !

Tous les secrets ne sont pas égaux. Et les gouvernements trop opaques – on peut penser, notamment, à celui de Stephen Harper, qui refuse depuis des mois aux journalistes toute rencontre d’information avec des hauts fonctionnaires – doivent de plus en plus s’atten­dre à voir grandir cette alliance entre journa­listes et plateformes de divulgation.

Le défi sera celui de l’équilibre. Une personne détenant des renseignements sur une usine polluante dont le propriétaire refuse de faire face à ses responsabilités devrait pouvoir révéler cette information sans trop de risques. Et on applaudira la plateforme de divulgation qui l’y aidera.

Une autre qui veut dévoiler les noms des informateurs qui aident la police à lutter contre le crime organisé ne devrait pas trouver d’appuis, même chez les amis de Julian Assange. Mais s’il y avait un hacker pour fouiner dans les ordinateurs des Hells ou ceux des mafiosi, on ne s’en plaindrait pas.

 

ET ENCORE…

OpenLeaks, créé par des dissidents de WikiLeaks, offrira ses compétences technologiques à des gens qui ont des secrets à dévoiler. Le site trouvera pour eux un messager, qu’il s’agisse d’un média ou d’un autre intermédiaire, et protégera leur anonymat.

 

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