Les 100 jours de Harper

Lorsque les Québécois se rassembleront autour de leur barbecue cet été, beaucoup se diront peut-être, entre deux boulettes et la moutarde, que l’apocalypse n’a pas eu lieu. Qu’il y a même des avantages à la majorité conservatrice.

L'édito de Carole Beaulieu : Les 100 jours de Harper
Photo : R. Remiorz / PC

Stephen Harper surveille de près les finances. Jack Layton et Thomas Mulcair font voler bien haut le cerf-volant de la différence et de l’idée généreuse que les Québécois se font d’eux-mêmes. Les apparences sont sauves. Cœur à gauche. Portefeuille à droite.

Qu’y a-t-il de si différent, quand on y pense, entre les idées de Stephen Harper et celles de François Legault en matière économique, ce Fran­çois Legault que près de 39 % des Québécois, dans un sondage, se disaient prêts à élire à l’Assemblée nationale l’automne dernier ?

Les deux hommes veulent faire maigrir l’État, mettre les citoyens devant leurs devoirs autant que leurs droits, favori­ser l’excellence, réduire l’empié­tement du fédéral sur les responsabilités des provinces.

Les 100 premiers jours du gouvernement majoritaire témoigneront bien du tough love conservateur, cette vieille théorie éducative qui dit qu’on peut faire souffrir ses enfants pour leur bien futur.

La Commission canadienne du blé disparaîtra et les agriculteurs affronteront seuls les aléas du marché. Ottawa fermera le robinet du financement public des partis. Fini – d’ici trois ans – les deux dol­lars versés pour chaque vote engrangé. Économie : 27 millions. Aux citoyens de se payer les partis dont ils ont les moyens.

Dans les prisons et les cours de justice, il y aura moins de place pour la compassion et la réinsertion. Surtout pour les délinquants d’âge mineur et les auteurs de crimes sexuels con­tre les enfants. Le registre des armes à feu disparaîtra. Cette sécurité-là coûte trop cher.

Toutes les mesures prises ne susciteront pas d’opposition au Québec. Certaines, surtout celles qui sont d’ordre économique, seront applaudies. Le prix d’accès à Internet, par exemple, diminuera lorsqu’on accordera aux entreprises de télécommunication étrangères l’autorisation d’entrer sur le marché canadien. Les pirates informatiques qui violent les droits d’auteur seront poursuivis (voir le site anglais tinyurl.com/35s3k7 pour un bon suivi de ce dossier). L’administration fédérale maigrira (à part l’armée et ses coûteux F-35, mais ça, c’est une autre histoire de sécurité).

À moyen terme, toutefois, la place du Québec dans la fédération redeviendra un enjeu. Un projet de loi en matière de représentation aux Communes, par exemple, relancera le débat. En accordant plus de sièges à l’Ontario, à l’Alberta et à la Colombie-Britannique pour tenir compte de l’augmentation de leur population, cette loi diminuera le poids du Québec aux Communes. Les Québécois estimeront-ils que, tant qu’à vivre dans le hangar d’une maison et à ne rien pouvoir changer à l’aménagement, mieux vaut déménager ?

Le chef conservateur est un adepte des petits pas, des changements graduels qui laissent à l’électorat le temps de digérer une nouvelle réalité. « Les gens détestent les surprises », a-t-il dit le 3 mai, au lendemain de sa victoire. L’homme sait trop bien qu’un geste brusque nuirait à son objectif à long terme de faire du Parti conservateur le parti naturel du gouvernement. Pour y arriver, il pourrait déplacer doucement le PCC vers le centre, ne pas céder aux plus évangéliques de ses militants, donner le temps à ses valeurs de faire plus d’adeptes. Les débats déchirants sur l’avortement, le mariage homosexuel ou la peine de mort ne seront donc pas au menu du nouveau mandat. Le virage à droite du Canada se poursuivra ailleurs.

Le Canada conservateur qui s’annonce n’en sera pas moins plus dur pour les faibles (les chômeurs, les malades, les réfugiés) et plus doux pour les forts. Afin d’équilibrer le budget, de réduire le déficit, les conservateurs pourraient ne pas hausser les paiements de transfert pour la santé, en dépit de l’engagement qu’ils ont pris durant la campagne. L’opposition néo-démocrate sera impuissante. Et les provinces devront s’adapter.

Les néo-démocrates de Jack Layton, avec leur aile parlementaire si fortement jeune et féminine, réussiront-ils à profiter des quatre années à venir pour bâtir une solution de rechange sociale-démocrate attirante pour une majorité de Canadiens au moment du prochain scrutin ? Les libéraux les y aideront-ils ?

D’ici là, la maison canadienne sera moins hospitalière et plus exigeante pour les plus fragiles de nos concitoyens. Prenons-en acte.

 

ET ENCORE…

Les députés fédéraux élus le 2 mai gagneront 157 731 dollars par année. Qu’ils comptent 20 ans d’ancienneté ou qu’ils soient novices.

 

Laisser un commentaire
Les plus populaires